JASNHIA LA REBELLE :

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Qui aurait pu imaginer un tel destin, aussi mouvementé, aussi tragique que fut celui de jasnhia la rebelle.

La dernière fois que je l’ai revue ce fut au mois de mars 1962. Je déambulais dans les rues d’ORAN, lorsque soudain, une jeune et jolie femme bien mise et pomponnée se planta devant moi.

-         Bonjour Claude, tu ne me reconnais pas ? le timbre de sa voix légèrement éraillée m’était familier, mais je n’arrivais pas à mettre un nom, un prénom sur son visage, voyant mon embarras elle me dit :

-         Je suis Jasnhia…. la voisine de tes grands parents…. de Victor hugo. Le déclic s’est produit.

-         Jasnhia ! dis-je en la détaillant bien, ce n’était plus du tout la même personne que j’avais connu. Ce fut une grande embrassade, elle me serra très fort dans ses bras.

-         Tu sais poursuivit-elle je m’appelle maintenant Annie je travaille aux galeries de France, à l’évidence elle était très contente de me revoir,la dernier fois que je l’avais vu je devais avoir 15 ans.

-         Comme tu as changé me dit-elle, tu es devenu un bel homme, et, faisant la coquette, elle poursuivit en me pinçant la joue :

-         Dommage que je sois mariée, tu es mon type d’homme. Elle était là, incrédule, à me dévisager, et, soudain elle m'a dit :

-         Mais, qu’est ce que tu deviens ?

-         Je suis gardien de la paix, lui ai - je répondu :

-         Comme mon mari, s’exclama-t-elle, puis, se tournant vers l’homme qui se trouvait prés d’elle, elle me le présenta :

-         Robert L… dit-il en me serrant la main, je suis moi aussi gardien de la paix au commissariat central d’Oran, et vous ?

-         A la CRS 205 de constantine.

Jasnhia et moi, nous nous sommes quittés heureux de nous être retrouvés.

Je n’en revenais pas, que de chemin parcouru, songeur, j’ai repensé à notre enfance, à Victor Hugo quartier de la banlieue d’Oran, où, ses parents étaient les voisins de mes grands parents.

Elle était la fille aînée d’une famille musulmane, dont, le père était le cordonnier du quartier.

Monsieur B…était un homme rondouillard, paisible, sans histoire, ayant des bonnes relations de voisinages.

Les deux maisons étaient séparées par une simple palissade faite de tôles et de bois.

J’habitais  à 100 mts de chez mes grands parents, où, J’allais souvent jouer avec mes cousins et cousines.

Elle était mon aîné d’un an, enfants nous jouions ensemble dans la rue devant nos maisons, Jasnhia était devenue la copine de ma cousine Huguette avec laquelle elle allait à l’école.

C’était une enfant pleine de vivacité et de curiosité pour les choses de la vie, elle aimait venir chez ma tante Marie à qui elle confiait ses espérances, vivre quelques instants à l’européenne (mode, maquillage, coiffure, lecture).

 

Dés qu’elle a eu 13 ans ses parents lui ont interdit de sortir, mais Jasnhia était rebelle, adolescente, elle venait souvent en cachette chez ma tante pour lire les journaux féminins, discuter, rêver d’un mode de vie qui lui était interdit.

 

Lorsqu’elle a eu quinze ans, elle a été mariée contre son gré à un musulman beaucoup plus âgé qu’elle. Ils vivaient chez Monsieur B..en attendant de trouver une maison.

Son calvaire commença très vite, tous les soirs nous l’entendions hurler, appeler au secours sans pouvoir réagir, car, les communautés chrétiennes, musulmanes, ou juives, nous vivions côte à côte, en bonne entente sans toutefois nous mêler, c’était un principe que chacun respectait.

 

Jasnhia nous faisait passer des mots par sa sœur Zora à travers des trous que nous avions fait dans cette palissade .

Elle appelait à l’aide ma tante Marie, lui écrivant qu’il la battait, qu’il allait la tuer, en parlant de son mari. 

Nous apprîmes ainsi que le jour, pour qu’elle ne s’échappe pas, il la séquestrait dans la cabane du jardin, sans eau, ni à manger.

Après une tentative d’évasion elle fut même enchaînée dans cette cabane. Elle hurlait

-         Au secours Marie, ne me laisse pas. Aide moi Marie.

Les mots que Zora nous faisait parvenir étaient de plus en plus alarmant, elle disait qu’elle voulait se tuer, qu’elle ne supporterait plus la réclusion.

 

Ma tante Marie outrée, inquiète alla trouver Monsieur B… dans son échoppe de cordonnier, afin, de lui faire part de son indignation, mais, ce brave homme lui fit comprendre qu’il n’y pouvait rien , toutefois, cela a eu pour effet d’apaiser pendant quelques temps la situation qu’endurait jashnia.

 

Deux ans après son mariage Jasnhia fut répudiée par son époux, parce qu’elle ne pouvait pas lui donner d’enfant.

Elle quitta ses parents pour lesquels cela était un grand déshonneur.

 

Il s’est écoulé plus de huit ans avant que je la revoie rue d’arzew.

 

La vie d’une femme musulmane répudiée a du être terrible pour elle, mais je soupçonne l’intervention de ma tante Marie, afin, de la conseiller, de l’aider.

 

En 1970, nous habitions LYON, ma femme a rencontré une de ses ancienne amie d’Oran ; la conversation vint sur les arabes qui nous avaient spoliés et mis à la porte de notre pays, comme cela prenait un aspect collectif diffamant j’ai dis :

-         il ne faut pas généraliser il y en a de très bien , avec lesquels nous aurions pu nous entendre, ma femme renchérit :

-         tu te souviens d’Annie celle qui travaillait avec nous aux galeries de France , comme elle était toujours bien mise, on n’aurait pas dit une arabe.

-         Oh ! oui ! elle portait un de ces luxes répondit perfidement l’amie, tu sais qu’elle a été tué par l’OAS ? avec son mari ? un juif !…, parce qu’ils étaient soupçonnés d’être des barbouzes, on a retrouvé leurs corps dans la rue prés d’une poubelle.

Choqué par la nouvelle, j’ai répondu :

-         Bon Dieu, Quel malheur, ce n’est pas possible, je les connaissais son mari était gardien de la paix, pourquoi ? aurait-ils fait parti des barbouzes, ils avaient tout pour être heureux, ,c’est encore une méprise de l’OAS, ou, l’action de quelques jeunes FOUS.

 

Aujourd’hui encore, je ne peux pas croire à la version des barbouzes, FLN peut être ? et encore. Il s’était écoulé presque dix ans avant que j’apprenne ce malheur.

 

Jasnhia…Annie…Quel Destin tragique. Quelle chkoumoun.   

J’aimerais en savoir plus sur la période, où, nous nous sommes perdus de vue, sur son vécu durant ces 8 années.

Elle restera toujours pour moi le symbole de la jeune femme musulmane émancipée, la rebelle pour laquelle j’avais une grande sympathie.

                           

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