Objet
: Profond dégoût
Date
: Vendredi 1 août 2003 15:30
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
|
Monsieur,
Je
viens de lire certaines de vos horreurs sur Internet. Comment
osez-vous écrire et publier de telles cochonneries
? Franchement, je suis scandalisée. Quand je pense
que vos proches aujourd'hui, vos charmantes filles plus
tard, peuvent et pourront lire ces infamies ! Ne trouvez-vous
pas qu'il existe suffisamment d'abominations en ce bas
monde pour en rajouter par vos écrits ? Mais qui êtes-vous
? Un impuissant, un monstre, un dépravé qui
tente abusivement de dépraver ses semblables ? Je
vous avoue que vos motivations m'échappent. Quand
je pense que Dieu vous a miraculeusement octroyé le
don d'écrire et que vous vous en servez aussi mal,
la tête m'en tourne.
Vous
me dégoûtez profondément.
Isa
Malaverse
Objet
: Dégoût partagé
Date
: Samedi 2 août 2003 5:30
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Mademoiselle,
Je
comprends votre dégoût et je le partage :
que Dieu permette le génocide, la torture, la misère,
le meurtre, le vol et le viol, l'injustice permanente,
cela n'est pas tolérable. Et cela chaque jour, depuis
des millénaires. Et cela partout dans le monde,
pays dits civilisés ou pas. Et cela, bien sûr,
toujours au détriment des plus faibles : les femmes,
les enfants et les vieillards. Bref, je comprends que vous
en soyez révoltée et j'épouse, de
tout coeur, votre révolte. A cette différence
près que je n'accuse ni Dieu ni Diable (il y a longtemps
que ces superstitions me sont étrangères),
mais seulement les hommes pour lesquels mon dégoût,
je ne vous le cache pas, est infini.
Ceci étant,
le problème de l'écriture appartient à un
autre ordre. Il ne vous viendrait pas à l'idée
de croire que Boris Karloff et Antony Hopkins, sous prétexte
qu'ils ont joué d'abominables monstres à l'écran,
sont de dangereux criminels ? Ni que Choderlos de Laclos
(aimable époux et père de famille au demeurant)
n'était qu'un scélérat d'avoir écrit
Les Liaisons dangereuses ? Ou que Nabokov, le père
de Lolita, soit une ordure ? Le divin Apollinaire
de La chanson du mal-aimé ne signe-t-il
pas Les Onze mille verges et l'immense Aragon Le
con d'Irène ? Je n'insiste pas : les exemples
sont légion. Mais confondre créateur et création,
tout particulièrement lorsqu'il s'agit d'une oeuvre
de fiction, n'est-ce pas le doux péché des
intelligences courtes et des âmes pauvres ? Vous
vous délivrez de vos aversions en m'insultant; je
me délivre de mes fantasmes en m'amusant.
Quel
est le meilleur d'entre nous ?
Léon
Bauprac
Objet
: De l'âme pauvre à l'intelligence courte
Date
: dimanche 3 août 2003 22 :30
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Monsieur,
Je
ne suis pas sotte au point d'amalgamer l'écriture
et l'écrivain.Laissez en paix mon "intelligence
courte" et mon "âme pauvre". Elles
sont très au-dessus de vos sempiternelles railleries.
Mais il y a des choix. Et les vôtres sont malsains.
Tout comme est malsaine votre complaisance à les écrire
et à les publier sur le Net. Sachant, bien entendu,
que vos précautions concernant les mineurs, excitent
plus la curiosité qu'elles ne la rebutent.
Faut-il
vraiment faire de l'amour cette décharge publique
où luxure et ordure se donnent libre cours au nom
du talent ? J'en doute. Quant à vous délivrer
de vos fantasmes, merci ! J'y vois surtout là une
raison pour nous incommoder de vos odeurs.
Isa
Malaverse
Objet
: Complicité du lecteur
Date
: Lundi 4 août 2003 4 :30
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Je
vous suis très obligé de toutes vos insultes.
Vous me semblez être une aimable personne qui fait
ses nerfs sur mon dos. Seriez-vous, physiquement, insatisfaite
? Allons, Mademoiselle, (Ne vous vexez pas : j'appelle
Mademoiselle toutes les femmes qui n'ont pas eu le bonheur
de me connaître) un peu de sérieux ! Cessons
de nous agresser et voyons les choses simplement : j'écris
et vous me lisez. La complicité du lecteur, vous
connaissez ? Roland Barthes a écrit de magnifiques
choses, parfaitement illisibles, sur ce merveilleux sujet.
Sans les quelque 50.000 personnes qui ont, peu ou prou,
lu mes "horreurs", lesdites "horreurs" n'existent
pas. Je (en tant qu'écrivain) n'existe pas. Appelez
cela comme vous voulez : complaisance, curiosité malsaine,
répulsion ou malin plaisir, le fait est bien que
vous m'ayez lu sans y être, que je sache, le moins
du monde obligée. Agréablement ou désagréablement,
vous vous êtes repue de mes "horreurs".
Et sachez que, quelle qu'en soit la raison, je m'en sens
très honoré. Vous pourriez passer vos heures à vous
délasser dans les excellents ouvrages de Guy des
Cars ou de la mère Cartland, non, ce sont les turpitudes
du père Bauprac qui vous tentent. Avouez que c'est étrange
?
Mais
si la chair vous dégoûte à ce point,
cessez donc de me lire et de m'écrire !
Je
vous fais tous mes compliments.
Léon
Bauprac
Objet
: La chair est triste, hélas...
Date
: Mardi 5 août 2003 21 :10
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Monsieur,
Qu'allez-vous
penser ? Mais la chair ne me dégoûte pas !
Pour votre gouverne de vieux dépravé, sachez
que je suis jeune et jolie, même si mon expérience
du plaisir a été profondément décevante.
Trois mois de mariage et un divorce à la clé !
Ajoutez à cela un immense désarroi, des parents
attristés par mon échec, mon métier
de traductrice qui s'en ressent, bref, vous le voyez, la "vraie
vie" ne m'a pas épargnée.
Je
vais être honnête : je ne vous ai pas lu dans
une indifférence et un dégoût permanents.
Je crois même avoir trouvé, dans votre amas
d'immondices, la raison cachée de mon déplorable échec.
Mon éducation chrétienne ne m'avait pas préparée à ce
que Mauriac appelle les patientes inventions de l'ombre.
J'avais, sans le savoir, épousé un libertin
minable, une sorte de Bauprac miniature, un Don Juan de
province, davantage attiré par la fortune de ma
famille que par ma propre personnalité. Peut-être
aussi ma fraîcheur et ma pureté (appelez cela
ma bêtise) le troublaient-elles également
quelque peu. Mais si je vous reconnais le mérite
de jouer cartes sur table, lui n'était qu'un vil
tricheur.
Quant
aux lectures que vous me suggérez, elles n'entrent
pas dans le cadre de mon Doctorat de Lettres.
Je
vous salue
Isabelle
Prissac de Maleverse
Objet
: A Mademoiselle de...
Date
: Mercredi 6 août 2003 3 :30
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Mademoiselle,
J'avoue
que votre joli nom à rallonge m'en bouche un coin.
Idem pour votre Doctorat de Lettres. Et dire que j'imaginais
une épicière, égarée dans ma
prose nauséabonde et royale, rien moins que moche
et se lavant la cervelle au jus de missel !
Allons,
cessons de plaisanter. Votre mésaventure maritale
n'aura pu vous apporter que des bienfaits. Au moins, vous
voilà sauvée de la fleurette et de vos puériles
illusions de communiante. La culture, même l'excellente,
ne vaut rien sans une bonne dose d'épreuves. Les
salauds ont leur mérite : ils nous apprennent la
circonspection et la prudence. Toutes les femmes qui m'ont
trahi, bafoué, ridiculisé ou rendu fou m'ont
nourri d'une irremplaçable connaissance. A son côté,
le riche savoir des livres, fait pâle figure. Et
pourtant, je crois avoir aimé les livres plus que
les femmes. Ce qui, dans mon cas, mérite considération.
Ceci étant
(me permettez-vous de rire ?), j'imagine assez les grandes
orgues, la messe à rallonge, tout le tsoin-tsoin
religieux et, bien sûr, le parvis jonché de
roses, les pingouins à particule et à monocle,
les sermons calamistreux et, vous, petite Isabelle, bénissant
le ciel de vous avoir octroyé pour la vie un jeune
coq. Les noces d'Emma Bovary, revues et corrigées à la
sauce noblaillonne. Mais comment n'avez-vous pas senti
toute la fausseté d'un tel cirque ? J'ai eu le privilège
de me marier cinq fois, tantôt accompagné de
trois ou quatre invités, tantôt sans. Vous
le constaterez : si j'ai parfois la prose luxuriante, j'ai
toujours le mariage sobre.
Encore
un mot à propos de Mallarmé. Tout le monde
sait qu'il a tout juste vingt-trois ans lorsqu'il écrit
: "La chair est triste, hélas ! et j'ai lu
tous les livres.", qu'il vient à peine de se
marier et que la petite Geneviève vient de naître.
On sait moins qu'il enseigne d'abord en Ardèche
("art, dèche" écrira-t-il) et moins
encore qu'il était porté sur la chose pis
qu'un bouc. De là à décréter "triste" la
chair de Madame Mallarmé, eu égard aux autres
chairs indisponibles à Tournon (Ardèche),
c'est la seule explication qui me convienne. Je lui préfère
de loin le mot de Malraux : "Heureusement, il y avait
les corps".
Triste
ou pas, je suis tout de même heureux de vous avoir
rencontrée,
Léon
Bauprac
Objet
: Le masque et le pseudo
Date
: Jeudi 7 août 2003 22 :15
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Allez,
moquez-vous de ma noblesse ! Croyez-vous que je ne sache
pas que Léon Bauprac n'est pas votre vrai nom et
que vous vous dissimulez (vous qui, pourtant, ne dissimulez
pas grand chose !) derrière ce pseudonyme ? A la
rigueur, je comprends que Boris Vian se soit appelé Vernon
Sullivan pour publier J'irai cracher sur vos tombes (oeuvre
interdite et vite condamnée) ou qu'Alexis Saint-Léger
Léger ait préféré signer Saint-John
Perse (avec un nom pareil !), mais vous ! Seriez-vous affligé d'une
peur inavouable d'être démasqué ? Au
fait, chose étrange, vous ne parlez jamais de vos
filles ? Craindriez-vous de les compromettre dans vos "horreurs" ?
Je
comprends (sur le papier) que notre expérience se
forge de nos erreurs. Dans la réalité, j'ai
du mal à concevoir qu'une dépression nous
accroisse ou que nous sortions grandi d'une trahison. Ce
que je constate aujourd'hui de mon échec se résume à des
envies de pleurer, une démotivation chronique et
un flottement de tout mon être qui n'augure rien
de bon. Tenez, je vais être franche, dussé-je
en chatouiller votre orgueil : le seul fait de vous écrire
et de recevoir vos lettres me fait du bien. Vous voyez,
je pactise avec le Diable...
Mon
Dieu, comment ai-je pu tomber si bas !
Isabelle
Prissac de Maleverse
Objet
: Mais où êtes-vous donc passé ?
Date
: Samedi 23 août 2003 18 :25
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Depuis
quinze jours j'attends vainement votre réponse et
je ne vois pourtant pas, dans ma précédente
lettre, ce qui peut motiver votre silence. N'êtes-vous
pas au-dessus des railleries et des insultes ? A moins
que, par excès de perversion et de sadisme, vous
ayez décidé de m'éprouver ? Je reconnais
n'y être pas toujours allée de main morte,
mais n'étais-je pas aussi pour vous un parfait sujet
de persiflage ?
Allez,
Monsieur l'écrivain, faites un effort. Un petit
geste de bonté ne saurait nuire au grand Satan que
vous êtes !
Isabelle
Objet
: Une anagramme trompeuse
Date
: Dimanche 24 août 2003 4 :45
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Chère
Isabelle,
D'abord,
mille excuses pour cette interruption de quinze jours.
J'ai planté mon disque dur, perdu de précieuses
données, dont votre adresse et vos lettres. J'ai
dû patienter que vous m'écriviez pour vous
répondre à nouveau. Merci d'avoir persévéré.
Vous
me parlez, je crois, de mes deux filles. Ces deux filles
ne sont pas les miennes, mais celles de Paul Carbone, un
demi-frère qui m'a doublement permis de publier
mes saintes horreurs sur son site et de me forger avec
son nom une anagramme trompeuse. Cette petite supercherie
permet quelquefois aux lecteurs de nous confondre, à juste
titre d'ailleurs, puisque nous avons la même corpulence,
le même âge, la même passion de l'écriture
etc...Mais lui est un saint, et moi, une brebis égarée.
Donc, pas de filles, pas de femme, un vieux mas perdu dans
la campagne et la paix royale. Ajoutons deux chiens, un
cheval et quatre chats pour faire bonne mesure. Et un vieux
4x4 qui rend l'âme.
Mais
revenons à votre dernière lettre.
La
bonté n'est pas mon fort. Dès que je fais
un effort pour obliger mes semblables, le tournis me prend.
Me voilà soudain de mauvaise humeur pendant huit
jours. Croyez-moi, je ne suis pas du genre à laver
les pieds de Marie-Madeleine. A moins que ce ne soit pour
lorgner ses cuisses ! Et les vôtres, n'est-ce pas,
n'en parlons pas.
Mais
puisque vous appréciez ma franchise, allons-y gaîment.
A cette allure, vous vous en doutez probablement, notre
correspondance va tourner très vite court. Le bavardage
littéraire m'agace, les aléas du quotidien
ressemblent tous à celui de mes voisins (à trois
kilomètres, heureusement !) et notre présentation
réciproque terminée, que faire ? Rien. Doublement,
triplement rien, puisque tout ou presque tout nous oppose
! Vous êtes jeune, je suis vieux. Vous êtes
sans doute jolie, ce n'est plus mon cas. Vous êtes
une semi-vierge et moi un pluri-libertin. Vous êtes
presque naïve, moi totalement retors. Bref, attendu
que je ne tiens pas à m'infantiliser, ni vous à grandir,
où allons-nous ?
Autre
chose encore : je ne puis - c'est physique - correspondre
avec une inconnue, sans immédiatement me mettre à la
désirer. Pire encore si cette inconnue m'insulte.
Je n'y peux rien : je suis un animal fantasmatique. Là où vous
ne voyez que du blanc, des roses et le sourire compatissant
du bon Dieu, j'imagine un corps d'albâtre, noyé dans
du tulle et me tendant sa translucide menotte pour m'inviter
au plaisir.
Allez,
tendre amie, cessons de nous écrire et claquons
la porte à nos tourments.
Léon
Bauprac
Objet
: Le coup de la panne
Date
: Lundi 25 août 2003 22 :25
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Bonsoir
Léon,
On
ne m'avait encore jamais fait le coup de la panne sur l'ordinateur.
Décidément, vous innovez dans tous les domaines
! Pour une fois, je vais faire semblant de vous croire,
mais n'essayez pas de m'embarquer dans vos fausses histoires
de famille et autres calembredaines identitaires : Paul
Carbone et Léon Bauprac ne font qu'un. Même
style, même construction grammaticale, même
tics d'écriture, qualités et défauts
mêlés. Vous semblez oublier que je suis une
professionnelle du langage. Tenez, je vais même aller
plus loin : il y a dans les Lettres Perçantes (soi-disant écrites
par la Marquise de Jade) certaines lettres qui ne sont
pas de vous. Un nègre, peut-être ? Mais je
pencherais davantage pour une négresse. Il y a en
vous, dissimulé derrière votre carapace d'homme
intègre, un négrier qui sommeille.
Mais
revenons à des choses plus aimables et à vos
exagérations ordinaires.
D'abord
votre âge. La photo de vous qui trône sur votre
page d'accueil (même si je ne doute pas que vous
l'ayez quelque peu retouchée) ne dépare pas
le personnage. Séduisant, attirant, étrange,
un rien cabotin, tout y est ! Un vieil acteur en goguette
ne ferait pas mieux. Et puisque vous avez l'âge de
nos célébrités nationales (Belmondo
et Delon), je trouve que vous soutenez l'affrontement.
Ensuite,
ma semi-virginité.
Soit,
je n'ai connu qu'un seul homme dans ma vie. Et alors ?
Croyez-vous, un seul instant, que je vais en rester là ?
Et que je sois la dupe de votre charmant courrier ? Depuis
votre première lettre (Je me délivre
de mes fantasmes en m'amusant), où vous vous amusiez à me
répondre, déjà vous m'attiriez dans
vos rets. Habilement, j'en conviens, mais vous me draguiez.
Et je répondais à cette drague sans avoir
l'air d'y toucher. "Presque naïve" dites-vous
? Oui, presque. Mais beaucoup moins que vous le supposez.
Tenez,
pour vous punir, je vous envoie en pièces jointes
deux photos récentes (et non retouchées)
: l'une en maillot de bain, l'autre habillée. Vous
y découvrirez que je suis rousse, toute piquetée
de taches de son, que mes yeux sont verts et que j'ai beaucoup
de chair sur les os.
Fantasmez
bien !
Isabelle
Objet
: Vraie rousse ?
Date
: Mardi 26 août 2003 4 :45
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Chère
Isabelle,
Je
vais vous faire un aveu : le Diable n'existe pas. C'est
un transsexuel. Avant d'endosser sa livrée de Diable,
c'était une femme. Mais pour être plus crédible,
elle s'est faite opérer.
Mes
fantasmes ne me trompaient pas : vous êtes superbe.
Tout en vous respire la noblesse, l'élégance,
le charme avec un soupçon de diablerie. Et en plus,
vous êtes une vraie rousse (enfin, si vous ne trichez
pas..), signe du feu diabolique qui vous brûle !
Ah, je ne sais qui de votre visage, de votre oriflamme
de cheveux ou de vos cuisses l'emporte, mais je suis pour
les symbioses. Si la superposition de l'âme et du
corps m'est nécessaire, c'est toujours le paradis
d'un visage qui me chavire. Et le vôtre me parle
abondamment de ce pays où l'on n'arrive jamais.
Bon,
parlons un peu d'autre chose pour nous détendre.
Je
ne suis pas plus un négrier que vous n'êtes
assurément une femme facile. Ne commettez pas l'erreur
de confondre (encore une fois) ce que j'écris et
ce que je pense réellement. J'écris n'importe
quoi, assuré que peu de gens me liront, que mes âneries
portent peu à conséquence et que ma jubilation à pondre
un tas de sornettes n'a d'égale que le plaisir de
les inventer. Mais j'ai une sainte horreur pour tout ce
qui touche à l'intégrité de l'homme,
y compris les enfants, les animaux et les femmes rousses.
Bien,
vous souhaitiez que j'aie envie de vous ? C'est réussi.
Une dévorante envie. Si dévorante que vous
allez fuir sous les saules si j'ose vous en parler.
Donc,
parlons des caprices météorologiques et de
la canicule présente. La Provence brûle sous
la chaleur. J'ose espérer que l'intimité de
la vôtre ne descend pas au-dessous de 37°5 ?
Bien à vous,
Léon
Objet
: Douce chaleur
Date
: Mercredi 27 août 2003 21 :32
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Bonsoir
Léon,
Merci,
ma chaleur se porte bien. Je crois même qu'elle augmente
d'un degré lorsque je reçois vos lettres.
Grâce à vous, mon imagination voyage différemment.
Il m'arrive de relire certains de vos textes d'un autre
oeil. J'essaie de faire la part des fantasmes, de la provocation,
de l'humour, du vécu peut-être. Même
si je vous trouve toujours aussi "horrible",
je m'efforce de disséquer vos horreurs, de découvrir l'humain derrière
le trop humain.
Figurez-vous
qu'aujourd'hui j'ai reçu la visite de mon ex ! Il
venait demander grâce, un peu d'argent et, pourquoi
pas ? me sauter pour faire bonne mesure ! J'ai été d'une
froideur sibérienne; et, tenez-vous bien, je lui
ai lancé que j'avais pris un amant ! Un homme plus âgé que
moi, certes, mais tellement attirant. Et puis, droit, honnête,
délicat, cultivé, enfin vous, mais statufié par
Michel Ange et doré à l'or fin par l'Evangile
! Il en était vert de rage, et moi satisfaite de
le voir enfin souffrir ! Pas très charitable tout
cela, mais à d'autres aujourd'hui les leçons
de charité !
Vous
me désirez intensément ? Mais ne l'avez-vous
pas un peu cherché ? Allez, cher Léon, ne
vous excitez pas sur les bas-morceaux d'une vilaine rousse
qui vous a débusqué derrière vos écrits.
Et, ne savez-vous pas que les rousses ont une odeur ? Ah,
oui, j'oubliais : l'odeur est un ingrédient érotique.
Voyez à quel point je suis naïve : même
en cherchant à éteindre vos ardeurs, je les
allume ! N'est-ce pas là ce que vous appelez, dans
votre jargon de mec, une "salope" ?
Ah,
au fait, je descends du côté d'Arles dans
une semaine pour remettre quelques traductions à l'éditeur
qui m'emploie. Nous pourrions peut-être nous rencontrer
?
Je
vous laisse à vos fantasmes.
Isabelle
Objet
: Toutes les salopes sont belles
Date
: Vendredi 29 août 2003 3 :45
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Chère
Isabelle,
Quoi
que vous en pensiez, je ne tiens pas à vous rencontrer.
En
tous cas, pas maintenant.
Je
vois d'ici le topo (à supposer que nous ne nous
décevions pas trop l'un l'autre) : moi ayant envie
de vous sauter, vous jouetant avec ladite envie et me soûlant
de ce bavardage femelle pour lequel j'ai une sainte horreur.
Parler, oui, mais après. D'abord sentir votre sueur,
boire vos aisselles, lécher chaque centimètres
de votre maudite personne, et, après, les mondanités
d'usage. Quand j'étais enfant, je ne supportais
pas d'attendre tous ces interminables repas pour en arriver,
enfin, au dessert. Je n'ai pas changé : d'abord
votre délicieux millefeuille; ensuite nous prendrons
l'apéritif.
Mais,
bien sûr, rien ne vous empêche de m'allumer
encore davantage. Je vous trouve même assez douée
pour jouer avec le feu. Enfin, pour une sainte ! Tenez,
parlez-moi de vos culottes. Je crois que leur couleur me
siéra mieux que le visage vert de votre époux.
Je
baise chacun de vos éphélides.
Léon
Objet
: Bouderie
Date
: Samedi 30 août 2003 23 :10
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Bonsoir,
Je
suis un peu fâchée contre vous.
Nullement
pour ce que vous croyez (les culottes, le millefeuille
et le reste), mais que vous ne vouliez pas me rencontrer.
Je me faisais presque une fête de ce voyage et vous
me renvoyez méchamment à mes pénates.
En fait, je crois surtout que vous avez peur. Peur que
votre attirance physique ne joue pas en votre faveur et
que vos rides (car je suppose que vous en avez ?) desservent
votre statue virtuelle. Comme si vous ignoriez que les
jeunes filles sont toujours un peu fofolles de leur papa
? Mais enfin, Léon, si vous ne m'attiriez pas, vous écrirais-je
ainsi depuis un mois, presque chaque jour ?
Et
puis, à supposer que vous ne me sautiez pas, la
belle affaire ! Vous ne manquez pas, je suppose, de jeunes étudiantes, Ô combien
tourmentées par votre savoir léonin, qui
souhaitent discrètement chevaucher leur ancien maître
? A moins qu'il ne s'agisse d'un raffinement plus élaboré :
m'étreindre et me posséder virtuellement,
vous assurer verbalement de toute ma tentante personne
avant d'envisager une capitulation réelle. C'est
cela, n'est-ce pas ? "Tout ce qui est atteint est
détruit" (Montherlant) et vous ne souhaitez
pas m'atteindre trop vite ? Pourquoi pas, si vous avez
besoin d'un tel montage de tête !
Tenez,
ce soir j'avais l'intention de vous révéler
(par le détail) dans quelle tenue je dors. Eh bien,
tant pis, je vous prive de dessert !
Isabelle
Objet
: Renoncement
Date
: Lundi 1er septembre 2003 6 :12
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Chère
Merteuil,
Je
trouve que la cruauté vous va fort bien. Vous la
maniez avec la dextérité d'une femme élevée
au lait de la Sainte Inquisition. D'abord, vous me traitez
de lâche et d'épouvantail ridé; ensuite
vient le couplet sur l'enseignant pédophile et,
pour finir, j'ai droit au chapitre (à peine voilé)
du papa incestueux. Bref, je suis puni et je n'aurai pas
droit à la chemise de nuit de Mademoiselle ou, pire
encore, à la pâte chaude qu'on enfourne dans
un fourreau de satin.
Et
tout ça pourquoi ? Pour une rencontre que je juge
encore prématurée parce que vous n'êtes
pas prête.
Oh,
avec les mots, vous êtes l'aisance même ! Mais
encore faut-il savoir desquels on parle. L'amour, dont
vous rêvez vaguement, se situe encore entre les grivoiseries
du XVIII° et la guipure de Flandre. Pour un peu, vous
vous attendriez à ce que je vous baise la main avant
le reste. Je vous préviens d'avance : ce n'est pas
le genre de la maison.
Voici
une petite anecdote qui vous instruira.
A
l'époque où j'enseignais encore la littérature,
un jeune prof de Français était tombé follement
amoureux d'une collègue d'Anglais : belle, intelligente,
racée. Un animal étonnant dans l'enceinte
souvent terne du corps enseignant. Las, le jeune prof était
marié, père de deux enfants et la Belle,
forte de son célibat et de sa chambrette, n'acceptait
de le recevoir qu'à la nuit tombée. Au bout
d'un mois, nul ne doutait plus de son bonheur, quand le
jeune prof se confia : il lui fallait d'abord converser
sur les hauteurs pendant six heures (la Belle donnait dans
l'intellectualisme progressif) et ce n'est qu'aux limites
de son épuisement culturel que la Belle ouvrait
les cuisses. Résultat : il se lassa de la Belle,
revint penaudement au bercail et tenta de se faire pardonner.
Trop tard : Madame se donnait du bon temps avec votre serviteur,
qui s'esquiva juste à temps pour éviter un
divorce. Moralité : il faut beaucoup de Nature pour
rendre un peu de Culture supportable.
Je
viens de me relire : tout cela est un peu rude. Mais qu'y
puis-je ? Croyez-vous, à 68 ans passés, qu'il
soit facile de ne pas se faire dévorer tout cru
par une jeune splendeur ? Lutter contre votre jeunesse,
votre beauté, votre intelligence, vos sarcasmes
et, quoi que vous en pensiez, contre votre éloignement,
c'est au dessus de mes forces. Je renonce.
Désolé,
Léon
Bauprac
Objet
: Trop tard !
Date
: Mardi 2 septembre 2003 21 :50
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Vous
ne savez pas ce qu'est le poison d'un écrivain.
Vous commencez à lire ses textes érotiques
avec une certaine répulsion, puis vous découvrez
ses aphorismes, ses romans, ses contes, ses pastiches,
ses critiques. Au fil des jours et des nuits, vous entrez
dans un univers étrange, éprouvant, agaçant
même et, brusquement, sans que vous sachiez pourquoi,
vous êtes malade de lui. Vous avez besoin de lui
comme d'une drogue. Alors, envahie par une révolte
sourde, vous lui écrivez - enfin vous osez lui écrire
- une lettre d'insultes, assurée qu'il ne vous répondra
pas. Mais, voilà, il vous répond. Et il est
bien tel que vous le connaissiez déjà : caustique,
intelligent, dangereux. Un piège fait homme.
Il
ne vous reste plus alors qu'à ruser, minauder, vous
battre et vous débattre pour ne pas lui dire quoi
? Que vous l'aimez. Que vous avez un immense besoin de
lui, de sa chaleur, de ses lettres, de cette incompréhensible
jeunesse qui semble suspendre le temps et vous fait trembler
de joie.
Oui,
je tremble Léon. Je tremble de toi et pour toi.
J'ai chaud et froid (et pourtant il fait 30° dans ma
chambre). Et je suis nue, nue devant mon ordinateur à t'écrire
et à pleurer bêtement. Je suis nue et je me
promène dans ma chambre pour que tu voies mes seins,
ma croupe, mon sexe d'une insolente rousseur. Et pour que
tu m'aimes enfin, comme tu le souhaites, je courbe la tête
vers le sol.
Bon,
est-ce suffisant ou faut-il que j'en rajoute un peu ?
Isabelle
Objet
: Le sein gauche
Date
: Jeudi 4 septembre 2003 4 :17
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
N'en
rajoutez pas. Votre diction est parfaite. Mais ne débitez
pas le texte trop vite. Marquez des poses et pleurez avec
plus de conviction. Voilà, il me semble que cette
fois vous tenez le rôle ! Ah, encore un détail
: déshabillez-vous plus lentement. Le spectateur
doit y croire. Ce qui fait la grande comédienne,
voyez-vous, c'est la retenue dans la douleur. Oui, je sais,
la situation est quelque peu ridicule : une femme qui pleure
devant son ordinateur ! Mais que voulez-vous, c'est une
pièce moderne. Il faut respecter les intentions
de l'auteur...
Indépendamment
de vos qualités de comédienne, vous êtes également
une fine mouche. Vous me flattez habilement dans le sens
du poil, le seul poil qui soit sensible chez un écrivain,
celui de son art. Encore que les mots "drogue", "malade", "immense
besoin" ressortissent davantage à la santé fragile
du lecteur qu'au tonus de l'écrivain. A votre place,
eu égard à la vanité bien connue des
artistes, je n'omettrais pas de le citer. Du genre : "Au
début d'Arthur et le Sphinx, vous écrivez
: Il faut se méfier des apparences. J'ai
trouvé ce début original. Et quelle puissante
observation psychologique dans cette simple petite phrase
!" Enfin, ce n'est pas à vous, chère
Isabelle, que je vais faire un cours sur l'art d'appâter
le gros gibier.
Pour
l'instant, le gros gibier se porte bien. Il fume trois
paquets de cigarettes par jour (je n'y peux rien : la mention Les
fumeurs meurent prématurément m'excite
au plus haut point) et je bois copieusement pour oublier
que vous êtes loin, nue et triste, follement amoureuse
d'un vieux crabe et magnifique comédienne de surcroît.
Je
baise longuement votre sein gauche, celui du coeur.
Léon
Objet
: Voyage, voyage...
Date
: Vendredi 5 septembre 2003 22 :17
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Pourquoi
le sein gauche ? Je vous assure que les deux sont charmants,
un peu lourds peut-être, mais si j'en crois vos calembredaines érotiques
(La cravate, notamment), j'en déduis que
vous aimez les gros seins. Encore une chance ! Vous imaginez
mon désespoir si dame Nature m'avait privée
de ces protubérances mammaires ! Mais à quoi
devineriez-vous que je suis intelligente ? C'est vrai,
il reste ma croupe rebondie. Et là, croyez-moi,
j'ai de l'intelligence à revendre. J'espère
bien d'ailleurs, lorsque vos aigreurs d'estomac seront
passées, que vous viendrez le constater par vous-même.
Vous verrez, culturellement parlant, c'est mieux que Breton,
Barthes et Bernanos réunis. Vous imaginez ? Une
croupe (excusez-moi, le mot cul ne passe pas)
ronde, blonde, agrémentée au sommet de deux
fossettes narquoises ! Et ce sillon net, odorant, frisotté,
pudique ! Ah, franchement, si j'étais un homme (je
parle d'un vrai), je n'hésiterais pas une seconde à faire
le voyage pour le contempler. Voilà, vous savez
tout : j'ai une croupe qui mérite le détour.
Ah
oui, comédienne ! Figurez-vous que pendant toute
la durée de mes études supérieures,
j'ai joué dans une petite troupe d'amateurs, notamment
du Marivaux. Des rôles habillés, bien sûr.
Il paraît que je pleurnichais très bien. Est-ce étonnant
s'il m'en reste quelque chose ?
Récapitulons
: je n'ai pas oublié de citer une de vos oeuvres,
j'ai longuement parlé de mes charmes, j'ai admis
que j'étais une comédienne chevronnée.
Que me reste-il pour vous complaire ?
Ah
oui : j'embrasse longuement votre bouche qui sent le tabac
et l'alcool, dardant bien ma langue contre la vôtre
et soupirant d'aise comme il sied.
Votre
Isabelle
Objet
: Sérénité
Date
: Samedi 6 septembre 2003 5 :12
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Vous êtes
bien tranquille au fin fond de votre province, vous êtes
enfin débarrassé du travail, de la promiscuité des
hommes, du caquet des femmes. Vous êtes puissamment
heureux entre vos animaux, vos livres, votre ordinateur,
le tout dans un silence royal. Bref, vous vous croyez hors
d'atteinte, à l'abri de la cacophonie du monde et,
brusquement, une mijaurée déboule sur votre écran,
forte de son petit Doctorat, de sa grosse particule et
de son missel à la noix. Et vous êtes embarqué !
Pire,
vous découvrez très rapidement que Bécassine
est un Sphinx, que toute sa superbe personne est une damnation
continue et vous commencez à vaciller, comprenant
que votre retraite est fichue et foutu votre bonheur.
Alors,
vous agrandissez au maximum les deux uniques photos que
vous avez d'elle, vous les placardez sur votre mur et vous
les contemplez bêtement, avec des gratrouillis dans
tout le corps, l'esprit vide et l'âme plus percée
qu'une passoire.
Voilà résumée,
chère Isabelle, votre complète victoire.
Est-ce suffisant ? Non, je suppose que vous avez programmé de
me déboussoler complètement ? Eh bien, délicieuse
enfant, je vous le proclame tout net : vous n'y réussirez
pas. Même si vous avez décidé de me
violer virtuellement, je crierai "Au secours !" et
j'appellerai ma mère. Le fantôme courroucé de
cette sainte femme viendra vous botter l'arrière-train,
même si - pour une fois je ne mets pas votre parole
en doute - votre cul mérite les plus nobles éloges.
Lui
et moi n'avons pas le plaisir de nous connaître,
mais saluez-le de ma part. Je lui fais de grosses bises
sur les joues.
Pas
encore vôtre,
Léon.
Objet
: Photo numérique
Date
: Lundi 8 septembre 2003 21 : 42
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
L'histoire
de votre mur m'a donné un gros souci. Seulement
deux photos ! Du coup, je me suis empressée d'aller
acheter un appareil numérique, un pied, quelques
petits accessoires pour agrémenter les photographies
que vous recevrez très probablement demain. Enfin,
si vous êtes sage et continuez à bisouter
ma mappemonde qui en a bien besoin.
Figurez-vous
que mon père s'inquiète de mon nouveau célibat.
Il n'a rien trouvé de mieux que d'inviter à dîner
un de ces godelureaux d'ambassade (mon père sévit
dans la politique) qui jargonne net-économie, golden
parachute et terminal agreement ! Grosse fortune, bonne
famille, assez beau mec et, paraît-il follement attiré par
ma fringante personne, mais bon ! J'ai quitté le
repas, furieuse de cette idiote intrusion dans ma vie privée.
Et surtout, parce que j'avais hâte de vous écrire
pour déranger, une fois de plus, la belle ordonnance
de votre retraite dorée.
Car
pour tout vous dire (ou presque), je vis toujours chez
papa et maman. J'ai bien songé à me priver
de leur somptueuse résidence, grand parc et piscine
compris, mais vivre à Paris dans un deux-pièces-cuisine,
merci ! Attendu que mes travaux de traduction n'exigent
pas de lieu précis, je suis aussi bien chez eux.
Fermons
la parenthèse du local et revenons à mes
démêlés de mannequin ! L'essentiel étant
de vous tordre les entrailles et de vous faire regretter
vos bouderies, j'ai voulu vous montrer que j'étais
prête. J'ai donc passé deux heures d'horloge à me
photographier sous toutes les coutures, pile et face, tantôt
habillée, tantôt nettement moins. Et le résultat,
mon Dieu, pourrait encore tourner la tête à un
prélat. Je me plais - et j'espère, conséquemment,
que je vous plairai. Reste à faire le tri, à en
retoucher quelques-unes et à vous les envoyer presque
toutes. Presque, car j'en avais pris d'extrêmement
provocantes en bas et porte-jarretelles, mais le résultat
faisait décidément trop pute. J'ai craint
que vous me confondiez avec certaines de vos héroïnes.
Vous en serez donc privé.
A
demain, cher Léon. Et je vous en prie, pas de commentaires
déplacés. Je ne souhaite que boucher les
petits trous de votre âme impure...
Isabelle
PS
: Je viens de redescendre dans le salon. Le godelureau
friqué m'attendait encore. Il s'appelle Henry Duplessis
d'Arbois. Avouez que ça sonne mieux que Léon
Bauprac ? Il m'a demandé si je connaissais les Canaries,
histoire de m'inviter 15 jours chez ses parents qui habitent
Tenerife. Mais je l'ai assuré que je ne fréquentais
que les aigles. De préférence royaux.
Objet
: Puissance et gloire
Date
: Jeudi 11 septembre 2003 4 :22
De
: leon.bauprac@wanadoo.fr
À :
isa.maleverse@free.fr
Je
ne sais pas si vous connaissez Jean-Loup Sieff ? C'est à mes
yeux le plus grand photographe de la Femme. Peut-être
sa fidélité au noir et blanc n'est-elle pas étrangère à l'émotion
qui se dégage de ses nus, au regard très
particulier qui le distingue de ses confrères, mais
je connais peu d'images qui soient signées avec
le même talent. Pourtant, chère Isabelle,
l'amateurisme des vôtres me trouble encore davantage
que ces nus talentueux. Oh, j'idolâtre follement
tout ce que vous dévoilez, mais c'est le filigrane
qui m'attire. Je vous regarde, en quelque sorte, en transparence;
et plus je contemple vos photos, moins je suis persuadé que
vous souhaitez me séduire.
Je
me convaincs même lentement que vous détestez
les hommes et que tout ce déploiement de votre ravissante
personne agrémente le projet subtil d'une destruction
annoncée.
Inconsciemment
ou consciemment, vous vous vengez de votre humiliant divorce;
et votre ressentiment envers les hommes semble avoir trouvé en
moi une victime idéale. Oh, je voudrais bien être
de la dupe de votre attrayant manège, mais tout
en moi claironne que vous me souhaitez du mal. Votre terrifiante
beauté me persuade que je suis la cible programmée
de votre première vengeance. En somme, tout était
déjà en substance dans votre première
lettre : Vous me dégoûtez profondément.
Oui,
bien sûr, vous êtes prête ! Mais prête
surtout à me rouler dans la farine, à me
cuire à point et à me donner à manger
aux chats. J'imagine même que vous me guettez, la
bave aux lèvres, pour m'annoncer enfin que vous
m'avez eu jusqu'au trognon. Et comme je vous comprends
!
Tous
les hommes sont des porcs et je suis le prince des Gorets.
Nous méritons notre sort : jambon fumé, pieds
panés, rôtis, côtelettes et saucisson.
Que l'Islam interdise notre abominable consommation est
bien le signe que nous sommes honnis de Dieu. Et avec Dieu,
vous faites bien copain-copain, non ?
Allez,
sans rancune. Restons-en là. Partez en vacances
aux Canaries avec Riri d'Arbois (je suis prêt à parier
que vous lui avez déjà donné votre
accord) et allez faire joujou avec ce jeune gandin. Riche,
bien né, amoureux, con comme une malle, vous ne
pourrez trouver mieux à vous mettre sous les crocs.
Adieu.
Léon
Objet
: Vieux salaud !
Date
: Mardi 30 septembre 2003 18 : 32
De
: isa.maleverse@free.fr
À :
leon.bauprac@wanadoo.fr
Je
rentre à l'instant des Canaries et je viens de m'apercevoir
que vous aviez utilisé la totalité de notre
correspondance pour la donner en pâture à vos
lecteurs. Oh, bien sûr, vous avez changé les
noms. Mais à part les noms, il n'y manque ni une virgule,
ni un point. Encore heureux que vous n'ayez pas mis mes photos
!
Vous
n'êtes qu'un infâme salaud !
Pour
votre gouverne, sachez que mon voyage aux Canaries fut
un véritable enchantement. J'ai beaucoup pensé à vous.
Surtout lorsque Henry, sa tête blottie entre mes
cuisses, se gargarisait de mon geyser.
Tenez,
cette lettre aussi vous pouvez la publier, sale con !
Isabelle
Prissac de Maleverse