CAROLLES SUITE

Sur la plage c’est toute mon enfance qui revient à la surface ; quand je me prenais à jouer les explorateurs, vivant dans des grottes, à la merci des sauvages qui habitaient les lieux, peuplades étranges aux rites bizarres, aux couvre-chefs fleuris et l’allure farouche, tous les clichés et réminiscences de Daniel Defoe trouvaient place dans mon esprit vagabond. Là, à l’ombre de la grotte je regarde pousser les scolopendres, les enfants courent, je les observent amorphe sur mon rocher. L’odeur âcre et salé de la mer vient remplir ma poitrine, quelques goémons flottent et viennent s’étendre sur la plage à chaque vague que la mer ramène, mollement comme un bercement infini de tendresse. Douceur du moment, instants fugaces de petits plaisirs intenses. Au loin les pêcheurs, d’un pas nonchalant, suivent leur « bichettes ». Quand ils les relèvent les soles frétillent dans tous les sens pendant que les « chivelles » sautent hors des filets.

    

Quand la chaleur est insupportable, je vais me rafraîchir au « Chalet bleu » où je bavarde avec les mareyeurs, nous faisons l’inventaire de leur récolte. Vers 16 heures, quand déjà les baigneurs sont moins nombreux, je vais prendre mon bain, l’eau me délasse, je glisse, avec quelques mouvements économes, sur l’élément liquide. L’humidité de l’eau recouvre, au fur à mesure de ma progression, mes membres inférieurs, puis mon corps, puis mes bras. La peau asséchée semble réclamer cette caresse qui l’abreuve de douceur. Délassement du corps étendu ! Les vagues me tanguent doucement, deçà delà au grés du vent.

         

Une mouette passe lançant son cri, les enfants babillent en creusant le sable pendant qu’un photographe de passage les immortalise pour nos souvenirs. On le surnomme « guêtre jaune » ici, il les arbore avec fierté comme une enseigne. Ensuite je me rends au casino pour rendre les serviettes que l’on ma louée pour le bain et rentre nonchalant vers mon ermitage saisonnier.

Là-bas sur la grève les mareyeurs se profilent dans le soleil couchant, ils rentrent la hotte pleine.

         

Copyright Yves Lebrec 16 mars 2001

 

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