
28 septembre 1997
Depuis l'auberge " Chameleon Backpackers Hostel ", nous partons à pied vers le centre ville à quelque deux kilomètres. La première impression d'étrangeté se confirme. Toutes les rues par lesquelles nous passons ou que nous croisons portent des noms de musiciens allemands : Bachstraße, Beethovenstraße, Schubertstraße, ... Les villas, voire certains quartiers sont totalement cernés par de fortes palissades grillagées, couronnées de barbelés. Ces derniers ne ressemblent pas à ceux que nous connaissons, le fil central est très épais et porte à intervalles très rapprochés de petites lames acérées en forme de hache de cinq millimètres sur un centimètre. Ils ne semblent pas destinés à arrêter des animaux. Ce dispositif défensif est en général complété par un ou plusieurs chiens, en général de races fortes et agressives : rottweilers, dobermans ou pitbulls... Nous atteignons le centre ville sans avoir croisé personne, tout est très calme. Il est vrai que nous sommes dimanche matin.
Le centre ville est un peu plus animé. Il est construit sur un plan très régulier. La très longue " Independance Avenue " (ex Kaiserstraße) est coupée à intervalles réguliers par des rues perpendiculaires. Il y a très peu de passants. Presque tous les magasins sont fermés, à l'exception de quelques supermarchés et centres commerciaux, typiquement européens; le dépaysement sera pour un autre jour ! La première chose qui frappe dans les rues est la très faible proportion de gens de couleurs, ainsi que le fait que les blancs sont très blancs, sans aucun hâle de bronzage, malgré le soleil intense. C'est très étrange, serait-ce le souhait de rester " blanc ", pour bien marquer la différence.
Nous visitons les quelques curiosités : la gare du début du siècle avec son exposition de matériel ferroviaire ancien, dont un train blindé ayant servi à la pacification du pays; l'ancien fort allemand aux murs blancs et crénelés qui domine la ville et abrite un musée consacré à l'indépendance du pays en 1990. Au musée des Traditions, qui abrite quelques animaux naturalisés, et décrit la méthode utilisée pour les empailler, de même que quelques moulages de bushmen, avec, là aussi, la description de la méthode utilisée (c'est à voir !); le gardien essaye de nous initier aux subtilités de l'"Owela ", une variante très complexe du jeu de l'awele, avec un plateau beaucoup plus grand à quatre rangées de logement et aux règles de déplacement et de prise différentes; mais comme il mêle beaucoup d'afrikaans à son anglais (à moins que ce ne soit le contraire ?), la compréhension est difficile.
Nous montons également voir la première église du pays, qui date de 1907, derrière laquelle se trouve un superbe parc avec énormément d'arbres en fleurs, surtout des jacarandas, grands arbres couverts de fleurs bleus en clochettes. Il y a également plusieurs parterres de superbes marguerites du Cap, au coloris orange très intense. L'ensemble de la ville parait un peu artificiel, tout semble neuf, fraîchement repeint de couleurs vives. Les voitures sont en majorité allemandes, le point culminant de la ville est occupé par un monument au cavalier, le " Reiterdenkmal ", célébrant la mémoire des allemands tombés lors de la " pacification " du pays, mettant fin aux guerres tribales herreros-namas, un autre monument est dédié aux koudous victimes de la peste bovine à la fin du siècle dernier...
On a le sentiment de vivre un autre âge, dont on se demande s'il va pouvoir durer ?