Saint-Avé, au coeur de l'Afrique

En présence de Kofi Yamgnane et de Tidiane Diakité, la ville de Saint-Avé vient d'organiser une table ronde autour de la question '' Pourquoi l'Afrique aidée par la France ne progresse t'elle pas ?''

Un débat équilibré puisque Patrice Briquet de l'association Solidarité Niger et le Dr Le Roux responsable d'un jumelage entre Pontivy et une ville du Mali ont aussi exprimé leur point de vue. A Saint-Avé, des liens quotidiens existent avec l'Afrique car l'Association Africaine du Morbihan y est installée et deux prêtres Congolais s'occupent de la paroisse. Le Maire, Hervé Pellois, remarque que cette rencontre se déroule en prélude de la semaine africaine " une idée que les Avéens ont progressivement fait germer ". Une bonne occasion d'échanges mutuellement profitables. 

De la désorganisation au retard

Le berceau de l'humanité serait-il condamné ? vraisemblablement non mais Kofi Yamgnane relève de nombreux signes de désorganisation '' Enseignants non payés, système de santé boiteux, corruption...". Avec l'impression amère que la colonisation a suivi l'esclavage et que, bien qu'ayant instauré la coopération, la France s'est sauvée comme une voleuse. Un départ peut-être un peu précipité mais de l'avis des différents intervenants l'un des facteurs du développement de l'Afrique passe aussi par l'abandon du paternalisme. Patrice Briquet lance " Il n'y a corruption que s'il y a des corrupteurs", ce que l'ancien ministre et actuel conseiller général traduit par '' Les corrupteurs sont au Nord ; Elf qui verse l'argent sur le portefeuille personnel du président, cela ne vas pas. Moboutou a sur son compte l'équivalent de la dette du pays ". Des arguments d'autant plus frappants que le continent a reçu 2 fois plus d'aide que l'Asie mais presque tous les pays asiatiques ont réussi à décoller. Actuellement, l'Afrique représente moins de 3 % des échanges mondiaux contre 10 % en 1960. Le continent s'est donc appauvri avec à la clé l'augmentation de la mal-nutrition. Au Sénégal, la consommation annuelle de riz par personne représentait 129, 5 kg en 1970 contre 115 en 2002 ! Mais paradoxalement, remarque le Dr Le Roux, " Au Mali, des tonnes de mangue se perdent, les haricots verts sont achetés par l'Europe et reviennent en conserves. On les mange en conserve au Mali au lieu de les manger frais ! ". Un drôle de jeu économique alimenté par des ''fausses'' aides récupérées avec profit par l'Europe et l'Amérique via des montages de sociétés.

Un changement de mode de vie

" Avec la révolution du transistor les valeurs changent " remarque Tidiane Diakité, écrivain et professeur d'histoire géographie à Montfort-sur-Meu (35). Même au fin-fond de la brousse chacun écoute et rêve du modèle occidental avec ses moeurs et son style de vie,  ces objets que l'on ne pourra sans doute jamais acquérir, tout cela perturbe les mentalités. Les anciens ne sont plus aussi écoutés, les malades sont abandonnés, et la famille se dilue peu à peu d'autant plus que les villes au développement souvent anarchique attirent les jeunes qui sombrent dans le désespoir alors qu'ils possèdent en eux un formidable dynamisme malheureusement bridé. Ainsi croissent de nouveaux germes de corruption et délinquance. Une faillite de l'éducation aussi dans des pays où plusieurs langues vernaculaires peuvent coexister et où chacun veut devenir fonctionnaire. " L'erreur est de vouloir imposer le Français " affirme parmi les nombreux auditeurs Gabriel Cohn Bendit. " Il faut apprendre à lire dans sa langue maternelle tout en parlant le français. Quand l'éducation est faite, il est alors possible de continuer les études en français ". Cela semble une évidence, car un peuple a tout d'abord besoin de ses racines, racines déjà sectionnées par le découpage colonial vertical des pays africains alors que les ethnies se situaient plutôt horizontalement, renforce Kofi Yamgnane.

D'abord aider les associations et les ONG 

Et bien, quelles solutions ? Tous les intervenants sont d'accord, le changement viendra d'une prise de conscience de la base, du peuple. Les associations humanitaires, qui ne doivent pas être noyautées politiquement ou idéologiquement, connaissent bien les problèmes des populations et réalisent un véritable travail d'éducation. Par conséquent, il est nécessaire d'accroître l'aide financière aux vraies ONG plutôt qu'aux gouvernements. Que les gens prennent conscience de leurs droits et de l'absence de fatalité et les dirigeants devront s'adapter, les pays africains peuvent créer leurs propres démocraties, conformément à leurs valeurs sans forcément calquer l'occident, et se mettre au travail de façon organisée et planifiée. Et que l'Europe et l'Amérique ne considèrent plus leur aide comme un investissement devant rapporter le double de ce que l'on a donné ! Mais les associations et ONG travaillent aussi dans l'important domaine de l'environnement et de la santé. Si les écologistes ont raison, un tiers de l'Afrique est en train de se désertifier. La planète, comme tout être vivant, réagit et cela explique peut-être une partie des désordres climatiques comme les pluies torrentielles qui ont fait déborder le Mississipi sur un territoire équivalent aux deux tiers de la France. Sécheresse d'un côté, inondations de l'autre. Un déséquilibre planétaire qui concerne toute l'humanité. Et pourtant, dans de nombreuses zones désertiques l'eau serait présente à environ 2 kilomètres de profondeur. L'occident va chercher le pétrole encore plus loin mais l'eau est-elle moins précieuse ? Sur le plan de l'écologie, l'Afrique devrait bénéficier d'un statut de ''patrimoine de l'humanité'' et tout devrait être fait gracieusement par les Nations Unies pour rétablir l'équilibre. Car la salubrité et la santé en dépendent aussi. Le paludisme tue plus à lui tout seul que le sida, la lèpre et la tuberculose réunis et avec les changements climatiques il pourrait réapparaître chez nous en commençant peut-être par le secteur de La Réunion. Sauf à réaliser un tel statut, conjointement à l'action des associations et à la prise de conscience des populations, l'Afrique victime de la sécheresse et des fléaux  - paludisme, sida, tuberculose, lèpre, maladie du sommeil, Ebola..- risque d'être maintenue affamée et enchaînée à la merci de tous les extrémismes.

Conférence du mardi 6 mai 2003 à Saint-Avé, en prélude à la semaine africaine du 10 au 17 mai.

Christian Torres

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Kofi Yamgnane et Gabriel Cohn Bendit

 

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Tidiane Diakité et Hervé Pellois

 " Avec des idées, de l'énergie et la volonté de réussir nous pouvons rapprocher les gens '' (Hervé Pellois)

 

"Au Sénégal, en 1970, 20 kg de viande étaient consommés annuellement par habitant contre 11 kg en 2000. 50 % des Africains vivent avec moins d'1 dollar par jour contre 15 % en Asie. L'Afrique est écartée des grandes décisions économiques" (Tidiane Diakité)

La femme est l'avenir de l'homme

De nombreuses femmes lancent des petites coopératives de fabrication d'objets et de cultures maraîchères. Un premier pas vers la liberté à condition que l'on ne vienne pas casser le marché avec des excédents européens vendus en dessous des cours locaux.

De notre côté, en favorisant le commerce équitable nous pouvons quotidiennement participer à plus de justice. Ce système permet de garantir les prix des matières premières pour les petits producteurs et de leur assurer une vie décente. De plus, un pourcentage des recettes est reversé pour le développement.

Parmi les causes énoncées qui freinent l'Afrique

Pays découpés, affrontements inter-ethniques, absence de planification, politique '' d'aide - investissement '' de l'Europe et USA, faillite de l'éducation, des sergents à l'instinct de prédateur rapidement devenus présidents, la corruption intérieure et extérieure, l'eau, l'énergie, la santé...

Une nouvelle table ronde sur le sujet des aides concrètes à l'Afrique est prévue le 15 mai à 20 h 30 au Dôme de Saint-Avé.

 

www.saint-ave.fr

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L'appel à la jeunesse africaine (Tidiane Diakité)

 

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