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L’OPÉRA D’ORAN

 

         

 

Avec vous, pour la première fois, je découvre l'intérieur de l'Opéra d'Oran. Ce n'est qu'à partir de l'après guerre de 1945 , et, plus particulièrement des années 1958/1960 que son accès fut démocratisé.   

J'ai souvent posé la question à tous les compatriotes que je rencontrais dans les associations et amicales en leurs demandant l'année à laquelle ils avaient  pu avoir accès pour la 1° fois à l'opéra, c'est ainsi que François Gomez m'a dit avoir fait parti des coeurs en 1960, c'est a peu prés à la même période que ma cousine Josette Garcia fille de Michel Gardyl chanteur Oranais connu de Tango argentin a commencé à chanter l'opérette.

Au cours d'une discussion avec mon épouse, j'ai fait la remarque suivante :

-  il aura fallu attendre 2007, à l'age de 68 ans, pour que je découvre enfin l'intérieur de ce symbole culturel qui était aussi pour un très grand nombre d'oranais un lieu réservé à la caste coloniale.

-  Moi j’y suis entrée, c'est en 1949, me répondit-elle, je m'en souviendrais toujours c'est le genre d'événement qui marque la mémoire d'un enfant, j'avais 6 ans, j’étais en classe de CP.

 

             

Yvonne encore émue par ce souvenir se mit à raconter :

Ma grand mère maternelle m’a pour ainsi dire élevée, mon père s’étant engagé dans l’armée du maréchal LECLERC la 2° DB, ma mère travaillait. Et naturellement ce fut ma grande mère qui s'est occupée de moi. J’étais pour elle sa joie, son réconfort, son rayon de soleil dans sa triste vie faite de difficultés, de pauvreté et de privation.

 Mon grand père était veilleur de nuit sur le port d’Oran, avec un salaire misérable juste de quoi faire survivre sa famille, ma grand mère pour arrondir les fins de mois faisait quelques travaux de coutures, ou, vendait des œufs dans les rues.

 Comment décrire les liens affectifs qui m'unissaient à ma grande mère, j'étais depuis ma très jeune enfance toujours avec elle, même après, lorsque mon père est revenu de la guerre. Partout où ils allaient mon grand père et elle je les suivais.

Comme une enfant unique, choyée, adorée rien n'était trop beau pour moi, j’étais malgré leur extrême pauvreté leur princesse.

Elle avait eu connaissance qu'il y avait un concours de déguisements pour les enfants de la ville d'Oran, aussi, voulut-elle m’y emmener.

Ma grand mère Mathilde dont je porte le prénom était andalouse de la région d’Almeria, elle fut élevée éduquée chez les sœurs d’un couvent, elle avait épousé mon grand père Antoine, ils s’étaient connus au cours d’un séjour qu’elle fit chez une de ses sœurs qui habitait à Oran.

Mon grand père Antoine était un ancien de la guerre de 1914/1918. Orphelin il fut élevé par sa tante, bien qu'analphabète il savait parler le Français l'espagnol et l'arabe, bien évidement le valencien dont sa famille était originaire.

Pour le déguisement ma grande mère par manque de moyen voulant que je sois la plus belle eue l’idée de me déguiser en cigaretière de l’armée Française, mon physique correspondait bien à ce genre de déguisement. J’avais les yeux bleus et de longues boucles blondes à l’anglaise.

                                   

Bonne couturière elle cousue sur ma robe des volants de papiers crépon aux couleurs bleu blanc rouge, ainsi que sur le képi que mon grand-père avait conservé de la guerre de 1914/1918. Tout un symbole patriotique.

 Elle confectionna un petit panier d’osier qu’elle décora également de papier crépon, dans lequel elle mit quelques cigarettes.

Sur le chemin qui menait à l’Opéra d’Oran, lorsque nous croisions un militaire fière, voulant que l’on m’admire, elle me disait dans son langage mi français mi espagnol :

-          va voir le militaire et propose lui une cigarette. Timide je n’osais y aller, alors elle me poussait fermement vers lui, l’interpellant gentiment, mon grand père lui expliquait la situation, rougissante je tendais le panier au soldat qui me congratulait aimablement.

Nous sommes entrés à l’Opéra d’Oran, j’étais intimidé par le décor grandiose de ce lieu, au moment d’entrer dans la salle, nous fumes interpellés par une dame qui nous refusa l’entrée.

Ma grand mère surprise lui dit en sortant son porte monnaie :

-          s’il faut payer l’entrée, j’ai de l’argent, fouillant désespérément celui-ci elle en extrayait quelques misérables piécettes.

La dame, malgré mes pleurs et les amadouements que ma grande mère lui faisait dans son langage chapourio comme l’on disait ne se laissa pas attendrir, Mon grand père bégayant de colère lui dit :

- c’est indigne ce que vous faites là Madame à ma petite fille, je suis un ancien de la guerre 1914/1918, j’ai combattu pour ces couleurs que vous mettez aujourd’hui à la porte.

La Dame, appela un homme qui nous conduisit vers l’extérieur de l’opéra.

J’étais déçue et en pleurs, mes grands parents étaient vexés, humiliés, bafoués, pour me consoler ma grande mère me dit :

No llores hijita mia, c’est parce qu’ils sont jaloux, ils ne nous ont pas laissé entrer parce qu’ils ont eu peur que tu gagnes ce concours, car, tu es la plus belle.  

   

 

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