Voyage en Andalousie, sur les traces de

l’influence maure sur la culture hispanique "

ou

ce que les Arabes ont laissé en Espagne : images d’une Andalousie "

  

  

 

 

 

Me voici dans le train. Le changement de mon billet d’avion pour passer par Francfort – surtout pour économiser quelques deniers il faut le dire – m’oblige à partir ce soir : les trains sont bien peu matinaux ! Il s’agira donc de passer la nuit à Roissy. C’est déjà quelque chose pour moi… de toute façon, j’y allais tête baissée : quitte à passer une nuit blanche à me cailler, j’aurais déjà fait quelque chose d’assez singulier – mais pourtant si banal ! C’est là que je vois dans quel confort et quel matérialisme on est (presque) tous tombés… Toujours besoin de l’inutile, on a peur de tout, besoin d’argent… à Et pire ! Comme des moutons, on (entendre " je "), on en parle comme si on ne pouvait rien y faire !

Merci Zellidja. Peut-être que j’apprends à aimer le bonheur, à aimer le simple, le vrai. La conversation que j’ai eue avec Marion (j’ai triché) m’a confirmé qu’il fallait se lancer, que le monde n’était pas laid, et que le bonheur, la ‘‘vie vraie’’ existait vraiment pas loin. Ca a permis aussi de convaincre mes parents qu’il n’y a pas besoin de beaucoup pour dormir quand on est fatigué.

Merci Marion.

Heureusement, mes parents ont eu l’air assez confiants en moi, pas vraiment paranos et heureux que je puisse réaliser quelque chose d’exceptionnel, qui pourrait me changer la vie car j’en rêvais depuis si longtemps de cette Espagne et surtout de cette vie improvisée loin des sottes habitudes… Peut-être un soupçon de leurs rêves déchus qui resurgit en moi ?

Merci les parents, la famille, les amis qui ne me disent jamais " mais… ! " mais " alors… ! "

J’espère que tout ça m’ouvrira, me forcera à être tout le temps plus gentil envers les autres et envers moi.

21h35. Je me fais déjà plaisir à écrire ces quelques lignes… quelle prétention !

Le voyage a commencé à 20h. Mes parents tiennent à m’accompagner ensemble à la gare. Les adieux vont arriver et je déteste ça. C’est pas que je les aime pas, bien au contraire, mais c’est toujours une pointe d’amertume, de regret qui ressort et dure d’autant plus longtemps qu’on est en avance. Heureusement, il y a eu de quoi se divertir : la gare, fermée, ne nous permettait pas d’acheter un billet. Et voilà, déjà une amende dans le train… enfin non. Je convaincrai bien le contrôleur de ne pas me la mettre, mince ce n’est pas de ma faute ! Mais plus amusant, une jeune fille chargée de remplir les distributeurs de confiseries passe et accepte de nous ouvrir la gare. Le " Oh ! Ces 35 heures ! " général devient vite un " Oh ! Ces machines ! ". Ce qui fait rire tout le monde. Ce qui est marrant, c’est que tout le monde en profite pour raconter sa petite expérience dans une gare du sud, etc… Chacun a envie de parler.

Cette curiosité sans importance aura permis de détourner les pensées malsaines des esprits. Même pas de recommandations de dernière minute !

L’ambiance du train est très calme. De nombreux couples y sont présents. Certains pleurent. C’est curieux, je n’avais jamais pris ce train, on dirait l’horaire des séparations. Peu sur le quai, mais leurs expressions tendres mais amères m’amènent presque à ne pas envier cette position… Les amants de tous les âges ne se quitteraient-ils plus au départ mais à l’arrivée du train, histoire de faire durer le supplice des derniers doux instants ?

La nuit a succédé à notre chère pluie normande. Je sais d’avance que le soleil sera dur là bas. Mais je n’arrive pas à m’imaginer quoique ce soit : je me plais à attendre le destin ! Pour l’instant c’est directement aéroport et demain, après une découverte des lieux, en route pour l’aventure !

01h22. Aéroport. Immense cité formée de cathédrales de béton et d’aluminium. C’est un vrai labyrinthe mais on s’y retrouve quand même, surtout qu’on n’est jamais tout seul ! Solidarité, après 2 rencontres, je passe quelques heures avec un homme qui part un an pour un tour du monde, sans itinéraire défini : me voilà rassuré, je suis un p’tit joueur ! Il a carrément lâché son travail (je n’ai pas encore osé aborder sa situation familiale : il part seul).

Entre-temps, j’ai rencontré un Marocain passionnant, qui m’a conté Tanger et son peuple, ouvert sur toutes les cultures et gens. Un mot d’ordre : " si tu apportes, tu viens ! ". Il m’a chaleureusement invité à venir passer " quelques mois " chez lui, un jour que je me sentirai mal, si j’ai des problèmes, si je veux me connaître, faire le point sur moi-même ou tout simplement si je veux découvrir la plus belle (et abandonnée) ville du monde. Je suis épaté par son ouverture d’esprit, sa tchatche et sa connaissance des cultures française, espagnole, portugaise, brésilienne, hollandaise… La liberté… ce mot couvre toutes ses phrases. Belle image.

En tous cas il m’assure un accueil merveilleux de cette Espagne berbère. Attention ! Pas arabe (Corse, Italie). Berbère. (confusion de ma part qu’il tient à me faire éclaircir)

Il me demande mes coordonnées : il veut que sa fille, de mon âge, rencontre des jeunes de tous les pays.

Au passage, il m’assure un marché de construction si je veux ouvrir un cabinet archi… plus tard… !

(à une heure de plaisir avec ce personnage plein d’espoir)

1h50. Discussion avec des juifs américains allant au Maroc. Ils ont peur de l’intégration mais un Marocain les aborde et les rassure.

6h. Les heures sont longues. Dormi une heure. Les passants se succèdent et les enfants font un de ces bruits !… à coups de jeux électroniques. Ma première rencontre a disparu sans dire un mot.

La matinée fut longue. J’erre dans l’aérogare mais il n’y a rien de bien intéressant. Les formalités sont vite accomplies, l’heure venue, attendue avec tant d’impatience !

Je découvre l’avion avec émerveillement. Comme un gamin devant ce géant. Le personnel est fort sympathique, mais déjà le français est plus que rare… Ne subsistent qu’anglais et allemand. Décollage… fantastique ! Quelles sensations… !

La France est vraiment bizarre vue de si haut… les hommes sont passés par là. L’oiseau grimpe et tourne. Une heure après Francfort. Frankfurt. 12h30, j’attends l’avion pour Malaga.

Bon, je voulais prendre l’avion pour voir : voilà qui est fait. Mais je ne renie pas le manque d’intérêt de ce voyage : pas d’imprégnation des paysages ; pas de rencontres. Et bien que je n’eut que 4 heures de vol, il faut y ajouter 13 heures d’attentes… La prochaine fois je prends le train.

– dans l’avion : temps très nuageux. " Même chose à malaga ! " nous confie le chef de bord. Malheureusement on ne perçoit rien du plancher des vaches… J’ai achevé de lire mes guides sur Malaga : je pense pouvoir maintenant m’orienter assez rapidement. Oh… Espagne ! Mon rêve brûle !…

Je suis aux côtés d’une allemande (la cinquantaine) qui parle quelques mots de français et d’espagnol. Merci l’anglais. Bref, c’est sympathique, on s’échange nos plateaux repas, expériences et projets.

 

 

 

Autobus directement. Chauffeur très sympa qui m’indique comment me rendre à l’auberge de jeunesse. Je m’installe rapidement et décide de partir dans Málaga. 19h. Je découvre malheureusement que la Feria prend fin ce soir. Je n’ai pas le temps de m’y rendre alors direction centre, à pied (j’en ai marre de payer les bus plein pot : bah oui parce qu’aucune réduction ni carnet pendant les vacances !…). Évidemment, je me perds et je tourne en rond une demi-heure ! Mais je me reprends et arrive à trouver le centre. Málaga est vraiment une ville d’une grande laideur : tours, HLM, voies rapides… vraiment aucun intérêt. Le centre est différent : les rues sont dominées par les piétons et les vitrines omniprésentes. Mais, surprise ! Tout est fermé (pour les magasins, passe, mais les bars, à 20h et 21h !). Contrairement à ce que m’annonce le Guide du Routard, les rues sensées être bondées sont désertes. Je ne trouve guère de bistrots sympathiques, d’ailleurs, les terrasses sont vraiment vides. Seuls quelques établissements bien curieux paraissent en activité : musique à fond à l’intérieur (on y danse), grands baraqués à l’entrée et quelques filles de 18-20 ans qui attendent je ne sais quoi (ou qui)… Je n’ose pas tenter ! (là par trouille – en plus, je risque de passer pour un con et les dealers qui m’accostent ne m’inspirent pas). J’essaierai d’en discuter avec quelqu’un.

En plus, les rues sont d’un délabré ! (s’il y avait beaucoup d’animation je n’aurais peut-être pas remarqué) Jonchées de déchets et façades à vomir.

Je rentre à l’A.J. à pied. Environ 25 minutes. La douche est plus qu’appréciée ! Mes 2 voisins italiens ne sont pas très causants. Il y a également pas mal d’Espagnols du Nord. On va bien voir…

 

 

 

 

Levé à 9h, la nuit m’a fait récupérer mon sommeil. Bon petit déjeuner à l’auberge, où je rencontre Charles, Neo-Zellandais : il voyage en Europe depuis 3 mois. Parle assez bien français, ce qui est pratique quand on ne se comprend pas (bonne complémentarité entre les langues) On partira ensemble en ville. Mais cette auberge n’est vraiment pas à l’image que je m’en faisais : en fait, ils se fichent pas mal des cartes AJ, c’est 2050 pesetas pour tout le monde. Ce que je croyais avoir payé pas cher hier l’était en fait : il m’a annoncé que si je voulais la carte c’était 2500 pesetas, mais que ça ne changeait rien… Charles y voudrait une chambre, mais à l’accueil c’est clair : il faut attendre 11h30 ! Pourtant il y a plein de places… Alors il y attend. (rien à faire…). On a rendez-vous à 12h30 à la Plaza del Obispo. Pendant ce temps je cherche à me rendre dans un office du tourisme. Sur les 2 annoncés par le Guide du Routard, un n’existe carrément pas (ruines, jamais entendu parler…) et l’autre est fermé… Même les hôtesses du bus n’y comprennent rien… ! Alors on fera sans ! Tous les petits kiosques info sont également fermés. Je vais voir à la pension Juanita annoncée par le guide : 6500 au lieu de 3500 pesetas ! Quelle inflation !

Un touriste me parle de la plage : il m’a accosté car me dit s’être fait dévaliser dans la nuit par des marocains. Je lui donne ce qu’il me reste de monnaie… Est-ce vrai ?… Je me dis que, si ça m’arrivait, j’aimerais bien qu’on me les file… Au passage il me dit qu’il y a des merdes et du PQ dans la mer… Apparemment la station d’épuration ici c’est direct à la mer… Alors je n’irai ni me baigner, ni dormir sur la plage… Demain je pars.

 

Je retrouve Charles qui arrive avec Suzie, une allemande qu’il a rencontrée à l’A.J. Elle est très sympathique ! Elle est allemande et parle couramment anglais et espagnol. Alors elle parle anglais avec Charles (ce qui est très instructif…), espagnol avec moi et je continue en français avec Charles. Nous décidons de parcourir ce qu’on nous a indiqué comme le quartier arabe, autour de l’alcazaba : très décevant ! C’est exactement comme les autres rues, rien d’intéressant (enduits ciment qui tombent). Alors on s’attaque à l’alcazaba. Mais on s’aperçoit vite que c’est fermé pour cause de travaux. Une grue domine les tours et murs de pierre caractéristiques de style, bien souvent agrémentés de béton. Alors on part pour l’ascension du chemin qui mène " al castillo de Gibralfaro ". La vue qui s’agrandit nous montre l’étendue des tours modernes… Arrivés, on s’aperçoit qu’il n’y a rien à voir : le château n’est constitué que de ses remparts et quelques jardins crasseux agrémentés d’allées en bitume. La vue change peu. " No hay nada ! ". On continue alors à chercher un quartier arabe… " Vous y êtes ! " Nous lance-t-on. D’accord…

 

 

Un départ un peu " à la touriste " avec Charles et Suzie

 

 

Retour à l’A.J. : bonne douche. Ce soir, on va voir où se cache l’ambiance espagnole… !

Tournée des bodegas. Tapas/bars. Il n’y a pas tant de monde dans les rues ! Mais bonne ambiance, musique espagnole (guitare + sicu)

Très bonne soirée avec une amie de plus : Elaine, an Irish profesor qui veut " improve her Spanish ". Partons vers 2h : on se perd dans les banlieues, mais les travailleurs de la nuit sont très aimables…

 

 

Couchés 3h. Levé 7h30. Desayuno at 8h. Vais voir avec Elaine le prix du trajet en bus hacia Granada (je suis le seul à vouloir partir aujourd’hui). Vu le prix, je me dis que je vais essayer le stop : si c’est aussi facile qu’en France, ça vaut le coup ! Alors je me dirige vers l’extérieur de la ville : environ 10 kilomètres… Arrivé à l’autoroute (j’ai fait tout le chemin avec mon petit panneau…) j’attends encore 2h… Désespoir, pas une voiture ni un camion ne réagit ! Retour en bus. Achat billet à Granada. Rencontre Julia, belge de 22 ans qui va rejoindre une amie. Ca permet de discuter !

Mais comme je le préparais depuis un jour, grâce au téléphone, je rencontre Laura (une amie d’une amie d’un ami français) qui m’accueille avec joie. 26 ans. Étudie la música. Enchantée de rencontrer un français : c’est marrant comme elle dit, et elle aimerait bien venir un jour en France ! On discute beaucoup. Elle a du travail mais elle me trouve un camping juste au pied de la estación ! Content, je m’installe, la quitte. C’est un peu moins cher que l’A.J. (de toute façon il n’y en a pas dans Granada), et vu comment je dépasse mon budget, à cause des transports et de tous les trucs trop chers. En fait – malheureusement – j’ai bien du mal à m’organiser et je ne dépense pas comme je le voudrais. Et oui c’est difficile car à chaque fois on ne connaît pas la ville, alors pour se repérer… demain il faut que je trouve un office du tourisme pour avoir un plan de Granada : c’est partout 400 ptas !

Une fois la tente montée, je prends un bus qui je crois m’amène vers le centre. Une personne m’indique l’arrêt le plus proche de l’Albaycín, car je vais chercher les autres amis de Corinne [Corinne, c’est l’amie d’une personne que j’ai rencontrée en France, et elle a passé plus de 6 mois à Grenade cette année pour ses études, elle m’a donc fourni des contacts]. Une adresse : 18, calle de los Negros. Personne ne connaît. Je parcours le dédale des rues de l’Albaycín… c’est vraiment magnifique ! Rues minuscules qui montent et descendent, au sol fait de pavés bizarres ou d’assemblage de galets de rivière qui forment des motifs géométriques grâce à un jeu de couleurs. La polychromie est très présente sur les bâtisses. De temps en temps, magnifiques portails de maisons individuelles : arc en fer à cheval, mosaïques colorées (azulejos). Je marche, marche, même les anciens ne connaissent pas. Mais j’en trouve un à l’accent horrible pour ma compréhension qui m’indique mon chemin. Après quelques autres interrogations, j’y suis. Il n’y a personne, alors je laisse un mot : j’aimerais bien les rencontrer ! Déjà ils pourraient peut-être m’aider en m’hébergeant, en plus et surtout ils pourraient me conseiller sur mes découvertes et discuter avec moi de mon projet, comme je l’ai déjà fait sans grand intérêt réciproque… (à Málaga on n’aime pas les Arabes…)

J’erre dans ces petites rues magnifiques et désertes quand deux vieilles femmes m’interpellent : " Francés ? " – " si, señoras ! ". Alors elles m’invitent à leur traduire une lettre administrative venue de France : c’est très marrant. Enchantées, elles me remercient.

J’arrive dans un quartier beaucoup plus occupé : beaucoup de touristes et gens d’ici, commerces arabes (je pense pour les touristes), salons de thé vraiment magnifiques, au style arabe et qui dégagent une forte odeur d’encens et d’épices parfois. Un peu plus loin nombreux bars espagnols. Pas mal de monde. J’en tente un du Guide du Routard où – disent-ils – il y a un petit quelque chose sympathique à manger, avec un verre. Je demande una caña, qu’on me sert sans rien ! Les tapas tournent dans les 500 ptas, je négocie un quart de ración à 125 ptas. Saucisson andalou. Très bon. Ensuite je décide de rentrer au camping.

 

 

 

 

La nuit fut très froide… Laura me l’avait dit. Enfin froide… par rapport à la chaleur écrasante du jour ! (le sac de couchage fut apprécié). Ici le soleil tape très fort, il n’y a pas d’air, plus chaud que sur la côte qui stagnait à 30°. Je dors sur un lit de cailloux. Pas de terre, ouille ! Impossible de piquer les sardines de la tente, d’ailleurs !

Mais je suis de bonne humeur. Peut-être que Charles va me rejoindre à Grenade.

L’inconvénient dans ce camping c’est que pour 1350 ptas il n’y a pas le déjeuner. A deux ça serait 2000 ptas, ça serait mieux.

Arrivé à grenade, j’essaye de retrouver la calle de los Negros, ce qui se fait sans difficulté. Mais toujours personne… Je m’attaque alors à l’Albaycín, le fameux quartier arabe, le plus ancien. C’est là que se sont installés les Arabes avant de construire l’Alhambra : donc, pas de palais, mais un labyrinthe de petites rues pavées de galets de rivière, qui montent et descendent sans cesse. L’ambiance est merveilleuse : maisons traditionnelles (patios, tourelles…), nombreux arbres qui rafraîchissent l’atmosphère. Les façades ne sont pas très propres, mais leur blanc poussiéreux défini l’ambiance. On sent l’importance que les gens d’aujourd’hui accordent encore à la polychromie : partout des petits carreaux de faïence colorée ornent portes, fenêtres… J’erre plusieurs heures dans ces rues désertes où seules quelques " mamas " sont assises devant chez elles. Parfois on arrive sur une place, intime, d’où surgissent nombreux bruits d’activité, qui s’étouffent vite quand on la quitte. C’est merveilleux d’entendre, une guitare ou du flamenco sortant d’une fenêtre. Bien agréable d’acheter ‘un’ fruit sur un étalage… Agréable de se perdre dans ces rues… J’en oublie que je suis seul.

 

Une grande porte de l’Albaycín

 

 

Vers 12-13h, il commence à y avoir plus de monde. Je me fais racoler par des vieux qui veulent me tirer quelques pesetas ou des femmes qui veulent me lire l’avenir dans la main... je l'ai fait une fois (je sais maintenant que je suis intelligent, beaucoup de chance en amour, plus tard beaucoup d’argent… merci… !). Je réussis à regagner le centre (du moins où il y a plein de monde) et marche dans ses différents quartiers.

Bains arabes : petites pièces vraiment très silencieuses, voûtes arabes ouvertes en haut par des étoiles, simples mais devaient être très agréables… mais agrémentées au ciment. ½ Tapa pour le midi.

Malheureusement, pour fréquenter les espèces de bars (aussi bien ceux typiques – Guide du Routard – que touristiques – Guide du Routard aussi en fait) et goûter à l’ambiance et à la gastronomie andalouse, il faut des pesetas ! Les tapas, ces ‘grignotes’ tournent autour de 500 ptas, les menus sont, certes, pas chers pour Monsieur Tout le monde mais je ne peux me permettre un premier menu à 1500 ptas.

Il y a aussi le quartier du " marché-souvenirs ". Rues vraiment très-très serrées, décor très arabe et multitude d’articles pour touristes, tous sur le thème arabe de la ville.

Examinant ce décor monté et cette marchandise (bibelots 10 fois plus chers que dans les magasins hors-centre) – parce que ce ne sont que des moulages de plâtre et peintures appliquées – je me dis que l’influence arabe aujourd’hui n’est plus bonne qu’à remplir les caisses de la ville, et que seule son exploitation compte et fait qu’il y a encore une pseudo vie arabe ici.

C’est vrai que ce travail géométrique est magnifique, mais à quoi bon ?… Il ne s’agit pas d’une influence actuelle du monde arabe, mais de l’exploitation de son passé.

Cela me déçoit assez, et c’est décourageant pour mon voyage. Je me rends alors à la Calderia Nueva, pour comparer. Il s’agit également d’une rue très touristique, mais curieusement il y a très peu de monde, même à 20h… Beaucoup d’articles arabes vraiment très jolis à vendre, mais peu d’intérêt. Mais surtout il y a ces ‘teterias’, des salons de thé/café totalement de culture arabe, installés dans des lieux vraiment magnifiques et authentiques.

En fait je cherche la teteria As-Sirat, où je pense pouvoir me mettre sur la piste d’un certain Samir dont Corinne m’avait parlé. C’est trouvé rapidement puisque les Marocains se connaissent tous entre eux. Ils sont vraiment très chaleureux ! Samir ne se souvient plus de Corinne, mais peu importe, il m’offre un thé et nous discutons de nos situations. Il me parle de son frère qui fait ses études sur le thème que j’étudie ! (je le verrai demain). En tous cas, ce que ces maghrébins annoncent, le " meilleur thé du monde ", n’est pas de l’abus : moi qui n’aimais vraiment pas le thé en France, je trouve celui-ci vraiment délicieux, excellent ! Il me laisse et je me dis alors, d’après ce qu’il m’a conté, que la culture arabe a une place importante dans la ville, et qu’elle n’est pas seulement entretenue par les touristes, mais qu’elle vit dans ce peuple, dans ces rues, dans ces gens qui n’arrêtent pas de s’interpeller… c’est peut-être une vie bizarre, mais c’est très souvent un exemple de solidarité, de bonté, au moins dans leurs mots.

Comme ils disent : " les gens du Nord sont vraiment indifférents, froids, distants, ne s’impliquent pas… et en plus souvent racistes ". C’est certainement pas faux mais dans ‘gens du Nord’ il doit y avoir pas mal d’Andalous…

Sur le chemin du retour je rencontre un groupe d’Australiens, un de Français. Ca permet de discuter un peu et d’éloigner un éventuel ‘coup de cafard’… Je suis toujours tout seul au camping et à chaque fois que j’ai entamé la discussion avec des Espagnols, ils n’ont pas tenu l’autre bout… indifférence, quoi… Au camping, les groupes de jeunes étrangers sont plus ouverts.

 

 

 

 

Réveillé de bonne heure par toutes les activités du camping, je suis surpris par un de ces maux de jambe que je sentais venir hier… il va falloir y aller tranquille aujourd’hui. A 9h je suis dans Granada et c’est une erreur… J’ai beau marcher et parcourir toute la ville, il n’y a personne, les rues sont désertes de toute âme (à part les clochards qui te demandent 300 ptas ‘para comer’ [pour manger] avec un litre de bière à la main). Les rues arabes sont aussi vides que les autres. La ville est morte, la ville dort. Vers midi, quand quelques touristes commencent à se risquer, quand quelques musiques naissent et façades s’ouvrent, je croise Samir qui me dit : " tu es bien matinal ! ". Ici tout le monde ne fait que de se lever… mais l’Espagne se couche très tard… tous les jours, sans les touristes. Ce milieu ne me paraît pas très ouvert, d’autant que je dois prendre le dernier bus à 23h.

Je me suis tout de même assis à la terrasse d’une teteria pour écrire. Les Marocains ne m’agresseront pas comme le font les garçons des bars ‘européanisés’ si on ne consomme pas. Au contraire quand ils ne sont pas occupés ils viennent discuter. En plus on est si bien ici, parmi ces odeurs et musiques enchantées…

C’est après m’être rendu dans le quartier de l’université – d’après les conseils à 2 reprises de jeunes voyageurs –, sans résultat puisque je n’y ai rencontré personne, que j’ai croisé par hasard Charles ! Avec 3 nouveaux amis (2 irlandais et 1 hollandaise : Stuart, Emma & Marleene) nous décidons de trouver une chambre dans une pension. On en trouve une assez rapidement à 8000 ptas pour 5 : résultat, c’est moins cher que le camping si on y ajoute les trajets en bus ! Alors pour m’installer je vais chercher mes affaires au camping, et surprise arnaque ! Midi est passé, et on me fait payer la nuit suivante ! J’ai beau m’exclamer, me plaindre, rien n’y change : " el día turistica acaba a las 12 ". C’est écrit sur le règlement que je n’ai pas lu… Il faut dire aussi que je m’y suis mal pris… la tente pas démontée, le billet trop gros sur le comptoir et ma carte d’identité dans son tiroir… en plus je lui parlais espagnol… Je n’ai rien pu faire tellement j’étais pour elle un ‘touriste’ à qui il faut tirer les billets du nez. L’autre erreur étant que je m’énervais, et perdant quelque peu mes moyens je n’ai pas beaucoup usé d’astuce… Alors rageux je suis parti, vite fait, avec la réelle volonté de faire sortir ce sale camping du Guide du Routard.

Nous passons tout de même une bonne soirée, dans un petit resto chinois que m’avais conseillé Samir : dans une salle magnifique, avec de nombreux serveurs très distingués, nous mangeons un repas de grand luxe pour un prix modique ! Ce sont les 650 ptas du ‘menú del día’ qui nous avaient attirés, mais mes amis se sont laissés tenter par le patron pour un forfait pour 5 personnes comprenant 11 plats ! C’est complètement fou ! On s’est tous régalé, et il nous ont même offert un alcool local à la fin… Ce pays est à l’envers : le taxi est moins cher que le bus, l’hôtel que le camping, le restaurant que notre cuisine, la clim que le soleil de plomb. Tout ça si on est plusieurs : d’où l’intérêt de se regrouper si je rencontre encore des jeunes !

 

 

 

 

 

Ce matin, c’est lever très tôt. On nous l’avait dit, aller à l’Alhambra c’est un truc de fou. Mais à ce point ! ! Vers 11h, le quota de billets est atteint : plus possible d’entrer. Impossible d’acheter le billet la veille, alors il va falloir se lever tôt… aller à Grenade sans voir l’Alhambra, c’est pas possible !

 

 

6h du mat’, les premiers arrivés

 

Alors, prévoyants, on décide d’y être à 6h (on doit pour ça prendre un taxi). On est parmi les premiers… c’est dur, mais on ne le regrette pas : vers 6h30 il y a au moins 400 personnes, et à 8h on ne voyait plus le bout de la queue ! Ca ouvre à 8h, c’est une vraie usine. Il faut acheter le plan, le commentaire du plan… Le billet est valable une demi-heure ! Alors on y va et on découvre pendant toute la matinée cette merveille arabe. 3 types : les jardins (jeu entre végétation et eau), les palais nasrides (architecture très ornementale, archi-connue) et la forteresse, l’Alcazaba. Bon, je ne regrette pas d’être venu, c’est vraiment magnifique, il faut le voir. Mais c’est cette conception : poussés, il faut avancer, vite, on voit ces merveilles défiler sans les comprendre ni rien en connaître. On peut juste dire " c’est très beau ", mais pas " c’est touchant "… aucun esprit, il s’agit d’une consommation, de beauté certes, mais surtout d’artifices. La visite guidée par écouteurs ajoutait seulement des dates et noms propres, mais retire complètement – à mon avis – la part d’errance dans ces merveilles dignes des contes des mille et unes nuits, le rêve, l’appropriation des sensations d’un manant qui aurait un jour eu la chance de pénétrer dans ‘son’ palais. Se perdre dans les jardins d’une grande fraîcheur… mais on n’y est jamais seul. Impossible de prendre une photo sans une dizaine de touristes dessus (moi le premier), impossible de s’asseoir devant un chapiteau (tous uniques et signés, à ce qu’il paraît), impossible de revenir en arrière.

Après quelques heures où mature cette expérience, je me dis : il y a 3 choses entre la culture ‘arabe’ et l’Espagne du Sud : d’une part un passé plus que prestigieux, où il s’est passé quelque chose d’exceptionnel qui a tout changé. Ensuite, même si les liens sont toujours présents, il ne reste plus grand chose de cette influence culture arabe à Espagne : l’exploitation de ce passé, pour les touristes, essentiellement par l’architecture ; mais surtout un lien de sang, de proximité, de population. C’est ce mode de vie, ces rues, ce journal qui annonce tous les jours des problèmes d’immigration clandestine, de maghrébins qu’on retrouve morts sur la plage.

Petite sieste pour récupérer. Vers 15h je pars avec Charles marcher dans l’Albaycín : il profite de ma connaissance du coin et je découvre toujours quantité de détails qui m’avaient échappé. De toute façon ça fait du bien de s’imprégner de cette " so different atmosphere ", comme dit Charles ! Toujours ces ruelles étroites et zigzaguantes qui montent et descendent, bordées de hauts murs blanchis à la chaux, rythmés par quelque végétation et fenêtres fort décorées de ferronneries et faïences multicolores, ouvertes sur quelques patios et ombragées par ces toits si typiques (quand il y en a). De temps en temps, un air de Raï – ou une guitare.

 

Pas un bistrot n’est sans rappeler les origines de la ville…

Au retour on s’attarde dans la ‘Calderia Nueva’, la fameuse rue dominée par les magasins et teterias arabes. Il est très facile de discuter avec les Marocains sur le monde, sur les techniques artisanales… On prend un thé, le temps passe vite dans ces petites salles sombres richement décorées (Alhambra miniature), aux couleurs chaudes et tamisées, assis sur des coussins dans une atmosphere d’encens et de musique populaire arabe.

Retrouvons nos amis. Après avoir mangé un bout, on s’aperçoit que progressivement, depuis 10 heures, les rues se sont engorgées de monde ! Aujourd’hui la ville paraissait assez vide de touristes (oh tant mieux !), ce soir c’est toujours vrai mais les rues sont bondées d’Espagnols qui inondent les bars qui eux-mêmes débordent… L’ambiance est fantastique, il est facile de discuter avec les Andalous. Mais l’habitude est de parler avec tout le monde, et de changer… plaisirs éphémères d’une vie qui bouge. Sur le chemin du retour on découvre une sorte de bar archi, archi bondé d’où sort une musique bien jeune. Tout le monde danse, on y rentre. Ambiance déchaînée sur des musiques que l’on n’entend pas en France : c’est très " salsa ", " latino ", et aussi beaucoup de musique nord-américaine et turque. C’est un vrai délice ! Et cette musique que je n’appréciais pas en France est merveilleuse ici. Très bonne soirée.

Peu dormi…

 

 

 

 

Mes amis partent aujourd’hui pour " los Alpujarras " : il s’agit d’un parc naturel montagneux (comme partout ici), désertique et magnifique à ce qu’il paraît, proche de la Sierra Nevada. Oh, j’aurais bien aimé découvrir ce paysage, mais c’est beaucoup de frais pour quelque chose qui n’est pas du tout le but de mon voyage.

Ce matin je vais peaufiner mes comptes (voir où j’en suis !), écrire quelques cartes… voir pour le bus demain, si le stop ne marche toujours pas.

***…

 

 

 

 

Bus de 7h30 pour Cordoba. J’ai économisé le prix d’une nuit d’hôtel. Arrivé 9h30. Quelques difficultés à rejoindre le centre… premières impressions assez positives, mais sans plus : pas de coup de foudre. Recherche de quelque chose pou dormir. Vais voir amis de Fabienne. Facile à trouver : très accueillants, sympathiques dans leur appartement à conseils, nouvelles et consignes pour la France, mais ce que j’espérais et essayais de leur demander (en leur demandant où trouver quelque chose de vraiment pas cher, si je pouvais squatter un parc…) i.e. qu’ils me proposent leur hospitalité, ne se produit pas.

Retour en ville -à A.J. Une heure d’attente, puis on nous propose un tarif "à la tête du client" à 2550 ptas, ou ils veulent nous faire acheter une carte à 2000 ptas (alors que c’est 500 normalement) pour abaisser le prix à 2050… Dans un coup de colère, on est 4 à se dire: on trouve autre chose! (ce que j’avais déjà proposé mais n’enthousiasmait personne). Chambre pour quatre : 9000 ptas. Soirée simple à marcher, observer… avec mes 3 amis: Bart (24 ans, Belge), Raphaël (22, Français) et Elle (27, Anglaise). Nous partageons nos expériences, voyage, idée, philosophie… Surtout avec Raphaël qui possède une grande culture de l’art et surtout des idées précises, une conception des choses assez étonnante et qu’il est vraiment intéressant d’écouter. Je pense que c’est le genre de soirée qui fait réfléchir, mûrir, grandir : très enrichissant de se confronter et se remettre en cause… Après un repas fait de plein de "raciones" que nous nous sommes partagées et avons découvertes ( gazpacho, chorizo, boudin, soupe de poisson, paëla, potage de hubos… tout ça en petites quantités… pour pas bien cher, c’était bien) On s’arrête dans la rue devant 2 musiciens qui nous jouent un jazz passionné pendant 2 heures. Ca vaut bien quelques pièces !

Nuit qui se fait plus qu’apprécier et rattrappe les 2 autres plus courtes. Le projet était de se lever à 7h pour profiter d’une peut-être entrée gratuite à la Mezquita, avant 8h.

 

 

 

 

 

 

Malgré les efforts de mes amis, ils n’ont réussi à me réveiller qu’à 9h30. J’ai honte… Ils me croyaient morts, mais… je n’ai RIEN entendu ni ressenti !

Trop tard pour la Mezquita, c’est 1000 ptas… Mais je vais profiter de marcher dans ces rues qui furent le lieu de rencontre et cohabitation des musulmans, juifs et chrétiens pendant des siècles aussi bien sur le plan militaire que religieux, culturel, artistique, administratif, législatif, commercial, industriel…

Torre de Callahora

[je visite cette tour-musée splendide dans laquelle je prends quelques notes]

Midi sandwitch. Dans fin d’après-midi, visite de la Torre.

Très intéressante, cette visite basée sur les commentaires d’un homme, appuyé sur images, maquettes et objets. Lyrisme excessif ou pas ? En tous cas ça me confirme que Cordoue ça a été quelque chose… mes notes sont plutot techniques, mais ce qui ressortait surtout c’était une certaine émotion face à cette société complètement axée sur la religion (mais) et qui s’est montrée comme un grand exemple de progrès, de tolérance… toujours les mots d’un espoir d’un monde meilleur. D’une société plus grande et juste… Apparemment ils en étaient assez près dans cette Cordoba… Mais c’est peut-être un peu l’expression des fantasmes d’un historien.

Je reste critique, ce n’était sûrement pas le paradis, mais n’empêche que ça devait pas être l’enfer, comme c’est souvent le cas dans ce genre de cohabitation (voyons Jérusalem), et même un grand progrès dans quasiment tous les domaines.

On traîne ensuite. On discute avec des musiciens qui se font virer, des touristes perdus, des jeunes qui passent…

Soirée très succinte : on ne trouve rien de bon marché alors on ne mange pas, c’est plus simple. Demain on va à l’A.J. pour le déjeuner, on va profiter du pain à volonté!

Les mille et unes nuits

 

 

 

Déjeuner à l’A.J., j’y rencontre Charles. Je passe ma première matinée à vraiment profiter des rues, des patios dont les portes – donnant sur la rue – sont ouvertes pour laisser passer les derniers rayons pas trop meurtiers… en fait toutes les maisons possèdent ce petit patio rempli de verdure, de lumière tamisée, et des petits oiseaux exotiques; tout ça qui rempli les pièces voisines d’une fraîcheur, d’une atmosphère pimentée des musiques venant de la rue. On découvre plus tard une fac : restauration vraiment pas cher et assez bonne ! (on n’a pas de problème, même si on n’est pas étudiant ici…). Fin d’après-midi : Mezquita

Une maison dont la visite est payante…

 

 

Finalement je ne trouve rien de bien arabe dans cette ville…mais ne chercherais-je pas que l’expression grandiose de cette culture ? J’ai peut-être les yeux un peu trop fermés…

L’influence maure… oui, mais qu’est-ce que c’est que la culture arabe ? En fait je n'en sais trop rien.

Petite amertume.

Je me dis qu’à Séville, je serais pareil, dans l’ignorance d’un milieu ayant baigné dans ce que je cherche, mais que je ne parviens à voir et comprendre…

Ce que je voudrais en fait c’est aller au Maroc : là je pourrais sûrement voir cette culture arabe et comprendre l’Espagne…

J’espère…

Discussions, réflexions. Ce qui est possible ou pas. J’ai encore la Mezquita à voir : il paraît que le matin c’est possible d’y rentrer gratis, les gardiens s’en fichent car on ne paraît pas trop touriste. Donc à 8 heures j’y suis. Ensuite se renseigner sur les possibilités d’aller à Ceuta ou au Maroc, encore mieux…

Mais je n’ai pas de passeport = problème. Gros.

Ca va me créer pas mal de dépenses supplémentaires, mais je sens que depuis que je suis à Cordoue je ne profite pas de la seule chose qui m’intéresse ici… Il faut y aller.

Bonne soirée où nous parcourons les places populaires.

 

 

 

 

8 H à la Mezquita : eh oui c’est gratuit ! Voilà 1000 pesetas d’économisés. Mais voyons à l’intérieur… on entre tout de suite dans la forêt de colonnes. Diverses impressions assez décevantes vu la légende qui entoure la très fameuse Mezquita, la plus grande du monde. Les diverses perspectives, merveilleuses et immenses sur les maquettes, sont sans arrêt bloquées par diverses chaires, retables et autres objets chrétiens telle la cathédrale en plein milieu et nombreuses autres chapelles baroques. Bref, je suis assez, voire très déçu. Seulement une grosse demi-heure à l’intérieur (je suis seul dedans).

J’ai réussi une combine assez douteuse : j’ai réussi à dormir à l’auberge de jeunesse sans payer. Ca n’a pas été trop difficile, mais en ressortant avec les sacs vers 10 h, le réceptionniste m’a capté mais il ne pouvait rien prouver (il n’avait pas mon nom et je lui avais dit que je laissais juste mon gros sac ici). Tout de même 2500 pesetas ! De toute façon vu les prix qu’ils pratiquent, pour des jeunes… c’est plus cher que l’hôtel !

Pour se rendre à Algeciras, le train est un peu moins cher que le bus. Mais quelle prise de tête. Ils ne veulent accorder aucune réduction pour jeunes, 2 pers., ni carte 12-25 ! Ce sont vraiment des wwWW ! Et les prix ! Plus de 3000 pesetas… Alors on passera une nuit gratuite, il le faut : gare ou parc… on verra bien.

Le train parcourt des paysages morts… : dénivelés, petites montagnes sans fins, surfaces abandonnées… la terre est rouge. Presque rouge sang. Certains champs sont brûlés. Parfois on imagine que quelqu’un a voulu faire pousser quelque chose ici ; mais même les mauvaises herbes ignorent ce sable brûlant. Seuls les oliviers peuplent ces vallées parcourues par des cours d’eau asséchés. Pas une habitation, pas une chèvre : rien que des traces.

Parfois une bourgade rassemble d’assez nombreuses usines ou ateliers. Les villages blancs. Plus blancs que blancs, ils brillent sous le soleil.

Je suis heureux de voir ça.

Arrivée avec plus d’une heure de retard.

Cette ville industrielle (= béton) apparaît plus que sous influence nord-africaine : il n’y a que des maghrébins ! Difficultés pour trouver quelque part où dormir… partout où ça paraît pas cher, on nous annonce " completo " ! L’ambiance est très particulière, très à la tête du client. On trouve quelque chose à 2000/pers., c’est cher mais on n’a pas vraiment le choix, car il n’y a pas de bateaux de nuit. Très mauvaise nuit… ici, les plus petits enfants ne se couchent pas avant 2 heures du matin, ça sent mauvais… Au réveil, ça gratte partout, et même après une douche (froide car pas d’eau chaude) on est couvert de boutons…il va falloir se débarrasser de ces puces.

Trouvons après quelques recherches une compagnie un peu moins chère : mais ça fait quand même un gros trou dans le budget…

 

 

 

Et oui " ida y vuelta ", 5540 pesetas [220FF], et encore j’ai employé une carte que je n’ai pas… On aurait envie de tenter des trucs impossibles ici, mais le problème est que tout est très mal famé… Sans arrêt on croise des gens dépouillés ou des bandes assez … agressives. J’avais force d’idée que de dormir sur un banc et peut-être embarquer sur un bateau commercial, mais ça me paraît un peu dangereux et apparemment les polices ici font plus que leur propre loi.

Embarqués avec beaucoup de retard, c’est enfin Gibraltar, la Méditerranée. On nous passe un documentaire animalier… tigres, éléphants, zèbres… L’Afrique ! Mais enfin ça c’est juste pour nous faire saliver.

Là-bas, là-bas… ! ! ! ! ! L’Afrique ! ! ! Elle nous présente ses montagnes grises, qui montent et descendent comme le bateau tangue… !

 

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Ce n’est qu’au retour que j’écris ces lignes : cette expérience, grosse déception, aura tout de même été quelque chose …d’hallucination en hallucination, je puis maintenant me dire quelque rGluMbwU : le Maroc, peut-être un jour, mais sûrement pas tout seul !

 

Alors voilà, le pied posé sur le continent africain, déjà on n’arrête pas de se faire accoster par des " guides ", toutes sortes de marocains en tenues bizarres… Bien sûr rien n’est gratuit pour les blancs, même si nous sommes appelés " amigos ! " On rencontre des français qui nous préviennent : " attention c’est l’enfer ici ! Il ne faut jamais rien avoir de valeur sur soi, et tous les prix annoncés, il faut les multiplier par au moins 10 ou 100 quand on se trouve dans des situations délicates dans lesquelles les Marocains savent nous placer… "

Grâce à un espèce de point touristique tenu par une charmante hôtesse, on trouve une résidence pour étudiants qui accepte de nous prendre même sans le fameux  " Carnet Joven " qu’on n’arrête pas de nous réclamer. Ici, si on n’a pas cette carte, on n’est pas jeune. Il faut l’acheter on ne sait où… Jamais de confiance.

On décide de visiter cette " île " à pied, et partons vers le château qui la domine… des kilomètres et des kilomètres… pour arriver en haut, devant une pancarte : " zone militaire, PROHIBIDO PASAR ". Et voilà, en redescendant cette poubelle géante où parmi les maisons entourées de grands murs ceints de morceaux de verre et de barbelés gisent des immensités de détritus… et de cactus.

Continuons sous le soleil qui tape… mais il y a beaucoup de vent si bien qu’il ne fait pas trop chaud. On trouve une espèce de quartier pauvre marocain : maisons sans toit, très sales mais à l’allure blanche avec des rythmes rectilignes jaunes, toujours ces grilles aux fenêtres et un semblant de jeu de mosaïques autour de la porte. On nous regarde vraiment d’un air bizarre…

Retour à l’auberge… épuisés ! Couchés de très bonne heure. (le centre de Ceuta a vraiment tout de l’Espagne : la seule différence est qu’il n’y a que des marocains ici !)

 

 

 

 

Levés à 7 h. Une bonne douche dans cette eau marron, mais enfin… l’air colle ici. Avec difficulté, on trouve un bus pour la frontière. – Ah ! J’ai oublié de parler de quelque chose sur hier : on m’a proposé de me faire un faux passeport pour 10000 pesetas [400FF]. Pour 5000 pesetas je pouvais passer la frontière en fraude par des " amis " de la police… Moins de 400 F pour un faux passeport… j’hallucine…

Alors on est lâché à la frontière.

Et là ça va aller d’hallucinations en…

Nous empruntons ce qui ressemble à un couloir pour piétons mais se transforme vite en un couloir pour bétail : barreaux, barbelés en haut… on se croirait en prison… Tout est jonché d’ordures, pire qu’une porcherie... On erre ensuite sur ces zones bétonnées de passage et demandons conseil à un policier qui nous arrête : Oh, il est fort sympathique, plaisante, et m’explique que même si je n’ai pas de passeport il y a toujours moyen de s’arranger. Envoyés vers un " guichet 5 ", il n’en est pas de même. Vite attrapés par un autre policier, celui-ci nous propose de passer pour 5000 pesetas… Et de nous changer de l’argent moyennant une commission de 1000 pesetas [40FF], pour aller boire un café… Nos visages sont battus par un vent chargé de sable. Il est difficile d’ouvrir les yeux.

On arrive à lui échapper, avant qu’il ne nous entraîne dans un coin et ne nous dépouille. En plus, de l’autre côté apparemment il n’y a pas de bus, seulement des taxis…

Charles ne se sent pas en pleine forme, surtout à cause des centaines de piqûres de puces qu’il a attrapées à l’hôtel d’Algeciras. J’en ai aussi quelques-unes unes mais elles ne gonflent pas tant. (Un pharmacien nous a dit qu’il n’y avait pas de problème.) Il ne veut donc pas se retrouver seul au Maroc… Cela fait froid dans le dos !

Alors on fait demi-tour. Vite arrêtés par des policiers :  " passeports SVP ". Ils croient que nous venons du Maroc ! (autrement dit, si on refaisait demi-tour…). Les explications sont difficiles, mais on n’a pas des têtes de maghrébins en exils, alors ça passe. Il y a beaucoup plus de monde dans ce sens là ! Accueillis une fois encore, mais cette fois à la mitraillette et bazookas…Même problème. Reprenons le couloir à bestiaux, mais cette fois tassés avec des marocains, des enfants qui crient…

Le retour en bus est assez folklo…

Une seule envie : prendre le premier ferry et partir le plus loin possible de cette merde vivante.

La frontière étant une passoire, tous les basanés sont recontrôlés au ferry … pas nous.

Arrivés à Algeciras on saute dans le premier bus pour Jerez de la Frontera.

17h : arrivée dans cette ville charmante. Une heure de marche jusqu’à l’office du tourisme. Il fait très chaud. Les sacs sont lourds.

On trouve une pension pas trop chère, très mignonne par ailleurs : Patio plein de verdure.

La soirée fut agréable : on découvre cette jolie petite ville et quelques tapas.

Couchés de bonne heure : j’ai très envie d’une bonne nuit réparatrice car ma tête est comme une casserole…

 

 

 

 

 

Levés, nous partons à la visite de la ville. Charles prend, comme prévu un bus pour Séville : c’en est fini des vacances pour lui…

L’Alcazar, la mosquée… voilà qui relate bien de la présence arabe. L’Alcazar est fort beau, mais enfin… il est là parce qu’il est là, c’est tout… La mosquée, elle, vit encore beaucoup car apparemment il y a beaucoup de musulmans ici. Même si la population est très ancrée dans le christianisme qui s’affiche partout : sur les façades, dans les bars…

Le nom " Jerez de la Frontera " vient du fait que Jerez était située à la limite des territoires maures et chrétiens, d’où les nombreuses murailles.

J’erre beaucoup. Pars à la recherche de l’auberge de jeunesse, avec dans l’esprit que je me retrouve encore une fois seul… Le moral doit tenir. Après avoir demandé mon chemin vraiment beaucoup de fois, je trouve l’auberge : c’est vraiment loin ! Ici c’est pas cher : 1700 pesetas et pas besoin de carte. C’est très bien.

Mes projets sont de continuer à visiter aujourd’hui et de partir demain en auto-stop vers je ne sais quel petit village andalou. J’ai envie d’aller un peu vers la campagne, de tenter ma chance au moins ! Ensuite je verrais bien, en gardant pour objectif Séville dans quelques jours.

Ma chambre : j’y rencontre " un chico peruano ", hispanophone, fort sympathique. On discute, et, malgré quelques difficultés de compréhension, parlons de nos projets. Comme à chaque fois, il est étonné que je sois seul. Il me dit qu’il part pour Séville demain (il a une voiture…) : c’est l’occasion rêvée ! J’accepte avec joie sa proposition de m’emmener, ainsi que de sortir avec lui et son ami ce soir ! Ainsi je partirai demain après-midi.

Quelle chance : Moi qui me croyais perdu, voilà déjà de l’aide !

J’apprends un peu plus tard que pour je ne sais quelle raison, il y aura peut-être un changement de programme… Qu’importe, je ne vais les décevoir en étant exigeant quand même !

RDV dans 2 H… 2 H à attendre à l’auberge de jeunesse qui paraît vide… il n’y a personne…il ne me reste qu’à écrire !

4 H plus tard et un bon coup de cafard… revoici nos amis qui décident de partir à l’instant pour Séville. Leur grande humeur me remonte vite le moral. Musique, agitation, sympathie, discussion, jusqu’à Séville où je les conduis jusqu’à des hôtels (grâce à mon précieux guide… qui me donne toujours une longueur d’avance !)

Tout est assez cher, surtout pour trois…ils acceptent de me conduire jusqu’à l’auberge de jeunesse… car je me dis que je ne pourrai pas suivre leur train de vie : ils ont quelques jours de vacances et vont dépenser pas mal d’argent…

Ils ont vraiment été très sympa !

Mais à l’auberge de jeunesse, ce coup-là c’est 2550 pesetas. Eh oui ! Il exige la carte internationale à 3000 pesetas… car n’étant pas espagnol je n’aurais pas le droit d’acheter celle d’Andalousie… délire total ! De même je ne pourrais acheter le carnet Joven espagnol, et ma carte française ne marche pas !

Ca m’énerve ! ! !

En plus je vais devoir payer le bus car c’est loin du centre…

Mais enfin je me console car je vais sûrement pouvoir faire des rencontres

 

 

 

 

Ah… enfin un bon petit déj’… c’est tonifiant !

Je rencontre mes compagnons de chambre : 2 français. C’est toujours bon pour le moral de parler un peu français. Ils sont ici en voiture, pour quelques jours. Je rencontre aussi un américain du nom de Bull (!), la quarantaine, qui voyage seul en Europe. Il est très ouvert, sympathique, et même s’il me paraît un peu louche ça m’intéresse et m’amuse de passer la journée avec lui : je vais pouvoir voir autre chose, et peut-être essayer de commencer de ma débarrasser de mes préjugés hyper négatifs sur les Américains et les U.S.A.

Parviens à contacter l’ami de Claire [une camarade de lycée], Miguel, qui vit à Séville. Malheureusement il part ce jour même pour l’Extremadura ! !… Mais on a RDV à 12h30, à la station de bus.

On se rend vite compte qu’une fois de plus (pour moi), c’est une erreur d’arriver dans une ville le dimanche : c’est le jour où tout est fermé, il n’y a personne, certains monuments sont gratuits et on passe à côté de plein de chose, y compris du samedi soir enflammé il me semble. Mais enfin… C’est arrivé comme ça, j’ai la journée pour explorer les lieux.

Rencontre avec Miguel qui est vraiment, vraiment sympa ! Il nous guide quelque temps dans la ville, m’explique ce qui est typique ici ; on va voir la cathédrale, assez rapidement.

Quelque chose que je n’arrive pas à comprendre : en Espagne il faut payer pour entrer dans une église !… Mais là il y a une messe et de toute façon ils ne sont pas embêtants.

Très, très sympa Miguel. Mais il doit y aller.

Vers le grand parc. Ici, il n’y a pas à dire, tout rappelle ce que je sais de la culture arabe : pas seulement le minaret ni les magasins pour touristes devant la cathédrale, mais partout, partout ce sont ces façades égayées par des couleurs, un semblant de travail de ferronnerie et de mosaïques, de faïences.

Toujours ces patios que je découvre quand je pousse les portes, toujours ces grilles.

Ces petits filets d’eau qui coulent et rafraîchissent l’atmosphère.

 

Au grand parc, où nous nous asseyons pour nous reposer un peu, je me retrouve seul avec Bull : et là il me fait un peu peur… Il est vraiment sympa et je pense que sa nature est d’être assez proche des gens. Je ne connais sa culture mais je trouve qu’il fait vraiment homo…

Cela dit, ça ne me gêne pas, mais j’espère que ce ne sera pas à moi de fixer les limites… L’affection paternelle, je veux bien (apparemment il n’a pas d’autre famille que ses parents), mais sûrement pas plus ! De toute façon même que ce soit une femme, avec plus de 25 ans de plus que moi, ça serait d’un vulgaire !

Enfin, peut-être qu’il est juste différent, et que je fabule parce que j’ai trop d’arrière pensées quand je regarde les jolies filles passer devant moi !

… J’espère !…

Je me retrouve quelques heures à méditer et écrire, pendant que Bull est parti voir la corrida.

Avant j’avais vraiment envie d’aller voir ça, non pas pour y porter un jugement mais parce que c’est vraiment ancré dans la culture espagnole, à fortiori andalouse. Mais j’en ai vu une à la télé, à Bobadilla dans un bar populaire, et ça m’a assez dégoûté… Je l’ai promis, je ne porterai pas de jugement. Mais je ne crois pas que ce soit pour moi…

En plus c’est assez cher, à peu près 3000 pesetas et là c’est pas possible…

Alors je ne dirai pas que c’est fantastique, je dirai que c’est espagnol et que les cuisses de grenouilles c’est vachement bon.

 

 

 

Pardon famille, pardon amis, pardon Zellidja si je ne vous écris pas ! Mais ici ça me coûterait assez cher (du moins pour mon budget), et ce n’est pas une photo de la cathédrale ou de palmiers que je veux vous montrer…

Alors mon énorme défaut prend le dessus : plus tard. On verra plus tard.

C’est comme ça que je perds de magnifiques photos, que je n’ai pas de souvenir physique de certains amis… Pour ça aussi que parfois je prends 10 photos de choses qui n’en valent pas la peine, tout ça parce que je veux emmener avec moi des fragments de choses célèbres, mais pas spécialement belles… je n’ai pas encore le talent de choisir ce que je veux fixer.

J’ai besoin de cours de photographie ? Plutôt de cours de philosophie : que je sache ce qui est beau pour moi, ce qui est important pour moi, ce que je veux offrir aux autres. En fait j’ai besoin de me connaître…

C’est fou comme ça fait du bien d’écrire. Peut-être que ça élève la pensée mais en tout cas ça permet de penser au moins.

Les impressions de Bull au sortir de la corrida sont très intéressantes : Il me conte que tout d’abord il avait trouvé ça très cruel envers le taureau ; mais que vite il fallait regarder ce spectacle en se disant que ce taureau de toute façon serait mort à l’abattoir, et que là on le tuait en héros. Alors le torero lui a paru comme un athlète et son activité comme une danse, très technique. C’est intéressant de voir ça sous cet angle !

Mais j’en retiens que la corrida, même si elle fait penser aux jeux romains, n’est pas quelque chose de barbare. Egalement, je perds l’image de la foule d’espagnols se ruant vers la " Plaza de Toros ", et les garçons de 5 ans ayant comme idole, comme héros, un torero.

Peut-être que le foot a pris la place ?

Peut-être que ce n’était pas le bon moment et donc pas un bon exemple.

Mais cet avis est bien différent de celui de Charles qui n’avait pas aimé ce spectacle, excepté le premier des 6 actes (il y a 6 taureaux à tuer).

 

 

Je profite de la soirée pour manger une bonne platée de riz dans un restaurant chinois, ce qui est très reconstituant après une telle journée de marche !

Ce fut vraiment très agréable que de marcher ensuite dans ces parcs si calmes où parfois on croise des bars bondés et débordant de musique, où je me plais à m’asseoir et à observer les gens, jusqu’à ce qu’on me vire parce que je ne consomme rien…

Retour à l’auberge de jeunesse, vraiment éreinté ! Mes genoux n’en peuvent plus !

 

 

 

 

L’idée de m’éloigner des villes germe de plus en plus dans ma petite tête… d’autant plus que de marcher, marcher dans la ville ça va aller quelque temps, mais après…

Il me reste donc à rendre ça matériel : il faut que j’achète une bonne carte du coin et que je trouve un bus qui m’éloigne le plus possible de la ville, pour faire du stop, si possible sur des routes pas trop grandes.

J’espère alors pouvoir m’intégrer dans un village, dans une ferme, je ne sais pas… au pire si ça ne marche pas je camperai et retour à la ville… Reste que j’espère vraiment que le stop va marcher…

Ce matin, étant donné que la plupart des trucs intéressants sont fermés, je me lance à la recherche du fameux " Carnet Joven ". C’est une formidable course poursuite ! Premièrement pour savoir comment l’obtenir (et où), ensuite dans le dédale des démarches administratives : une photocopie, une photo, un timbre fiscal, une carte qui ne marche pas, une attestation de la banque… Tout ça en sachant que tout ferme à 14 H.

A 13h58, c’est réglé… ouf ! Je vais pouvoir faire des bonnes économies sur éventuellement le train, et l’auberge de jeunesse, même si ça m’a coûté 1000 pesetas [40FF].

Profite un peu du soleil, sur un banc.

J’ai envie de retourner à la cathédrale, histoire de l’observer un peu plus : c’est beaucoup plus facile tout seul. Cette fois je dois payer, mais enfin, 200 pesetas… et je pourrai monter dans la tour, la Giralda, ce par quoi je commence – 98 m. – Ses galeries sont très curieuses… Arrivé en haut, s’offre une grande vue sur Séville : c’est amusant, tous les immeubles ont leur patio. Je remarque que le centre " joli " (pas les HLM, quoi !) est très étendu, mais que Séville aussi ! … ça ne va pas être facile d’en sortir… C’est vrai que je suis un peu dans l’illusion… c’est comme si j’étais à Marseille et espérais être à la campagne en 2h. de marche…

Ensuite je vais m’asseoir par terre dans la cathédrale. Il n’y a pas vraiment de " grandes " perspectives ici (je crois que l’Espagne n’en est pas friande), mais j’aime à essayer ainsi de lire l’édifice. Les gardiens, eux, n’aiment pas : il y a des bancs qu’ils me disent ! Mais on pense mieux par terre.

Et comme je ne comprends pas vraiment ce que je vois, j’insiste… et j’ai tout d’un coup le sentiment que ce que je vois et ce que j’ai vu n’a rien à voir avec l’Europe du Nord. Ici, comme je disais, il n’y a pas de grandes perspectives. La cathédrale est belle et bien gigantesque, mais elle s’organise sur une échelle humaine. Malgré la hauteur c’est très large. Il n’y a pas de grande nef, mais c’est la cathédrale la plus large du monde. En fait il n’y a pas cette nef, organe principal : on peut la prendre dans tous les sens, c’est pareil… un gros carré ? … une mosquée… Toujours des grands trucs au milieu pour qu’on ne puisse pas voir grand. Le rejet des grandes perspectives est assez général en Andalousie ; c’est peut-être dans le but de ne pas refléter les grands espaces qui la composent

Lisant des sculptures incompréhensibles, je trouve des étoiles (ce qui n’est pas franchement catho.), des courbes… Beaucoup de choses paraissent très baroques… Des colonnes assez romaines, d’autres en marbre rose rappelant le mezquita de Cordoue…

Bref, c’est difficile à expliquer, mais j’ai l’impression que dans l’âme des constructeurs, en dépit de leur volonté, il y avait quelque chose qui venait de cette longue présence arabe… Comme dans les maisons qui se construisent encore, où apparaît comme ça une fenêtre en " fer à cheval ", même en PVC.

C’est à peu près la première fois que je trouve quelque chose qui me satisfait, compte tenu du but de mon voyage… et pourtant, je vois tout dans cet objectif.

J’allais pour me dire que j’avais passé une soirée franchement sympathique où j’avais rencontré des espagnols de Séville sur une petite place populaire quand rentré à l’auberge de jeunesse je m’aperçois que je me suis fait voler mon portefeuille…

BOUM.

A l’accueil de l’auberge de jeunesse, c’est simple, il faut partir : c’est fou comme ils sont compréhensifs dans cet établissement pour les jeunes… pas une aide. Heureusement je retrouve ma carte de crédit qui n’était pas avec… ouf ! Mais n’empêche que je balise vraiment : je venais de passer chez American Express changer tout un carnet de Travellers Chèques (me disant que je ne retrouverai pas d’agence avant longtemps)… 20 000 pesetas qui s’envolent ! Non…

Je fais des économies de 25 pesetas par-ci, par-là, 20 000 en moins … Et en plus, tous mes papiers !…

Le moral est fort bas.

Mon compagnon de chambre me dit tout de même que j’ai de la chance… La plupart des vols se font avec agression, et ils ne m’ont pas pris l’appareil photo… J’essaye de me dire que c’est comme ça… mais c’est dur.

Très mauvaise nuit.

 

 

 

 

Levé de bonne heure, je n’ai pas grand appétit. Je ne peux penser à autre chose… C’est trop bête ! Et je ne me suis rendu compte de rien… Quel nul !

Je fonce vers le consulat de France, où l’on m’envoie au Commissariat de Police pour faire une déclaration de vol, ce que je fais. Bon, à pied, ça va pas très vite… Au commissariat ça se passe bien, puisqu’ils me mettent en relation avec quelqu’un qui parle français. Papiers à remplir, longues attentes. " Mais c’est totalement inconscient de voyager seul en Espagne du Sud ! " me disent-ils. Je ne crois pas. Conclusion finale : je suis mineur, je n’ai pas le droit de faire de déclaration de vol ! Voilà la meilleure ! Il faut que mes parents viennent la faire ici… bah voyons…

Le pire c’est qu’ils ne veulent pas me laisser partir : pour eux, c’est retour en France directement. Non mais ça va pas ! C’est pas la mort non plus ! On ne m’a rien volé de matériel à part l’argent ! Après quelques négociations, ils décident de me refourguer au consulat : j’ai le droit à une voiture spéciale … Une policière m’y raccompagne donc. Elle m’explique qu’il faudrait vraiment que j’évite de me balader seul à Séville, c’est plein de voyous et j’ai de la chance de ne pas m’être fait agresser. Au consulat, c’est assez longuet et pénible, mais ils sont assez compréhensifs et moi aussi envers eux ; je leur fais une déclaration signée de qui je suis, mais c’est ma parole ! Je réalise l’importance d’une carte d’identité… Ca fait drôle de ne pas être cru quand on dit son nom… Ils veulent me rapatrier. J’arrive enfin à joindre mes parents qui ainsi réussissent à faxer une photocopie de ma carte d’identité. Ainsi ils me font une espèce de fausse copie certifiée conforme de ma CNI. Ils m’expliquent que si j’étais contrôlé par je ne sais qui, ça m’éviterait une nuit au commissariat, mais ça serait retour direct en France : situation illégale. Sinon ils devraient me faire un laissez-passer, mais qui ne me laisserait que 4 jours pour rentrer.

Quelles emmerdes ! !…

J’arrive quand même à m’en sortir vers 14h. J’ai vraiment sommeil… j’ai dû être piqué par la mouche tsé-tsé. Je me dirige directement vers L’Alcazar, pour le visiter : ça me changera les idées, même si je n'ai pas le grand sourire.

Cette construction est vraiment étonnant, surtout qu’elle a été construite par les catholiques, après l’expulsion des derniers arabes : cette forteresse, identiques à celle des maures, renferme un palais aussi formidable que l’Alhambra, du style mudéjar avec encore plus de polychromie et d’Azulejos, c’est magnifique ! De même les jardins réemploient exactement tous les principes mis en place par les Arabes. C’est surprenant ! La partie construite au seizième, a un peu moins cette influence mais la partie du dix-septième totalement !

Je me repose dans ces jardins, je me fais virer des pelouses, je change de banc quand ils arrivent au soleil.

Moments très solitaires d’errance à moitié endormie, j’observe, je repère, j’admire… Séville est vraiment magnifique quand la lumière baisse… Plus la soirée avance, plus les musiques sortent des fenêtres, plus les terrasses grandissent sur les places voilées… Tous les soirs naît une atmosphère que je n’avais jamais connue auparavant : c’est de la vie, c’est de la sympathie. Des enfants hauts comme trois pommes qui courent partout fort tard dans la nuit, un peu loin de la surveillance des parents qui, un verre à la main et assis sur des marches ou debout autour d’une table, discutent et rient ou simplement regardent les étoiles à travers les branches des orangers…

Les bruits s’étouffent vite et en quelques mètres on passe si on veut du violon au routinier sans un sou qui joue de la guitare sur un bout de carton ; ou de la musique discothèque à une musique traditionnelle, flamenco que je ne connais pas.

En observant et en discutant, j’apprends qu’il n’y a vraiment pas beaucoup de touristes à Séville : c’est toute la ville, tout ce peuple qui sort. Cela confirme les impressions de mes ballades, où à part sur les grands axes et places, je suis pour dire toujours tout seul à parcourir les innombrables petites ruelles aux couleurs chaudes qui m’émerveillent : jaunes et rouges, ocres, bleues, blanches, hantent tous les reliefs et enveloppent le passant dans leur gaieté.

C’est dommage, j’ai à la fois envie de partir et de rester. J’ai surtout envie de changer. J’ai bien eu le temps de réfléchir à ça, c’est organisé. Demain matin, d’assez bonne heure, je pars pour une bonne marche afin d’attraper un bus qui me conduira le plus possible à l’extérieur de la ville (la marche va m’éviter de payer 3 tickets). Ensuite je compte vraiment sur le stop… et sur le hasard ! !

Voilà.

Et au lieu de me coucher tôt, je veux profiter de ma dernière soirée ici. J’avais repéré un bar qui annonçait qu’il y aurait des représentations (gratuites) de "  Sevillana " (le flamenco spécial Séville) à partir de minuit : c’est l’occasion pour moi de découvrir un aspect traditionnel ! D’autant que le public est assez jeune. Je ne sais pas du tout à quoi je m’attends.

Je m’installe donc, moyennant une consommation assez chère évidemment.

 

Ah… que de choses à compter sur ces dernières 24h…

D’abord la Sevillana : fantastique !

Premièrement une guitare et 3 voix qui s’égosillent : ils chantent, mais ils chantent vraiment, crachent leurs tripes avec leur cœur ! Ensuite un tambourin, les fameuses castagnettes et surtout… la danseuse ! Et puis tout le monde qui marque fièrement le rythme dans ses mains. L’ambiance est fabuleuse. Il n’y a pas les costumes, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de danseurs attitrés ! C’est chacun son tour, même si le patron et sa femme mènent un peu le jeu. D’où une grande chaleur ! Cette danse, très saccadée, est très sensuelle puisque les gestes sont très durs et suggestifs à la fois, mais sans jamais avoir aucun contact physique avec le partenaire… et surtout… cette allure fière, " altiva ", ce regard haut, le torse bombé… ! Je crois que c’est une sorte de flamenco populaire, ancrée dans les traditions des plus jeunes comme des plus vieux. Ce bar ne me paraît pas vraiment touristique, puisque tout le monde paraît savoir danser ; j’hésite donc vraiment à sortir mon appareil photo. J’en profite quand je vois un flash : express, sans viser, l’appareil en l’air, les bras tendus… même si je n’ai que le plafond je pourrai au moins reparler de cette soirée… Vers 1h, je me force –à contre cœur- à partir : mon lit m’appelle, une bonne journée m’attend demain, et j’ai encore trois bons quarts d’heure pour rentrer.

 

 

 

 

Levé à 7h30, je me calle bien sur un double petit déj’…Je fonce pour une bonne heure de marche afin d’attraper un bus qui va me sortir le plus possible de Séville, sur la route de Grenade (puisque je projette de m’y rendre avant la fin de mon séjour). Mais le plus loin possible, c’est encore en pleine zone industrielle. Et surtout sur l’autoroute… Là c’est pas possible d’arrêter les voitures qui roulent à 120… ça serait un peu suicidaire… Je trouve donc une bretelle d’accès qui, je ne sais pas pourquoi, possède beaucoup de circulation.

Et là c’est parti pour 2h le bras tendu, tantôt le sac sur le dos, tantôt assis dessus, tantôt grand sourire, tantôt indifférent. Tantôt normal, tantôt à faire le pitre pour au moins essayer d’attirer l’attention de ces conducteurs totalement indifférents… J’ai le temps de mettre en place une grande thérapie des gens frustrés. Sur les nombreuses voitures qui passent, il faut enlever, déjà, toutes les femmes ; ensuite, tous ceux qui sont à 2 ou plus ; ensuite les paranos ; ensuite les voitures sans permis ; ensuite les grues ; ensuite ceux qui dorment au volant ; ensuite ceux qui tournent tout de suite… Il reste vraiment pas grand chose, mais ça serait déjà pas mal, sauf que tous s’en foutent de ma gueule, en pensant que je vais les emmerder en les tirant de leur solitude, ou mettent 1 kilomètre à capter que j’avais besoin d’eux.

Ah !…

Après 2h donc, où pas mal m’avaient ri au nez ou fait signe qu’ils restaient en banlieue (comme par hasard les seuls qui lèvent le nez me disent qu’ils ne vont pas sur mon chemin – impossible : je ne sais pas où je vais !), donc un petit vieux s’arrête et me conduit jusqu’à la ville suivante, petit de village de 10 000 habitants quand même, qu’il me fait carrément visiter, ainsi que son château (au village)… il avait l’air de s’ennuyer, et me propose même de me conduire sur la route de Carmona, ville aussi mais qui a l’avantage de se trouver sur un axe secondaire, une classique 2 voies où je pense qu’il sera beaucoup plus facile d’arrêter les voitures… Tu parles ! Je n’attends tout de même qu’une petite heure et un jeune en cabriolet (une Z 3, ici ! qui s’arrête !), solidaire, me conduit jusqu’à la ville suivante. Toujours des grandes villes : Et il n’y a que ça. Je pousse sur la route pendant quelques kilomètres Oui, quand même puisque j’arrive à la ville suivante, que je me tape à traverser... J'en profite pour acheter mon repas de la journée : un pain et une pêche, plus quelques biscuits détournés à l’auberge de jeunesse.

Je continue à marcher et la chaleur commence à monter. Toujours le pouce tendu, je commence à avoir des crampes ! Tous les conducteurs sont identiques : qu’il s’agisse d’une ferrari, d’une 4L ou d’un camion, personne ne s’arrête. Mais cette journée me plaît quand même : j’aime marcher, je découvre à la sueur de mon front des paysages que je n’avais jamais vu avant qu’à la télé (je réalise maintenant que cela ne m’est même pas venu à l’esprit de prendre une photo… tellement ça me paraissait une expérience personnelle, une réflexion sur moi-même), je vais frapper chez des gens dans la soirée, leur demande l'hospitalité, et au pire – ce qui ne me tracasse pas trop – me poser sous un arbre et y passer la nuit… d’autant que j’ai de quoi manger pour à peu près 2 jours et que j’achèterai du pain dans les villages que je traverserai. C’est même pas drôle j’ai une carte de crédit… je sais pas pourquoi j’aurais envie de mener quelque temps la vie de quelqu’un sans argent, après tout pas besoin de grand-chose ! Ca fait très longtemps que je pense parfois à ça, qu’on aurait besoin de se purifier ainsi… on vit toujours dans une fontaine de besoins, de choses qui nous rendent pas spécialement plus heureux… Mais chaque fois c’est l’appel du petit confort : la facilité ! C’est con à dire, mais en fait pour " nous " c’est plus facile de dormir à l’hôtel que comme un clodo… Et toujours ces peurs… peur de tout le monde, peur qu’il arrive quelque chose… Je ne pense jamais à ça ; c’est bien ce qu’on me reproche aujourd’hui. Le seul truc qui me fait vraiment froid dans le dos aujourd’hui est que je puisse mourir dans un coin paumé sans que personne ne le sache, et que mon cadavre pourrisse sans nom… D’être sur le rang des disparus, quoi.

Mais je fais confiance aux gens : si je commence à me dire que c’est peut-être un assassin dans la prochaine voiture alors je ne ferai rien.

Parfois je comprends les ermites qui s’isolent. Ou les moines qui au moins ont un rapport avec le savoir. Mais leur rapport avec " Dieu " ne me plaît pas du tout. Je crois plus en la vie, en les autres, en moi, en la différence entre le bien et le mal comme toute justice. Et je préfère éclater vers les autres, les rencontrer, échanger. Mais tout le monde se ferme…

Pourquoi ? Pourquoi ?

Peut-être suis-je trop naïf ou inconscient, je sais pas, mais quand on m’a demandé plus tard : " Si quelqu’un que tu ne connais pas vient frapper chez toi, tu accepterais de l’accueillir ! ? ", j’ai pensé très fort oui mais répondu " je ne sais pas " pour ne pas le vexer.

Dans ces réflexions j’en oublie parfois de tendre le bras. Mais c’est toujours au moment où je m’y attends le moins que quelqu’un s’arrête, ce qui arrive enfin. Evidemment j’en profite pour discuter et je raconte un peu mon histoire… L’homme est fort sympathique, mais un peu bizarre… enfin ne jugeons pas. Il paraît surtout fort étonné que je sois ainsi tout seul en Andalousie, a fortiori en campagne. " Mais tu te rends compte, me dit-il, si un homosexuel te prenait ? ! "… je repère un peu ses points de vue. J’apprends vite que c’est un fervent chrétien, et que c’est un peu pour ça qu’il m’a pris : " Dieu t’a mis sur mon chemin, je dois donc t’aider "… un peu curieux mais utile, un bon point pour la religion. Le fait que je ne sois pas catholique le rend un peu méfiant. " Il faut bien croire en quelque chose " me dit-il. Les explications de mes convictions sont un peu difficiles en espagnol, d’autant qu’elles le seraient également en français et que je ne suis pas persuadé d’avoir besoin d’en parler. Enfin je lui demande de me déposer à la ville suivante, Carmona, d’où j’essaierai de me diriger vers la " Sierra del Norte " zone montagneuse où apparemment il y aurait plein de petits villages perdus dans la verdure… Bah oui, parce que j’ignorais un petit détail : la région ne possède que des villes d’un minimum de 10 000 hab., perdues en plein désert où seuls poussent quelques oliviers entourés de clôtures barbelées bien hautes, telles celles des camps militaires... je ne comprends pas l'intérêt. De toute façon, il n'y a pas un poil d'eau, ce qui est assez primordial :  j’ai déjà presque fini mes 3 litres...

J’ai également oublié de parler de mes 2 expériences des fermes, les " granjas ". A la première où j’ai frappé, on m’a accueilli très gentiment, comme tout visiteur, mais mes explications pour leur dire que je ne voulais pas d’argent mais seulement une hospitalité qui me permettrait de découvrir une ferme espagnole, leur précisant bien que je venais d’une ferme en France… tout ça m’a permis de discuter (et un sandwich qu’ils m’ont fait par la même occasion), mais rien de plus ne fut possible. Apparemment déjà beaucoup de monde travaille sur cette exploitation (moderne, ou du moins pas l’idée que j’ai de la vieille ferme traditionnelle), et ils n’ont pas vraiment envie de briser leur " intimité familiale ".

J’ai donc continué mon chemin, c’est tout.

Dans la seconde ferme, quelques kilomètres plus loin, cela fut moins chaleureux : repoussé comme un mendiant, j’ai vite compris que je n’avais rien à faire ici.

Je reviens alors à la dernière voiture : son conducteur, arrivé à Carmona, ne me lâche pas tout de suite et m’emmène avec lui sur le lieu où il avait quelqu’un à voir pour une raison qui ne me regarde pas. Il paraît assez inquiet de me laisser, sans papier ni destination précise, et aussi de me voir aussi cool… un bon quart d’heure après, le revoilà et il me dit qu’il n’est pas question pour moi de continuer ainsi et que, puisque je n’ai pas de pied à terre sûr en Espagne, je dois prendre l’avion le plus vite possible pour la France… Malgré mes explications, il est convaincu que son devoir est de me conduire tout de suite à l’aéroport et de faire avancer mon billet…

Mais dans quel pétrin me suis-je mis !

Je ne sais comment tout expliquer, mais un autre personnage est venu renforcer la parole que jamais quelqu’un ici n’accepterait d’accueillir un étranger chez lui, que c’est sûr et certain que c’est impossible !

 

Peut-être que c’est vrai…

Mais pourquoi ? …

 

En tout cas mon " protecteur " décide de me ramener de suite à Séville pour prendre un train pour Malaga… retour point de départ… mais que puis-je faire ? Je ne vais tout de même pas sauter de la voiture de quelqu’un qui veut m’aider et me dit que je suis inconscient… je ne suis plus très sûr de moi-même.

… il me fait la morale, me répète que ce que je fais est vraiment très dangereux, et qu’il m’aide parce qu’il en a le devoir devant Dieu et qu’il serait responsable s’il m’arrivait quelque chose…mais également qu’il n’ose pas penser ce qui pourrait arriver s’il avait un accident de voiture… mes parents pouvaient porter plainte et réclamer beaucoup d’argent : autre aspect, mais je suis content de voir que sa morale dépasse ce risque.

 

 

 

 

 

 

 

Me revoici donc à Séville, à la gare. Il veut me payer le retour en train à Malaga, ce que je refuse fermement … mais que vais-je faire ? Je ne vais tout de même pas aller à Malaga ! Une chance m’est offerte : alors que j’avais acheté devant lui le billet pour Malaga, aussitôt j’arrive à convaincre le caissier que je m’étais trompé et voulais aller à Grenade… Ouf… c’est déjà ça…

Ainsi je me retrouve ce soir là à Granada, la ville qui m’a tant plu, après avoir de nouveau traversé ces terres parfois dorées tellement elles sont brûlées, parfois rouge – d’un rouge de sang ! – Mais je suis ici. Sans objectif. Là, je peux dire que c’est le destin qui m’a conduit et a bien accéléré mon voyage !

Seulement il me reste 2 semaines… c’est triste à dire, mais je ne sais plus quoi faire : j’ai terminé mon programme. Un programme trop illusionniste et qui comptait trop sur des rencontres qui allaient me ralentir : toutes celles que j’ai faites n’ont fait que m’accélérer.

Arrivée à l’auberge de jeunesse dans la nuit : pour une fois ils y sont très sympathiques, et – coïncidence ? – c’est beaucoup moins cher qu’ailleurs (je ne sais pas dans quel sens je puis introduire la causalité).

 

 

 

 

Levé pas trop tôt, comme d’habitude je profite bien du petit déj’. Moi qui croyais hier que j’allais passer la nuit sous un arbre, je me retrouve presque à l’hôtel…

Je me dirige rapidement vers la cité universitaire. Je n’y rencontre personne, mais j’y trouve une sorte de fac d’architecture " technique ". Marrant non ? ! Sur des panneaux je découvre qu’il existe des " visites guidées " de l’Alhambra destinées aux étudiants. Un numéro de téléphone, et c’est parti ! Je crois comprendre que cela offre un point de vue particulier pour la compréhension d’une partie de cet édifice. Enfin je verrai bien, je n’ai rien à y perdre.

 

 

 

Avec une petite envie de retourner à l’Alhambra, je profite de visiter le musée des Beaux-Arts (sans aucun intérêt, franchement) et une exposition sur la musique nasride (vraiment nulle, il n’y avait même pas de musique !), ainsi que l’horreur de palais que Charles Quint a fait construire au milieu des palais nasrides ; puis je profite des jardins pour m’adonner à ma petite sieste : j’en ai pris le rythme. Il est vite 7h et décide, une fois encore, de me laisser aller (quelle faiblesse !) à la grande gourmandise des espagnols à cette heure : le " chocolate con churros ". Il s’agit de bâtons de pâte à crêpes, frits, que l’on trempe dans un chocolat chaud, plus que fort. Mais quel délice ! Le plus amusant c’est que sur la terrasse ceux qui y ont succombé laissent transparaître (comme moi) leur grande joie, et tout à coup tout le monde éclate de rire en voyant la tête des autres. Bon, alors il est facile pour moi de déplacer mon assiette sur la table d'un autre et d'entamer la conversation...

Amusant.

Je passe dans la soirée dans ma chère teteria As-Sirat, où Samir, heureux de me revoir et que je lui conte ma semaine, me présente ses amis marocains et espagnols avec qui je discute beaucoup. Cette soirée j'aurais vraiment beaucoup appris du Maroc, de sa culture, de sa situation (politique, sociale...). C’est très intéressant et m’aperçois qu’on est vraiment très ignorant des autres. Mais aussi que les Marocains connaissent (et aiment) beaucoup la France ; contrairement aux Espagnols. Je m’enquiers également du point de vue très intéressant des marocains sur le racisme en Europe, sur le fait par exemple qu’on met marocains et algériens dans le même sac.

La soirée passe très vite devant un thé, toujours aussi fameux.

 

 

 

 

 

 

Rafik, Samir et moi

 

 

 

La matinée commence un peu tard, à cause de quelques défauts d’organisation et du chemin à faire pour aller en ville : une bonne demi-heure de marche. Comme d’habitude (et ça me manquait…), je continue mon exploration de l’Albaycín : ce dédale de petites ruelles est si complexe ! Mais c’est toujours avec autant de plaisir puisque je découvre sans arrêt de nouveaux endroits. Je prendrais bien quelques photos, mais le problème c’est que tout est à la fois beau et moche. Individuellement, la plupart des façades sont relativement laides et sales, il faut le dire… mais c’est cet ensemble qui est fabuleux… ! J’apprécie toujours autant acheter une pêche et la laver à une fontaine un peu plus loin… Ce qui n’a pourtant rien d’extraordinaire. Puis un peu plus tard de m’asseoir dans la Calderia Nueva ; parmi les habitués et ces odeurs merveilleuses, et regarder les premiers touristes (ceux qui n’ont pas fait la fête) miroiter les quincailles et objets d’artisanat marocain, et puis les habitués justement qui passent leurs journées à surveiller les étals de tout le monde. Et puis, vite est arrivé 4 h, je me suis donc rendu à l’Alhambra où j’ai rencontré le groupe – d’Espagnols –, guidé par un professeur de la faculté d’architecture de Granada. Ce fut vraiment très intéressant : exposé de toute une philosophie de l’image, de l’architecture, de sa représentation et de la manière dont on la ressent. Bon… un peu difficile à comprendre, et je ne puis dire avoir tout entendu : il parlait fort vite, et même en français je n’aurais sûrement pas tout compris. Très intéressant également, en dehors du fait que j’ai pu revisiter dans les palais nasrides gratuitement, les gardiens nous ont ouvert les portes des salles fermées à la visite : parce qu’elles sont trop fragiles ou précieuses, parce qu’elles sont en restauration, parce que ce sont des greniers… grand privilège ! On a même eu le droit de toucher car, d’après les théories exposées, le toucher fait partie des sens sollicités pour la compréhension de l’art – ce à quoi je suis tout à fait d’accord. Voilà. Donc c’était très bien. " Comment manipuler l’image "

 

 

 

 

 

 

 

Dans une " salle cachée " de l’Alhambra : le conférencier et une gitane à l’éventail

 

 

Et puis après, une bonne petite sieste reconstituante dans les jardins merveilleux de l’Alhambra : une heure de repos, un quart d’heure de sommeil. Et puis il est 9 heures passé et la soirée passe vite.

C’est vendredi soir, et il y a pas mal de monde dans les rues… bon, moins que pendant " l’année " où tous les étudiants sortent, mais les plages sont déjà bondées de jeunes qui vident des sacs pleins de bouteilles ; la foule grandit autour des bars qui ne distribuent plus que des verres en plastiques ! Beaucoup de cris, beaucoup de rires…

 

 

 

Ce matin, il faut absolument que je lave mon linge… et oui, 15 jours à rattraper… Et j’ai pas franchement envie de me taper tout à la main ! Le premier problème est que la lavanderie de l’A.J., pas chère, est en panne, et qu’en ville c’est vraiment cher ! Je m’égare dans les rues, demandant aux gens, mais je ne trouve vraiment rien de bon marché. A un moment j’abandonne et décide de me rendre vers le centre… mais je ne sais pas du tout où je suis ! (plus tard, je saurai que je n’était pas loin du tout). Le problème c’est que les gens qui m’ont indiqué le chemin ensuite m’ont envoyé exactement dans la direction opposée… Je n’arrive pas à y croire : à 2 reprises on m’a égaré et j’ai réussi à rentrer – en ne me fiant qu’à la carte ensuite – après deux bonnes heures de marches…

Je ne comprends pas pourquoi ces personnes ont fait ça… Ca me dépasse.

Maintenant, je me demande vraiment ce que je vais faire… J’ai entendu parler des Alpujarras, zone montagneuse et dernier refuge des Arabes avant leur expulsion totale. Ca me dirait bien, d’autant que ce serait plus la campagne… bien que les villages soient déjà assez grands et touristiques je crois aussi. Et puis, cette méfiance des gens… ce que j’ai vu ne m’encourage pas : me faire jeter comme un clodo à chaque fois ? Mais qu’est-ce que je vais faire ! ? ! ?… Valence me dirait bien aussi : pour y voir les vestiges de l’industrie maure, des techniques, etc… mais le billet est à près de 11 000 ptas [435FF] aller-retour !… Pas possible.

Une soirée comme les autres, à discuter… Un peu plus tard avec Nieves (une fille que j’ai rencontrée dans la Calderia Nueva) nous sommes allés au ciné.

 

 

 

 

Je ne sais pourquoi, je n’ai pas envie d’écrire en ce moment. Pourtant j’aime ça… mais à chaque fois je fixe une journée sur des mots qui dépendent d’un état d’humeur qui peut changer d’une minute à l’autre !

Je passe beaucoup de temps à penser, à réfléchir… Et je construis sans arrêt de belles phrases, pesées et assez exactes mais je ne les écris jamais. Chaque fait j’y repense 10 fois, je l’écris 10 fois, mais je ne le matérialise qu’une seule fois, rapidement, sans bien m’exprimer. Je ne sais pas pourquoi (encore une fois) mais je me plais à écrire mon roman, mais à le garder pour moi… Savourer cette flemme que de lever la main pour prendre un stylo et créer quelque chose qui sera faux car celui qui le lira n’aura pas mon vécu, et très certainement qu’il ne comprendra pas ce que je ressentais.

Comme dans ce carnet, je raconte des faits, bon… Mais chapeau à toi qui a le courage de le lire, car ça doit être vraiment chiant ! Pas vrai non ?… Parce que des fois j’écris juste pour passer le temps ou pour me souvenir un peu plus tard d’une question que je m’étais posée… ou pour me justifier aussi : de ce que je vais ramener, partager, raconter. Pour diviser une vision globale en des éléments très différents.

Tout peut être moche et le résultat magnifique ; l’inverse aussi.

 

 

Je passe ma matinée à réfléchir à l’organisation de la poursuite des jours suivants : ce qui est sûr c’est que je ne vais pas continuer à rester à Granada. Hier, un peu dans un certain désespoir, je me disais que puisque c’était comme ça, j’allais finir comme un touriste et c’est tout. Mais je ne crois pas pouvoir faire ça… trop terrible. J’ai bien envie de changer d’air, alors ça sera les Alpujarras. La montagne et les paysages magnifiques c’est sûr. Les villages, je doute qu’ils soient si petits que ça et vides de touristes. La verdure, j’espère. Et l’hospitalité des gens… je prie pour ça. Je me suis assez bien renseigné sur la région et je crois savoir par quoi commencer. Beaucoup de marche à pied, ça c’est sûr.

Il y a aussi autre chose qui me trotte dans la tête depuis longtemps… des années même … c’est d’aller dans un monastère, passer une journée comme un hôte, comme le veut la tradition normalement. Je voudrais bien voir. Et puis même si c’est une journée d’un ennui mortel, j’aurai au moins découvert quelque chose. Je voudrai bien tenter… reste que dans la région je crois qu’il n’y a qu’un monastère bouddhiste assez touristique puisqu’il faut payer pour rentrer. Je vais bien voir…

En tout cas je pars demain matin (en bus pour commencer … je commence à connaître les sorties de ville !), mais il y a quelques choses à faire avant – étant donné qu’aujourd’hui tout est fermé –, comme laver les vêtements que je n’ai pas fait à la main et changer l’argent qui me reste.

 

Derniers instants très agréables dans ce quartier arabe… dernières odeurs de cette cuisine, de cet encens. Derniers plaisirs de cette musique, de ces tissus et quincailleries qui pendent partout… Derniers moments avec mes amis, avec les marchands de la rue que je connais pratiquement tous maintenant… Rentré pas trop tard car ma matinée de demain est calée vraiment pile-poil, pas de temps à perdre !

 

 

 

 

Levé 7h30, déjeuner à 8h30, 9h10 je suis parti, et je fonce vers la lavanderie où je dois absolument tout laver. Au passage quelques sandwiches dans un magasin pour étudiant qui vient d’ouvrir : 50 pesetas l’unité ! ! C’est vraiment top.

Grosse déception à la lavanderie : pas possible de reprendre le linge avant 12h30… c’est à dire que je loupe mon bus. Évidemment il me le dit quand tout est déjà parti… putain j’en ai marre ! Qu’est ce que je vais faire de ma journée encore ? … ! …

Grosse galère pour envoyer la lampe arabe qu’on m’a demandée… il y en a pour aussi cher d’envoi que son prix ! Mais en plus ils ne veulent rien comprendre, ils vendent des boites trop grandes, et cætera… Enfin, ça m’aura passé un peu de temps…

Après je retourne chercher mes vêtements (après une séance cartes postales comme je les aime), et là, j’hallucine total ! On m’a demandé le double du prix annoncé, c’est à dire 2400 pesetas, car soi-disant j’en avais mis trop ! … désespoir. Mais il faut bien que je paye, sinon je ne récupère rien, y compris mon sac que j’avais laissé là. Les enflures ! C’est du vol…

Bien énervé, je repasse à l’auberge de jeunesse où je m’excite bien sur mon sac car c’est vraiment un défi que de tout faire rentrer dedans. Et puis, bêtement, j’allume la télé et je regarde un documentaire animalier… ça calme les nerfs ! Et puis ça faisait bien longtemps que je n’avais pas regardé le tube cathodique… et franchement ça ne me manque pas du tout.

Enfin le tout est qu’à 17h15 je suis dans le bus qui part pour les Alpujarras. En fait, ça fait partie de la Sierra Nevada. Je discute beaucoup, pendant les 2h de trajet, avec une femme argentine (la cinquantaine, psychologue) ; et j’apprends beaucoup de son pays. Comme d’habitude mais en plus approfondi, comparaison de plusieurs pays, des systèmes etc… et comme d’habitude je parle de ma France. C’est fou comme j’aime ça ! Mais j’aime surtout entendre quelqu’un parler de son pays, surtout quand je ne le connais pas.

Le bus me lâche vers 19h30 ; je suis le seul à descendre. Bizarre … ce village, tout petit (j’apprends plus tard qu’il compte environ 300 habitants, malgré le gros point sur la carte), apparaît vraiment comme très accueillant… voire un peu touristique. Mais non, c’est pas des touristes ! Il y a pourtant pleins de bars partout, des terrasses sur la place… et plein de petits groupes qui boivent un verre. Pas facile de s’insérer ! En tout cas je pose mon sac près de la fontaine et pars faire un tour du village, à la recherche d’un endroit où poser ma tente. Qu’est ce que ça grimpe ici ! Mais vraiment ! C’est pire que des escaliers ces ruelles ! Au fin-fond je rencontre un vieux (très vieux même) fermier qui transporte un sac sur son dos : je lui propose mon aide – ce qu’il refuse fermement - tellement il fait pitié à s’arrêter tous les 10 mètres… mais enfin il a le temps ! J’en profite pour entamer la discute. J’apprends que les jeunes ici sont des fainéants qui ne veulent pas travailler et restent au chômage, et qu’il ne reste plus que 4 vieux (mais alors aussi très vieux !) agriculteurs. Il me dit aussi qu’avant toute la montagne était exploitée : on voit les escaliers creusés partout. Mais maintenant il n’y a plus rien.

Ce qu’il me propose pour camper est franchement pas terrible : un coin très caillouteux et en pente… enfin bon je ne veux pas le vexer et de toutes façons je crois qu’ici où il y a de l’herbe c’est que c’est arrosé (du c’est ce que j’ai cru comprendre… mais avec les vieux, j’ai vraiment beaucoup de mal à comprendre ce qu’ils disent !). Après avoir vu ses 3 poulets, je redescends sur la place et en marchant un peu je trouve une espèce de cave traditionnelle avec jambons qui pendent, saucissons, vieux fromages… un truc qui fait saliver quoi ! Et puis je me laisse tenter : et une " tapa de quesos " por favor ! Je me régale bien sur cette copieuse assiette de fromages locaux qui puent (ça ressemble un peu à de la tome) avec du bon pain. La déception est sur le prix : 475 pesetas !… enfin, je me console en me disant que s’il me l’avait dit avant je n’aurai pas pu apprécier et que de toutes façons… J’aurais au moins découvert un aspect de la gastronomie.

Ces 2 derniers jours il faut dire que j’ai bien mangé : hier, en plus du kebab marocain et d’une tapa copieuse (tortilla), j’ai eu le droit de piquer dans l’assiette de mes amis de la teteria As-Sirat : un plat marocain que j’ai vraiment adoré ! ! !

Et aujourd’hui sandwich au " atun tomato " et puis cette assiette de fromage. Tout ça fut bien agréable et en plus ça n’a pas serré mon budget.

Le retour au lieu de campement fut un peu précaire… : ce n’était pas une bonne idée que d’y retourner de nuit ! Déjà pour retrouver l’emplacement à la lampe, c’est pas du gâteau ; alors pour monter la tente ensuite ! ! J’ai eu la tentation de ne pas la monter ; mais je l’ai fait quand même car il y a vraiment beaucoup de chiens par ici, qui traînent. Et puis je dormirai plus tranquille.

 

Oh que je ne regrette pas d’avoir monté la tente ! Ce ne fut vraiment pas une nuit agréable : d’abord le sol : hormis le fait que ce soit plein de gros cailloux – ce qui ne me dérange pas vraiment, ça masse – c’est vraiment en pente, et je roule vers la porte qui ne tient pas fermée… et si j’avais mis la tente dans l’autre sens, je l’aurais entraînée avec moi ! Sinon je me suis aperçu qu’il fait vraiment froid ici la nuit ! En plus du duvet le pull se fait apprécier, mais mes pieds, qui sont dehors sont glacés ! Et puis il y a les chiens… qui n’arrêtent pas d’aboyer au pied de la tente !

Malgré la lumière j’arrive à me reposer jusqu’à 9h tellement j’ai peu dormi. Qu’est ce qu’il fait froid ! C’est vrai que je vois l’ombre qui baisse de plus en plus sur le versant de la montagne de l’autre côté de la vallée, mais d’ici que le soleil soit là… il y a encore du temps.

Bon, alors ce matin je vais visiter le centre d’information sur les randonnées dans les Alpujarras, et puis, étant donné qu’il n’y a que 2h de marche pour aller à Bubion (ma prochaine étape), je puis passer la journée ici… si je trouve quelqu’un à aider !

Le centre est vraiment nul : tout y est hyper cher, y compris les cartes ! Mais étant donné que je ne vais que suivre les itinéraires menant d’un village à un autre, je n’en ai pas vraiment besoin. Je profite de remplir mes gourdes de l’eau " miraculeuse " (il y a une légende évidemment !) qui surgit de partout ici. Une petite exposition me confirme ce que j’avais cru comprendre : ce sont les arabes qui ont développé la région à leur fuite de Grenade. Ils y sont restés 300 ans et ont construit un réseau de canalisations qui a irrigué toute la région. Et aujourd’hui, on ne comprend toujours pas comment ça marche ! Ce qu’on sait c’est que de nombreuses canalisations creusées par l’homme recueillent l’eau de fonte des neiges et la stockent dans d’énormes réservoirs creusés à la base même de la montagne ! Personne ne sait exactement comment ils ont pu faire ça, mais en tout cas aujourd’hui toujours l’eau surgit de partout, et ce toute l’année. Ainsi personne n’économise l’eau qui coule dans les rues et dans tout le village quand c’est l’heure d’arroser les fleurs ! Pffiuff… ! Qu’est ce que ça monte quand même ! Rien que de remonter tout le village avec mon gros sac, je suis déjà épuisé … Cela dit je prends vraiment mon temps, je ne suis pas pressé et marche comme une tortue… sur le chemin de Bubion. J’ai abandonné l’idée de me rendre au centre bouddhiste : ce n’est pas un monastère et il faut bien payer pour y aller.

J’ai eu la bonne idée d’oublier ma montre et je savoure le paysage magnifique. Je mets une heure à arriver, au lieu de 2h… j’ai dû mal comprendre car à mon avis c’est faisable en 20 min ! En tout cas je découvre de véritables petits coins de paradis, où, à l’ombre d’un figuier on peut manger des raisins sauvages délicieux mais pas trop murs, et des mûres, voire une pomme tombée un peu trop tôt… tout ça avec le bruit clapotant d’une petite cascade toute proche… muuum…

Je passe quelques temps à Bubion, où je marche dans les rues désertes (les gens sont à l’intérieur) et au hasard de mes pas rentre dans un atelier de tissage où je vois une femme à l’œuvre. Elle m’explique un tas de choses et je découvre ainsi le fonctionnement de cette machine à tisser qu’elle fait fonctionner, toujours de la manière depuis des siècles. Je suis à la fois ravi et émerveillé ! En plus les tissus obtenus sont d’une remarquable douceur… des œuvres d’art aussi, pour beaucoup.

Je décide un peu plus tard de retourner sur mes pas afin de m’allonger à l’ombre pour me reposer un peu… je ne me sens pas énergique du tout. Là, à travers les feuilles d’un figuier je peux découvrir et observer les montagnes… Et je me laisse aller. Mon corps appartient à la nature, c’est un élément du sol, je laisse les fourmis et autres insectes me parcourir… Sauf les abeilles qui m’énervent et me font un peu peur il faut le dire…

Je décolle tout de même après quelques heures, et j’arrive à Capileira assez rapidement. Alors là, qu’on ne me dise pas que ce n’est pas touristique ! Bien qu’il n’y ait personne, il y a au moins 10 restos et au moins autant de bars, 2 petits supermarchés, etc… Et quand je pose une question, on me répond direct en anglais, ce à quoi je riposte en Espagnol. Non mais !

Ces dernières 24 heures, j’ai découvert une architecture bien différente de ce que j’avais vu auparavant, et qui me rappelle assez ce que j’ai vu dans le quartier pauvre Ceuta : les maisons à 1 ou2 étages, très serrées, complètement blanchies à la chaux (mais alors complètement !), et sans toit. Il ne doit pas pleuvoir souvent ici ! Pourtant tout est beaucoup plus vert qu’entre Séville et Grenade où pourtant les maisons avaient des toits assez pentus : mais ici la terre est arrosée de l’eau des montagnes ! C’est très bizarre, ces maisons sans toit, dont le sommet sert de terrasse et où le linge sèche… Parfois, les constructions chevauchent la rue, surtout dans les endroits les plus pentus. C’est là que j’ai vu la structure en bois (châtaignier), recouverte de pierres plates et d’un enduit fait je n’ai pas trop compris comment (sûrement une roche qu’ils font cuire). J’ai lu aussi que ces villages étaient très similaires à ceux de l’Atlas marocain.

 

J’ai trouvé un endroit où passer la nuit : c’est sur la pierre même mais au moins c’est bien plat. De toutes façons, il n’y a que de la roche partout… J’ai décidé de ne pas partir directement à Trevelez demain : il y a de belles boucles de ballades ici, j’en profiterai donc pour me faire un itinéraire sans le gros sac. Je peux prendre celui de 20 kilomètres : ils annoncent 8h. Et le jour suivant éventuellement faire de l’auto-stop. Enfin ça on verra bien !

Les gens ici me paraissent très fermés : chaque fois que je leur demande quelque chose (un renseignement) ils font une sale tête, comme si je les dérangeais… et on me répond à peine quand je dis bonjour. En tout cas il n’y a que des espagnols ici. Et ils ne sont pas très chaleureux…

Bon, il commence à faire bien frais… et la nuit tombe très, très vite… je crois que je vais me rentrer assez vite, et j’espère ne pas trop me geler cette nuit !

 

 

 

 

Quelle satanée nuit ! J’avais monté la tente sur une terrasse, côté sympathique. Sauf que le vent n’a pas arrêté de la soulever et de la faire trembler ! Ce qui était au début de la trouille (je ne sais pas si ça soufflait fort, mais en tout cas c’était impressionnant !), s’est vite transformée en énervement : beaucoup de bruit, et les bords qui n’arrêtent pas de claquer sur ma tête et mes pieds. Autant dire qu’à peine levé je baillais déjà. Après avoir démonté et laissé mon gros sac une maison (choisie au hasard), je me lance dans la grande ballade prévue. Je suis de loin un bonhomme qui s’en va sur un âne, mais il disparaît assez vite. S’offre à moi un paysage vraiment grandiose ! Malheureusement dès le début je me perds : j’avais pas compris que tous les petits sentiers n’étaient pas les traces de marcheurs, mais de chèvres ! En plus étant donné que tous les sentiers ont un départ commun, n’est indiqué que la boucle la plus courte. Une heure de perdue, mais j’ai tout mon temps et je suis bien décidé à le prendre ! Je m’arrête souvent et prends le temps de regarder autour de moi. Il y a beaucoup de bergeries en ruine. Pourtant il y a encore des chèvres : il y a des crottes et des traces partout. Déjà je marche au soleil et je suis sorti de la zone basse (car je suis passé de l’autre côté de la vallée) où il y a encore quelques verdures. Mais le soleil ne tape pas trop fort, ça va.

C’est vraiment mal indiqué le chemin. En fait pas indiqué du tout. Alors je dois souvent rebrousser chemin, hésiter…mais je me fais très plaisir à me goinfrer de mûres, les plus grosses et délicieuses que j’ai jamais mangées ! Et puis quelques pommes et noix (ça pour faire plaisir à môman). Et comme il me reste des biscuits d’hier, je ne vois pas ce j’aurai à dépenser. Je me suis rapidement taillé un bâton (en amandier !), que je sculpte un peu plus à chaque pause. En tout cas bien utile car parfois ça grimpe vraiment dur. J’aurais même largement amorti mes chaussures de rando car sans elles, c’est sûr, je me serais au moins 3 ou 4 fois foulé la cheville.

 

" bâtons sont serpents, feuilles papillons "

 

A un moment où je trouve que ça fait vraiment longtemps que j’ai pas vu de panneau et que j’ai déjà pris plusieurs carrefours au pif, je vois une sorte de maison avec une fermette autour : c’est certainement un berger qui vit ici, isolé et à 2h de marche de tout village. Voulant demander mon chemin et éventuellement voir un peu de quoi vit ce bonhomme, je rentre dans le jardinet et suis accueilli par un chien qui ne m’inspire pas beaucoup. Je me dépêche de m’en aller et assez rapidement un vieil homme (très sale) apparaît et me gueule de m’en aller ! Quel accueil ! Enfin je me dis que c’est un marginal qui ne doit plus demander que la tranquillité, et que c’est peut-être une forme d’expression d’une certaine peur que de réagir ainsi. Enfin je continue mon chemin et m’aperçois plus tard que c’était le bon. Ici j’ai l’impression que la terre n’appartient à personne, ou plutôt à tout le monde. Ceux qui arrosent un bout de terrain le clôturent. Et puis les chèvres traînent. Pas mal de bergeries abandonnées ont de vastes terrasses de pierres plates d’où la vue est magnifique… mais surtout les pierres sont bien chaudes… et elles diffusent la chaleur tout doucement. En marchant, on sent les changements de nature de terrain par cette chaleur, toujours différente. J’ouvre bien les yeux, déjà pour savourer, mais aussi parce que les feuilles s’envolent, les cailloux sautent, les bouts de bois partent en rampant. Plus je suis haut et le milieu aride, plus ce camouflage me paraît important… Et puis au bout d’un moment je me perds. Mais alors bien ! J’ai cherché pendant plus d’une heure une continuité à mon chemin (que je croyais être le bon mais que je n’ai même pas pu retrouver) qui m’avait amené dans une espèce de clairière qui pue bien la chèvre. Je décide au bout d’un moment de suivre un petit ruisseau, qui doit bien aller quelque part : super ! Il croise un chemin que je suis, même si je me dirige dans la direction opposée à Capileira : mais enfin je retomberai au moins quelque part, ou sur une route où une voiture me ramènera bien. Je retrouve même une direction d’un chemin de randonnée que je suis, comme si j’en avais pas assez. Là je remonte et bien haut, le long de la crête je découvre une sorte de canal bien entretenu qui conduit l’eau le long de la montagne. Ce ne peut-être qu’une partie du système d’irrigation. Ensuite je me reperds, tellement il y a de bifurcations dans tous les sens, entre les buissons… et là j’ai bien eu la trouille car j’ai mis du temps à retrouver un semblant de chemin qui m’a fait sortir de cette zone boisée et ensuite je n’ai pas eu de mal à rentrer.

Là je me dis que c’est certainement pas très prudent que de s’aventurer tout seul dans les montagnes… mais enfin, même si j’avais eu les moyens d’avoir un guide, je n’aurais pas eu le plaisir que j’ai eu chaque fois que je découvrais un nouveau panorama ou une nouvelle bestiole qui m’était inconnue, ni le luxe de m’arrêter quand j’en avais envie. Car ce plaisir de me retrouver quand je m’étais perdu, je ne le devais qu’à moi… et à personne d’autre… et je suis vraiment content de cette journée car là je suis assis, tranquille, devant des falaises d’au moins 200 mètres de haut, et je pense à ce que je veux. Et je me dis, c’est bien mon gars, tu as passé une bonne journée, tu t’es débrouillé tout seul comme un chef, et t’as même pas dépensé un sou… l’argent ne fait pas le bonheur.

L’avantage " sécurité " est que j’ai rencontré une bergerie ou quelque chose du type tous les kilomètres je pense ; on n’est donc jamais vraiment perdu.

 

J’arrive au village vers 19h15, voilà plus de dix heures que je suis parti ! Après avoir récupéré mes affaires, j’effectue un petit tour de village et un peu plus tard passe un coup de fil à la famille, histoire de donner des nouvelles fraîches ! Je me rends vite compte que je suis exténué… C’est un peu compréhensible d’ailleurs. Sur les conseils d’un jeune, je vais dormir un peu plus en retrait, dans un petit champ et sous des arbres : c’est plus sympa et abrité.

 

 

 

 

 

 

J’ai passé une bonne et longue nuit : anecdote tout de même (car il ne faudrait pas que ce soit trop parfait quand même !), la forte odeur de chèvres et les chardons qui traînent je ne sais pas pourquoi dans mon duvet – ça me fait une séance d’acupuncture gratis ! Mais surtout il caille et je dois même mettre le pull jusqu’à 10h.

Aujourd’hui, direction le village suivant, Pitres, et je pense en pousser quelques-uns histoire d’arriver à Trevelez ce soir.

Bonne nouvelle : le stop marche à merveille ici ! Les voitures à passer ne sont pas très nombreuses, mais à 2 reprises c’est la première qui est passée qui s’est arrêtée. Me voici donc à Pitres. Village un peu de même style, un peu moins vieillot : ça sent plus le ciment et la peinture ; mais justement ce blanc est vraiment éblouissant. Je ne trouve pas mieux à faire que de me balader, lire un peu, dire bonjour aux gens… et ça me plaît.

Je décide de faire créneau par Ferreirola : ce n’est pas du tout sur ma route, mais j’ai lu dans mon guide que ce petit village isolé (car pas sur la route qui traverse les Alpujarras) était un des plus vieux et authentique de la région. En plus il y aurait des fontaines d’eau ferrugineuse (qu’est ce que c’est ?… sais pas) et les restes d’une vieille mosquée. Sur les conseils d’un petit vieux, je vais m’y rendre à pied, par le sentier : " muy cerca ! " dit-il. D’ailleurs – je lui ai parlé du sujet de mon étude – il me dit que tous les chemins de montagne ont été aménagés du temps des Maures : ainsi ils pouvaient exploiter la montagne et en même temps se cacher. Également à propos de l’irrigation dont il me dit qu’ils doivent tout à ces arabes, il me parle d’un aqueduc (que j’ai vu une photo d’hier) qu’on a récemment construit car on ne sait plus comment faire fonctionner l’ancien système de récupération d’eau de fonte des neiges qui a pourtant bien dû fonctionner un jour puisque le versant est creusé en escalier.

J’arpente donc le chemin caillouteux qui mène vers Mecina, dont la petite légende placée à l’entrée du village parle de princes arabes – comme dans tous les autres villages. Vu que sur cette minuscule route pas une voiture ne passe, je me rends à pied jusqu’à Ferreirola, profitant des vues splendides et surtout grandioses qui me sont offertes. Et, arrivé, grosse déception ! : parmi toutes les rues bétonnées il n’y a absolument rien à voir ! Au bout d’un quart d’heure, décidé à partir, je rencontre un groupe d’anglais en ballade qui se dirige vers Portugas, ma prochaine destination. Et c’est parti pour 10 kilomètres de plaisir avec eux ! Bon, j’en bave un peu… mais toujours les mûres, amandes et figues pour remonter le moral. Et nous voici à Portugas, où ils m’offrent chaleureusement un verre.

Je ne sais pas si c’est l’épuisement ou le fait de n’avoir rien mangé de très consistant depuis ce matin, mais ces 2 bières me tournent bien la tête et après s’être séparés je m’empresse d’aller faire une petite sieste sur un banc de la place de l’église de Portugas.

Le soleil chauffe sur ma peau et en même temps un petit vent froid me donne la chair de poule… Je n’ai pas envie de dormir à Trevelez : village le plus haut d’Espagne, il doit y faire drôlement froid la nuit ! Je ne suis donc pas pressé de partir : Busquiton n’est même pas à une heure de marche (en descente), mais j’ai repéré un champ de tomates sur la route…

Sur la route je croise une fontaine agrémentée de beaucoup de panneaux et d’une aire de repos : il s’agirait donc d’un site fameux ! Lisant quelques informations et l’indispensable légende (!), j’apprends qu’il s’agit d’une fontaine ferrugineuse ; tout un rituel paraît nécessaire avant de la boire, je ne comprends pas trop… Le site paraît sacré (photo), et 2 personnes viennent remplir un bidon, ce qui me rassure ! Et heureusement que je les avais vus, sinon je n’aurai jamais osé avaler ça ! Un goût entre médicament vraiment pas bon et eau pétillante qui pique…

 

 

L’eau ferrugineuse

 

Enfin j’arrive à Busquiton où l’église est pleine. Je ne comprends pas trop, on est jeudi, mais enfin je ne me pose pas de questions, surtout qu’à Grenade il y avait des messes tous les jours, et principalement à cette heure, ici 19h30. Étonnement de nouveau (j’ai posé mes affaires et suis rentré dans l’église), quand tout le monde s’embrasse, hommes et femmes. Peut-être s’agit-il d’une coutume, peut-être même d’un Saint qu’ils fêtent ! Et là je tombe de haut quand je vois arriver… un cercueil. Je passe les détails ; sinon que les gens n’extériorisent pas leur tristesse et sont même vêtus de couleurs gaies.

Même train-train de soirée, où je discute 10 min par-ci par-là. Dans l’ensemble les gens sont assez contents de voir arriver un " aventurier ", à pied avec sa tente… Ca doit leur rappeler leur jeunesse !

Mais, une soirée n’est jamais finie tant qu’il n’est pas minuit ! : rentré un peu avant la nuit pour m’installer, une fois fini je vais me faire plaisir dans un champ de tomates-cerise juste à côté… franchement c’est pas méchant et je ne fais de tort à personne – Mais j’ai été puni car, sur le chemin du retour, je me suis cassé la figure… dans un roncier. Sorti tant bien que mal j’ai les jambes en sang : comme si j’avais besoin de ça ! Mais ce n’est pas méchant car très superficiel.

Mon séjour m’a fait réfléchir sur plein de choses… et des fois je me demande si quand même il n’y a pas une étoile qui veille sur moi – mais je garde ça pour ma conclusion.

 

 

 

 

 

 

Assez bonne nuit – Pas trop froid pour une fois. En cherchant une fontaine où refaire les niveaux, je rencontre un petit vieux (à moitié invalide) avec qui je discute un peu : c’est vraiment pas facile à comprendre, mais intéressant ! J’apprends donc qu’ici il n’y aucune forme d’agriculture : seulement quelques grands jardins. Mais la richesse d’antan du village fût sa mine… une mine de je n’ai pas pu savoir quoi, mais il en est que le " minerai " se vendait très cher… Tout le monde y a travaillé jusqu’à temps de ne plus avoir de poumons. Pas de retraite, me dit-il, mais une bonne paye pour ceux qui ont travaillé jusqu’à n’en plus pouvoir " comme moi ! " me dit-il. Aujourd’hui la mine est fermée et il n’y a plus à Busquiton que des petits vieux qui se traînent tant bien que mal.

Sur le chemin du départ je croise tout un troupeau de chèvres, conduit par son berger et 4 chiens. Ils partent tranquillement sur la route…

Mais ce matin le stop aura été plus difficile ! Après une bonne heure d’attente je décide de marcher en direction de Trévelez : ça va me passer le temps et peut-être apitoyer un peu les automobilistes... foutaise ! Ce n’est qu’après plus de 2 kilomètres que des touristes anglais me prennent...

Trévelez est constitué de 3 parties : une basse, une moyenne, une haute qui répartissent 1800 habitants à un peu moins de 1500 mètres d’altitude. Je suis arrivé dans la partie basse, la plus touristique. J’ai toute l’après-midi pour explorer. Déjà en montant un tout petit peu, ça pue la chèvre et je repère de minuscules étables dans les rues !

Un peu plus tard je m’incruste dans une churreria [c’est un commerce où sont vendus des churros, ces bâtons de pâte à crêpe frits] (au hasard) pour profiter de ses sanitaires. A la sortie le patron me fait remarquer que leur usage est réservé aux clients, c’est écrit… c’est bon, j’ai compris, alors autant me faire plaisir : je lui demande des churros (on peut pas en prendre moins de 3), et je me régale quand même !

Encore un peu plus tard, je rencontre un couple de français toulousains. Le premier abord fut assez comique : alors qu’ils me demandaient quelques renseignements sur la région dans un baragouinage d’espagnolo somme toute assez correct, je l’entends s’énerver en français parce qu’il n’arrive pas à dire ce qu’il veut ! Alors là, c’est éclats de rire. Ce n’est pas la première fois que ça m’arrive, mais c’est toujours aussi comique !

Discussion. Ce sont des fadas de randonnées en haute montagne (Pyrénées surtout) et veulent évidemment s’attaquer au Mulhacen, le sommet le plus haut d’Espagne avec ses 3481 mètres " y picos ", comme disent les espagnols. Je leur fais part que j’en ai marre de grimper mais je leur donne des conseils sur l’Espagne puisqu’ils viennent d’arriver (et se sont déjà fait voler un sac). Je refuse leur invitation de les suivre dans cette ascension, mais, les trouvant fort sympathiques, je les accompagne jusqu’au chemin de départ ;et ça me fait visiter le village.

Christophe et Sylvie, donc. Une petite trentaine tous les deux. Réfléchissant un peu tout de même au fait que je n’ai rien vraiment de prévu à faire et que je serai quand même vraiment heureux de relever ce défi d’ascension, au moment de se séparer je leur demande s’ils pensent que je serai capable de le faire et évidemment si ça les ennuie de me traîner… C’est avec grande joie qu’ils m’encouragent même à les suivre !

Alors c’est parti et à un rythme soutenu – qui me convient bien pour l’instant – nous arpentons le chemin de mules qui gravit la basse montagne, demandant régulièrement notre chemin au début.

C’est une grande occasion pour moi : je pars avec des guides expérimentés et équipés qui sont enchantés de me faire découvrir leur passion. Trévelez, 1480 mètres. Objectif Mulhacen, 2000 mètres plus haut. Pour aujourd’hui il est prévu de gravir 1000 m. puis de trouver un bon endroit pour bivouaquer. Il est environ 16 heures.

Au début ça grimpe assez. C’est le chemin assez emprunté par les paysans et leurs mules : chemin très encaissé et irrégulier fait de grosses pierres plates et rondes posées sur chant. C’est difficile de garder l’équilibre, surtout avec les 15/20 kg qu’on se trimbale chacun… Mais c’est encore tout vert et on rencontre des gens, des paysans. Et puis on saute des petits ruisseaux, des canaux d’irrigation… hop… hop ! C’est très sympa !

Mais rapidement la végétation se fait de plus en plus rare, et apparaît progressivement un paysage de plus en plus " pelé " et aride. Avec satisfaction, le sentier devient plus fin mais de terre battue, de poussière parsemée de rochers (ou l’inverse parfois) ; et à vrai dire ça ne grimpe pas trop, trop dur. A partir de ce moment, à part un berger un peu plus loin, on ne rencontrera plus que des animaux.

 

 

 

 

 

 

Et puis ça continue, inlassablement. Difficultés à se repérer, malgré l’expérience de Chris qui n’a pu trouver qu’une carte de moyenne qualité (le chemin n’est pas balisé). Mais ça le fait. Très curieusement je suis assez surpris de moi-même : malgré notre vitesse, rapide je trouve, je tiens le coup. Et, après trois bonnes heures de marche avec pas mal de pauses, on décide de s’arrêter pour aujourd’hui. Quelques difficultés pour trouver le lieu idéal : un endroit plat, avec de l’herbe, de l’eau pour la toilette, une source pas trop loin pour s’approvisionner, et un gros rocher qui nous servira de table. Tout ça un peu à l’abri du vent évidemment ! Et cet endroit, on le trouve finalement ! Alors on s’installe (tentes… ), petite toilette dans le ruisseau, et repas au camping gaz. Mes amis ont tout ce qu’il faut pour faire un bon repas : soupe et pâtes déshydratées, fromage et pain. Ils ont vraiment un grand sens du partage et m’offrent un super repas, bien que nous ne soyons pas dans les meilleures conditions possibles ! Ils sont vraiment adorables et me chouchoutent un peu, dirais – je ! Notamment pour que je n’aie pas froid la nuit car je suis plutôt équipé pour un camping sur la plage…

Mais il y a quelque chose qui ne parvient pas à sortir de mon esprit : je viens d’apprendre dans la soirée le fameux attentat de mardi 11 aux États-Unis. Au début j’ai rigolé de ce délire… mais je suis vite tombé de haut… C’est la 3ème guerre mondiale, qu’ils me disent… ça me glace. Et moi je suis depuis un mois écarté de " ce monde ", totalement indifférent de l’actualité. J’ai vécu 4 jours dans l’ignorance de ce drame… C’était peut-être mieux d’ailleurs. Mais ça me fait peur ; et j’y repense…

Le départ devait être donné entre 6 et 7 heures, mais curieusement mes amis ne se lèvent que vers 8h. C’est les vacances après tout ! Super petit déj’, puis on plie tout et on va cacher le maximum de choses non nécessaires dans le creux d’un gros rocher un peu plus haut : pas la peine de trop se charger inutilement, surtout qu’on sait qu’aujourd’hui ça va grimper très, très dur ! Alors on décolle et après une grosse heure on découvre le plateau des lacs : c’est magnifique ! Dernier plat : bien vert, des moutons qui broutent … à 2800 mètres d’altitude. On a déjà franchi une grosse barre rocailleuse et j’ai pu goûter à la difficulté…

Après une petite pause où nous avons pu admirer le Mulhacen, les neiges (pas éternelles mais qui sont encore là par plaques) et la bonne Crète qui nous attend, on repart pour la grande ascension ! Là je commence à ressentir les autres effets de l’altitude : essoufflement, manque d’oxygène (j’échappe aux maux de tête et vertiges). Je dois donc suivre un rythme lent, de petits pas. Mes amis m’attendent régulièrement et me vitaminent. J’ai une telle volonté d’y arriver que ça le fait ! J’en bave mais j’y arriverai ! Grande joie quand nous croisons des isards – des jeunes – Waouhh ! Quel plaisir !

Nous ne marchons plus que dans des éboulis de rocaille et seule la vie minérale paraît présente. Autour de nous ce n’est que roche à perte de vue. Et puis, à un moment, c’est… le sommet ! ! ! ! 3480 mètres de joie et satisfaction que l’on exalte ! Pour eux, c’est le plus haut sommet qu’ils ont fait (mais on est parti d’assez haut).

 

Un pur bonheur, assis sur ce rocher dominant le vide et l’immensité

Bien qu’on soit si haut, il ne fait ni froid ni humide : le vent glacial qui nous séchait de la sueur provoquée par l’effort sous un soleil qui tape fort, ne souffle pas plus ici. 20° C au soleil.

 

 

Une sorte de petit ermitage, une chapelle sans toit, un poteau en béton marquant le sommet et une vue très masquée par la brume. Mais une immense satisfaction face à ce défi presque déjà réalisé. Malheureusement c’est également plein de touristes qui sont montés en bus jusqu’à 3250 mètres … mais on s’en fiche, nous on l’a fait ! ! !

Petite restauration et on va s’attaquer à la descente. Mes amis m’expliquent un peu la technique puisqu’on va couper au plus court : pas longer la crête et faire le grand tour :couper tout droit à flanc de montagne. Brrr… quelle pente ! Mais j’ai envie de le faire ; je prendrai mon temps s’il le faut.

La descente, tant elle est raide, s’annonce vite comme un mélange de course et de glissade : sur une espèce de sentier dont les bords sont assez meubles, on court et on se freine en enfonçant les talons : alors le sol se dérobe et sur quelques centimètres on a une formidable sensation de glisse et de vitesse. Derrière c’est nuage de poussière. J’adore ! Et quand ça va plus, c’est comme au ski on se laisse doucement tomber en arrière : c’est le sac qui prend et on s’en tire avec quelques éraflures ; et surtout on s’arrête. Un peu plus loin les éboulis sont beaucoup plus gros et on doit sauter de grosses pierres en énormes cailloux : calibres entre 10 et 100 cm de largeur. Ca fait un peu escalade parfois : Surtout qu’on a dévié afin de s’offrir le plaisir de s’approcher d’une plaque de neige, évidemment bien loin de tous les passages. Sur cette direction, autre surprise, on croise trois magnifiques bouquetins mâles, aux corps splendides élancés de grandes cornes. Ils ne sont pas trop peureux, on peut les approcher à une vingtaine de mètres ! Et puis on réussit à atteindre la neige… sur laquelle on se laisse glisser ! Une plaque de neige, même pas gelée, en Andalousie et en plein septembre… c’est du délire ! On se fait plaisir quelques instants puis on continue la descente… de la même manière jusqu’aux lacs. On s’offre même un peu d’un semblant de rafting dans une petite cascade ! Et ça continue toujours à un rythme effréné…

 

 

 

Je ne sais trop comment décrire ces sensations, mais c’est vraiment super. Après avoir récupéré le matériel de la veille, j’arrive à un passage qui me plaît moins : la combinaison du poids excessif qui rend l’équilibre plus difficile à tenir et d’un sentier qui descend beaucoup raide mais tellement long qu’on court quasiment afin d’arriver avant la nuit, tout ça fait souffrir mes genoux et mon dos. Chaque pas est une secousse brutale qui résonne. Mais dans cette langueur et ce paysage qui peu à peu devient moins désertique, on retrouve le chemin cabossé des mules où je dois freiner car, à cause de la fatigue je pense, je fais trop souvent souffrir mes chevilles. Et puis c’est Trévelez et l’enchantement pour tous. On a réussi ! ! ! (je suis vraiment content de moi). On a même été beaucoup plus vite que prévu : les 1000 derniers mètres en 1h15 : c’est de la folie ! Enfin il n’est que 19h et on a le temps de s’organiser : camping, installation et… (tout de même) on s’offre le resto. J’offre l’apéritif (tinto de verano évidemment) à mes amis et on se régale vraiment sur un plat typique de la région. Dé-li-cieux. Pour finir je réclame une autre corbeille de ce pain délicieux qui me fera un excellent petit déj’ demain matin, avec du chocolat…

Nuit où je dors comme un loir tellement je suis exténué ! (malgré le contact direct avec les cailloux du camping… ).

 

 

 

 

Et je laisse Chris et Sylvie continuer leur voyage… je ne les remercierai jamais assez, et leur fait part de ma joie. Je passe la matinée " farniente ", principalement à lire en détail " le Monde " de mardi, qu’ils m’ont passé : il faut que je rattrape mon ignorance. (mince, vivement les cours et la lecture ; je fais de plus en plus de fautes d’orthographe…). Et puis, une fois organisé, je pars à pied de Trévelez comptant toujours sur l’auto-stop. Le pouce tendu, j’attends ; et je marche, je marche… (oui car tant qu’à faire d’attendre autant marcher : d’une part, au cas où, j’arriverai bien un jour au village suivant, et puis ça apitoie plus les conducteurs je pense). Et ce n’est qu’après 8 kilomètres de sueur et de désespoir qu’un couple d’Allemands me prend… J’en ai bavé sur cette route de montagne, en plein caniard et au cœur d’un paysage désolant… car la végétation devient plus méditerranéenne.

Je passe les détails mais en tout cas je me retrouve quand même à Yegen, village que j’ai choisi tout simplement parce qu’il est minuscule et que doit s’y trouver – normalement – une pension vraiment pas cher, d’après le routard. Bah oui parce que je m’étais dit, tellement je me sentais courbaturé, que je n’allais pas marcher aujourd’hui et que j’allais m’offrir une nuit sur un lit, un vrai. Avec une douche et tout et tout. Pour le début c’est donc plutôt raté mais je me rends quand même à la pension où je suis ravi car, une fois de plus, les prix ont subi une inflation phénoménale ! (2000 au lieu de 1400 pesetas). Enfin j’y suis j’y reste, et après un court repos et un moment lecture + écriture je pars à l’exploration du village qui s’étend quand même assez. J’y découvre une hystérique place avec une fontaine qui ressemble à celle de la cour des lions de l’Alhambra ! Délire !

 

 

 

 

Et puis j’atterris à l’église où il y a un bistrot plein de représentants du club du 3ème âge. Je m’y incruste évidemment et en profite pour regarder les infos de 20h qui passent à la TV allumée. Et surtout c’est la grosse discute, et banale, et politique sur l’actualité, avec les gens présents. Ici c’est vraiment pas cher car à vrai dire ils débouchent les grandes bouteilles et ne changent pas les verres entre 2 conso, et c’est tant mieux. J’offre un verre à un petit vieux avec qui je discute. Il m’en offre un après. Ainsi ça revient au même que de payer seulement ses verres, sauf que là on se fait plaisir mutuellement. (Je découvre le vin du pays et de bonnes petites tapillas qui font office de repas du soir). Je m’aperçois au passage que – je ne sais pas si c’est parce que je mange beaucoup moins – je tiens de moins en moins bien l’alcool… il va falloir se méfier ! Enfin ce n’est pas avec 2 verres qu’il m’arrivera des ennuis.

Sympathique soirée donc, enrichissante du point de vue des mœurs et coutumes traditionnelles du coin. 23h je dors profondément.

 

 

 

 

À peine réveillé je continue à rattraper le retard que j’ai pris ces derniers jours dans mon carnet de bord.

Malheureusement je n’arrive pas à négocier le prix de ma chambre si ce n’est que je parviens à obtenir de la charmante patronne un café au lait. C’est toujours sympathique. Et puis je récolte des informations sur les bus, puisque, vu le peu de temps qu’il me reste, je dois aller à Almeria direct.

Dernière visite de ce village sympathique, un croissant pour la route (il faut me croire : dans la boulangerie, à 10h, il y avait UN croissant, c’est tout, rien de plus. Et pour couronner, de la veille et dégueu… ah l’Espagne !…).

Je prends donc le bus qui me conduit à Ugijar, où, déception, le seul bus pour Almeria passe par le sud et la côte, ce que je ne veux pas ! Je veux traverser la chaîne de montagne et le désert du Far-West, en plus c’est plus court ! Mais pas moyen alors je décide d’y aller en stop. Encore un jour où j’avais prévu ne pas marcher à cause de mon dos qui crie de partout et des mollets tendus à éclater… mais c’est reparti, et comme d’hab’ ce n’est qu’après une grosse heure qu’une voiture de sport me prend et me lâche une quinzaine de kilomètres plus loin, à un carrefour. Trois petits kilomètres à pied et je suis au village suivant, Alcolea, où j’apprends avec joie que le bus de mes rêves existe. Reste à interroger une dizaine de mémés et j’ai même l’horaire. Ayant 2h devant moi et un bon petit creux, je trouve un bar pas cher où je me tape 2 tapas au milieu des habitués apparemment très étonnés de voir un touriste ici.

Et puis c’est le bus qui emmène les mémés faire leurs courses, et qui s’arrête dans tous les patelins que j’ai ainsi le temps d’observer, comme le paysage. Ainsi je suis content je traverse un nouveau paysage montagneux et, j’espère bien, le désert de Tabernas, celui où sont tournés tous les westerns !

Déception tout de même puisque nous ne sommes pas passés proprement dit au cœur de la zone désertique. Ce que j’en ai vu je ne m’en suis même pas rendu compte que c’était ça : des montagnes toutes petites et très nombreuses, très grises et totalement mortes, à perte de vue. Bon, j’aurais toujours essayé, et puis j’ai payé ce bus beaucoup moins cher.

Arrivé à Almeria je me dirige comme d’habitude vers l’office du tourisme afin d’avoir une carte gratuite. Et, traversant des zones hypra-rupines d’allées de palmiers longeant la côte (etc…), je suis surpris par quelque chose que je n’ai pas vu depuis bien longtemps : de la pluie ! Enfin… le réflexe de s’abriter de ces quelques gouttes n’est pas très utile par ces 30°… Mais ça ne dure pas : ça fait juste causer les espagnols !

Ensuite je découvre la ville à la recherche de quelqu’un qui va me parler d’un petit coin sympa d’héritage arabe. Je croise d’abord la cathédrale… Heureusement que c’est écrit ! Je croyais d’abord à un château fort avec ses murailles et ses tours… Et à l’intérieur, pas de nef, etc… mais des voûtes alignées parallèlement et formant un plan carré : je ne peux pas m’empêcher de penser à la mosquée. Plus loin je rentre dans la "  boutique " d’un sculpteur sur bois qui va me parler quelques temps de son œuvre : il sculpte un retable (3 ans de boulot). Et toujours les rues, modernes et très représentatives d’une grande ville, qui plus est côtière. Rien d’intéressant, surtout que tout est désert, je ne sais pas pourquoi et je vais prendre un verre vers 21h. histoire de passer le temps et combler un creux d’estomac (mais heureusement que je suis passé dans une épicerie avant !), et puis pour regarder les infos puisque ici c’est vraiment impossible de trouver un journal en français (car la politique internationale en espagnol, là vraiment je peux pas).

Direction A.J., grosse demi-heure de marche dans des quartiers pas spécialement rassurants… et là je tombe de haut : complet ! Tout ça parce qu’ils refont la peinture… En plus il me met dehors, le gars de la réception : pas question de dormir dans le grand hall avec des canapés, et il s’en fiche pas mal de mon cas.

Me voilà donc dans la rue et, voyant un bar, j’y rentre pour me renseigner. Vu leur tête, je comprends que je ne délierai la langue des patrons que si je prends quelque chose. Tout ça pour qu’ils me disent qu’ils n’ont aucune idée de ce que je pourrais faire et que les pensions pas chères à Almeria ça n’existe pas. En sortant, je demande gentiment aux gens qui sont en terrasse si quelqu’un ne pourrait pas me dépanner pour une nuit, leur expliquant la situation. Tout le monde s’en fiche pas mal… Me voici donc bien parti pour un parc. Je me réjouis quand même : après tout je vais faire des économies ! Mais dans une rue je parle avec des gens qui m’assurent que c’est totalement inconscient de dormir dans un parc la nuit et que c’est la meilleure chose à faire pour perdre toutes mes affaires. Ils m’indiquent une pension vraiment bon marché et je suis donc leur conseil. J’ai de la chance j’arrive à négocier le prix de 2500 à 2000, mais c’est encore beaucoup trop vu comment c’est crade et pourri, mais enfin… pas le choix et je m’en fiche, je suis mort de fatigue… et il est 0h30.

 

 

 

 

Ma matinée se résumera en fait à la visite de l’Alcazaba et des quartiers arabes que j’ai découvert. La forteresse est… bah comme une forteresse quoi ! Des murailles du 1er style maure (récemment restaurées) à l’intérieur des jardins un peu inspirés des modes d’urbanisme moderne mais cherchant toujours à imiter les arabes, avec ces petits bassins et filets d’eau qui fuient les allées perçant la végétation. Toute une histoire : 3 enceintes construites successivement, et surtout le fait que la dernière a été construite par les chrétiens, dans le même style – avec juste les canons en plus. Et ils ne se sont pas gênés à simplement percer ou graver des petites croix pour s’approprier la ville et sa gloire (ou prospérité… que préféraient-ils ?…). Ainsi je découvre les restes archéologiques de certaines habitations maures, de bains, caves… un peu planqués dans un bois, pas grand monde ne doit aller les voir. Même un petit lieu de culte pour quelques maisons, et un espace spécialement réservé aux femmes… pour les cloîtrer éventuellement – je pense… !

A la sortie je m’immerge vite dans un quartier – pas si rassurant mais si charmant pour une fois ! – très particulier et assez à part : petite maison avec un ou sans étage, sans toiture, et aux couleurs éclatantes mais agencées avec goût. Ses habitants, pas antipathiques mais assez peu causants, ne paraissent pas vraiment citadins ! Une sorte de banlieue en pleine ville… où les gens paraissent prendre le temps de vivre. Ce n’est d’ailleurs que par ici que j’ai trouvé les fameux azulejos assez oubliés sur ces villes côtières, un peu modernes et à croissance anarchique… J’y croise quelques " mamas " andalouses, grosses et à la voix criarde et assez "  peu distinguées " ; à l’opposé des femmes marocaines, algériennes ou tunisiennes, très discrètes et silencieuses. D’une manière différente les 2 sont aussi prêtes à aider, à donner un conseil… Le premier type est beaucoup plus facile à approcher mais j’aurais plutôt voulu pénétrer la seconde catégorie…

Un peu plus tard je découvre un quartier, très " moderne " (grandes tours et immeubles bétons), qui affiche clairement son origine nord-africaine : restaurants, bars marocains, épicerie… il n’y a quasiment que des maghrébins ici ; et une grandissime file d’attente devant la délégation gouvernementale de régularisation des " illégaux ".

Je m’y attarde un peu, tente une petite spécialité marocaine dont je ne saurai jamais la composition… mais c’était très bon ! J’aime bien aussi l’affiche à l’entrée des bars " nous ne servons pas de boissons alcoolisées ici " …une autre culture… affichée aussi bien en espagnol qu’en arabe (pour moi ça fait comme de drôles de dessins partout).

Je rencontre une fois encore un artisan (ferronnier) espagnol, avec qui je discute, de son travail, de mon voyage… et il me dit : " Et il y a des gens qui te prennent en auto – stop ? ! " - souriant et étonné. Parce qu’il me dit qu’avec tout ce que les espagnols voient à la télé, personne ne prend de risques. Au palmarès des infos : immigrés clandestins sans le sou, drogués errants en quête de dope et/ou d’argent pour l’acheter, pour couronner le tout, médiatisation de prisonniers évadés récemment, agrémenté d’une parano sur " les jeunes de maintenant "… je comprends alors mes difficultés .

Et puis je rencontre Juan, un jeune espagnol avec qui je discute et qui me convainc pour finir que quand même, venir en Andalousie, qui plus est sur la Costa del Sol, sans aller une journée à la plage ce n’était pas possible ! – même si ça ne me tente pas vraiment. Comme je ne vois pas ce que je vais continuer à faire ici je le suis jusqu’à Aguadulce (bus sur une dizaine de kilomètres) où il doit aller et où, me dit-il, il y a une A.J. au pied de la plage.

Me voilà donc largué dans cette ville où je suis confronté à des gens… je ne sais comment les juger. D’abord un panneau " office du tourisme ", sans flèche. D’ailleurs personne n’a jamais entendu parler d’un office du tourisme ici… Alors je réussis quand même à trouver la mairie, que 2 personnes différentes m’avaient indiquée dans une direction opposée… je pousse la porte : un coiffeur à l’intérieur. Je décide donc de demander directement l’A.J., que personne ne connaît d’abord puis que l’on m’indique à 3 kilomètres, restent encore 2 kilomètres… sympathique, m’enfin… Et arrivé, bonne surprise habituelle : " completo " ! Je vais donc devoir trouver un camping. Panneau : à 1kilomètre. Cinq cent mètres après, nouveau panneau : camping, 1.3 kilomètres. Un peu plus loin encore : camping, 1.7 kilomètres. Ils ont réévalué leurs distances… Après ça va ça diminue enfin… Je marche au milieu de friches industrielles, serres abandonnées et chantiers de construction. Charmant. Cela dit, super camping (plage, piscine, supermarché…), qui m’accepte sans tente : je tente le coup comme c’est assez cher et finalement je vais juste ne pas monter l’armature : ça ne changera pas de l’habitude où de toute façon c’est comme si je dormais dehors.

Je vais voir la plage sous le ciel gris qui menace : je vais paraître comme difficile mais je préfère encore la Manche ! Le peu de plage c’est du caillou et autant une route qu’une plage, l’eau est pleine d’algues et papiers et est glaciale. Bon, c’est vrai, il y a les palmiers…

Je n’ai pas de problèmes pour dormir vu que je dors debout depuis 2 jours. Et puis ma lecture du Monde m’occupe beaucoup et me replonge progressivement dans le monde qui m’attend dans quelques jours… pas spécialement plus gai.

A un moment dans la montagne, entendant à chaud " c’est la 3ème guerre mondiale ", je me suis demandé s’il ne vaudrait pas mieux y rester, perdu dans ces montagnes… mais ce n’est pas une solution.

 

 

 

 

Finalement j’ai passé une bonne nuit à la belle étoile, en compagnie de mes amis les moustiques qui ne m’ont pas raté (pourtant j’avais mis la protection à fond).

C’est lecture, c’est "  méditation " ou ballade du corps et de l’esprit. Bonne marche finalement pour me rendre à l’arrêt du bus pour Malaga. Malheureusement je commence à vivre un " après – voyage " car je ne peux pas vraiment prendre d’initiatives ni me laisser porter : je dois penser à un lieu, une date, une heure donnés. Aéroport de Malaga, demain 18h30.

Arrivé à Malaga vers 18h – après avoir traversé pendant 5h un paysage désolant : entre la mer et les montagnes, un espace très restreint où chaque mètre carré plan est occupé par des serres, dans lesquelles les tomates sont mûres en février – je me dirige donc vers l’A.J., et… quelle poisse ! … complet. Ils me donnent tout de même l’adresse d’une pension universitaire ; j’y vais à tout hasard : trop cher (3000 pesetas). Je fais donc ce à quoi j’avais pensé : la nuit à 270 ptas, c’est-à-dire le prix de l’aller retour à l’aéroport. Comme j’ai dû chercher la résidence qui était assez loin, le temps a passé. Et je me prends un bon gros sandwich chaud dans une " hamburgueseria " (sorte de bar). Ensuite bus et aéropuerto, et… quel nul !… j’ai oublié mon petit sac dans le bus… il ne me manquait plus que ça, le dernier jour… Il faut croire que je ne suis pas à l’aise quand tout va bien car j’en invente toujours ! Enfin, je prends les choses en main quand même et vais attendre le prochain bus (une heure plus tard) : bonne surprise, le chauffeur avait fait suivre. Ouff… j’ai de la chance sur ce coup : appareil photo, et… toutes mes notes !

 

Minuit bien passé et finalement une assez bonne nuit malgré la lumière et les messages sonores… pas si terrible puisque j’ai dormi jusqu’à 8h ! ! Alors je retourne en ville et passe très simplement une grosse matinée, presque comme si j’étais dans n’importe quelle ville française… Ce n’est plus pareil. Vers 16h je pars, et dans l’organisation tout s’enchaîne très vite : c’est l’avion, le petit avion qui m’envoie dans les airs et me fait voir le dessus des nuages… Quelques turbulences et c’est Madrid. Transfert et déjà on parle français. Et 2 heures dans la nuit, avec comme spectacle toutes ces villes et villages illuminés qui font comme des dessins. Je m’étonne du repas, vraiment luxueux ! Content d’avoir découvert l’avion et des sensations " de technologie ", tout un tas de trucs qu’il faut voir pour comprendre (mais c’est pas très convivial tout ça !).

Déjà 23h et je dois sûrement être en France… pays à moi, ça c’est sûr. C’est celui que j’aime, que je préfère. Mais je suis fier de connaître maintenant autre chose, de pas si différent mais tellement loin quand même. Certainement plus loin d’un cadre de vie préconçu, d’un cocon (une famille, des amis, un environnement qu’on connaît) que d’une culture carrément ; mais c’est sûr, ça m’aura fait beaucoup de bien. De voir combien le " contact humain " est important dans la vie. De voir les 2 côtés de la barrière : je connaîtrai certainement maintenant le sentiment de pas mal de gens, un peu à part. De me défaire de beaucoup de clichés, de naïveté qui me fait rêver mais obstrue le réalisme. D’avoir envie de faire un effort, de faire un pas vers les autres. Et puis, j’ai fait des tas de choses que je n’aurais jamais osé auparavant, que j’aurai sûrement du mal à reproduire dans mon futur " contexte quotidien " mais qui – j’espère – m’offriront un peu d’aisance !

Grosso modo, je me demande quand même : échec ou réussite ? (vis-à-vis de Zellidja et de ce que je voulais faire).

Eh bien sur mon thème proprement dit, " l’influence maure… ", je ne vois pas ce que j’ai vraiment tiré : si, c’est du pipeau. Les Espagnols n’aiment pas vraiment les Maghrébins et les isolent assez. Ceux-ci sont pour autant très présents, mais essentiellement comme " immigrés ". Leurs quartiers, très intéressants, m’ont beaucoup plu de par la (joie) convivialité et l’authenticité qui s’en échappe. Mais, à part à Grenade, je n’ai jamais vraiment su m’y insérer et encore moins y participer. D’autre part, les Andalous, ces Espagnols très typés et au fort caractère, sont extrêmement différents des peuples arabes et tiennent beaucoup plus à mon avis des gitans que de l’islam. Leurs caractères sont franchement opposés et on ne peut pas dire qu’ils se mélangent franchement entre eux.

Je reste donc assez sceptique sur ce que j’ai fait, mais je sens que j’ai besoin que tout cela mûrisse.

 

 

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Avec du recul je découvre de plus en plus, qu’au moins du point de vue personnel, j’ai fait quelque chose d’extraordinaire dans ma vie. Il y a un " avant " et un " après ". En cinq semaines de vadrouille j’ai appris plus que je ne l’espérais sur moi-même et ceux qui m’entourent qu’en des années de vie passive ; et puis des idées se forment, un point de vue s’affermit tout en devenant bien plus tolérant. Hormis le fait qu’en j’y repense et que j’en reparle souvent, cette expérience constitue curieusement une référence assez fréquemment évoquée dans la construction de ma pensée. Bref, je m’enthousiasme… et les aspects plus balisés de ma vie (comparés au voyage Zellidja qui, oui, évoque tout de même assez de contraste avec ma vie " normale " d’avant) prennent un sens constructif s’articulant dans mon avenir autour d’une pensée encore un peu floue d’un voyage qui ne sera pas une fuite mais au contraire un pas nécessaire vers la réalité d’un monde qui en a besoin. Bref, en caricaturant : " quand est-ce que je repars ? ! "

Car pour moi il n’y a pas de doute, le virus a fait son œuvre ; un voyage comme celui-ci ouvre sur un autre, et surtout DES autres…

 

 

 

"

 

Cela a été un travail assez long pour moi, mais j’ai beaucoup appris. Une première lecture m’avait fait plaisir. Je te suis reconnaissante Pierre-Charles de m’avoir fait un peu partager ton voyage. Mais en le tapant, un peu chaque jour, j’ai pu en apprécier toutes les difficultés que tu as rencontrées mais surtout tout ce que tu as découvert. Découverte d’un monde extérieur, mais surtout découverte de ta personne : réussir à surpasser toutes ses craintes, ses angoisses, ses peurs – toujours aller plus loin, plus longtemps, plus profondément.

Je pense que tu as commencé à réaliser ce que je n’ai pas fait dans ma vie et que j’avais toujours un peu rêvé mais pas suffisamment fort je suppose. Dans la vie, il faut savoir ce que l’on veut et de temps en temps forcer le destin pour avancer.

Pour répondre à ta question – échec, réussite – c’est une réussite sur le plan personnel, je pense que tu as bien grandi. Il faut savoir que pour un premier voyage, il y avait dans ta préparation une grande part d’inconscience, d’insouciance de ta part et de la mienne. Je savais qu’il fallait que tu partes, que tu t’exprimes, que tu t’exploses. Tu n’as jamais pratiqué de sport – cela t’a peut être manqué – tu n’avais beaucoup d’occasions de te défouler physiquement. Ton défoulement était toujours intellectuel. Cette fois, je pense que tu as su mélanger les deux. Durant ce mois, tu t’es servi de ta tête et de tes jambes ! ! !

Tu vas savoir convaincre Zellidja à travers ton analyse, ton travail de synthèse. Tu as appris beaucoup plus de choses que tu ne le dis dans ton livre de bord. Celui-ci est fait à chaud, aujourd’hui tu as autre chose à nous offrir. Bon courage, j’attends de lire la suite.

A ton prochain voyage (je serai plus exigeante sur la préparation).

Maman