Trauma, une exposition et un livre d'art d’Ahlam Shibli
Le vernissage de l’exposition Ahlam Shibli et la sortie conjointe de l’ouvrage consacré à son travail à Tulle auront lieu le samedi 6 mars au Château de Sédières.
Au cours des deux dernières années, Ahlam Shibli, photographe, a séjourné à Tulle à plusieurs reprises. Son travail photographique a porté sur une double trace de l’Histoire, celle des évènements du 9 juin 44 et des sévices subis par la population sous occupation nazie, et celles qu’ont laissées les guerres coloniales que la France a menées en Indochine et en Algérie. Traces qu’elle a observées et relevées et qui s’entremêlent aussi bien dans la géographie urbaine (monuments, plaques, lieux), les moments de commémoration, les paysages, que dans la population, les familles dans lesquelles ces deux histoires s’incarnent et se croisent souvent cruellement.
Jean-François Chevrier, historien d’art, note dans un ouvrage (à paraître aux éditions l’Arachnéen en mars prochain) : « Palestinienne vivant en Israël, l’artiste était évidemment sensible à cet aveuglement devant l’injustice commise malgré l’expérience de l’injustice subie. Mais son enquête n’est pas un acte de dénonciation ; elle a évité d’entrer dans le jeu de « concurrence des victimes ». Elle montre des femmes et des hommes dans leur environnement domestique, qui lui montrent des documents extraits de leur archive privée. Ces documents traitent des deux moments d’histoire. Les personnages ne sont pas épinglés, jugés. Ils forment une population mêlée, hétérogène. Le petit nombre d’images retenues constitue un portrait de la ville. »
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Depuis les années 80, Peuple et Culture invite des artistes en résidence à Tulle et dans le pays de Tulle. Entre la commande publique traditionnelle et l’œuvre dite autonome, l’association explore une troisième voie : celle d’un art rattaché à l’espace public par des procédures de participation et d’échanges, et capable dans le même temps de produire des formes exemplaires. Des projets qui partent d’un territoire précis tel que le décrit Edouard Glissant : un pays qui devient monde, lieu « incontournable » mais qui n’a de sens que s’il est ouvert. Les formes artistiques produites induisent de la reconnaissance et dans le même temps, des rapports d’étrangeté, des décalages, des lignes de fuite. Un travail artistique, qui justement parce qu’il part du local, de l’intime, peut atteindre une valeur générale, parler à d’autres ailleurs et fonctionner pour et hors du lieu précis où il a été conçu.
Pas d’a priori ni de commande particulière aux artistes pressentis mais l’invitation à porter un regard sur la ville et ses habitants à partir de leur propre démarche.
Palestinienne vivant depuis sa naissance en 1970 sous colonisation et occupation israélienne, Ahlam Shibli dont tout le travail artistique est traversé par la question du « chez-soi », a été d’emblée touchée par le traumatisme, passé et présent, subi par la population de Tulle le 9 juin 1944 : plus de 2000 hommes raflés au petit matin par la division SS Das Reich. Après un tri arbitraire, 99 pendus aux balcons de la ville et 141 déportés dont 101 mourront en camp de concentration. « J’ai immédiatement ressenti de l’empathie avec la population de Tulle marquée par cette tragédie, une empathie qui relevait d’un sentiment d’humanité ».
Puis, son observation à la fois fine et radicale, sa sensibilité à toute situation d’oppression ont ouvert un autre angle, une dimension paradoxale : dans cette même population, souvent dans les mêmes familles, se mêlent des personnes qui ont souffert de la violence de l’occupation nazie, qui ont résisté et d’autres, qui tout de suite ou quelques années après la Libération, ont participé aux guerres coloniales contre des peuples qui agissaient pour leur indépendance et défendaient leur « chez soi » en Indochine ou en Algérie
A sa demande, Peuple et Culture a fait découvrir à Ahlam Shibli, les monuments, lieux, moments de commémorations officielles et grâce à son réseau, l’a mise en contact avec des familles des hommes pendus et déportés, des résistants, d’anciens militaires de la guerre d’Indochine, des appelés du contingent pendant la guerre d’Algérie, des pieds noirs, des harkis, des opposants à la torture en Algérie, des algériens immigrés, des vietnamiens amenés en France par l’administration coloniale comme soldats ou travailleurs forcés… Elle s’est entretenue avec eux, les photographiant dans leur environnement, leur demandant de lui montrer des objets, des documents extraits de leurs archives personnelles, des lieux… Ces hommes et ces femmes forment une population hétérogène dans laquelle s’incarnent et se croisent les deux moments d’histoire. « Il ne s’agit pas d’établir des équivalences, de comparer les deux situations, déclare- t-elle, mais de regarder la complexité de l’Histoire et en quoi une ville et ses habitants en portent des signes, des traces… »
L’œuvre photographique de Ahlam Shibli ne juge pas, ne dénonce pas, ne donne pas de leçons, ne discourt pas ; elle dessine et révèle un portrait de ville dont la complexité enrichit notre rapport à l’histoire, au lieu dans lequel nous vivons, au monde. Et donne à l’art sa fonction politique par une vraie place dans la société civile.
Manée TEYSSANDIER.
Le féminisme est-il un mauvais genre?
Tel est le titre de la Décade Cinéma et Société 2010 co-organisée par Autour du 1er Mai et Peuple et Culture. 2010, 40ème anniversaire d’un moment fort du féminisme en France dans les années 70 et de l’entrée des femmes en cinéma grâce aux premières caméras vidéo.
Une nouvelle organisation pour cette Décade 2010 pour laquelle une carte blanche a été confiée au Centre Simone de Beauvoir : sa partie centrale aura lieu comme traditionnellement autour du 1er mai (du 29 avril au 2 mai) au Cinéma le Palace et à la nouvelle médiathèque de Tulle. Mais elle se déroulera aussi tout au long de l’année 2010 en plusieurs lieux de Corrèze et du Limousin.
Premier moment fort : les vendredi 5, samedi 6 et dimanche 7 février 2010 à St Jal, Naves, Argentat...
Une vidéo par jour. A partir du 10 décembre 2009 et jusqu'au 20 janvier 2010, sur
Mediapart, une quarantaine d'artistes (réalisateurs, graphistes, plasticiens...) présenteront un court film inspiré par les actes de violences policières et les ravages du flashball.
Un travail exceptionnel, initié par Nicole Brenez et Nathalie Hubert, peu après la répression d'une manifestation à Montreuil, en juillet 2009, au cours de laquelle un homme de 34 ans a perdu un œil.
A regarder absolument 