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FATIMA :

Avril 1960 Permutation au CA Kébir . 

Après, quelques jours de permissions, j’ai retrouvé d’anciens copains de Mascara - Thiers ville, ainsi que des oranais que j’avais connu au CFM d’Alger.
C’était un grand dortoir de transit, où, se côtoyaient les gens du cru et les métropolitains à quelques jours de la quille.


 

         

Cimetière militaire de Mers el Kébir avant 1962     cimetière militaire de Mers el Kébir en 2005

 

 

Un autre lieu d’autres copains.
c’est ainsi que j’ai rencontré Antoine M.... de la cité petit, avec lequel j’ai sympathisé, un jour il m’a dit :
- Les familles de mon quartier et de la cité des mimosas, organisent une excursion à la plage des corales à cap Falcon, veux-tu venir ? nous sommes une bande de copains, il y a des jeunes filles, tu verras c’est trés sympa.

Effectivement, dans le car chacun allait de son histoire, Pedro Sanchez et son Trio « los tres Pedroti » ont mis une ambiance du tonnerre.

Je retrouvais ainsi la joie de vivre Oranaise.
Arrivé sur les lieux, chacun avec son cabacete (panier) a trouvé un coin pour s’installer sur cette magnifique plage de sable fin. J ai grimpé au sommet d’une dune, afin, de contempler l’immensité de la mer.
A un moment donné, mon attention a été attiré par les rires d’un groupe de jeunes filles, elles gloussaient en me regardant, soudain l’une d’entre elle est venu dans ma direction, elle s’est assise à environ 2 mètres de moi, Je lui ai dis quelques banalités du genre :
- Il fait beau, il fait chaud, la mer est magnifique.
- Vous êtes marin ? me dit Fatima
- Oui je suis venu avec mon copain Antoine. 

- je sais me répondit-elle. Comme je semblais un peu étonné elle m’a dit :

- c’est le sujet de conversation qu’elles ont.
- Qu’elles sont bêtes poursuivit-elle, je suis partie parce qu’elles m’énervent. Je me suis rapproché d’elle, et, nous avons engagé la conversation.

Fatima était une jeune musulmane européanisée, Grande et mince à la longue chevelure noire, le teint mat, ses yeux noirs étaient vifs et pétillants, ils reflétaient cette détermination, cette volonté d’être une jeune femme émancipée, d’ailleurs tout dans son comportement, dans ses propos concordait.
- Je travaille à l’ERM (entrepôt régional militaire).

Dans mon ancien quartier(Victor Hugo), les jeunes musulmanes à partir de 13/14 ans étaient voilées, ne sortaient jamais seules, bien souvent elles étaient cloîtrées.

J’étais intrigués, curieux je me disais qu’il fallait que j’entretienne l’équivoque (elle me prenait pour un métropolitain).
- Je me présente dis-je, Claude Gobain, c’est le premier nom commençant par G à me venir à l’esprit, c’était celui d’un ancien copain originaire d’Orléans que j’avais connu lors de mon séjour à Philippeville. 

Nous avons passés la journée ensemble. Au retour nous nous sommes assis dans le car l’un à coté de l’autre.

Probablement était-elle aussi intriguée que moi. Lorsque nous nous sommes quittés nous avons échangé nos adresses.

Le lundi, je suis allé trouver le vaguemestre pour lui dire que s’il y avait une lettre au nom de Gobain, elle était pour moi. Je lui ai écris très courtoisement pour lui demander un rendez-vous:

-   Chère mademoiselle Fatima, Je serai heureux de vous revoir ect,ect.

Elle m’a répondu :

-   Cher monsieur Claude, je serai Vendredi soir à 18 heures à l’entrée principale de la promenade de l’étang.

 Son écriture, son orthographe avait le style et les caractéristiques d’une personne cultivée, instruite.

Au cours des trois rendez-vous qui ont suivi, elle m’a parlé de la situation des femmes musulmanes, que je feignais de découvrir, puis, elle s’est mise à me dire son ressentiment pour ses copines européennes qui la sous estimées, du langage méprisant qu’elles utilisaient pour s’adresser à elle :

- Fatima ceci, Fatima cela. Je lui ai fait remarquer que cela était peut être dû à un excès de familiarité qu’il n’y avait pas de quoi faire un drame.
- Vous ne pouvez pas comprendre, tout est dans l’intonation.
- Vous êtes trop susceptible dis-je, moi aussi cela m’est arrivé.
- Non, non, je vois bien qu’elles cherchent toujours à me diminuer.
- Mais non, elle ne vous aurait pas invité à passer la journée ensemble si elles n’avaient pas eu de sympathie pour vous. Leurs parents ne vous auraient pas invité à leur table s’il n’avaient pas de la considération,et, une certaine estime pour vous.
- Pour moi, c’est fini, de toute manière nous ne pourrons plus vivre ensemble.
- Vous dites cela pour vos copines ?
- Non! pour les européens et nous.!
- Vous dites cela parce que vous êtes contrariée, rien n’est impossible avec un peu de bonne volonté.

- Vous avez un beau pays, il faudra bien vous entendre.
- Non, c’est trop tard. Comme j’ai insisté elle a répété d’un air revêche
- Non, c’est trop tard, vexé, j’ai failli lui révéler ma véritable identité, mais j’ai eu peur de l’offenser, et, de rajouter du ressentiment au ressentiment.

De retour à la base le lundi, j’ai déchiré ses lettres, mettant fin à nos relations, car j’avais du mal à la comprendre, son ambiguïté, elle refusait l’entente avec les européens, mais voulait bien poursuivre ses relations avec le supposé Français métropolitain que j’étais.

Peu de temps après, j’ai été informé que ma candidature pour l’école de Police était acceptée que je devais prendre mes fonctions le 20 septembre 1960, pour suivre le 69° stage de l’école de Police d’Hussein Dey à Alger.

J’ai été affecté pour le temps d’armée qu’il me restait à la garde dans les tunnels des sous marins.

Antoine m’avait présenté sa jeune voisine Paule que j’allais voir en toute amitié le vendredi soir.
Mon copain et moi, après avoir fait de l’auto stop de mers el Kébir jusqu’à Oran, nous sommes parvenu aux abords de la cité petit, où, habitait celui-ci. Nous avons pris un chemin à travers les immeubles de la cité des mimosas, soudain, j’ai entendu :
- Bonjour monsieur Claude. C’était la voix de Fatima.
Surpris et heureux je lui ai répondu :
- Bonjour mademoiselle Fatima tout en me dirigeant vers elle, afin de lui serrer la main.

Un groupe de jeunes arabes étaient appuyés contre le mur de l’immeuble, ils se sont mis à répéter d’un air moqueur :
- Bonjour monsieur Claude. Furieux je me suis arrêter, et je suis allé dans leurs direction avec l’intention d’en découdre. Mon copain Antoine m’a retenu par le bras en disant :
- Fais pas l’idiot Claude, ils sont plus nombreux que nous, ici c’est leurs coins. Je ne voulais rien entendre
- Lâche moi, ils vont voir à qui ils ont à faire.

Fatima voyant la tournure des événements s’est enfuie à l’intérieur de son immeuble. J’ai traîné mon copain qui s’agrippait à moi sur plus d’un mètre. Antoine ma dit :
- J’espère que tu sais ce que tu fais ? ce n’est qu’une mauresque.!

Ma colère s’est alors retourné contre lui :
- Et alors qu’est ce que cela peut faire, Fatima vaut bien n’importe quelle autre jeune fille, j’ai beaucoup de sympathie pour elle, je la respecte, et, je l’admire, parce qu’elle est courageuse de se dresser contre tout les a-prioris des uns et des autres.
- Je disais cela simplement pour le cas, ou, tu ne t’en serais pas aperçu. Poursuivit-il. J’ai lancé aux jeunes
- C’est intelligent ce que vous avez fait, ils ont baissé la tête sans rien dire, et, nous avons poursuivi notre chemin.
Le soir, au retour, j’ai refais le chemin inverse, afin de revoir Fatima.

Personne juste un enfant d’environ 8 ans, je me suis adressé à lui pour lui demander :
- Tu connais Fatima xxx,
- Non m’a t-il répondu. Je suis rentré dans les quatre allées de l’immeuble pour voir si son nom figurait sur les boites à lettres, pas de nom correspondant beaucoup de boites étaient détruites.
Le lundi à la base, j’ai recherché son adresse, j’avais déchiré ses lettres, alors je lui ai écris un mot avec une adresse approximative :

 -   Mademoiselle Fatima ERM Oran. je m’expliquais, et, lui faisais connaître ma véritable identité. 
Je n’ai jamais plus eu de ses nouvelles. J’ai compris alors que le fossé entre nous était tel, qu’il serait difficile de le combler.

Après deux mois encore de maintiens sous les drapeaux, dans les tunnels de la base des sous-marins de mers el Kebir. Septembre 1960, je faisais route pour l’école de Police d’Hussein Dey Alger.


 

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