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LA FRAIRIE DE
BOUTIERS EN 1920
J'ai toujours entendu parler de la
frairie de Boutiers, le premier dimanche après
Pâques. C'était le grand
événement de la commune. Les invitations
étaient lancées longtemps à
l'avance, et dans tous les foyers, on recevait ce jour
les parents et amis.
La semaine précédant la fête, la
maîtresse de maison préparait "la galette de
la frairie", ancêtre de nos galettes Charentaises,
que l'on faisait cuire dans les fours communaux
allumés à cette occasion.
Pendant cette semaine dans toutes les maisons, l'on vous
offrait un morceau de galette accompagné d'un
verre de vin blanc. Le Pineau n'était pas encore
connu... Les enfants en vacances se réunissaient
sur la "chaume", actuelle place de l'église, pour
attendre et voir monter les manèges !! Ils
aidaient quelquefois à monter les manèges,
récompensés par quelques tours gratuits le
jour de la fête.
L'arrivée des manèges était
déjà un spectacle. C'était mon grand
père et mon père qui, avec des chevaux,
allaient chercher les forains à Rouillac. La
montée des lourds chariots dans la côte
derrière l'église était difficile et
l'on demandait l'aide des boeufs à la
propriété de Bel-Air où mon oncle
était régisseur.
Enfin, le grand jour tant attendu arrivait : Le dimanche ! Quelques
copains étrennaient un costume neuf trop grand la première
année mais trop petit les années suivantes, le costume
ne suivant pas la croissance de son porteur... Les filles prenaient
les robes d'été à prédominance rose. Et
l'on arrivait à la fête, rue des platanes, le long du mur
de la Commanderie. On découvrait un jeu de Rampeau, sorte de
jeu de quille qui fut interdit car on y jouait de l'argent !
Le bal se tenait en face, dans ce qui est le garage des
Dumas... On y dansait valses, polka, javas one step au
son d'un orchestre avec jazz, nouveauté
apportée par les soldats Américains venus
faire la fin de la guerre 14-18. Il y avait aussi les
quadrilles et après chaque danse, le cavalier
offrait un rafraîchissement à sa
cavalière. Mais il fallait obtenir l'accord des
mères toujours présentes. Une fille venant
au bal seule se faisait remarquer. Autres temps, autres
moeurs... A la fin du bal, on raccompagnait mère
et fille chez elles et l'on était parfois
invité à réveillonner. Grillons et
jambon faisaient les frais de ce casse-croûte.
Mais revenons aux attractions sur la place.
Manèges, chevaux de bois, pousse-pousse,
balançoires, tirs et loteries attiraient de
nombreux visiteurs, notre fête étant dans
les premières de l'année. Vers 1925,
première course cycliste Boutiers-Saintes et
retour...
La frairie ne durait qu'une seule journée et
dès le lundi matin, les adultes reprenaient le
travail, et nous, le chemin de l'école ...
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