L'EXODE

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il y a cet exode, cette hémorragie qui se poursuit. Chaque jour, à partir de fin mai, 8 000 à l0 000 pieds-noirs quittent l’ Algérie, emportant hâtivement avec eux ce qu’ils ont de plus précieux. La décision de Paris d’ouvrir la frontière aux combattants de l’ALN, stationnés au Maroc, provoque une panique supplémentaire chez les Européens. Dans un fantastique désordre, les Européens quittent l’Algérie. Des milliers de personnes, désemparées, hébétées, attendent un bateau dans le plus grand dénuement. Il faut fuir au plus vite ce pays, auquel ils resteront attachés de toutes leurs fibres

 

     

  

Exode

En quelques mois entre la fin du printemps et septembre 1962, 900 000 Français, Européens et Juifs, quittèrent le pays dans une situation de chaos et un mouvement de désespoir. Ce fut le plus important transfert de population depuis la Seconde Guerre mondiale jusqu'à aujourd'hui en Europe. La valise ou le cercueil,slogan des nationalistes musulmans, a résumé par anticipation le sentiment d'abandon total ressenti par cette population. Ne sentant plus sa sécurité assurée, elle s'élança dans un exode soudain et massif.

Le gouvernement avait estimé à 200 000 ou 300 000 le nombre de rapatriés temporaires en France. Aussi, rien n'était prévu pour leur retour. Beaucoup durent dormir dans les rues à leur arrivée en France, où la majorité n'avait jamais mis les pieds et n'avait ni famille, ni soutien.

Les scènes tragiques de milliers de réfugiés paniqués campant pendant des semaines sur les quais des ports d'Algérie en attendant une place sur un bateau vers la France devinrent habituelles entre avril et août 1962. Certains Pieds-Noirs détruisirent leurs biens avant d'embarquer, en signe de désespoir et de terre brûlée, mais la plupart partirent en laissant intacts et abandonnés leurs patrimoines. La politique de terreur des deux parties (FLN et OAS) avait conduit à une impasse dans laquelle les Pieds-Noirs n'avaient plus leur place. Leur sentiment de désespoir était omniprésent en quittant sans espoir de retour la terre natale.

En septembre 1962, Oran, Bône, ou Sidi-bel-Abbès étaient laissées à moitié abandonnées. Toutes les administrations, police, écoles, justice, activités commerciales s'arrêtèrent en trois mois. Environ 100 000 Pieds-Noirs restèrent en Algérie en 1962, mais ils quittèrent progressivement le pays, si bien qu'en 1990 il n'en restait qu'environ 2 000, la plupart âgés.

La population s'est donc massivement réfugiée en France en quelques années, la majorité dans le chaos de 1962. Une petite minorité est allée en Espagne, principalement dans la région d'Alicante. D'autres sont partis pour des pays plus lointains, comme le Canada ou l'Argentine. Les juifs ont massivement choisi la France, et peu sont partis en Israël. En comptant les rapatriés des autres pays du Maghreb, on arrive à un total d'environ 1,5 million de personnes, soit environ 3 % de la population française.

Les pouvoirs publics avaient les moyens d'agir mais à Marseille, Gaston Defferre déclarait : " Ils fuient. Tant pis ! En tout cas je ne les recevrais pas ici. D'ailleurs nous n'avons pas de place. Rien n'est prêt. Qu'ils aillent se faire pendre où ils voudront ! En aucun cas et aucun prix, je ne veux des pieds-noirs à Marseille". C'était exact. A Marseille, rien n'était prêt, mais rien n'était prêt non plus ailleurs. Seuls quelques organismes comme la Croix-Rouge et le Secours Catholique et certains métropolitains (environ 10 % de la population) essayèrent d'aider les exilés que nous étions devenus.

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