Une usine moderne en déclin

Noisiel est le fruit de la volonté patronale d'industriels paternalistes.
De ce fait, comme pour les autres cités sociales, telle que l'usine Schneider au Creusot, la cité ouvrière a pour mission d'encadrer et de fixer la main-d'oeuvre autour d'une unité de production.
Le succès de la famille Menier provient en grande partie de l'engouement de ses dirigeants envers les sciences et les techniques avant-gardistes combinant intelligemment le progrès technique avec le progrès social
L'idée motrice des Menier est de faire de de Noisiel un site qui serait une vitrine de leur pensée progressiste.
Cet objectif sera atteint à la veille de la première guerre mondiale où la chocolaterie de Noisiel connaît son apogée.

Malheusement, le conflit de 1914-1918 marque la fin de cette apogée et le début des difficultés pour l'empire Menier.
La production s'infléchit constamment depuis le déclenchement de la guerre jusqu'en 1918.
La baisse de la production est consécutive à différents facteurs mis en place avec la situation de guerre dont la France est victime.
Le chocolat n'est pas l'aliment de première nécessité pour les civils, alors que ceux-ci vivent une période de restrictions alimentaires.
De plus, l'usine souffre du manque de main-d'oeuvre.
Ce manque est généré par le conflit puisque sont mobilisés les hommes nés entre 1868 et 1899, soient un total de 8 millions de français.
Dès lors, l'industriel utilise massivement le personnel féminin à sa disposition afin de compenser le manque de main-d'oeuvre existant au sein de son unité de production.
Mais, selon l'analyse a posteriori de Gaston Menier, la principale raison de la baisse de production tient surtout à une concurrence farouche issue de la guerre.

Mais le recrutement durant le conflit s'inscrit dans une tendance amorcée dès le début du XXe, visant le développement de nouveaux ateliers nécessaires à la diversification de la marque.
De nouveaux produits tels que les confiseries et le chocolat instantané en poudre contenu dans les cartouches, nécessitent du personnel supplémentaire.

La menace de l'avancée allemande en Septembre 1914

L'armée allemande, commandée par le Général Von Moltke, décide d'appliquer le plan élaboré entre 1891 et 1906 par le général Comte Von Schlieffen.
Ce plan qui est pourtant connu de l'État Major français, prévoit l'encerclement et la capitulation des armées françaises en six semaines afin de se retourner contre la Russie, l'alliée de la France, dont la mobilisation serait plus longue, évitant la confrontation sur deux fronts.
Le général Von Schlieffen envahit la Belgique et précipite l'Angleterre, qui restait jusque là indécise, en guerre aux côtés de la France et de la Russie.
Originellement, l'armée de Von Moltke devait encercler la capitale française mais la mobilisation de l'armée russe est plus rapide que prévue.
La première armée de Von Moltke envahit tout de même le Nord-est de la Seine et Marne, menaçant par la même occasion Noisiel.

La réaction des Noiséliens

La présence de l'armée allemande aussi près de Noisiel créé une stupeur et une inquiétude importante ; poutant il n'est fait aucune allusion à quelque mouvement de panique de la part de la population.
Une telle réaction est étonnante lorsque l'on sait que des villages de Seine et Marne ont massivement fuit devant l'armée allemande.
L'explication vient peut-être du particularisme et du passé de Noisiel.
Cette commune a déjà supporté l'occupation allemande en 1870 et bénéficie, par ailleurs, d'un prestige trés important en France et à l'étranger par l'intermédiaire de la chocolaterie Menier.
Gaston Menier est également un homme politique reconnu, il n'est donc pas impossible que la population envisage un traitement de faveur en cas de défaite.

Après la bataille de la Marne,

Noisiel ne semble plus du tout inquiété par les combats et la perspective d'occupation par les armées allemandes.
Le front recule et se stabilise à une centaine de kilomètres.
Pourtant la tranquillité des Noiséliens ne dure pas : en 1918 les États-Unis entrent en guerre aux côtés des alliés obligeant les allemands à abréger le conflit.

Mémorial américain

La pression allemande est importante et l'on entend gronder le canon au loin dans la campagne Seine et Marnaise.
Les alertes aériennes sont fréquentes, selon Louis Logre la ville a subi 52 alertes.
Cela s'explique par le fait que Noisiel se trouve sur la route de Paris et que les communications ferroviaires passent non loin de là, sur les communes de Chelles et de Vaire sur Marne.

La présence de troupe à Noisiel

Le témoignage de Gaston Menier confirme la présence de soldats alliés sur le sol de la commune au début du mois de septembre 1914 alors que l'armée allemande n'est distante que d'une quinzaine de kilomètres.

La présence de soldats alliés est confirmée par l'étude des comptes de la commune pour l'année 1918.
Le passage à Noisiel du 359e Régiment d'Infanterie de Briançon est quant à lui confirmé le 6 Novembre 1917, il sera déployé également sur les communes de Gournay et de Champs sur Marne.(*)

La présence militaire ne peut être démontrée que de manière passagère, Noisiel ne fut qu'une étape sur le chemin des zones de combats.

(*) Source : Historique du 359e Régiment d'Infanterie Librairie Chapelot – Nancy

L'hôpital militaire N°8

La situation géogaphique de la commune de Noisiel (arrière-front assez loin des combats) est idéale pour établir un hôpital de campagne.
Cet établissement est le fruit de la volonté de Gaston Menier poursuivant son idéal paternaliste.
L'hôpital représente une partie non négligeable de l'implication de la ville dans le conflit, au même titre que la participation à l'effort de guerre par la chocolaterie Menier qui fournit l'armée française en produits alimentaires.

La chocolaterie Menier, fournisseur de l'armée française en campagne

Depuis l'instruction du 4 février 1914 et la modification du 2 avril 1914 sur l'alimentation en campagne des armées, le chocolat est introduit dans la composition des vivres de réserve des soldats.
Dès lors, chaque soldat en campagne a droit à une ration journalière de chocolat de 125 grammes.
Au travers d'une note du ministre de l'agriculture et du ravitaillement, les services d'intendance de l'armée délèguent une grande partie de leur travail de ravitaillement aux commandants des régions.
Afin de ne pas être débordés par les commandes et permettre un ravitaillement rapide et efficace, ceux-ci passent contrats avec les entreprises locales.
Le personnel civil participant à ces marchés de guerre sont devenus tellement indispensables que le ministre du ravitaillement songe à les décorer.
Alors que l'entreprise Menier est encore la plus importante en France juste avant le déclenchement de la guerre, celle-ci se trouve renforcée sur le marché français du fait du même conflit.
Ce n'est qu'au milieu de 1917 que la production baisse à cause de la hausse du prix du sucre et du cacao dont la valeur augmente de 100% en l'espace de six mois.
La chocolaterie Menier n'échappe pas à cette baisse pour 2 raisons majeures : l'intensification de la guerre sous-marine en Atlantique (Menier
importe son cacao de ses plantations du Nicaragua) et le rationnement.
Toutefois l'entreprise ne subit que très peu les restrictions de sucre étant donné que Gaston Menier se fournit en sucre par l'intermédiaire de ses terrains lui appartenant et produisant des betteraves à sucre au sein même de la Seine et Marne.
Malgré cela, les usines du secteur chocolatier ne conservent leur activité que grâce aux commandes passée par l'État car les armées doivent être approvisionnées largement.
L'industrie du chocolat ne livre plus que 1/5 de sa production à la clientèle civile en 1918.

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Extraits de la soutenance
THOMASSET Sébastien
Maîtrise d'Histoire sous la direction
de Fabienne Bock
 vivres de réserve des soldats

 

 

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