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L'  ENFANCE: 

 
 
LA MEMOIRE cette chose bizarre, qui estompe les événements  récents, et accentue les souvenirs du passé.  

PARFOIS, une senteur,  la vue d'un objet, d'un lieu, une musique, un son, une couleur, un coup, un événement quelconque, on ne sait pas pourquoi donne l'impression du déjà vu, du déjà vécu, du déjà ressenti, ou simplement nous renvois une image, une ombre de notre passé ».

C'est en me cognant le sommet du crâne, alors, qu'adulte je bricolais dans mon jardin, que le soir au couché, j'ai revu l'image floue d'un jeune enfant rampant sous le lit, et se heurtant le sommet du crâne avec le sommier métallique.

J'ai réalisé alors que cet  enfant c'était moi.

Les jours suivants ont été révélateur, car ma mémoire a été activé par ce choc, j'ai interrogé mes proches, et, le fil de l'histoire s'est déroulé avec difficulté, lentement,  jours, après, jours, images, après, images.          

Début. JUILLET 1940, le bombardement des navires français par la royal-navy.  

Le 10 Novembre 1942 les alliés entre à Oran.

 

 

        

                        

Je revois la scène, mon père et ma mère enlacés se tenaient plaqués contre un angle des murs de leur chambre, un étrange bruit assourdissant remplissait  notre environnement, c'était le mugissement lancinant de la sirène d'alerte, au loin d’autres bruits plus sourds se faisaient entendre c’était les bombes qui explosaient.

 Ma mère me cria

-    Claude, rentre vite sous le lit.

je la regardais sans comprendre pourquoi? mais à sa voix, je comprenais qu'il fallait que j'obéisse.

Je rampais à quatre pattes sous celui-ci en me cognant la tête, AIE, AIE, il faisait noir la dessous, dans la pénombre je distinguais une forme, je m'orientais vers celle-ci, étonné, je vis que c'était ma soeur DENISE mon aînée de 8 ans qui était là, allongée sur le dos, ses yeux étaient hagards, je me demandais bien pourquoi ?

je fis la même chose et me mis a contempler avec curiosité et une certaine indifférence comment était fait ce sommier, des ressorts hélicoïdaux de formes coniques, au dessus desquels dans le sens de la longueur il y avait de longues lames de fer, au dessus, était posé un matelas de laine de couleur écru avec toujours dans le sens de la longueur des bandes de couleur verte bouteille.

Pendant que j'observais cela, les étranges bruits persistaient, soudain, les bruits au lointain cessèrent et le mugissement de la sirène ralentit comme enrouées, puis, s’arrêta.

Ma soeur me poussa alors hors du  dessous du lit.

Dans l'agitation qui s'ensuivie, je sortis de la maison au bras de ma maman, dans la rue, il y avait beaucoup de monde qui parlaient fort, j'entendis ma mère dire que ces gens sortaient des abris.

Mon père interrogea quelqu'un en uniforme de la défense passive qui passait par là.

- Que se passe t-il, est-ce qu'il y a des dégâts, des morts, toutes sortes de questions relatives a ces événements, et, dont j'ai connu plus tard, une fois adulte, les réponses.

Il y a ainsi des souvenirs qui me reviennent parfois, sans pouvoir les dater avec précision.

je revois ma soeur Denise allant à l'école, en me concentrant, relevant tous les détails, je devine que cela devait être pour la rentrée des classes en automne 1942, par temps pluvieux, car ce jour là, probablement le matin,  il faisait sombre, je me situe au coin de la rue Courbi de Coignard et de la rue de Sufren, en direction de l'école de Victor Hugo, ma mère me tenait par la main, à une dizaine de mètres devant nous marchant rapidement  vers l'entrée de l'école des filles située à droite, (l'entrée de l'école des garçons étant à gauche),se dirigeait une fillette d’environ 10 ans, petite et boulotte vêtue d'un tablier bleu marine un cartable à la main, c'était ma sœur, sur le tablier à gauche dans la région du coeur je distingue une bandelette de tissu blanc, par la suite, j’ai appris que les enfants devaient porter leurs noms et leurs prénoms brodés.

C'est à partir de clichés de ma mémoire que j'organise et rend plus précis le souvenir de mon passé, j'ai ainsi reconstitué l'histoire de mon AMI DOUG.  

             MON AMI DOUG

Après le Débarquement américain du 10 novembre 1942

 

 

                                         

 

j'habitais rue courbi de coignard,dans une maison de plein pied dont la porte d'entrée toujours ouverte dans la journée donnait directement sur le trottoir et la rue, un grand terrain vague de forme rectangulaire se trouvait de l'autre coté de cette de celle-ci.

La voie ferrée menant à Colomb – Bechar était la limite naturelle qui séparait les quartier de Victor Hugo et de Maryse Bastié.

Un matin,à mon réveil, je sortais comme à l'accoutumé sur le pas de la porte de ma maison attiré par une grande agitation, c'était l'armée américaine qui installait un camp de GI, ils avaient mis tout autour de ce terrain une clôture de grillage et de fils de fers barbelés, l'entrée principale se trouvant de l'autre coté de ce terrain vers le passage à niveau gardé.(Mr. Féron)

Tous les enfants du quartier étions fascinés par ce camp, où, il y avait tant de choses nouvelles et tant de remues ménages, d'activités. Des jeeps ,des camions dodges allaient et venaient, il y avait aussi ces soldats, des blancs américains qui ne parlaient pas notre langue.
Quelques temps après, la curiosité poussa un petit groupe d'intrépides, de trois ou quatre enfants âgés d'une dizaine d' années à ouvrir une brèche dans cette clôture, à se glisser par dessous celle-ci, afin, de tenter l'aventure.
Je devais être âgé de 4 ans, mais je décidais de les suivre, je fis comme eux ne sachant pas trop ramper j'allais à quatre pattes accrochant mes vêtements au fils de fers babelés, ALI qui paraissait être le chef de cette bande me dit de foutre le camp que j'étais trop petit, que j'allais les faire repérer, mais rien n'y fit, alors, il me tira de ce piège. 

J'avais très peur, je crois que je n'étais pas le seul, car, il fallu qu’ALI les traitent de femmelettes pour que les autres se décident à avancer, je tenais bien fort la main de notre chef, nous nous glissâmes par dessous le pan d'une grande tente, il y avait là des tas de marchandises et quelques soldats qui s'activaient pour les ranger, soudain, l'un d'eux nous repéra, et, criant nous demanda vivement ce que nous faisions là, ce fut la débandade, nous fûmes rapidement cernés, ils avancèrent vers nous, et, nous rattrapèrent, nous crûmes que c'était notre dernière heure, mais gentiment l'un des soldats nous a dit :
-hello boys come on, come on, il sortit de sa poche une tablette de chewing-gum et une barre de chocolat qu'il nous tendit,
rassurés mais encore hésitants on s'arrêta, ce fut alors quelques moments de discutions par gestes avec les soldats, nous fîmes le geste universel de la faim, et ils nous donnèrent à chacun d'entre nous des barres de chocolats et autres friandises. 

Les poches pleines, l'un d'entre eux nous accompagna vers la sortie du camp, où, nous fûmes pris en charge par les MP (militari police), après une engueulade sévère, ils nous raccompagnèrent chez nous, manu militari comme l'on dit. Mes parents qui furent effrayés de me voir en compagnie des ces MP, qu'ils ne comprenaient pas, me donnèrent une bonne fessée.

Nous avions eu tellement peur que personne ne tenta plus l'aventure,

Je revis ALI quelque temps après, il épatait les copains en parlant américain un mégot de cigarette au coin de la bouche, il leurs racontait que maintenant il était en cheville avec un soldat ,qu'il faisait le trafic de cigarettes, que ça payait bien.

Ma mère me surveilla de plus prés pendant quelques temps.
Un jour, en me promenant tout au long de la clôture je constatais que quelqu'un avait rouvert le passage que nous avions fais; fort de l'expérience passé, je me glissais sous les barbelés, cette fois-ci, sans anicroches. De la tente la plus proche s'échappait des rires et des chants, intrigué, je me suis hasardé vers l'entrée pour voir ce qui s'y passait.
Il y avait là des soldats regardant deux de leurs camarades danser au son d'une musique entraînante le jazz, ils swinguaient aux rythmes du boogie woggie tapant en cadence dans leurs mains en chantant, quelqu'un me remarqua, me tira par le bras, et, me mit au milieu de la piste, il m'offrit des chocolats et me demanda de danser.
Il parait qu'à cet age là, j'étais un pitre, je me mis à gesticuler mimant ce que j'avais vu auparavant sous les rires et les bravos de ces jeunes gens.
Ils m'offrirent des friandises pour que je continue, Je me suis mis alors à chanter un air que j'avais entendu fredonner par les grands sans savoir ce que cela signifiait
- Amapola, foggi foggi, la rigola, etc etc", ce fut des fous rires et des bravos.
Le spectacle fut interrompue par un grand gaillard qui les engueula, tout le monde regagna ses pénates, alors, il me pris par la main me fit asseoir sur le bord d'un lit de camp à coté de lui, il me dit en américain la main sur sa poitrine :
- je m’appelle DOUG pour douglas, puis pointant son doigt sur la mienne il me demanda :
- et toi ?
- moi, Claude
- il répéta avec difficulté,Claoude ?.
- OK , tu habite où ?
par des gestes je le lui fis comprendre,
- juste à coté, dans la rue qui longe le camp, il se mit à parler longuement, et, bizarrement je comprenais tout ce qu'il me disait.
Il avait, disait-il in USA, un BABY ,qui avait à peu prés mon age, il sortit de son porte- feuille une photo de sa femme et de son enfant, et, tristement me dit qu'il ne savait pas quand est-ce qu'il les reverrait, qu'ils lui manquaient.

se ressaisissant, il me dit amicalement :
- Go home boy ,
- j'entendis tous ces soldats qui écoutaient discrètement, me dire au revoir
- bye , bye bye.
Il me reconduisit à l'extérieur de la tente, afin de me raccompagner au poste de garde, je lui ai dis alors apeuré :
- non pas les MP, je suis rentré par là, en lui indiquant l'endroit par lequel je m'étais faufilé.
je suis rentré à la maison par le même chemin que j'avais emprunté à l'aller.
Tous les soirs, vers la même heure, je rendais visite à celui qui était devenu mon "AMI DOUG", sous la surveillance discrète de mes parents à qui naturellement j’avais raconté tous mes exploits.
Ils savaient bien que je recommencerai quoiqu'ils en disent, alors, ils me laissèrent retourner.

Je ne sais combien de temps passa mais quelques jours plus tard en entrant sous la tente j’ai compris qu'il y avait du nouveau, c'était plus calme, moins trépidant, chacun était afféré à écrire, ou, à ranger ses affaires.
Mon AMI DOUG me dit:

- Tomorow, demain, nous levons le camp, nous partons pour nous battre, nous ne nous reverrons plus, puis, il me dit frappant légèrement l'épaule d'une tape amicale,
- good bye my friend.
Ce soir là, je fus raccompagné chez moi par mon AMI DOUG.
Cinq ans après, mon père nous emmena dans sa charrette en promenade vers le grand lac et le cimetière américain.

J'étais impressionné par les centaines et les centaines de croix blanches alignées en rangs serrés.

 J’ai demandé à mon père :
- Dis papa, tu te souviens du nom de famille de mon ami DOUG ?
- non me répondit-il.
Il y avait plusieurs Douglas, j'espérais que ce ne serait pas l'un d'entre eux mon ami, qu'il avait survécu et vivait sain et sauf auprès de son enfant.

 

 

    

         

                                                            Cimetière Mers el Kébir en 2005

 

   

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