BILL VIOLA
L'ART
VIDEO
Introduction :
Bill
Viola (1951) est un des pionniers de l’art vidéo. Installé aux USA, il
commença ses recherches sur la vidéo en 1972 après de brillantes études
d’art à l’université de New York ou il rencontra ses sources
d’inspirations qui sont en autre son professeur Jack Nelson et David Ross
avec qui il fera de la télévision par câble (Il sera ingénieur du son). En
1972, il réalisera sa première vidéo Wild Horses et sera
assistant d’exposition de Nam June Paik et Peter Campus. En 1973, il étudie
la musique avec le compositeur David Tudor. Il fera parti de son groupe et réalisera
avec celui-ci plusieurs performances sonores à travers le monde. Bill Viola
expose pour la première fois aux Etats-Unis en 1972. L’artiste va s’intéresser
aux philosophies orientales, aux religions, au mysticisme, aux cultures des
pays qu’il découvrira lors de ses voyages (Japon, Europe..), au cinéma, à
la musique (John Cage), à la condition humaine et notamment « au
passage entre la vie et la mort ». Ses œuvres (monobandes et
installations :150 œuvres depuis ses débuts), mêlent images et sons
qu’il traite de la même manière. On peut évoquer en deux parties sa carrière :
1972-1985 ses débuts et l’émergence de ses idées : L’interet pour
les religions ; 1986-2004 L’apogée de son art et de ses idées :
Le thème du passage de la vie à la mort. A travers quelques œuvres, nous
verrons les principales idées et sources d’inspirations de l’artiste. Il
dit de ses œuvres :
« Le
véritable lieu ou l’œuvre existe ne se trouve pas sur l’écran ou à
l’intérieur des murs mais dans l’esprit et le cœur de la personne qui
l’a vu »
L’œuvre de Bill Viola représente la tendance lyrique de l'art des installations vidéos. A partir des années 70, il crée un grand nombre de bandes vidéos et d'installations qu'il définit comme autant de poèmes visuels dans lesquels il s'attaque aux questions d'identité et des préoccupations d'ordre spirituelles dans le monde moderne.
Durant cette période, Bill Viola va s’intéresser
à la performance, au cinéma expérimental (Godard) et à la musique. Il utilise la caméra comme un outil qui
intellectualise le monde, comme un instrument qui dissèque pour mieux
analyser, saisir et décrire. C’est aussi pour lui un outil de perception du
monde qui nous entoure. Ses premières recherches sur la vidéo le conduisent
dès le milieu des années soixante-dix à réaliser des installations et des
bandes extrêmements suggestives, que l’artiste commence, dès le début des
années quatre-vingts, à transposer en une symbolique basée sur la pensée
mystique et bouddhiste. Il va se servir de la vidéo pour explorer les phénomènes
de la perception des sens qui ménent à la connaissance de soi. Ensuite, il
traite l’image comme une partition musicale. Image et son ont une importance
égale dans son œuvre. L’image permet de prolonger la perception
sensorielle auditive. Les vidéos de Bill Viola présentent la particularité
de pouvoir regrouper des systèmes de rationalité et des modes purement
intuitifs, des méthodes scientifiques et des pensées orientales, des images
à la fois hautement technologiques et parfaitement visionnaires.Viola s’intéresse
à la matérialité même de l’être humain jusque dans ses expériences
physiques les plus extrêmes: le satori (détachement absolu) du bouddhisme
zen ou bien des douleurs insoutenables. Le noir pour Bill Viola est une métaphore
essentielle " les chambres de mes installations sont noires parce que
ceci est la couleur de l'intérieur de votre tête. Ainsi le véritable lieu
de toutes mes installations est l'esprit, ce n'est pas vraiment le paysage, le
paysage physique »
Dans He weeps for you 1976 (Synapse video center université de Syracuse New York Etats Unis, installation ), il montre une goutte d’eau tombant d’un tuyau de cuivre. La gouttelette est agrandie de façon à refléter la pièce environnante et ses occupants. Un bruit sourd résonne lorsque la goutte touche le sol, ce qui donne à cette action apparemment anodine une inquiétante etrangeté. Ce travail fait allusion à la philosophie traditionnelle de la correspondance entre le microcosme et le macrocosme, ou croyance selon laquelle toute réalité supérieure dans l'échelle de l'être se reflète et est contenue dans la manifestation et le mode d'être des ordres inférieurs. Les religions anciennes ont exprimé cela comme la correspondance symbolique de l'ici-bas (la terre) et du divin (les cieux) et on retrouve cette idée dans les théories de la physique contemporaine qui montrent comment la moindre particule de matière contient des connaissances et des informations sur l'état du système tout entier. Dans cette installation, il dit : « J'ai tenté de créer un espace accordé où non seulement tout est enfermé dans une seule cadence rythmique mais où un système dynamique interactif est produit, dans lequel tous les éléments la goutte d'eau, l'image vidéo, le son, le spectateur et la pièce elle-même fonctionnent ensemble de manière unifiée comme un instrument unique et plus grand ». L'œuvre repose sur un processus d'agrandissement: en modifiant l'échelle de ce qui devrait être normalement un événement accessoire pour l'amplifier à la fois visuellement et acoustiquement jusqu'à ce qu'il domine l'espace. Un examen plus serré révèle que le processus unificateur qui sous-tend l'œuvre est un phénomène optique. La goutte d'eau agit elle-même comme une lentille et s'intègre de la sorte au système optique de la caméra vidéo. On peut voir une image de l'espace tout entier et de ceux qui s'y trouvent, image dont on constate qu'elle est contenue dans la structure anamorphique de chaque goutte d'eau. Cette distorsion optique accroît à mesure que la goutte gonfle pour finalement tomber hors de l'image et s'écraser sur la surface amplifiée qui se trouve en dessous, inaugurant alors un nouveau cycle.

Il
s’inspire de peintures anciennes, ce qui l’intéresse n’est pas de
reconstituer exactement la mise en scène du peintre, mais d’explorer les
sentiments qui sont à l’origine de l’œuvre et qui sont exprimés dans
celle-ci. Selon lui, la tradition chrétienne occidentale n’est pas seule
propriétaire de l’expression d’événements dramatiques comme la
Crucifixion et la Résurrection. Il y a un fond commun plus large. On peut
dire que sa propre référence spirituelle est tournée vers le boudhisme plus
que vers le christianisme. Il rend
hommage dans ses œuvres aux maîtres classiques européens (Masolino,
Albrecht Dürer, Dirk Bouts), et à leurs tableaux majeurs sur les thèmes
religieux : Crucifixion, Résurrection…Bill Viola evoque dans ses travaux,
l'Asie, en faisant des références
au théâtre "NO", en nous plongeant dans la notion du temps nécessaire
à l'intégration, à l'intériorisation et à l'expression des émotions
propres à l'Orient. Cette notion d'universalité des émotions et de non
appropriation des sentiments par notre culture chrétienne montre sa propre référence
spirituelle tournée vers le bouddhisme.
L’ artiste durant cette période a fait des œuvres en
connivence avec ses idées du moment. Il étudie des thèmes communs, qui
touchent tous le monde. Durant les années 80, son intérêt pour la religion
s’accroît et ses œuvres vont exprimer cet intérêt. Cependant un nouveau
thème va interesser l’artiste : Le passage de la vie à la mort.
II 1985-2004 L’apogée de son art et de
ses idées : Le thème du passage de la vie à la mort
Depuis le milieu des années 80 Viola se consacre presque entièrement à la création d'installations. Sa recherche sur la forme et la lumière ainsi que son intérêt pour les textes religieux s'expriment dans des projections d'images de grandes dimensions.
A partir de 1986, l’artiste va évoluer dans son style. Il va beaucoup voyager et va s’intéresser de plus en plus à la philosophie orientale et à la littérature mystique. Il va porter un intérêt aux textes religieux qu’il étudiera. Il va faire une réflexion sur la condition humaine et notamment sur le passage entre la vie et la mort ( exemple NANTES TRIPTYC en 1992) . L’œuvre est perçue par le spectateur comme une expérience vécue.
La thématique du "passage" comprends les installations qui pendant les années quatre-vingts supplantent progressivement les bandes. Installées le plus souvent dans des pièces noires ("... c'est la couleur de l'intérieur de votre tête"), les dispositifs tant sonores que visuels mettent en œuvre des oppositions et passages métaphoriques. Les œuvres evoquent le passage du monde réel au monde intérieur (les corps endormis de Threshold ou The Sleepers (1992); les corps fantomatiques immergés dans l'eau de The Arc of Ascent (1992) ou Stations (1995)); passage de l'individuel à l'universel, de la vie à la mort (dans Heaven and Earth ou Nantes Triptych (1992) qui opposent les images de la naissance d'un fils à celles de l'agonie d'une mère, ou Tiny Deaths (1993) où des silhouettes se volatilisent dans un excès de lumière) ; passage encore des pensées et des songes (The Stopping Mind, 1991), de l'image et du temps (Passage, 1987, où une scène de 26 mn est étirée à 6 h 30).
Dans The Passing
1991 (54’
vidéo) Bill VIOLA évoque le
passage de la vie à la mort et les
cycles de la vie. L’eau représente la
naissance mais aussi la mort. Il filme la vie de façon
brutale avec une dimension zen. Des images qui jouent sur le grain, qui
font penser aux dessins à la mine de plomb de Seurat. Quatre années
marquées d’événements tant personnels qu’universels, amèneront Bill
Viola à réaliser cette bande vidéo de 54’ en noir et blanc. La naissance
de son fils, la mort de sa mère, deux événements se situant aux extrémités
de la vie, entraîneront l’artiste à s’interroger sur des questions
fondamentales sur le sens de la vie, la raison de l’existence de l’être
humain dans l’univers ; le rapport entre l’humain, les éléments
naturels et la galaxie ; l’origine de l’esprit et du corps en
relation avec sa finitude. Fusionnement dans le même grain de l’image vidéo,
du corps humain et de la matérialité du monde. L’artiste rejoint ici
"cette certitude injustifiable d’un monde sensible qui nous soit
commun", comme l’écrira Merleau-Ponty, "elle est en nous
l’assise de la vérité".Qu’un enfant perçoive avant de penser,
qu’il commence par mettre ses rêves dans les choses, ses pensées dans les
autres, formant avec eux comme un bloc de vie commune où les perspectives de
chacun ne se distinguent pas encore. Bill Viola traite, en parallèle, le
corps humain vivant, naissant et mourant, et le corps spirituel flottant dans
la matérialité du monde; des paysages de déserts où traînent des
ossements, des cadavres de véhicules, des traces de civilisation, et des
paysages urbains traités en négatif que seuls des météores de lumière,
des phares de voiture en l’occurrence, viennent perturber. Il se pose lui-même
comme lien entre le passé et l’avenir, entre le monde réel et l’univers
métaphysique. The Passing expose le déclin
lent et régulier d’un être jusqu’à sa totale extinction, au fil des
prises vidéo qui décrivent l’avancée inexorable de la maladie dans le
corps d’une vieille femme. Cette expérience traumatisante est scandée par
des séquences où l’artiste est montré respirant difficilement dans son
lit, s’éveillant terrorisé, se rendormant, glissant sans fin d’une
phrase onirique à une autre.

Des dispositifs de projection variés sont utilisés dans ses œuvres (écran/miroir rotatif, rétroprojecteur d'images immenses, minuscules écrans, moniteurs immergés, triptyque, etc...) tandis que l'agrandissement et le rythme (extrêmes ralentissements, accélérations, arrêts) confèrent aux images une dimension mentale et onirique, provoquant le spectateur à passer lui-même à des niveaux de perception et de conscience supérieurs. Le spectateur participe à l’œuvre. La vidéo est un vecteur d’une expérience intérieure capable de créer des perceptions mentales inattendues souvent issues de l’inconscient et de faire émerger de nouvelles émotions esthétiques. En 1987, il voyage dans le sud ouest des USA pendant 5 mois afin d’étudier l’archéologie des autochtones et filmer des paysages désertiques qu’il réutilisera dans ses oeuvres. Il est très intéressé par la diversité culturelle des pays qu’il découvre au cour de ses périples de par le monde..
Viola maître de l’art vidéo combine les aspects plastiques et perceptifs de l’image vidéo à une construction proche du cinéma. Contrairement à Paik (qui combine les aspects perceptifs et conceptuels), Viola serait plus proche du cinéma. Presque proche de Godard, dans l’aspect " collage ", Paik est plus léger, plus dynamique. Viola se veut spiritualiste, mystique, sombre, introspectif. Viola veut exprimer et affirmer une dimension spirituelle.Viola c’est " Hollywood Zen ".
Tout au long de son parcours, Bill Viola a réussi à intégrer à sa recherche sur la perception visuelle les techniques les plus sophistiquées. La rétrospective de l’œuvre de Bill Viola, organisée en 1997 au Whitney Museum of National Art de New-York, a démontré l'inspiration romantique adaptée à l'ère numérique de cet artiste. Comme il a étudié la musique et la création sonore, l'image et le son ont une importance égale dans son oeuvre. L'influence de Godard et Beckett semble importante chez Viola, dont le thème de prédilection est l'homme seul, écrasé par l'énormité de la nature, une nature qui parfois le consume .
Mon
travail c’est comme un plongeon dans l’eau ; pour voir l’œuvre, il faut
se mouiller(B.V.).
Conclusion :
Bill Viola est un des principal protagoniste de l’art vidéo. Aujourd’hui encore, il crée des installations qui restent fidèles à ses idées : la religion, la vie, le cinéma et la musique…Il parvient à se démarquer de la nouvelle génération par des œuvres empreintes de spiritualité et de réflexion, car le spectateur pour lui, doit faire partie intégrante de chacune de ses œuvres. Son œuvre doit être ressentie dans le cœur et l’esprit de chacun. La réflexion doit dépasser la réalité. Dans Five angels for the millenium (1999, Berlin) il évoque le passage à l’an 2000 à travers les différents stades de la vie (naissance, adolescence …..mort). Une des ses dernières œuvres The passions (2001) évoque les passions du Christ. Il les illustre à sa manière c’est à dire avec des images soignées et qui demande de la réflexion. Il rend hommage aux grands maitres de la Renaissance Europeénne qui peignaient ce thème. Ce dernier est d’ailleurs récurrent actuellement au cinéma . Il reste fidèle à ses idées mais parvient à les associer aux nouvelles technologies et aux pensées actuelles de la nouvelle génération d’artistes comme par exemple Barney, Mc Queen. Ce pionnier s’intègre à la jeunesse vidéaste mais celle-ci s’inspire t’elle de ce maître de la vidéo ?

BILL VIOLA LE PASSAGE 1987 INSTALLATION VIDEO SON MUSEE D’ART MODERNE DE SAN FRANCISCO
ANNEXES
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