HISTOIRES DE FAMILLE
Ce
sont les mères ou grands mères qui lors des veillées, des réunions de
famille nous ont transmis le vécu de leurs parents, ou, grands parents, remontant ainsi le temps de plusieurs générations.
A
mon tour je raconte à mes petits enfants, les grandes lignes, les principaux
faits qui ont constitués les histoires de famille.
Je
me souviens ainsi de ce que nous racontaient nos grands- mères :
La
force de José ce rude travailleur qui pouvait porter deux balles de farine sur
ses épaules.(poids d’une balle de 60 Kg environ). Il créa le Moulin de Saint
Antoine à Oran.
De
Maria qui est morte de chagrin après le décès de son unique garçon (mort
pour la France à Sedan).
De
Sauveur qui a eu le nez arraché par un coup de sabot d’une mule.
De L’oncle Luis charpentier qui a émigrés aux états unis d’Amérique, en 1923, et, dont on a plus jamais eu de nouvelles.
Nous avons probablement des cousins américains.
De José mon grand père paternel qui fut ouvrier Tonnelier aux établissements Sénéquier à Oran
Autant
de récits d’histoires de famille qui ont animés mes souvenirs, et forment
aujourd’hui ma mémoire.
Ma
grand-mère était très croyante, mystique, elle faisait du spiritisme, parfois
d’autres femmes qui avaient perdu un proche( un mari, un enfant ), venaient la
consulter, afin de parler avec l’au delà.
La
Mémé sordica disait quelques phrases d’un ton lugubre sous forme de prière,
mêlant Dieu et le diable, afin de créer l’ambiance, lorsque, l’attention
des participantes étaient aux paroxysmes, elle prononçait d’une voix étrange,
ces mots :
-
Esprit, esprit, es-tu là, si oui
manifeste toi, fais nous un signe.
Le
silence était pesant, l’atmosphère était de plus en plus tendue, comme
l’esprit tardait à se manifester, elle répéta plus sèchement.
-
Esprit, esprit, es-tu là.
La
table se mit à bouger, à osciller, incrédule, je regardais les genoux, les
jambes qui auraient pues s’activer, rien de suspect, je constatais qu’ il
n’y avait aucune supercherie, la table remuait bien toute seule, sans aucune
intervention physique, elle s’élevait même de quelques centimètres au
dessus du sol.
- Antonio, esprit
d’Antonio si tu es là frappe trois coups dit ma grande mère en retenant son
souffle.
Trois
coups secs retentirent dans la pièce, qui me glacèrent le sang, alors, faisant
fi des réprimandes, je me suis enfuis en hurlant
-
Aaaaah,
Aaaaah, les femmes croyant
que c’était la manifestation d’un esprit, furent prises de panique, et s’enfuirent
en hurlant.
-
Aaaaaaaah,
Aaaaaaah, Es el demonio,
es el démonio (c’est le diable, c’est le diable).
L’une
d’entre elles tomba à genoux et pria en faisant plusieurs signes de la croix.
-
Senior
mio, Senior mio, perdoname.
Lorsque,
je repense à la frayeur qu’ont eu ces femmes, à leurs fuites, je suis pris
par un immense fou rire.
Ils
invoquaient la protection de Dieu, afin d’éviter les représailles de leurs
fautes par les démons.
L'ignorance,
l'illettrisme, la superstition, étaient exploitées, entretenues par certains, afin, de favoriser,
la
soumission, la docilité, ou le fatalisme.
J’ai
souvent une pensée émue, attristée pour ma Mémé sordica.
La
mémoire c’est aussi de donner la vie aux êtres qui nous sont chères, car, on
se demande parfois s’ils ont bien existé, tout comme nos petits enfants en
parlant de nous se le demanderont.
L’HISTOIRE
est faite de batailles de victoires et de gloires.
L’histoire
ne dira, ne décrira jamais ce que les humbles ont vécu, ont subi.
La mémoire est le soleil des morts.

la Mairie d' ORAN
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