Mme Sophie Bois, professeur de musique, nous a donné un mini concert à l'orgue.
Accompagné du Père Aurard, je suis particulièrement heureux d’être avec vous, réunis dans la cathédrale basilique Sainte Anne, qui constitue le monument le plus remarquable de la commune d’Apt.
Ce lieu est chargé d’histoire, il a vécu de grandes heures de l’histoire de la Provence mais aussi de l’histoire nationale. Des personnages illustres sont venus se recueillir sur les reliques de Sainte Anne, notamment les papes Urbain II et Urbain V, les rois de Naples et de Chypre.
Rassurez-vous, je ne ferai pas l’historique détaillé de ce lieu, d’autres sont plus spécialistes… mais permettez moi d’en exposer quelques aspects intéressants.
L’église romane est construite sur deux cryptes superposées. La crypte inférieure est le vestige d’un édifice romain du Ier siècle. La cathédrale des premiers siècles chrétiens a probablement été détruite à la suite des invasions, elle fut reconstruite au XIe siècle.
D’importantes transformations furent réalisées au fils des siècles, en particulier au XIVe et XVIIIe siècles, modifiant profondément la nef centrale.
Au XVIIe siècle, la reine Anne d’Autriche vient en pèlerinage à APT, remercier sa sainte patronne par l’intercession de laquelle elle a enfanté du petit Louis, futur roi Louis XIV.
Ce joyau en cœur de ville abrite des éléments architecturaux de grand intérêt. Le trésor se compose de nombreuses pièces rares, des objets religieux (reliquaires, habits sacerdotaux, manuscrits et incunables) mais aussi l’étendard arabe rapporté des croisades et tissé au XIe siècle pour un khalife, connu sous le nom de « voile de Sainte-Anne".
Ce monument fait partie des lieux fédérateurs de notre cité, patrimoine architectural, historique, culturel et cultuel. Ce patrimoine, c’est d’abord l’héritage que nous ont légué l’ensemble des générations qui se sont succédées, en forgeant notre identité et notre culture, mais c’est aussi un patrimoine enrichi de leur travail et de leurs créations.
C’est pourquoi, le patrimoine culturel est une richesse inestimable, un capital qu’il faut préserver et mettre en valeur.
La préoccupation commune de l’autorité communale et de la paroisse est de contribuer à sa conservation. Je suis heureux que nous partagions cette même volonté.
Depuis la séparation de l’église et de l’Etat en 1905, il est dans les attributions de la commune d’entretenir ce bâtiment. Elle s’y emploie et croyez bien que la tâche ne manque pas. Le poids des années entraîne des réparations lourdes et coûteuses.
Sans considérations politiques ou cultuelles, les équipes municipales qui se sont succédées ont travaillé à la conservation et à l’entretien de la cathédrale Sainte Anne.
Lors de la mandature de Pierre BOYER, ont été engagés les travaux de rénovation des toitures. En 2003, Armand Doucende initiait les travaux de rénovation des façades. La nouvelle équipe municipale se doit de continuer cette dynamique. Quand on voit les photos de la cathédrale il y a 10 ans, avec ses piliers rongés, ses pierres disjointes et son état aujourd’hui, on peut se féliciter du travail réalisé.
Il convient de remercier les acteurs de ces projets, ceux qui apportent leur aide technique ou leur contribution financière, notamment l’Etat par l’intermédiaire du ministère de la Culture, de la DRAC, les Monuments Historiques (Monsieur Repellin), le Conseil Général de Vaucluse, les services culturels et techniques de la ville.
Remercions aussi la paroisse, le conseil pastoral et les gardiens du sanctuaire qui se sont succédés depuis 25 ans, le père Chevalier, le père Carbonneau, le père Carrara, le père Berger et le père Aurard.
Je me félicite du partenariat qui existe entre nous tous, pour la conservation et la préservation de la cathédrale. Nous devons entretenir ce dialogue, cette écoute et cette coopération.
Même si d’aspect extérieur, la cathédrale a retrouvé sa splendeur, il y a encore beaucoup à faire à l’intérieur.
Il y a quelques années, lors d’une messe de minuit, nous avions assisté avec beaucoup de joie et d’enthousiasme à la mise en lumières des magnifiques lustres réalisés par la lustrerie Régis Mathieu, entreprise de renom installée sur notre territoire. Cet éclairage a eu pour agréable conséquence de mettre en valeur des éléments architecturaux de la cathédrale mais il en accentue aussi les parties détériorées.
Même si tout ne peut pas se faire tout de suite, même si le budget municipal est fragile, nous devons poursuivre nos efforts, affecter des financements aux projets futurs. Efforçons-nous de prévoir des tranches de travaux, priorisons l’urgence.
Je souhaite que nous continuions à travailler en partenariat. Nous sommes dans la maison de Dieu mais nous sommes aussi dans un lieu ouvert à tous, lieu d’amitié, d’hospitalité qui appartient à chacun d’entre nous, croyants ou non croyants. C’est un lieu où nous nous retrouvons à la fois pour la prière, le recueillement mais aussi pour écouter un concert ou témoigner notre soutien à des familles endeuillées. Nous devons travailler tous ensemble à sa promotion en termes d’action culturelle et patrimoniale.
Antoine de Saint Exupéry a dit « nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants ». Je crois que nous sommes les gardiens du patrimoine transmis par nos ancêtres, nous devons agir avec vigilance pour le transmettre à nos enfants.
Avant de laisser Monsieur Repellin, architecte en chef des Monuments Historiques vous présenter l’étude globale de la restauration intérieure de la cathédrale, je voudrais laisse la parole au père Aurard.
Merci pour votre attention.
Pierre Boyer, ancien maire d'Apt et conseiller général est venu exposer les travaux réalisés depuis sa mandature,
ainsi que le rôle et l'implication du conseil général de vaucluse.
C'est de son époque que datent les premiers
projets cohérents pour la préservation de la cathédrale, sous la houlette de Mr Repellin,
architecte des monuments historiques.
Les premiers travaux, peu visibles et peu médiatiques,
seront de mettre le bâtiment hors d'eau et hors d'air afin que les infiltrations cessent de dégrader l'intérieur de l'édifice.
C'est donc la toiture qui a été refaite.
C'est ensuite Mme Marie-Claude Leonelli, adjointe au conservateur des objets mobiliers qui c'est exprimée au nom de l'Etat.
On retiendra que l'état se désengage de 5%, mais que sa participation reste tout de même élevée: 45% des subventions.
Mr Repellin nous présente ensuite l'incontournable Mlle Pion, quasi permanente de la cathédrale Ste Anne.
Plutôt qu'une collaboration, on sent bien, au ton de la voix de Mr Repellin qu'il y a une
véritable complicité entre ces deux personnes.
Mlle Pion nous fera alors un bref historique de la cathédrale dont voici la teneur:
La foi à Apt est présente de très bonne heure ; nous avons tout au début du 2éme siècle un martyr : Auspice.
Dans les tous premiers siècles on trouve plusieurs lieux de culte surtout dans les collines.
Ici à cet emplacement ou se trouve l’église aujourd’hui, on a le souvenir d’une église au début du 8ème siècle à la place d’une plus ancienne. Elle sera détruite par les sarrasins fin 8ème début 9ème. Mais nous conservons dans la crypte des dalles de chancel.
Après un voyage en terre sainte dans les années 1035-1040, Etienne d’Agde, évêque d’Apt au 11ème siècle, décide la reconstruction de sa cathédrale. Il meurt en 1046.
Alphan, qui lui succède, reprend les travaux dans la crypte inférieure et fait construire la crypte supérieure
telle qu’on la voit aujourd’hui. Pendant tout le 12ème siècle, la construction de l’église se poursuit.
La nef sud, de seulement trois travées, en plein cintre est terminée par une abside en cul de four.
La grand nef, également de trois travées et une abside dans le même style de l’autre nef, mais plus grande est couverte en plein cintre avec des doubleaux posés sur des colonnettes. Des arcades permettent Le passage entre les deux nefs.
Au 13°siècle à la suite de la nef sud est construite une chapelle couverte en croisées d’ogives pour les évêques.
Au 14° siècle la famille Simiane fait faire au nord de la grand nef une nef croisée d’ogives pour ensevelir dans le mur les évêques de la famille.
Au 15° siècle après la peste noire on construit une chapelle en l’honneur de Ste Anne et des saints d’Apt, on monte les reliques de la crypte dans la chapelle.
Un vitrail de Ste Anne est posé en 1501, réalisé par Douchet d’Aix.
Il sera par la suite déplacé dans le coeur actuel, plus récent.
Au 17° siècle est construite la chapelle Ste Anne actuelle par Mr Villeneuve des arcs. Avec Mg de Guillard le 26 juillet 1664, les reliques trouvent leur place dans la niche.
Fin du 17° siècle la voute de la grand nef menace ruine, elle est refaite plus haute.
Au début du 18° siècle on construit le cœur actuel on met, des stalles pour le chapitre et une décoration dans le gout du jour, et on y installe l’orgue.
La dernière réparation est l’ouverture de la crypte dans les années 1850 : ouverture au centre dans l’axe de la grand nef et fermeture des deux accès latéraux.
Pour finir, Mr Repellin, véritable passionné de notre cathédrale, nous a fait un vibrant exposé sur l'architecture, la maçonnerie,
le savoir faire des artisans...il a su transmettre sa flamme à l'auditoire.
La richesse et la longueur de cet exposé interdisent de le reproduire ici.
Pour ce qui est de la récente réfection du choeur actuel, objet de cette manifestation, il faut savoir que c'est par
miracle qu'il ne c'est pas effondré. Les bois étaient pourris, ils ont tous été remplacés. On peut juger du résultat de
la restauration sur les photos suivantes.
Deux anecdotes amusantes:
-Lors de la restauration de la croix extérieure, les ouvriers ont eu la surprise de découvrir dans le socle de pierre
une petite boîte de plomb, scellée, et contenant un parchemin sur lequel figurent les noms des ouvriers qui ont travaillé
à l'érection de cette croix.
Le parchemin a été soigneusement recopié, et les ouvriers de notre époque
y ont inscrit leurs noms, le papier a été mis dans la boîte et la boîte a été scellée et replacée dans le nouveau socle.
-La statue de Ste Anne en façade avait ses deux bras coupés.Deux nouveaux bras ont étés confectionnés, et ce sont les mains de
Mlle Pion qui ont servi de modèle.