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| Vie d'Alcibiade |
Né peu avant 50 ap. J-C. à Chéronée, en Béotie, il y vécut la plupart de sa vie, et y mourut. La Grèce était alors une province romaine. Il vécut sous les empereurs Néron (54-68), Vespasien (69-79), Titus (79-81), Domitien (81-96), Nerva (98-98), Trajan (98-117) et vit le début du règne d'Hadrien (117-138).
Durant sa jeunesse, il passa quelques temps à Athènes, auprès du platonicien Ammonios ; il resta toujours fidèle à cette philosophie. Mais il s'intéressa également aux mathématiques, à la physique, aux sciences naturelles, et à l'histoire. Il reçut l'honneur de la citoyenneté athénienne. Il décrira Athènes dans la Vie de Périclès ; il fera également vers cette époque un voyage en Égypte, peut-être pour apprendre la médecine à Alexandrie. A la fin de sa vie, il s'en souviendra dans Isis et Osiris.
Ses premières œuvres sont des traités de morale pratique, sur divers sujets, probablement des notes de cours ou des conférences ; il fonda en effet une école de philosophie à Chéronée, à son retour de Rome. Plutarque s'intéresse à ce qui permet un "vivre-ensemble" sans acrimonie, et mêle psychologie et morale. Ses premières œuvres sont contemporaines d'une floraison du roman, notamment avec Chairéas et Callirhoé, de Chariton.
Sous Domitien, il est un professeur et un conférencier réputé ; en 92, il entreprend un second voyage à Rome. Puis, au moment où commencent les dernières années du règne de Domitien, marqué par les persécutions contre les intellectuels, il revient à Chéronée.
Commence alors une nouvelle étape de son œuvre : les dialogues, au début très scolaires, puis de plus en plus maîtrisés et vivants. A noter Sur le visage qui est dans la lune (v. 92-93), compilation des connaissances astronomiques de cette époque, et usant pour la première fois du mythe, à la manière de Platon.
Vers 96, il devient prêtre d'Apollon à Delphes, tout en exerçant d'autres magistratures à Chéronée. Un prêtre antique est essentiellement chargé de la gestion du sanctuaire, et du bon déroulement des cérémonies. Son intérêt religieux s'éveille : Sur la création de l'âme du monde dans le Timée, Sur le déclin des Oracles. Il élabore une véritable démonologie, conforme au platonisme : l'homme est formé de l'âme et du corps ; mais l'âme se subdivise en deux : une partie liée au corps, soumise aux passions, et une autre, l'esprit, plus libre. Cette dernière, à la mort, peut devenir démon et aider les autres hommes...
Avec Trajan (98-117) se met en place une nouvelle dynastie, celle des Antonins (initiée par Nerva): l'Empire gagne en cohésion, le pouvoir veut régénérer les provinces, jusque là cruellement exploitées, et s'allier les élites provinciales. Plutarque s'intéresse dès lors à la politique, peut-être grâce à son ami romain Sosius Sénécion, proche de Trajan. Il rédige les Préceptes politiques (entre 100 et 106), les Propos de table (107-110), et surtout les Vies parallèles, une œuvre de longue haleine qui l'occupera sans doute jusqu'à la mort de Sosius Sénécion en 115. Sans doute le projet a-t-il été élaboré lors d'un troisième voyage à Rome, vers 100.
Après 115, les préoccupations religieuses prennent davantage de place : tous ses amis sont morts, et lui-même approche de sa fin. Il écrira encore Sur les délais de la justice divine, puis quatre ouvrages testamentaires : Les Oracles de la Pythie, Sur l'E de Delphes, De l'Amour et enfin Isis et Osiris, qui réalise une sorte de syncrétisme entre les religions égyptienne et grecque.
Il meurt en 125 ou 126.
Son œuvre est considérable ; une moitié en a été perdue. Elle se divise aujourd'hui en deux grands ensembles :
- les Vies parallèles, dans lesquelles Plutarque met en parallèle un grand homme grec et un Romain ; il y fait œuvre de biographe plus que d'historien ; anecdotes vivantes, maximes morales dressent un portrait vivant de l'homme qu'il décrit. Bien des faits ne nous sont aujourd'hui connus que grâce à lui. Il rédigea d'abord quatre vies isolées (Aratos, Artaxerxès, Othon et Galba), puis les 22 "couples" qui nous sont restés ; une dizaine de Vies sont perdues. L'ensemble des Vies a paru aux éditions des Belles-Lettres, en 16 volumes.
On peut lire notamment :
- La Vie de Cicéron et la Vie de Démosthène
- La Vie d'Alcibiade
- La Vie de Périclès
- La Vie d'Alexandre et celle de César.
- Les Œuvres morales, qui regroupent en fait toutes les autres œuvres de Plutarque ; leur diversité montre l'étendue de sa culture et de ses centres d'intérêt.
Platonicien, Plutarque s'est aussi intéressé aux doctrines postérieures : il a connu et discuté l'épicurisme, et surtout le stoïcisme, qui est pour lui un adversaire privilégié.
Son idéal de vie consiste dans la douceur, à l'égard des autres hommes ; ce sentiment naturel est aussi un devoir, et ne peut s'acquérir que par un constant effort sur soi.
La postérité de Plutarque :
Peu cité par ses contemporains (ni Tacite, ni Stace ne le mentionnent...) il deviendra une référence dès l'époque suivante : Apulée fait du héros de l'Âne d'or un parent de "Sextus, neveu de Plutarque", et il sera continuellement cité dans les controverses pro et anti-chrétiennes : Eusèbe de Césarée et Porphyre. Les chrétiens voyaient en lui un sage à qui il n'avait manqué que la grâce de la Révélation, un "presque chrétien" en somme – ce qui présente l'avantage que ses œuvres nous ont été bien conservées, notamment dans les manuscrits du moine Maxime Planude.
Mais c'est la Renaissance qui lui offre son heure de gloire, avec en 1509 la publication de ses œuvres en grec, et en 1559 la traduction des Vies par Jacques Amyot, suivie en 1572 de celle des Moralia. Érasme, Rabelais s'en inspireront ; Montaigne, surtout, qui le découvre vers quarante ans, au moment où il se retire en sa bibliothèque, en fait son livre de chevet ; les Essais sont un constant dialogue avec Plutarque. Sa sagesse politique, sa volonté de convivialité font de lui un modèle, dans une France déchirée par les fanatismes et la violence religieuse. Dans le même temps il fournit des sujets aux auteurs de théâtre, Jodelle, Garnier, et jusqu'à Shakespeare, qui transpose des passages entiers.
Le XVIIème siècle continue de le lire ; sa sociabilité fournit des modèles notamment au roman, d'Honoré d'Urfé à Mlle de Scudéry. Mais Descartes et Pascal l'ignorent.
Le XVIIIème siècle en donne une double lecture : si la traduction d'Amyot paraît désuète, si Voltaire ou l'Encyclopédie l'éreintent, une nouvelle traduction de Dacier en 1721 lui redonne vie ; Rousseau ou Mme Rolland trouvent en lui à la fois l'exaltation républicaine et héroïque qui triomphera sous la Révolution, et une sensibilité romanesque qui séduit auteur et lecteurs de la Nouvelle Héloïse. C'est un phénomène européen et même au-delà : Goethe, Schiller, Beethoven, Richardson, Fielding s'en inspirent, comme, aux USA, Jefferson et Benjamin Franklin. Napoléon lui-même en était imprégné.
Mais le XIXème siècle lui apporte le coup de grâce : l'individualisme romantique et la prééminence des passions s'accommodent mal de sa morale civique et de sa mesure ; la bourgeoisie scientiste et positiviste rejette ses préoccupations eschatologiques et religieuses ; enfin, l'acerbe historiographie allemande met à mal la solidité de sa documentation. Il sombre alors au deuxième rang, et peu à peu dans l'oubli.
Civisme, sociabilité et mesure demeurent des valeurs qui peuvent permettre de surmonter les affres d'une société en mutation profonde, pour ne pas dire en crise : appartiendra-t-il au XXIème siècle de ressusciter l'aimable et sage Plutarque ?
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Ἀρχύτας
ὀ Ταραντῖνος
ἐπανελθὼν
ἀπὸ τοῦ πολέμου
(στρατηγῶν δὲ
ἐτύγχανε), γῆν
καταλαβὼν
κεχερσωμένην,
τὸν
ἐπίτροπον
καλέσας
αὐτῆς· «ᾬμωξας
ἄν, ἔφησεν, εἰ
μὴ λίαν
ὠργιζόμην. »
Πλάτων δὲ
δούλῳ λίχνῳ
καὶ βδελυρῷ
θυμωθείς, τὸν
τῆς ἀδελφῆς
υἰὸν
Σπεύσιππον
καλέσας· «Τοῦτον,
ἔφησεν,
ἀπελθὼν
κρότησον·
ἐγὼ γὰρ πάνυ
θυμοῦμαι.»
Χαλεπὰ δὲ
ταῦτα καὶ δυσμίμητα,
φαίη τις ἄν.
Οἶδα
κἀγώ.
Πειρατέον
οὖν
εἰς
ὅσον
οἶον
τέ
ἐστι,
τούτοις
παραδείγμασι
χρωμένους,
τὸ
πολὺ
τῆς
ἀκρατοῦς
καὶ
μαινομένης
ὑφαιρεῖν
ὀργῆς.
Οὐ
γὰρ
εἰς
τἄλλα
ἐνάμιλλοι
ταῖς
ἐκείνων
ἐσμὲν
οὔτε
ἐμπειρίαις,
οὔτε
καλοκἀγαθίαις·
ἀλλ’
ὅσα
πέρ
ἐστιν
ἐν
δυνατῷ,
ταῦτα
μιμεῖσθαι
ἐπιχειρῶμεν. Plutarque |
Archytas de Tarente, revenu de la guerre, (il se trouvait en effet être général), ayant retrouvé sa terre en friche, appela son intendant (l’intendant qui en était chargé) et dit : « tu te serais repenti, si je n’étais pas trop en colère. » Platon, irrité contre un esclave gourmand et impudent, appela son neveu (le fils de sa sœur) Speusippos, et dit : « frappe-le en t’en allant ; moi je suis trop en colère. » Ces comportement sont malaisés et difficiles à imiter, pourrait-on dire. Je le sais moi aussi. Il faut donc essayer, autant qu’il est possible, en utilisant ces exemples, de supprimer beaucoup d’une colère excessive et folle. En effet, pour le reste, nous ne sommes pas comparables ni aux connaissances empiriques, ni aux qualités morales de ces gens-là ; mais autant qu’il est possible, entreprenons d’imiter cette attitude.
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(5)Ἐτύγχανε
μὲν γὰρ ἐρῶν
τοῦ
Ἀλκιβιάδου,
ξένους δέ
τινας ἑστιῶν
ἐκάλει
κἀκεῖνον ἐπὶ
τὸ δεῖπνον. Ὁ
δὲ τὴν μὲν
κλῆσιν
ἀπείπατο, μεθυσθεὶς
δ´ οἴκοι μετὰ
τῶν ἑταίρων
ἐκώμασε πρὸς
τὸν Ἄνυτον,
καὶ ταῖς
θύραις
ἐπιστὰς τοῦ
ἀνδρῶνος
καὶ θεασάμενος
ἀργυρῶν ἐκπωμάτων
καὶ χρυσῶν
πλήρεις τὰς
τραπέζας,
ἐκέλευσε
τοὺς παῖδας
τὰ ἡμίση
λαβόντας
οἴκαδε κομίζειν
πρὸς ἑαυτόν,
εἰσελθεῖν δ´
οὐκ ἠξίωσεν,
ἀλλ´ ἀπῆλθε
ταῦτα πράξας. (6)
Τῶν
οὖν ξένων
δυσχεραινόντων
καὶ λεγόντων,
ὡς
ὑβριστικῶς
καὶ
ὑπερηφάνως
εἴη τῷ Ἀνύτῳ
κεχρημένος ὁ
Ἀλκιβιάδης, «ἐπιεικῶς
μὲν οὖν » ὁ
Ἄνυτος ἔφη «καὶ
φιλανθρώπως·
ἃ γὰρ ἐξῆν
αὐτῷ λαβεῖν
ἅπαντα,
τούτων ἡμῖν
τὰ ἡμίση
καταλέλοιπεν. » Plutarque,
Vie d’Alcibiade, IV, 5-6 |
ἑστιάω-ῶ :
recevoir à sa table
ἀπείπατο
< ἀπείπασθαι
: refuser, renoncer à
μεθυσθείς :
participe aoriste passif de μεθύω
ou μεθύσκω :
s’enivrer
κωμάζω :
aller en procession, ou faire irruption
ἐπιστάς :
participe aoriste de ἐφίστημι :
arrêter sa marche, stopper
ὁ
ἀνδρών,
ῶνος :
appartement des hommes
τὸ
ἐκπῶμα,
ματος
: coupe, tasse
χράομαι-χρῶμαι :
se servir de, mais aussi en user avec, traiter (à sous-entendre dans la réponse
d’Anytos : ἐπιεικῶς
μοι
καὶ
φιλανθρώπως
κέχρηται).
Traduction :
Il
[= Anytos] se trouvait épris d’Alcibiade, et, invitant quelques hôtes à sa
table il le pria lui aussi à dîner. Alcibiade déclina l’invitation, et s’étant
enivré chez lui, il fit irruption avec ses compagnons chez Anytos, et s’étant
arrêté à la porte de la salle à manger, et ayant aperçu les tables
couvertes de vaisselle d’or et d’argent, il ordonna à ses esclaves d’en
prendre la moitié, et de la rapporter chez lui ; il ne daigna pas entrer
et s’en alla, le forfait accompli. Comme les hôtes s’indignaient et
disaient qu’Alcibiade avait traité Anytos avec insolence et arrogance, Anytos
répliqua : « il m’a traité convenablement et humainement ;
ce qu’il pouvait prendre tout entier, il nous en a laissé la moitié. »