page précédente

ORAN L ANDALOUSE

Entre amis, nous évitions de parler « événements d’ Algérie », certains d’entre eux sont métropolitains, d’autres mariés à des métropolitaines, leurs centres d’intérêt, leurs opinions politiques sont différentes des notre, j’avais peur de les lasser avec mes souvenirs de là bas.
Au cours d’un repas avec JM d’Antibes je lui ai montré ce livre pour qu’il le lise, j’ai du insister pour qu’il regarde au moins les photographies

.       

JM ne voulait plus parler, ni se souvenir du passé. J’ai compris pourquoi ? lorsque je l’ai vu éclater en sanglots à la lecture d’un passage, où, il était question du « jardin de Di di » (terrain vague appartenant à un notable musulman).

Je n’avais jamais vu auparavant quelqu'un pleurer comme cela, l’émotion si longtemps contenu, l’afflux des souvenirs :
- Le jardin de Didi, me dit-il en sanglotant, j’allais avec mon oncle lorsque j’étais enfant…. 

Il avait du mal à finir sa phrase, après un moment il a poursuivi :
- Nous y allions piéger les oiseaux.( j'y allais avec mon frère Roger).

J’étais embarrassés, émus moi aussi, (ma femme m’en a fait par la suite le reproche).

Je crois que cela lui a fait du bien d’exorciser les démons des méandres de sa mémoire.
Par la suite, il nous a raconté comment le 5 juillet 1962 « massacre d’Oran », il avait échappé à la mort grâce aux reflex de son ex femme.  

                                                                            

Je suis né en 1939 à Victor Hugo, quartier de l'extrême périphérie de la ville d'Oran en Algérie. D'origine espagnole, je suis issu d'un milieu modeste d'ouvriers immigrés Andalous venus en 1841 chercher sur cette belle terre d'Algérie une vie meilleure.

Mon souhait n'est pas de créer un énième site pieds noirs, il en existe un grand nombre beaucoup plus performants et complets, certains veulent faire oeuvres de mémoires, je l'ai en remercie, ma seule ambition c'est de témoigner.

Depuis mon rapatriement en France, j'ai appris beaucoup plus de choses concernant l'histoire de l'Algérie, que durant les 23 années passées là bas.
je ne suis ni écrivain, ni historien, ni philosophe, et, encore moins un politique. Je ne suis qu'un humble ignorant qui a entrepris d'écrire ses mémoires, afin, de répondre le plus justement possible aux interrogations de mes petits enfants :  

                Papi, tu es Algérien puisque tu es né en Algérie ?


Papi, tu comprends ce qu'elle dit ? en parlant d'une jeune chanteuse Algérienne qui chantait mi Français mi Arabe au cours d'une émission de télévision.  


Papi, pourquoi tu dis que le général de gaulle est un salaud ? à l'école on nous dit que c'est un personnage célèbre. 

Comment répondre à cela, surtout, lorsque la dernière question est posée sur le quai d'une gare, au milieu de la foule, alors, que j'ironisais sur les pannes du Porte-avions Charles de Gaulle.
A plusieurs reprises, j'ai essayé de "Tourner la page", à chaque fois des faits, ou, des évènements m'ont fait réagir. La meilleure réponse, c'est de raconter simplement mon vécu et celui de mes parents en Algérie.
La tache est ardue, car, je n'ai aucune formation littéraire, parce qu'aussi les souvenirs s'estompent parfois pour n'être plus que des ombres floues et furtives, sans exactitudes de temps, ni certitudes historiques.  

                Avec le temps qui passe tout s’en va, tout s’efface. 


La mémoire est comme un jardin, plus on l’entretien, meilleure sera la récolte.  

Email : claude.garcia-pap@wanadoo.fr 

claude.garcia-pap@wanadoo.fr

 
 
       
le port de pêche d'ORAN                   la Gare d' ORAN

MON QUARTIER VICTOR HUGO

L’expansion de la ville d’ORAN repoussa sans cesse les classes les plus modestes ,la moins fortunés,les déshérités,vers la périphérie : ST Antoine, Lamure, Medioni, puis, Delmonte, Bastié et Victor Hugo (parcours de ma famille).
Beaucoup de gens furent laissés sur le bord de la route, il suffisait que survienne un décès,(guerre) une maladie (la peste A. Camus) pour que la chute de familles entières s’accélèrent.


Je ne célébrerais pas les puissants, les riches, mais une fois n’est pas coutume les humbles les pauvres, les oubliés de l’histoire sans lesquels l’histoire ne serait pas complète.  

J’ai vécu toute mon enfance dans ce quartier de l’extrême banlieue d’ORAN.
Sa population était constituée essentiellement d’ouvriers d’origine espagnole et quelques rares métropolitains employés par le dépôt de la  C F A qui fût baptisé après 1958 SNCFA.

Une tribu de Gitans vivait à la cantera (ancienne carrière).

Nous avions de très bonnes relations de voisinages et même d’amitiés avec les musulmans citadins.

Lorsque nos parents ou nous mêmes parlions d’eux, c’était sans aucune distinction, Monsieur Benamou le cordonnier, ou Ben abbou le cycliste, Mohamed le maçon, Ali le marocain espagnol, afin, de le distinguer des autres Ali ou Mohamed, puis Ben Krouf mon ami d’enfance, cela, avec la même considération que nous avions pour désigner, « José el valenciano, ou Miguel le réfugié espagnol ».  

Après la guerre,s’ajouta un afflux de population venus du BLED que les autorités désignait sous l’appellation de « indigènes, ou autochtones », ceux-ci vivaient dans un immense « bidonville » qui s’étendait de la « cantera » jusqu’au « petit lac », ils étaient placés sous la férule d’un notable nommé par le pouvoir colonial, appelé « le CAID », celui-ci avait sous ses ordres « les chaouches » sorte de police indigènes.

Le CAID était un personnage musulman coiffé d'un grand chèche rouge ,à chacun de ses déplacements il était précédés par des chaouchs qui écartaient durement la foule parfois à l’aide de petits fouets ou triques souples, c’était le maître absolu, dur et impitoyable à l’égard de ses coré légionnaires,.

Beaucoup de ces indigènes ignorants n’avaient même pas d’identité ni de date précise de naissance, lors du recensement on les appela par exemple : Ali ben Ali (Ali fils d’Ali), Mohamed ben Mohamed (Mohamed fils de Mohamed) etc,  ils étaient nés approximativement en ? ?c’était souvent l’année, où, il y avait eu un événement exceptionnel, (invasion de sauterelles, un ou deux ans avant ceci, après cela,) d’autres étaient appelés par des initiales SNP pour « Sans Nom Patronymique ».  


La polygamie et une démographie galopante accentuaient encore plus la misère, la pauvreté.      
Leur ignorance les rendaient plus soumis et dociles, fatalistes, ils s’en remettaient à dieu 
« inch allah ». 
 


C’est en fréquentant à l’école les enfants de ce bidonville que j’ai compris la différence qu’il y avait entre « la pauvreté » et « la misère ».
 
La pauvreté nous permettait de manger à la récré « du pain imbibé d’huile et saupoudré de sel, ».
La misère signifiait regarder avec envie ceux qui avaient la chance de pouvoir manger ce pain huile et sel.
Dans mon quartier, la pauvreté, la misère, ne pouvaient s'offrir le luxe du racisme.
  

 Nous avions une économie de survie qui s'adaptait à toutes les circonstances, ainsi, qu'aux difficultés de la vie.

 

                   retour page d'accueil                   voir page suivante les gens de mon quartier