ECOLE DE POLICE D’ HUSSEIN DEY ALGER :
Le stage était prévu pour une durée de 4 mois, une partie écrite avec enseignement d’un rudiment de droit pénale, code de la route, enseignement de l’arabe, apprentissage de rédaction de rapports et constats, une seconde partie faite de sport, de self combat, apprentissage d’actions en formations etc, ect.
J’étais l’un des plus jeunes élèves gardiens de la paix de ce 69 eme stage de Police, les autres pour la plupart étaient plus âgés, souvent ils étaient mariés pères de famille, nous étions par chambrée de cinq.
Début décembre 1960, soulèvement d’Alger, vers 16 heures de l’après midi les autorités d'Alger font appel aux élèves gardiens de la paix de l'école de police d'Hussein Dey, on nous demande de prêter mains fortes aux compagnies régulières de CRS sur les lieux, afin, de stopper les manifestants européens Algérois qui voulaient se rendre à la casbah
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Nous n’étions pas équipés, juste une salopette de toile bleue d’exercice, et, un calot, pas de casques de protection ni de bouclier, nous n'avions qu' un vieux fusil mousqueton d'entraînement sans munition, c'est dire dans quel état de vulnérabilité nous étions.
Nous sommes parvenus en camions militaires débâchés aux environs de la rue Michelet, où, nous avons été reçu par une volée de projectiles lancés par des manifestants survoltés se souciant peu si nous étions pieds noirs ou pas.
Nous n'étions pas expérimentés ni préparés à ce genre d'affrontement (je me demande encore aujourd'hui s'ils avaient le droit de nous utiliser dans des circonstances semblables).
Le collègue qui se trouvait à coté de moi (Didier Garcia) a reçu un morceau de métal à la tempe, il a été rapidement évacué sur l’hôpital d’Alger.Les C° régulières de CRS, titulaires étaient elles parfaitement équipées et circulaient à l’abri dans leurs fourgons grillagés.
Les ordres sont arrivés de nous replier vers la prison Barberousse au bas de la Casbah, afin d’empêcher la confrontation entre les deux communautés.
Le calme est revenu, mais, afin de parer à toutes éventualités, nous avons passé la nuit sur le trottoir sans aucune nourriture, dans le froid glaciale de l’hiver.
Tôt le matin, on nous a demandé d’entrer dans la casbah qui se révoltait (aux dires de certains, il parait que les CRS titulaires auraient refusés).
Nous progressions en files le long des étroites ruelles sous les youyous stridents, et, continus des femmes musulmanes, les instructions étaient de ne pas répondre aux provocations.
A coté de moi, il y avait M.... un copain musulman Algérois qui suivait ce stage de formation, je lui ai demandé :
- - Tu ne te sens pas gêné d’être ici avec nous.
- Non, m’a-t-il répondu calmement, je considères cela comme faisant partie de ma formation, mon père est brigadier de Police au commissariat central d’Alger, il m’a dit de bien m’instruire que l’Algérie de demain aura besoin de cadres, et qu’à ce moment là comme nous serons formés on pourra prétendre à des postes plus importants, puis, poursuivant sur le ton de la confidence il m’a dit :
- Si tu le veux, si cela t’intéresses, je peux lui en parler, comme si celui-ci était déjà chargé du recrutement.J’étais estomaqué devant tant de pragmatisme, de lucidité, d’opportunisme, pour moi, en toute hypothèse, il fallait d’abord une période d’autonomie de cinq années au minimum, afin, de réconcilier la population d’Algérie.
Je lui ai répondu encore abasourdi :
- Non, merci.Il y avait de drôles de Fatma aux épaules bien larges qui circulaient, à un moment donné, un groupe de jeunes arabes brandissant un drapeau FLN se sont approchés du commandant lui ont fouetté le visage avec celui-ci et lui ont dit :
- Mettez-vous aux garde à vous et saluez notre drapeau. Nous avons été retenu par nos Brigadiers et le commandant qui nous ont dit de ne pas intervenir.Vers 11 heures, nous nous sommes arrêtés, subissant les youyous incessants.
Vers 13 heures toujours pas de ravitaillement, et, toujours les youyous.Comme nous étions partis précipitamment je n’avais pas d’argent sur moi, d’autres plus prévoyant sont allés au boulanger arabe se trouvant au début d’une ruelle acheter un gros pain, que nous avons partagé.
Les youyous incessants nous mettaient les nerfs à vifs.
A 14 heures, nous avons reçu des ordres, il fallait nous rendre à un point donné pour convoyer vers le commissariat de la casbah des hommes qui avaient été interpellés, afin, de contrôler leurs identités et de les interroger.
Par groupe de 4 élèves gardiens de la paix, nous avons réceptionner et convoyer à pieds, à plusieurs reprises une dizaine environ de suspects.
Sur le chemin, l’un d’eux s’est mis à rire, nous lui avons demandé de s’arrêter, son voisin lui a dit en arabe de se taire.
Nous pensions tous que cela était une provocation, alors, que l’un de mes collègues allait lui assener un coup de crosse avec son mousqueton, je l’ai stoppé, car, je venais de m’apercevoir que le jeune arabe était en train de se faire dans son froc, sur le bas de son pantalon, un paquet de ..M.. dégoulinait, Ça puait.
Nous avons compris alors que le rire était nerveux.
Devant le commissariat de Police, deux cerbères à la mine patibulaire les attendaient, c’étaient deux militaires arabes d’au moins 1m90, à la carrure impressionnante, ils avaient un tatouage au front, un autre au menton, ce qui accentuait leurs aspects inquiétants, sans ménagements deux par deux, ils les ont dirigés vers l’intérieur.
Je me suis dis, ils vont passer un sale quart d’heure.
Vers 16 heures, précipitamment on nous a dit :
- Allez les gars, il faut vite nous rendre à la rue d’Isly, il y a une manifestation qui se prépare.
Voilà, plus de 24 heures que nous étions sans sommeil, sans qu’aucun repas nous parviennent.
Au pas de course à travers les ruelles de la casbah d'Alger, nous nous sommes rendus sur les lieux, nous avons pris position vers le bas de la rue d’Isly, une foule musulmane immense, scandant des slogans et poussant des youyous arrivait vers nous.
En formation de barrage, nos gradés nous avaient demandé de faire lentement mouvement vers les manifestants, nous avancions à pas lent le mousqueton tenu des deux mains en oblique devant le corps comme on nous l’avait enseigné.
Nous redoutions le choc parce que devant il y avait les femmes et les enfants poussés par le FLN.
Nous nous murmurions les uns aux autres avec une certaine appréhension comment parvenir jusqu'a eux sans nous en prendre aux femmes et enfants :
- Les lâches ils se cachent parmi eux.
- On prend au deuxième rang ce groupe d'hommes, nous au troisième rang, etc, etc.
Notre tactique était bien répartie, et, nous allions à l'affrontement, soudain, un de nos brigadiers faisant la liaison avec le commandement est venu nous demander de reculer de quelques mètres nous avons suivi les ordres, mais lorsqu'il est revenu par la suite, allant de sections en sections nous dire de rompre les rangs, nous avons dans un premier temps rouspété en disant :
- Pourquoi? Nous n’avons pas peur.
- Rompez, rompez, nous ont dit alors les autres gradés, comme nous ne comprenions pas cet ordre de repli, les brigadiers C... et J... nous ont dis en tirant par la manche les récalcitrants :- regardez sur les deux trottoirs, et, dans les porches, il y a des hommes du 2° bureaux et du service de ?? ils ont repérés les meneurs, nous avons compris la manoeuvre et nous nous sommes exécutés.
Effectivement, nous les avons aperçu, c'étaient des civils avec des brassards, et des soldats, certains tenaient des petites planchettes de bois à la main.
Les manifestants étaient pris dans la nasse, soudain, ces agents tels des rapaces sur leurs proies ont jailli sur les cotés prenant à revers les membres du FLN, la foule s’est dispersée en courant dans tous les sens, apeurées criant, et, pleurant.
C’est avec une précision remarquable qu’ils les ont maîtrisés et arrêtés.La nuit commençait à tomber, on nous a rassemblé sur une place et servi un café chaud et un croissant, c’était le petit déjeuner qui nous parvenait plus de 24 heures après.
Le colonel F... commandant l'école de police et son adjoint le commandant T... ont été félicité par une personnalité pour l'action et la maîtrise des élèves gardiens de la paix de l'école de police.
Pour le retour, nous avons été convoyé dans des cars de CRS, le grand luxe par rapport à notre départ, c’est la remarque que nous nous sommes faite.
Quelques temps plus tard, lors d'un rassemblement dans la cour de l'école de police, le commandant T.. et l'élève gardien de la paix B... ont été décorés, je me souviens encore des murmures d'indignation de mes camarades :
- Il décore B... parce qu'il est le neveu du commandant T..
Le stage s’est poursuivi sans relâche.
3 Jours avant Noël, tôt le matin, nos moniteurs de sports nous ont emmenés faire un cross à travers les sous bois sur les hauteurs d’Alger, nous n’avions qu’un short bleu et tee shirt blanc, nous étions frigorifiés, je me souviens que ce jour là il neigeait sur Alger.
Peu de temps, après, j’ai commencé à avoir une petite toux sèche, à saigner du nez, je me disais que probablement ce n’était qu’ un petit vaisseau sanguin qui avait éclaté, mais cela a persisté.
Mes copains m’ont dit :
- C’est pas étonnant, avec l’affreux Rata qu’ils nous servent à table, tu dois faire de la faiblesse.- Moi tous les soirs j’achète au bar de la caserne un jambon beurre pour me fortifier dit l’un d’entre eux, tu devrais en faire autant.
Les saignements de nez sont devenus plus fréquents rien ne les arrêtaient.
Pendant les cours j’avais du mal à rester éveillé, l’armée, les 2 derniers mois passés sous les tunnels de mers el Kébir à respirer un air malsain m’avait passablement affaibli (1m80, 60kg), mais, j’étais heureux d’avoir un début de situation, que je ne voulais pas compromettre après tant d’efforts.
La fin de stage approchait, plus que quelques jours à tenir
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Comme cela s’aggravait que le sang refluait maintenant par la bouche, le plus âgé des camarades de ma chambrée m'a conduit à la visite médicale.Le médecin après m’avoir ausculté m’a demandé :
- vous terminez dans combien de jours votre stage.
- Dans 4 jours lui ai-je répondu
- Si je vous met en arrêt de maladie vous ne serez jamais titularisé, je ne peux même pas vous faire de prescription médicale, alors tenez bon, et, dés que vous rentrerez chez vous, allez voir un médecin.
Les épreuves écrites de fin de stage ont eu lieu.Mais, ce que j’appréhendais le plus c’étaient les épreuves sportives:
Le saut en hauteur, en longueur, le lancé de poids, le grimpé à la corde, la course de vitesse se sont déroulés le matin.
Mes copains ont été admirables, ils m’ont soutenu et encouragé.
L’après midi nous devions faire le 400 mètres par groupes d'une dizaine d'élèves. Lorsque mon tour est arrivé à mi parcours mes poumons étaient en feu, j’avais de grandes difficultés à respirer, le mouchoir sur la bouche je contenais le sang qui remontait de ma gorge.
Les 20 derniers mètres ont été les plus pénibles, je n’arrivais pas à les parcourir, je vacillais pris par une quinte de toux j'étais prêt à m'écrouler, voyant mes difficultés les copains m’ont pratiquement porté jusqu’à la fin, malgré les protestations du moniteur qui criait
- Laissez le terminer seul son parcours autrement il ne sera pas validé.
Le lendemain, nous avions les résultats. Les cinq premiers avaient le droit de choisir leurs affectations, comme la plupart étions Oranais, ils ont choisis Oran et les villes du département.
Les noms des candidats reçus, s’égrenaient, les uns, après les autres, j’ai entendu:
- Avant dernier Claude Garcia ce fut un soulagement, seul un élève a échoué. mon affectation C° 205 CRS Constantine.Le repas de fin de stage a eu lieu, et L’après midi nous avons pris le train en direction d’Oran.
Les mots me manque pour décrire mon état de fatigue, d’épuisement.
Mon mouchoir était rouge du sang que je n’arrivais plus à contenir. Je ne sais plus comment je suis parvenu chez moi, je me souviens simplement avoir entendu le docteur Alquié, pneumologue dire à ma mère: c’est la Tuberculose.
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