10 juin 1999
L.O. goodbye
Aujourd'hui, plein d'enthousiasme et de bonne volonté,
je me suis rendu pour la première fois à
un meeting politique. La perspective des futures élections
et le constat que je n'ai pas fait grand chose, ces derniers temps, pour
être un citoyen modèle, m'ont convaincu d'aller écouter
un peu de politique. Mon choix se porta sur la très populaire Arlette
Laguillier et son camarade Alain Krivine, pour l'alliance
Lutte
Ouvrière - Ligue
Communiste Révolutionnaire. Je ne vous donnerai pas mon opinion
quant à l'idéologie LO-LCR, et là n'est pas la question.
Pour ceux d'entre vous qui n'ont jamais vu de meeting
politique, sachez que c'est globalement assez inutile. En effet, ceux qui
y vont, s'ils sont venus, c'est tout vu, ils sont convaincus. Ce qui nous
donne : en bas, une foule de convaincus, en haut, quelques hommes pas très
convaincants. Entre les deux : un discours calculé au cordon pour
faire applaudir la salle à quelques moments choisis, le plus démago
remportant, évidemment, la meilleure note à l'applaudimètre.
Et les meetings LO-LCR sont un modèle d'organisation.
D'abord, c'est Krivine qui parle. Il fait une brillante analyse sociale et
économique du pays, met le doigt sur des problèmes, soumet
des idées. Le succès est mitigé, car tout le monde s'en
fout.
Ensuite vient Arlette.
Pendant 15 minutes, elle ressort le même discours qu'il y a
10, 15 ou 20 ans. Aucun commentaire, ou presque, sur la situation à
l'extérieur du parti, pas de marque d'ouverture. En plus, comme
c'était l'avant-dernier des 62 (!, chiffre authentique) meetings de
sa campagne, elle bredouillait sans cesse et devait boire une gorgée
d'eau entre chaque phrase. J'en étais presque gêné pour
elle.
Pourtant, chacune de ses phrases était ponctuée
d'une salve d'applaudissements. Ce fut un triomphe. A croire que le public
n'était venu que pour entendre ce qu'il savait déjà.
Le contraste entre le discours talentueux de Krivine, accueilli avec des
applaudissements parcimonieux, et les cris de joie déclenchés
par les discours qu'Arlette a ressorti de son tiroir, était frappant.
Certes, cela montre que les gens ont réellement envie de ne pas entrer
dans le système libéral que l'on nous prépare, mais
n'est-il pas étonnant qu'aucune modification de son discours n'ait
jamais été faite ?
Surtout, le sujet pour lequel j'étais venu est
resté lettre morte. Car ce qui m'énerve et m'inquiète
le plus dans cette campagne, ce sont les révélations qui ont
récemment été faites au sujet de Lutte Ouvrière.
Pour résumer, disons qu'une enquête de François Koch
(«La vraie nature d'Arlette») a démontré
qu'Arlette Laguiller n'était pas réellement à la tête
du parti. Le vrai patron, celui dont on n'entend jamais parler mais qui dirige
chacun des faits et gestes d'Arlette, en serait un certain
"Hardy", Robert Barcia de son vrai nom, qui
occuperait un poste important... au sein de la très [très
très] capitaliste industrie pharmaceutique.
Or, de cette polémique, qui a pourtant marqué les derniers
mois de campagne de Lutte Ouvrière, personne n'en a dit un mot. Ni
les militants, ni Arlette n'ont tenté de se défendre. Juste,
tasser l'affaire. C'en est presque inquiétant.
Et pourtant, dimanche, il va falloir voter.
Faites votre choix, rien ne va plus ! |