Balades à Boutiers St Trojan ...

Promenade à Port-Boutiers au début du siècle  

Vies et coutumes d'autrefois (1/2)...

Vers 2ème partie ... 

Ces histoires ont été écrites par Mr A. Bergeon (sauf "Le Petit Royan"), habitant de Boutiers St Trojan malheureusement décédé depuis 1997. Son épouse m'a très aimablement prêté son cahier où il consignait ses courtes, mais ô combien captivantes chroniques. Elles nous confirment, s'il en était besoin, combien les temps ont changé...
Je vous les révèle donc dans leur intégralité...


Ces pages sont longues à lire... Enregistrez les afin de prendre le temps de les dévorer hors ligne !

SOMMAIRE

   

UNE JOURNEE A BOUTIERS EN 1922
Il est 5h30, Boutiers dort. Un son de cloche rompt le silence de la nuit. C'est le sacristain, Mr Louis Gallard qui tous les matins sonne l'angélus. Dans les maisons, les lampes à pétrole et les bougies s'allument (l'électricité n'est arrivée à Boutiers qu'en 1924). Les volets s'entrouvrent et dans les cheminées, la première javelle est allumée et flambe gaiement.
C'est devant la cheminée qu'après avoir été panser les animaux, la famille s'installe pour casser la croûte. Le petit déjeuner comporte cochonnaille, sardine ou hareng saur grillés sur la braise de la javelle. Ceci accompagné de pommes de terre et ail cuits dans les cendres chaudes. Le tout est suivi de "la Rôtie", pain grillé trempé dans du vin blanc chaud et sucré...
Il est sept heures, les portes s'ouvrent. Les gens s'interpellent pour ensemble partir à Cognac à pied travailler. Les hommes dans les chais de Cognac "Hennessy, Martell, Castillon ou Cusenier" à faire des caisses pour l'expédition du Cognac, dans les entreprises du bâtiment et dans l'imprimerie. Les femmes vont en ville faire des ménages, lavages (la machine n'est pas encore inventée...).
Pour faire la route, des groupes se forment en commentant les nouvelles de la ville et de Boutiers. Quelques femmes tricotent en marchant. Vers 7h1/4 partent garçons, apprentis dans le bâtiment ou l'imprimerie, et filles couturières ou lingères. Quelques filles sont "bonnes" dans les maisons bourgeoises. Elles ne viennent chez elles que quelques heures le dimanche après-midi.
Les jeunes nantis de leurs certificats d'études et continuant, vont à l'EPS faire du primaire. Ils feront des fonctionnaires, Instituteurs, postiers aux impôts ou banquiers. Avec l'EPS, il y a le collège qui reçoit les enfants de la bourgeoisie préparant le BAC, étudiant le droit et les sciences politiques. Le cloisonnement entre ces deux formes d'enseignements est très marqué !!
Les jeunes des environs de Cognac allant à l'EPS sont demi-pensionnaires, mangent à midi au réfectoire, menus peu variés à base de haricots, lentilles et pommes de terre, un peu de viande et poissons le vendredi. A la sortie de 4 heures, une tartine de pain de campagne sec nous aide à faire notre route. Les autres travailleurs emportaient un repas froid et mangeaient à l'atelier sur l'établi ou la table de travail.
Les journées se terminaient vers 6h30 ou 7h00. Arrivés à la maison, les jeunes faisaient leurs devoirs, apprenaient les leçons et dînaient en famille. Et la cloche sonnant l'angélus du soir les envoyait au lit...

LES PROBLEMES D'EAU AVANT 1958
Les générations actuelles qui n'ont qu'à tourner des robinets pour avoir l'eau à profusion, ne peuvent imaginer ce qu'était le problème de l'eau dans les parties hautes de la commune. Sur le coteau, les sources étaient profondes et de faible débit.
Creuser un puits était un gros problème. Aussi, très souvent, plusieurs personnes s'entendaient pour le creuser, mais se réservaient le droit de puisage par acte notarié. Ce droit se transmettait par héritage ou par achat de la maison qui le possédait. Cela explique ces puits couverts et fermés rue des platanes, impasse grande rue ou chemin de St Trojan. En période de sécheresse, les propriétaires ôtaient les cordes ou les chaînes pour empêcher les personnes n'ayant pas le droit de tirer de l'eau. Que de disputes avaient à l'origine un seau d'eau !!! Presque toutes les maisons avaient des citernes et recueillaient précieusement l'eau de pluie. Mais tous ayant des animaux, gros consommateurs d'eau, trois ou quatre semaines sans pluie et l'eau manquait, citernes à sec et sources taries...
Il ne restait comme solution qu'à aller chercher l'eau à la Charente avec des barriques sur une charrette. On puisait avec une pompe installée dans la tour qui existe encore au Port-Boutiers. La pompe souvent en panne, il ne restait plus qu'à puiser avec un seau.
Aussi, à la maison, il fallait économiser l'eau. D'où l'utilité de la cassotte pour une toilette très sommaire et pour se laver les mains, et cette eau sale était recueillie pour arroser quelques légumes ou fleurs.
Il y avait au Port-Boutiers en période de sécheresse la queue à la pompe. Souvent cinq à six charrettes attendaient leur tour. Que de temps perdu pour ce ravitaillement en eau !!
Pour le lavage, les femmes descendaient leur linge avec une brouette et lavaient au fil de l'eau, agenouillées dans le "lavour", sorte de caisse avec des pieds, mise dans l'eau.

LA SECHERESSE A BOUTIERS EN 1793
(Copie d'une lettre envoyée au district de Cognac le 23/07/1793)
Les grandes sécheresses et grandes chaleurs du printemps et de l'été de cette année ayant corrompu les eaux de l'étang du Solençon, tout le poisson est mort et il y en avait une si grande quantité que la mauvaise odeur se faisait ressentir à une demie lieue au rond et qu'elle devenait insupportable à Cognac qui n'est qu'à un quart de lieue. Au point que tout à coup, nous nous trouvâmes entourés de plaintes, tant dans les campagnes, que dans la ville qui attribuaient les maladies de plusieurs habitants à la putridité de cette masse énorme de poissons et aux exhalaisons de l'eau qu'ils avaient infectés de manière que tout le monde criait de tout coté à la terreur de la peste. Cela nous fait mettre dans le plus grand empressement à y remédier pour calmer les inquiets et éviter des maux dont ont était menacés en attendant un jour de plus.
Il y avait au moins 60 chariots de poissons morts qui couvraient l'eau dormante et bourbeuse dans une surface de 100 toises. Le prix demandé par un entrepreneur pour nettoyer tout cela fut de 100 livres.

LA FRAIRIE DE BOUTIERS EN 1920
J'ai toujours entendu parler de la frairie de Boutiers, le premier dimanche après Pâques. C'était le grand événement de la commune. Les invitations étaient lancées longtemps à l'avance, et dans tous les foyers, on recevait ce jour les parents et amis.
La semaine précédant la fête, la maîtresse de maison préparait "la galette de la frairie", ancêtre de nos galettes Charentaises, que l'on faisait cuire dans les fours communaux allumés à cette occasion.
Pendant cette semaine dans toutes les maisons, l'on vous offrait un morceau de galette accompagné d'un verre de vin blanc. Le Pineau n'était pas encore connu... Les enfants en vacances se réunissaient sur la "chaume", actuelle place de l'église, pour attendre et voir monter les manèges !! Ils aidaient quelquefois à monter les manèges, récompensés par quelques tours gratuits le jour de la fête.
L'arrivée des manèges était déjà un spectacle. C'était mon grand père et mon père qui, avec des chevaux, allaient chercher les forains à Rouillac. La montée des lourds chariots dans la côte derrière l'église était difficile et l'on demandait l'aide des boeufs à la propriété de Bel-Air où mon oncle était régisseur.
Enfin, le grand jour tant attendu arrivait : Le dimanche ! Quelques copains étrennaient un costume neuf trop grand la première année mais trop petit les années suivantes, le costume ne suivant pas la croissance de son porteur... Les filles prenaient les robes d'été à prédominance rose. Et l'on arrivait à la fête, rue des platanes, le long du mur de la Commanderie. On découvrait un jeu de Rampeau, sorte de jeu de quille qui fut interdit car on y jouait de l'argent !
Le bal se tenait en face, dans ce qui est le garage des Dumas... On y dansait valses, polka, javas one step au son d'un orchestre avec jazz, nouveauté apportée par les soldats Américains venus faire la fin de la guerre 14-18. Il y avait aussi les quadrilles et après chaque danse, le cavalier offrait un rafraîchissement à sa cavalière. Mais il fallait obtenir l'accord des mères toujours présentes. Une fille venant au bal seule se faisait remarquer. Autres temps, autres moeurs... A la fin du bal, on raccompagnait mère et fille chez elles et l'on était parfois invité à réveillonner. Grillons et jambon faisaient les frais de ce casse-croûte.
Mais revenons aux attractions sur la place. Manèges, chevaux de bois, pousse-pousse, balançoires, tirs et loteries attiraient de nombreux visiteurs, notre fête étant dans les premières de l'année. Vers 1925, première course cycliste Boutiers-Saintes et retour...
La frairie ne durait qu'une seule journée et dès le lundi matin, les adultes reprenaient le travail, et nous, le chemin de l'école ...

LE CONSEIL DE REVISION
Il avait lieu tous les ans. Tous les jeunes gens âgés de 18 ans étaient tenus de se faire inscrire à la mairie de la commune et l'année suivante, ils étaient convoqués au conseil de révision qui se tenait au chef-lieu du canton. L'année du conseil était une année de fête. Chaque dimanche, un conscrit recevait chez lui ses camarades pour un repas. Parfois les filles, amies ou fiancées de conscrits étaient invitées. A ces repas, chaque famille faisait le maximum pour faire un bon festin. Bien souvent, le père du conscrit allait pieusement chercher une bouteille de vin mise en bouteille l'année de la naissance du conscrit. Mais nos vins de pays vieillissement mal et ce n'était souvent qu'une affreuse piquette que nous déclarions très bonne en pensant à tout l'amour et l'amitié que cette bouteille représentait... Les amitiés à cette époque, n'étaient pas un mot en l'air et dans ces occasions, les petites querelles et chamailleries étaient oubliées...
A cette époque, beaucoup de jeunes conscrits travaillant à la terre, étaient de l'assistance publique ou de famille nombreuse. Souvent le patron remplaçait les parents défaillants ou ne pouvant offrir ce repas ! Cela créait de bons rapports entre employés, employeurs et voisins.
Puis ensemble, les conscrits organisaient un bal gratuit avec orchestre. C'était l'événement de l'année ! La journée du conseil de révision, nous partions à pied et en groupe pour Cognac. A l'hôtel de ville, nous étions appelés par ordre alphabétiques et passions nus comme des vers devant un "jury" composé du sous-préfet, capitaine de gendarmerie et maires des communes du canton. Des médecins militaires nous passaient une visite très sommaire et nous étions déclarés "Bons pour le service, Ajournés ou Réformés".
A notre sortie, nous étions guettés par des marchands qui vendaient des badges "Bon pour les filles", des cocardes et des rubans bleu-blanc-rouge. Après une promenade en ville, nous allions déjeuner au restaurant, pour beaucoup, c'était la première fois... L'après-midi, visite à la maison close pour aller constater sur le tas que nous étions des hommes ! Et la journée s'achevait par un retour parfois laborieux...


LA VISITEUSE OU INVITEUSE
Autrefois, peu de personnes lisaient le journal. Aussi quand il y avait un décès dans une famille, celle ci payait une personne "la visiteuse" pour passer dans toute la commune annoncer le décès et inviter aux obsèques.
Elle demandait, sur ordre de la famille ou sur les désirs du défunt, des personnes pour tenir les cordons.
Si le défunt était membre d'une société, celle ci désignait des personnes pour porter le cercueil et assister aux obsèques. Ces porteurs étaient souvent des artisans de la commune, maçons, menuisiers, maréchal...
Si les personnes désignées ne venaient pas, ils payaient une amende à leur société. Après les obsèques, un repas réunissait la famille et les amis du défunt. Cela se terminait très souvent par des fâcheries. On commençait à parler "HERITAGE" !!!
Mme Evable a été la dernière femme à faire la visiteuse ; et son fils Jean-Paul le dernier à sonner l'Angélus...


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© Philippe Dumas - Juillet 1999 - Tous droits réservés

(Dernière mise à jour : Août 2007)