Je suis conscient que cette rapide évocation n'exprime pas dans sa totalité l'attitude très contrastée des chrétiens
envers les animaux. Je n'ai pu que dégager quelques points importants d'une situation très complexe, en évolutioln
constante. Si je n'ai guère parlé des aspects négatifs, ce n'est pas pour cacher qu'il y a globalement une lacune dans
l'attitude de l'Eglise envers les animaux. Si j'ai insisté sur les aspects positifs, c'est pour montrer que l'Eglise peut très
bien intégrer les animaux dans sa pensée, sa doctrine et sa vie, car ils ont leur place dans la Révélation et la tradition
chrétienne ; et qu'elle doit le faire.
LES ANIMAUX DANS LE NOUVEAU CATECHISME
La parution du nouveau catéchisme de l'Eglise Catholique a soulevé une vive émotion chez les amis des animaux. Les
médias et les revues de protection animale l'ont présenté de façon presque uniquement négative, et affirmé que
l'Eglise s'était déclarée contre les animaux et justifiait les mauvais traitements que les hommes leur infligent. D'où
déception pour le moins, et le plus souvent colère chez les défenseurs. Cette réaction est-elle vraiment justifiée ?
Le texte principal sur les animaux
La première édition du catéchisme a paru en 1992 ; la seconde, considérée comme définitive, est sortie en 1997 :
entre les deux, le texte a parfois été modifié pour tenir compte des observations et des critiques. Comme beaucoup
n'ont sans doute pas lu eux-mêmes le catéchisme, je crois utile de reproduire intégralement le passage qui a retenu
l'attention des commentateurs, bien qu'il ne soit pas le seul à parler des animaux, comme nous le verrons plus loin. Il
est tiré de la troisième partie : « La vie dans le Christ », qui traite de la morale. Les chiffres entre parenthèses ( )
indiquent les paragraphes du livre, qui sont tous numérotés.
Le respect de l'intégrité de la création
(2415) Le septième commandement demande le respect de l'intégrité de la création. Les animaux, comme les plantes et les
êtres inanimés, sont naturellement destinés au bien commun de l'humanité passée, présente et future. L'usage des
ressources minérales, végétales et animales de l'univers, ne peut être détachée du respect des exigences morales. La
domination accordée par le Créateur à l'homme sur les êtres inanimés et les autres vivants est absolue ; elle est mesurée
par le souci de la qualité de la vie du prochain, y compris des générations à venir ;elle exige un respect religieux de l'intégrité
de la création.
(2416) Les animaux sont des créatures de Dieu. Celui-ci les entoure de sa sollicitude providentielle. Par leur simple
existence, ils le bénissent et lui rendent gloire. Aussi les hommes leur doivent-ils bienveillance. On se rappellera avec quelle
délicatesse les saints comme S François d'Assise ou S Philippe Néri, traitaient les animaux.
(2417) Dieu a confié les animaux à la gérance de celui qu'il a créé à son image. Il est donc légitime de se servir des animaux
pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu'ils assistent l'homme dans ses travaux
et dans ses loisirs. Les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement
acceptables, pourvu qu'elles restent dans des limites raisonnables et contribuent à soigner ou sauver des vies humaines.(1)
(2418) Il est contraire à la dignité humaine de faire souffrir inutilement les animaux et de gaspiller leurs vies. Il est
également indigne de dépenser pour eux des sommes qui devraient en priorité soulager la souffrance des hommes. On peut
aimer les animaux ; on ne saurait détourner vers eux l'affection due aux seules personnes.
Une remarque préliminaire. Les anciens traités de morale qui ont parlé des animaux l'ont fait à propos du 5ème
commandement : « Tu ne tueras pas » ; de même le catéchisme national de 1937. Ici c'est à propos du 7ème
commandement : « Tu ne voleras pas», dans la section intitulée « Le respect des personnes et de leurs biens » ;
c'était déjà le cas dans le récent catéchisme pour adultes des évêques de France en 1991. Ainsi, on envisageait la
question dans le cadre du respect de la vie ; le refus de faire souffrir l'animal inutilement était une sorte d'extension
de celui de nuire au prochain dans son corps. Maintenant on place les animaux parmi les biens que l'homme a à sa
disposition. Cette optique différente d'aborder le problème m'apparaît regrettable, même si en fait on affirme la même
chose dans les deux cas, et si ce qu'on dit est évidemment plus important que l'endroit où on le dit.
Il convient aussi de noter le petit changement intervenu entre les deux éditions : s'il est en soi mineur, il prouve que
les nombreuses demandes des défenseurs des animaux n'ont pas été purement ignorées, mais qu'elles ont été
étudiées par la commission de révision, même si on ne les a pas beaucoup suivies.
Le paragraphe 2415 tire du 7ème commandement des conséquences essentielles que nous développerons plus loin :
l'homme n'a reçu de Dieu qu'une domination limitée sur les créatures, il n'en est pas le maître absolu ; il doit respecter
religieusement l'intégrité de la création, et l'usage qu'il fait des ressources de l'univers ne peut être détaché des
exigences morales. Déjà Jean-Paul II écrivait pour le huitième centenaire de Saint François d'Assise : « Les créatures
et les éléments ne seront protégés de toute violation que dans la mesure où on les considérera comme des êtres à
l'égard desquels l'homme est lié par des devoirs » (15 août 1982).
C'est sûrement une bonne chose de situer les animaux dans l'ensemble de la création, et c'est vrai que l'homme a le
droit de se servir de l'univers. On a cependant l'impression que le catéchisme n'a ici en vue que le bien de l'humanité
dans son ensemble et au cours des âges ; les créatures ne semblent être envisagées que comme des ressources
mises à la disposition de tous les hommes, de toutes les générations ; on ne semble leur attribuer aucune valeur en
soi. C'est une perspective beaucoup trop anthropocentrique et beaucoup trop étroite. Les créatures ont pour Dieu
une valeur réelle, indépendante du bien qu'elles peuvent procurer à l'homme, ce que le catéchisme reconnaît ailleurs,
comme nous le verrons plus loin.
Dommage que le paragraphe 2416 soit aussi court, car il est tout à fait positif. C'est étonnant que des commentateurs
l'aient complètement passé sous silence, car il éclaire la manière dont doivent être compris les deux paragraphes
suivants, ceux qui ont provoqué l'indignation des amis des animaux. Il affirme fortement que les hommes doivent
traiter les animaux – le mot est souligné dans le texte original – avec bienveillance, à l'exemple du Créateur qui les
entoure de sa sollicitude providentielle. De nombreux saints l'ont compris.
Les phrases de la première moitié du paragraphe 2417 sont malheureusement ambiguës. Comprises dans l'optique
(1) Cette phrase a été légèrement modifiée pour la seconde édition. Sa première rédaction était :"Si elles restent dans des limites raisonnables, les
expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement recevables, puisqu'elles contribuent à soigner ou
épargner des vies humaines"