Copie des règlements  de la Manufacture de Villeneuvette  en 1870

 

Article 1° : Nul ouvrier sera admis dans l'établissement :

1) S'il n'est muni d'un certificat de bonne vie et mœurs délivré par le Maire de la

commune ou d’un livret en règle  ces pièces seront déposées à la Mairie.

2) S'il n'a pris connaissance des clauses et conditions du présent règlement

et s'il n'a promis de s'y conformer exactement sans restrictions aucunes.

3) S'il ne promets se conformer à la devise : Honneur au travail, se coucher de

bonne heure et se lever matin c'est fortune, sagesse et Santé.

 

Article 2eme : Les heures de travail sont fixées ainsi qu'il suit

De 5 h à 8 h du matin travail : de 8 à 9 h déjeuner  de 9h à Midi travail

de Midi à 1 h : diner; de 1 à 3h travail ; de 3 h a 4h goûter, 4 a 8h travail.

Mais les enfants au dessous de 14 ans ne commenceront la journée qu'a 6h du matin en été, à 7H en hiver et la finiront le soir a 6h1 de manière qu'ils ne puissent travailler que de 8 à 9 h par jour, suivant les saisons. Aucun enfant au dessous de 9 ans ne pourra être admis au travail.

 

Article 3eme : Les prix des journées et des travaux à façon sont les mêmes ici qu'a Clermont, par conséquent les ouvriers trouveront ici l'économie de leur loyer qui lui est accordé gratis sous la réserve ci-après :

Il sera pris sur le salaire des ouvriers domiciliés dans l'établissement une retenue de un pour cent destinée a des dépenses communes a tous, telle que supplément pour Mr le Curé, subventions a l'instituteur ou a l'institutrice pour donner des leçons aux enfants qui travaillent, secours à des ouvriers que des malheurs pourraient rendre nécessiteux, honoraires des médecins, achat de médicaments.

Les fonds seront versées dans une caisse à trois clefs ; une des clefs est tenue par l'habitant le plus agé, une autre par un ouvrier désigné chaque année par les 12 plus anciens , la troisième par un chef d'atelier au choix du propriétaire.

les dépenses sont ordonnées par un comité de trois membres , l'un délégué par les 12 plus anciens, un chef d'atelier ou employé et le teneur de livres de l'établissement.

 

Article 4 : Tous les 15 jours le comité désigné au dernier paragraphe

dans l'article 3, fera un rapport pour indiquer a M.M les propriétaires les secours qu'il lui semblera devoir accorder; ce rapport portera aussi sur la conduite des ouvriers quant a l'exécution du présent règlement.

 

Article 5 : Tout ouvrier qui faute d'habilité ou par inconduite ,ni gagnait pas assez pour vivre convenablement lui et sa famille, et qui contractera des dettes pourra être renvoyé ,après avoir été prévenu au moins 15 jours a l'avance. Il en

sera dé même pour ceux qui se livreront au jeu ou qui ne se conformera pas au règlement.

Tout ouvrier, grand ou petit qui par son amour du travail, son esprit d'ordre, d’économie, sa bonne conduite , méritera des éloges, aura son nom inscrit sur un tableau a ce destiné ,il pourra recevoir quelque récompense pécuniaire quand l'état de la caisse le permettra. Des primes seront accordées a ceux qui feront beaucoup de bien.

 

Article 6 :Il est interdit de fumer dans les ateliers.

Il est également défendu d'y avoir quelque altercations et surtout des disputes. Tous propos ou chansons malhonnêtes ou obscènes ou contre la religion

sera sévèrement interdit. Des amendes de 10 centimes a 1 Franc pourra être infligée au profit du tronc commun, l'expulsion en cas de récidive.

La punition  sera du maximum quand les propos auront été tenus en présence de quelques enfants.

Chacun devra tenir proprement l'endroit ou il travaille.

 

Article 7 :Les enfants devront assister a l'école et au catéchisme, soit le soir après le travail, soit dans la journée aux heures qui seront indiquées.

Ceux qui feront le plus de progrès pour leur instruction et qui seront signalés comme tels par l'instituteur ou l'institutrice seront inscrit sur le tableau d'honneur et recevront quelquefois des récompense pécuniaires.

En allant prendre leur repas ils devront se laver les mains et la figure ,en un mot doivent toujours se tenir proprement.

Nul enfant un peu malade ne sera admis à travailler que quand il sera complètement guéri.

 

Article 8 : Il est expressément défendu  aux ouvriers, même aux parents de mal traiter ou battre aucun enfant sous quel prétexte que ce puis être.

 

Article 9 :Tout ouvrier, grand ou petit qui se permettra d'aller marauder à la campagne et sur lequel seront porté des plaintes fondées sera fortement réprimandé et renvoyé immédiatement en cas de récidive.

 

Article 10 :Nul ne pourra être renvoyé que pour cause d'infidélité

commise soit ici ou ailleurs et pour cause d'insubordination, a moins que ce soit pour manque d'ouvrage, soit aussi dans les cas précités dans les précédents articles.

Tout ouvrier qui voudra quitter devra avertir quinze jours avant.

 

Article 11 :Les propriétaires , sans prendre aucun engagement se réservent d'accorder des pensions de retraite aux ouvriers vieux ou infirmes qui se seront distingués par leur amour du travail et leur esprit d'ordre et de bonne conduite.

 

 

Article 12 : supplémentaire. Tous les ouvrier sont invités a placer leurs économies ,soit à l'achat de quelques parcelles de terrain, soit aux caisses d'épargne.

Une prime de 5 frs sera accordée par MM les propriétaires pour chaque 100 frs qui sera versé aux caisses d'Epargne.

 

Document donné par Mr François MAISTRE, probablement rédigé en l'an 1870.

 

Il  apporte un éclairage intéressant pour ceux qui ne connaissent pas de prés les conditions difficiles des travailleurs de cette époque,  conditions qui ont perduré encore de nombreuses années puisque vers les années 1920 ces horaires journaliers de 12 h pour les grandes personnes (mais mobilisant les personnes ne résidant pas à Villeneuvette pendant 15 heures) et de 8 a 9h par jour pour les enfants au dessus de 9 ans.

On peut ajouter que le repos du dîmanche n'existait pas , mais à  Villeneuvette on accordait une heure de repos pendant l'heure de la messe à l’Eglise du village, sans obligation d'assistance, à l'office religieux. Seul les enfants au dessous de 16 ans ne travaillaient pas les dimanches et jours de fête, d'après la loi du 22/3/1841, au dessous de 12 ans ils devaient justifier qu'ils fréquentaient une école, entre 21 h et 5h du matin, le travail de nuit était interdit aux enfants au dessous de 13 ans sauf panne ou réparations urgentes bans la région les travaux du textile occupaient 30% d'hommes, 45%de femmes, 25 % d'enfants (1)

Pour les Clermontais, Nébiannais, qui travaillaient à l'usine de drap de Villeneuvette  s'y ajoutait le temps du trajet à pied pour y arriver. Il fallait partir à 4 h du matin, en hiver dans l'obscurité, on formait une chaîne ,oû agrippé à une corde, pour ne pas se perdre on suivait le premier de cordée muni d'un fanal alimenté au carbure(ou acétylène).

Les conditions sociales énumérées dans les divers articles étaient, parait-il meilleures que celles offertes par les drapiers de Clermont. Heureusement qu'il y avait les journées fêtées.

On peut remarquer, outre les remarques précises sur la bonne conduite et les bonnes mœurs exigées, le respect du au travail, les encouragements a l'épargne, justifiées par l'absence de retraite, mais surtout la grande novation qu'était la caisse spéciale affectée aux malades, infirmes et aux retraités, c'était une révolution qui présageait le futur mutualisme et la couverture sociale qui n'apparut que bien plus tard.

 

l)Thèse de Jean Montero : Subsistances et démographie 1974 (Page 47) Le textile Clermontais employait en 1840 1613 personnes (489 Hommes-729 femmes et 395 enfants.

 

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