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ACTUALITE AU 9/2/2010
COMMUNIQUE DE LA
SECRETAIRERIE D'ETAT DU VATICAN
Communiqué de la Secrétairerie d'Etat
rendu public ce mardi, 9 février en fin de matinée:
"Depuis le 23 janvier se multiplient, surtout dans de nombreux
médias italiens, les nouvelles et reconstitutions concernant
les évènements liés à la démission
du Directeur du quotidien catholique italien "Avvenire",
avec l'intention évidente de montrer l'implication, dans
cette affaire, du directeur de "L'Osservatore Romano",
arrivant même à insinuer la responsabilité
du Cardinal Secrétaire d'Etat.
Ces nouvelles et reconstitutions n'ont aucun fondement.
En particulier, il est faux que les responsables de la Gendarmerie
vaticane ou le directeur de "L'Osservatore Romano"
ont transmis des documents qui sont à la base de la démission,
le 3 septembre dernier, du Directeur d' "Avvenire";
il est faux que le directeur de "L'Osservatore Romano"
a donné - ou même transmis ou confirmé de
quelque manière que ce soit - des informations sur ces
documents, et il est faux qu'il a écrit sous un pseudonyme
ou inspiré des articles dans d'autres journaux.
"Il apparaît clair, par la multiplication des argumentations
et des hypothèses les plus incroyables - reprises par
les médias avec une consonance vraiment singulière
- que tout est basé sur des convictions non fondées,
dans l'intention d'attribuer au Directeur de "L'Osservatore
Romano", de façon gratuite et calomnieuse, une action
sans motif, irraisonnable, et mauvaise. Ce qui donne lieu
à une campagne diffamatoire contre le Saint-Siège,
qui implique le Souverain Pontife lui-même.
Le Saint-Père Benoît XVI, qui a toujours été
informé, déplore ces attaques injustes et injurieuses,
renouvelle sa totale confiance à ses collaborateurs, et
prie pour que ceux qui ont vraiment à coeur le bien de
l'Eglise agissent par tous les moyens pour que triomphent la
vérité et la justice."
CHOPIN N'A PAS
SA PLACE DANS LA CATHEDRALE
On ne jouera pas Chopin à la cathédrale
Saint-Corentin de Quimper.
Dans le cadre du Festival Chopin, il était prévu
de donner un concert de piano à la cathédrale de
Quimper le 6 mars prochain.
Mgr
Le Vert vient de s'y opposer, rappelant que si Frédéric
Chopin est incontestablement un artiste dont les oeuvres sont
admirables, il n'en demeure pas moins vrai qu'une église
est d'abord un lieu
de prière et de louange divine, et non une salle de
concert.
Une prise de position courageuse qui mériterait d'être
partout suivie dans le but de rappeler le caractère sacré
des sanctuaires catholiques.
CONFERENCE SUR
LE CHANT GREGORIEN
Brève présentation du "chant propre
de la liturgie romaine"
1. Introduction.
Le chant grégorien n'a pas été
conçu comme un chant que l'on "chante durant les
célébrations liturgiques": il est la liturgie
"en état" de chant; il est la liturgie chantée
pour être comme dilatée et amplifiée.
Le grégorien constitue donc un corpus complet, cohérent,
englobant tout le déroulement de la liturgie et concernant
tous les acteurs de la liturgie, s'adaptant à toutes les
périodes liturgiques, à toutes les fêtes
de l'année liturgique: c'est un monde dans lequel il faut
faire l'effort d'entrer car il permet de goûter à
une dimension supérieure de l'action liturgique, de la
prière de l'Eglise.
Le grégorien est un chant monodique dont le principe est
de mettre en relief le texte sur lequel il est construit, dont
il est issu, pourrait-on dire.
Pour découvrir le grégorien, la liturgie eucharistique
peut parfaitement servir de fil conducteur. On y trouve, en effet,
les principales formes prises par le chant grégorien selon
qu'il est pris en charge par le prêtre, par l'assemblée,
par la chorale, une schola expérimentée ou même
un soliste. Il s'agit toujours du même type de chant, mais
sous des formes plus ou moins élaborées, plus ou
moins difficiles à interpréter, prévues
tantôt pour être chantées par tout le monde,
tantôt pour être écoutées et savourées
dans la méditation.
Cette unité du style de chant à travers toute la
célébration est un facteur d'unification de l'être:
l'action liturgique coule paisiblement soutenue, "animée"
- au vrai sens du terme - par la prière chantée.
Le chant grégorien favorise aussi une économie
de moyens qui permet de se centrer sur l'essentiel: il n'utilise
que les textes officiels de la liturgie pour l'ordinaire de la
messe (Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus Dei ) et pour
tout ce que chante le prêtre (dialogues avec les fidèles,
oraisons...). Et pour ce qui concerne le propre de la messe,
les textes utilisés sont dans leur immense majorité
tirés de l'Ecriture (Psaumes, Nouveau Testament) et assez
brefs (une ou deux phrases). La mémorisation est aisée
et, de ce fait, évite une trop grande dispersion de l'esprit.
Le répertoire pour un dimanche donné est fixé
une fois pour toutes, et revient donc tous les ans au même
moment (sauf quelques variantes pour s'adapter aux textes des
années A, B , C). Economie de moyens, là aussi:
pas besoin de réunion de préparation, il suffit
d'ouvrir le missel à la bonne page.
Cela facilite aussi la mémorisation - comme on l'a dit
-, pas tant matérielle d'ailleurs, que spirituelle: au
point que parfois on désigne un dimanche donné
par le premier mot de l'Introït du jour et que ce simple
mot éveille dans la mémoire et le coeur tout le
contenu spirituel de ce dimanche. Cela est particulièrement
vrai pour les grandes fêtes: Puer natus est, Resurrexit,
Gaudeamus... mais aussi pour des dimanches plus "ordinaires":
Ad te levavi, Quasi modo, Oculi, Gaudete, Laetare...
Mais passons au concret!
2. Le prêtre (en dialogue avec l'assemblée)
Les parties chantées par le prêtre sont
souvent assez simples sur le plan musical : celui-ci doit
en effet s'acquitter de sa tâche tout seul, en soliste,
et il n'est pas forcément musicien, n'a pas forcément
une belle voix ni une grande formation musicale (bien que
cette formation soit prévue dans les séminaires...).
Il doit donc pouvoir maîtriser sa partie sans trop de difficultés.
Mais simple ne veut pas dire indigent !
Regardons la partition de l'ouverture de la célébration:
In nomine Patris...
On distingue 4 lignes, une clé... peu de notes...
C'est une sorte de récitatif, un chant "syllabique"
(une syllabe par note). La réponse des fidèles
en découle le plus simplement du monde.
Il existe plusieurs versions de cette introduction à
la messe : simples, plus ou moins solennelles... Si le célébrant
à un véritable sens de la liturgie qui le porte
à choisir la bonne version, une oreille exercée
- ou simplement attentive - peut reconnaître dès
les premières notes de la célébration s'il
s'agit d'une messe de semaine ou de la messe d'une grande fête.
Sur une autre partition, on remarque, toujours pour le célébrant,
un chant un peu plus orné : c'est celui de la préface
et du dialogue qui précède. L'écriture musicale
devient un peu plus complexe... mais à peine! On distingue
des groupes de deux sons ("notes" n'est pas le terme
qui convient ici): le podatus (deux sons ascendants),
la clivis (deux sons descendants)...
La Préface est une des parties les plus exigeantes pour
le célébrant, car plus longue et nécessitant
de bien tenir le ton. Mais c'est aussi une des plus belles mélodies
du répertoire, dans toute sa "noble simplicité".
On la retrouve, un peu enrichie, dans le chant de l'Exsultet
de la nuit pascale.
Il est même possible au prêtre de chanter les Lectures (en
particulier l'Evangile) en latin. Cela se fait à Rome
mais dans nos paroisses la chose reste plutôt exceptionnelle.
Mais pourquoi ne pas essayer, par exemple lors d'une grande fête,
lorsque le texte de l'Evangile est très connu ? Quelle
solennité, quelle marque de respect envers la Parole reçue
de Dieu et que nous lui rendons sous forme de louange!
Dans le chant des Lectures, seules les coupures de phrases sont
ornées, de façon différente selon qu'il
s'agit d'un point, d'une virgule, d'un point d'interrogation
ou d'exclamation.
2. L'assemblée (en dialogue avec la chorale)
L'assemblée répond au prêtre,
comme nous venons de le voir. Mais elle est ausi en charge de
ce qu'on appelle le "Kyriale", l' "Ordinaire de
la messe". Le plus souvent les pièces de l' "Ordinaire"
sont destinées à être chantées en
alternance chorale / assemblée ou chantre / assemblée.
Le chant est un peu plus élaboré, mais l'assemblée
dispose du soutien, de l'effet d'exemple et d'entraînement
de la chorale, et souvent aussi de l'orgue. Et n'oublions jamais
que ces mélodies de l' "Ordinaire" sont, contrairement
à ce que l'on croit ou à ce qui est parfois dit,
des pièces populaires au sens où elles ont été
retenues par coeur et transmises par les peuples, en des temps
où les partitions n'existaient pas ou étaient très
rares. Ces pièces-là, nous les devons au peuple,
à nos pères dans la foi! (Ecouter
ici le Credo III)
Les livres de chant actuels contiennent de nombreuses propositions
pour le Kyriale : des messes complètes numérotées
de I à XVIII, d'autres en pièces "détachées"
(ad libitum... au choix.) Certaines sont liées
traditionnellement à un temps liturgique particulier :
Kyriale I pour le Temps Pascal, XVII pour le Carême et
l'Avent, IX pour les Fêtes de la Vierge ou les solennités,
IV pour les fêtes des Apôtres... etc.
Si nous regardons, par exemple, la partition de l' "ordinaire
XI" habituellement chanté les dimanches per annum
(du temps ordinaire), nous voyons que l'écriture musicale
est plus complexe: le texte théoriquement connu par coeur
- car il ne change pas d'une messe à l'autre - est parfois
orné de longues phrases mélodiques chantées
sur une seule syllabe. Ce sont des "mélismes".
D'autres "Ordinaires" sont des compositions plus savantes,
réservées à des chorales plus expérimentées:
il est plus difficile de les faire chanter par une assemblée.
Remarquons qu'une pratique régulière peut mener
une paroisse à maîtriser facilement trois, voire
cinq Kyriale complets : I, IV, XI, IX, XVII. Excellent moyen
pour faire entrer les fidèles dans le rythme de l'année
liturgique !
3. La chorale (la schola)
Elle a pour rôle de donner une dimension particulière
à la prière liturgique et de structurer le chant
de l'assemblée. Selon ses possibilités, elle est
en charge du "Propre" de la messe (c'est-à-dire
des pièces qui sont spécifiques à chaque
jour de l'année liturgique), laissant éventuellement
à un noyau plus expérimenté ( les solistes)
les parties les plus difficiles.
Une partition nous permet de voir immédiatement que l'écriture
musicale est encore plus complexe...
Deux chant du "Propre" accompagnent un mouvement,
une procession : ce sont les pièces les plus abordables,
formées d'une antienne (refrain) et de versets chantés
par un soliste (versets de psaumes).
L'introït (ou chant d'entrée) : il accompagne
la procession d'entrée du célébrant et des
ministres. Il fait entrer les fidèles dans le mystère
célébré, parfois de façon très
descriptive (Puer natus est nobis à Noël),
parfois de façon plus évocatrice (Esto mihi
in Deum protectorem pour le carême). L'unité
des voix, à travers la monodie, amorce l'union spirituelle
des fidèles qui va s'approfondir progressivement au fil
de la célébration. (Ecouter
ici l'introït de la messe de minuit)
Le chant de Communion : généralement assez bref,
il est souvent en relation avec le chant d'entrée ou avec
l'Evangile du jour. Si l'assemblée est nombreuse et que
la distribution de la communion dure un peu, on peut chanter
plusieurs fois l'antienne en alternance avec un verset de psaume :
la reprise de l'antienne favorise incontestablement la méditation...
et il n'est pas rare d'entendre les fidèles de la nef
reprendre tout doucement ce refrain après la 2ème
ou la 3ème reprise. Preuve que le grégorien est
simple et "populaire"... (Ecouter
ici le chant de communion de la messe du jour de Noël)
Un troisième chant, le "chant d'Offertoire",
est souvent remplacé par une pièce d'orgue. On
l'a souvent comparé à une "offrande musicale"
- pour reprendre un titre de J.S. Bach - qui vise à conduire
à s'unir silencieusement aux prières du célébrant
offrant le pain et le vin qui deviendront le Corps et le Sang
du Christ.
Viennent ensuite deux pièces plus difficiles, situées
entre les lectures.
- l'Alleluia, avant l'Evangile : le mot "Alleluia"
est repris sur une mélodie ornée pour encadrer
un verset. Il s'agit d'un chant jubilatoire : les mélismes
deviennent l'expression d'une joie intérieure qui se déploie
et rayonne.
- le Graduel entre les deux premières lectures :
on atteint ici le sommet de la difficulté, mais c'est
une pièce de pure méditation qu'on laisse aux bons
soins de la schola.
4. Conclusion
On peut remarquer le rôle à la fois spécifique
et "double" de chaque acteur : chacun fait ce
qu'il a à faire, tout ce qu'il a à faire et rien
que ce qu'il a à faire. Exactement comme le Concile demande
que la liturgie soit structurée.
- le prêtre : seul ou en dialogue avec l'assemblée;
- l'assemblée : en dialogue avec le prêtre
ou avec la chorale;
- la chorale : entraîne l'assemblée et chante
le "Propre";
- la schola : dialogue avec la chorale ou avec un soliste
;
Le chant grégorien conduit à une unité de
style dans la célébration, à un enchaînement
naturel du déroulement des actions liturgiques. Nul besoin
de commentaires, d'injonctions, de direction de l'assemblée...
Tout concourt à favoriser une liturgie vraiment "théocentrique"
permettant de se concentrer sur l'essentiel : ce qui se
passe à l'autel, dans la contemplation et la disponibilité
du coeur.
QUESTIONS A MGR
DUBOST (CLIQUER
ICI)
Comment un évêque peut-il être
reconnu comme le "gardien et le promoteur" de la liturgie
de l'Eglise quand il organise des célébrations
eucharistiques qui sont en contradiction avec cette même
liturgie?
Comment les fidèles peuvent-ils avoir une confiance (raisonnée
et non pas aveugle) en leur évêque quand ils constatent
que ce dernier organise des célébrations qui sont
à l'opposé de la liturgie que le pape Benoît
XVI nous invite de redécouvrir?
Si l'on respecte l'adage "lex orandi, lex credendi",
comment un évêque peut-il justifier sur le plan
théologique des liturgies qui ne tiennent pas compte de
la foi de l'Eglise?
Bref, à Evry, Monseigneur Dubost semble totalement ignorer
qu' "on reconnaît la véritable liturgie à
ce qu'elle est cosmique et non fonction du groupe qui célèbre"
(cf. Cardinal Ratzinger, Un chant pour le Seigneur).
La pastorale liturgique mise en oeuvre par Mgr Dubost nous invite
donc à relire les propos éclairants de Mgr. Jean-Louis
Bruguès, op, secrétaire de la Congrégation
pour l'Éducation catholique: " Ma génération
[celle de 1968, qui a donc environ 60 à 70 ans aujourd'hui]
a identifié l'ouverture au monde à une conversion
à la sécularisation, pour laquelle elle a éprouvé
une certaine fascination. Les plus jeunes, au contraire, sont
nés dans la sécularisation, c'est leur environnement
naturel, ils l'ont assimilée avec le lait de la nourrice :
mais ils cherchent surtout à prendre leurs distances vis-à-vis
d'elle et ils revendiquent leur identité et leurs différences.
Il existe désormais dans les églises européennes,
et peut-être aussi dans l'église américaine,
une ligne de partage, et parfois de fracture, entre un courant
de 'composition' et un courant de 'contestation' [avec le monde].
Le premier nous conduit à penser qu'il y a, dans la sécularisation,
des valeurs à forte matrice chrétienne comme l'égalité,
la solidarité, la responsabilité et qu'il doit
être possible de trouver un accord avec ce courant et de
définir des domaines de coopération.
Le second courant, au contraire, invite à prendre ses
distances. Il considère que les différences ou
les oppositions, surtout dans le domaine de l'éthique,
vont devenir de plus en plus marquées. Il propose donc
un modèle alternatif par rapport au modèle dominant
et accepte de tenir le rôle de minorité contestatrice.
Le premier courant a été prédominant pendant
l'après-concile ; il a fourni la matrice idéologique
des interprétations de Vatican II qui se sont imposées
à la fin des années 60 et pendant la décennie
suivante.
Cela s'est inversé à partir des années 80,
surtout - mais pas exclusivement - sous l'influence de Jean-Paul
II. Le courant de 'composition' a vieilli mais ses adeptes détiennent
encore des positions clés dans l'Église. Le courant
du modèle alternatif s'est considérablement renforcé
mais il n'est pas encore devenu dominant. C'est ainsi que s'expliquent
les tensions actuelles dans beaucoup d'églises de notre
continent (...)".
On lit bien: "le courant de 'composition' a vieillit mais
ses adeptes dériennent encore des positions clés
dans l'Eglise. Tout est dit...
QUELQUES PRECISIONS
UTILES...
Réponse aux internautes qui "critiquent
les critiques" faites par Pro Liturgia au sujet de certaines
messes restransmises par la télévision le dimanche
matin. Précision préalable: nous nous sommes tellement
habitués, en France, à avoir des messes paroissiales
médiocres que notre jugement sur la liturgie est bien
souvent altéré et que nous en venons à considérer
consider comme exemplaires des célébrations qui
ne sont en réalité qu'acceptables.
Voici donc, pour y voir plus clair, quelques éléments
de reflexion tirés de l'Exhortation post-synodale Sacramentum
Caritatis de Benoît XVI (nous avons souligné
quelques passages qui nous semblent importants dans la situation
actuelle):
- En raison du développement formidable des
moyens de communication, au cours des dernières décennies,
le mot "participation" a acquis une signification plus
ample que dans le passé. Nous reconnaissons tous avec
satisfaction que ces instruments offrent aussi de nouvelles possibilités
pour la célébration eucharistique. Cela requiert
des agents pastoraux de ce secteur une préparation spécifique
et un vif sens de la responsabilité. En effet, la Messe
transmise à la télévision prend inévitablement
un certain caractère d'exemplarité. On doit donc
être particulièrement attentif à ce que la
célébration, non seulement se déroule dans
des lieux dignes et bien préparés, mais respecte
les normes liturgiques.
- L'Eucharistie est l'unité des fidèles
dans la communion ecclésiale. L'Eucharistie se montre
ainsi à la racine de l'Église comme mystère
de communion.
- Le ministre ordonné agit aussi au nom de
toute l'Eglise lorsqu'il présente à Dieu la prière
de l'Eglise et surtout lorsqu'il offre le sacrifice eucharistique.
Il est donc nécessaire que les prêtres aient conscience
que, dans tout leur ministère, ils ne doivent jamais se
mettre au premier plan, eux-mêmes ou leurs opinions, mais
Jésus Christ. Toute tentative de se poser soi-même
comme protagoniste de l'action liturgique contredit l'identité
sacerdotale. Le prêtre est plus que jamais serviteur et
il doit s'engager continuellement à être le signe
qui, en tant qu'instrument docile entre les mains du Christ,
renvoie à Lui. Cela se traduit particulièrement
dans l'humilité avec laquelle le prêtre guide l'action
liturgique, dans l'obéissance au rite, en y adhérant
de coeur et d'esprit, en évitant tout ce qui pourrait
donner l'impression d'une initiative propre inopportune.
- Il est nécessaire de vivre l'Eucharistie
comme mystère de la foi authentiquement célébré,
dans la conscience claire que l' intellectus fidei est
toujours originellement en rapport avec l'action liturgique de
l'Église.
- La relation entre mystère auquel on croit
et mystère que l'on célèbre se manifeste
d'une façon particulière dans la valeur théologique
et liturgique de la beauté. (...) La beauté de
la liturgie fait partie de ce mystère; elle est expression
très haute de la gloire de Dieu et elle constitue, en
un sens, le Ciel qui vient sur la terre. (...) Tout cela doit
nous rendre conscients de l'attention que nous devons avoir afin
que l'action liturgique resplendisse selon sa nature propre.
- Puisque la liturgie eucharistique est essentiellement
actio Dei dont nous sommes participants en Jésus par
l'Esprit, son fondement n'est pas à la disposition de
notre arbitraire et il ne peut subir la pression des modes du
moment.
- L'ars celebrandi est la meilleure condition
pour une actuosa participatio. L'ars celebrandi découle
de l'obéissance fidèle aux normes liturgiques dans
leur totalité, puisque c'est justement cette façon
de célébrer qui a assuré, depuis 2000 ans,
la vie de foi de tous les croyants. (...) En soulignant l'importance
de l'ars celebrandi, on met par conséquent en lumière
la valeur des normes liturgiques. L'ars celebrandi doit
favoriser le sens du sacré et l'utilisation des formes
extérieures qui éduquent à un tel sens,
comme par exemple l'harmonie du rite, des vêtements liturgiques,
de l'ameublement et du lieu sacré. Là où
les prêtres et les responsables de la pastorale liturgique
s'emploient à faire connaître les livres liturgiques
et les normes liturgiques en vigueur, mettant en évidence
les grandes richesses de la Présentation générale
du Missel romain et de la Présentation des Lectures de
la Messe, la célébration eucharistique en tire
profit. Dans les communautés ecclésiales, on croit
peut-être déjà les connaître et pouvoir
porter un jugement éclairé sur elles mais, souvent,
il n'en est pas ainsi.
- Pour un ars celebrandi correct, il est tout
aussi important d'être attentif à toutes les formes
de langage prévues par la liturgie: parole et chant, gestes
et silences, mouvements du corps, couleurs liturgiques des vêtements.
(...) La simplicité des gestes et la sobriété
des signes, effectués dans l'ordre et dans les moments
prévus, communiquent et impliquent plus que le caractère
artificiel d'ajouts inopportuns.
- Un aspect important de l'art sacré est certainement
l'architecture des églises, dans lesquelles doit ressortir
l'unité entre les éléments constitutifs
du choeur: autel, crucifix, tabernacle, ambon, siège.
A ce propos, on doit garder présent à l'esprit
que l'architecture sacrée a pour but d'offrir à
l'Église qui célèbre les mystères
de la foi, en particulier l'Eucharistie, l'espace le plus adapté
au déroulement approprié de son action liturgique.
- Dans l'ars celebrandi, le chant liturgique
occupe une place importante. (...) Dans la liturgie nous ne pouvons
pas dire qu'un cantique équivaut à un autre. À
ce sujet, il convient d'éviter (...) l'introduction de
genres musicaux qui ne sont pas respectueux du sens de la liturgie.
En tant qu'élément liturgique, le chant doit s'intégrer
dans la forme propre de la célébration. Par conséquent,
tout dans le texte, dans la mélodie, dans l'exécution
doit correspondre au sens du mystère célébré,
aux différents moments du rite et aux temps liturgiques.
Enfin, tout en tenant compte des diverses orientations et des
diverses traditions très louables, je désire que
(...) le chant grégorien, en tant que chant propre de
la liturgie romaine, soit valorisé de manière appropriée.
- L'Eucharistie est par nature Sacrement de la paix.
Cette dimension du Mystère eucharistique trouve dans la
célébration liturgique une expression spécifique
par le rite de l'échange de la paix. (...) Il a paru toutefois
opportun de modérer ce geste, qui peut prendre des expressions
excessives, suscitant un peu de confusion dans l'assemblée
juste avant la Communion. Il est bon de rappeler que la sobriété
nécessaire pour maintenir un climat adapté à
la célébration, par exemple en limitant l'échange
de la paix avec la personne la plus proche, n'enlève rien
à la haute valeur du geste.
- Un autre moment de la célébration
auquel il est nécessaire de faire référence
concerne la distribution et la réception de la sainte
Communion. (...) Que toutes les communautés chrétiennes
s'en tiennent fidèlement aux normes en vigueur, voyant
en elles l'expression de la foi et de l'amour que tous doivent
avoir pour ce sublime Sacrement. De plus, que l'on n'omette pas
le temps précieux d'action de grâce après
la Communion: outre l'exécution d'un chant opportun, il
peut aussi être très utile de se recueillir en silence.
- Le Concile Vatican II avait opportunément
voulu un développement particulier de la participation
active, pleine et fructueuse du peuple de Dieu tout entier à
la célébration eucharistique. (...) Nous ne devons
pas cependant nous cacher qu'une certaine incompréhension,
précisément sur le sens de cette participation,
s'est parfois manifestée. (...) En réalité,
la participation active souhaitée par le Concile doit
être comprise en termes plus substantiels, à partir
d'une plus grande conscience du mystère qui est célébré
et de sa relation avec l'existence quotidienne.
- La beauté et l'harmonie de l'action liturgique
trouvent une expression significative dans l'ordre par lequel
chacun est appelé à participer de manière
active. Cela comporte la reconnaissance des différents
rôles hiérarchiques présents dans la célébration
elle-même. Il est utile de rappeler que la participation
active à la célébration ne coïncide
pas en soi avec l'accomplissement d'un ministère particulier.
- On ne peut attendre une participation active à
la liturgie eucharistique si l'on s'en approche de manière
superficielle, sans s'interroger auparavant sur sa propre vie.
Le recueillement et le silence, au moins quelques minutes avant
le début de la liturgie, le jeûne et, lorsque cela
est nécessaire, la Confession sacramentelle, favorisent,
par exemple, cette disposition intérieure.
- Pour mieux exprimer l'unité et l'universalité
de l'Eglise (...) il est bon que [des] célébrations
soient en langue latine; et donc que soient récitées
en latin les prières les plus connue de la tradition de
l'Église et éventuellement que soient exécutés
des pièces de chant grégorien. (...) On ne négligera
pas la possibilité d'éduquer les fidèles
eux-mêmes à la connaissance des prières les
plus communes en latin, ainsi qu'au chant en grégorien
de certaines parties de la liturgie.
- Une situation (...) est créée dans
certaines circonstances pastorales où (...) les célébrations
en petits groupes sont favorisées. (...) Les petits groupes
doivent servir à unifier la communauté [ecclésiale],
non à la fragmenter.
- Un signe convaincant que la catéchèse
eucharistique est efficace chez les fidèles est certainement
la croissance, en eux, du sens du mystère de Dieu présent
parmi nous. Cela peut être vérifié à
travers des manifestations spécifiques de respect envers
l'Eucharistie (...). Je pense, d'une manière générale,
à l'importance des gestes et des postures, comme le fait
de s'agenouiller pendant les moments centraux de la prière
eucharistique.
La forme eucharistique de l'existence chrétienne
est sans aucun doute une forme ecclésiale et communautaire.
À travers le diocèse et les paroisses, en tant
que structures de base de l'Église sur un territoire particulier,
tout fidèle peut faire une expérience concrète
de son appartenance au Corps du Christ. (...) Le phénomène
de la sécularisation, qui contient, et ce n'est pas un
hasard, des caractères fortement individualistes, produit
ses effets délétères surtout chez les personnes
qui s'isolent en raison d'un manque de sens de l'appartenance.
- Pour développer une spiritualité eucharistique
profonde (...) il est nécessaire que le peuple chrétien,
qui rend grâce par l'Eucharistie, ait conscience de le
faire au nom de la création tout entière, aspirant
ainsi à la sanctification du monde et travaillant intensément
à cette fin. L'Eucharistie elle-même éclaire
d'une lumière puissante l'histoire humaine et tout le
cosmos.
Conclusion: nous pensons que nos critiques sont justifiées
si elles permettent aux fidèles pratiquants de se rendre
compte que dans certaines paroisses, les normes liturgiques données
par l'Eglise demeurent bien souvent ignorées.
Mgr Dagens - peu suspect de "traditionalisme" - a lui-même
rappelé de façon fort juste que "ni les structures,
ni la liturgie de l'Eglise ne sauraient être calquées
sur des goûts particuliers. On ne se fait pas son Église
"à la carte", que la carte soit culturelle ou
politique."
ROME - ECÔNE
Alors que se poursuivent - dans un climat apparamment
difficile - les discussions entre les représentants du
Siège apostolique et ceux de la Fraternité Saint-Pie
X, il paraît important de rappeler aux fidèles sur
quels points précis doivent porter les accords entre Rome
et les "Lefebvristes" et aussi quel est le statut actuel,
aux yeux de l'Eglise, des quatre évêques sacrés
par Mgr Lefebvre ainsi que de la Fraternité Saint-Pie
X. (Nous avons souligné certains passages du document
repris ci-dessous)
NOTE DE LA SECRÉTAIRERIE D'ÉTAT
RELATIVE AUX QUATRE ÉVÊQUES
DE LA FRATERNITÉ SAINT-PIE X
Suite aux réactions suscitées par le
récent Décret de la Congrégation pour les
Evêques, par lequel est levée l'excommunication
des quatre prélats de la Fraternité Saint-Pie X,
et en référence aux déclarations négationnistes
ou réductionnistes de la Shoah de la part de Mgr Williamson
de la susdite Fraternité, il a été jugé
opportun d'éclaircir quelques aspects de cette question.
1. Levée de l'excommunication
Comme cela a déjà été
publié auparavant, le Décret de la Congrégation
pour les Evêques, en date du 21 janvier 2009, a été
un acte par lequel le Saint-Père répondait avec
bienveillance aux requêtes réitérées
du Supérieur général de la Fraternité
Saint-Pie X.
Sa Sainteté a voulu ôter un obstacle qui compromettait
l'ouverture d'une porte au dialogue. Le Pape attend à
présent que les quatre Evêques fassent preuve d'une
même disponibilité en exprimant leur totale adhésion
à la doctrine et la discipline de l'Eglise.
La peine très grave de l'excommunication latae sententiae,
à laquelle s'étaient exposés ces évêques
le 30 juin 1988, déclarée ensuite formellement
le 1er juillet de la même année, était une
conséquence de leur ordination illégitime de la
part de Mgr Marcel Lefebvre.
La levée de l'excommunication a libéré les
quatre évêques d'une peine canonique très
grave, mais n'a rien changé à la situation juridique
de la Fraternité Saint-Pie X qui, à l'heure actuelle,
ne jouit d'aucune reconnaissance canonique de la part de l'Eglise
catholique. Les quatre évêques eux-mêmes,
bien que déliés de l'excommunication, n'ont pas
une fonction canonique dans l'Eglise et n'exercent pas un ministère
licite en son sein.
2. Tradition, doctrine et Concile Vatican II
La condition indispensable pour une future reconnaissance
de la Fraternité Saint-Pie X est la pleine reconnaissance
du Concile Vatican II et du Magistère des Papes Jean XXIII,
Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et de Benoît XVI lui-même.
Comme cela a déjà été affirmé
dans le Décret du 21 janvier 2009, le Saint-Siège
ne manquera pas, selon les modalités retenues opportunes,
d'approfondir avec les intéressés les questions
encore ouvertes, afin de pouvoir parvenir à une solution
pleine et satisfaisante des problèmes qui ont été
à l'origine de cette fracture douloureuse.
3. Déclarations sur la Shoah
Les positions de Mgr Williamson sur la Shoah sont
absolument inacceptables et fermement rejetées par le
Saint-Père, comme il l'a lui-même souligné
le 28 janvier dernier lorsque, en se référant à
cet effroyable génocide, il a répété
sa solidarité pleine et indiscutable avec nos Frères
destinataires de la Première Alliance, et il a affirmé
que la mémoire de ce terrible génocide doit inciter
"l'humanité à réfléchir sur
la puissance imprévisible du mal lorsqu'il conquiert le
coeur de l'homme", ajoutant que la Shoah demeure "pour
tous un avertissement contre l'oubli, contre la négation
ou le réductionnisme, car la violence contre un seul être
humain est une violence contre tous".
Pour être admis à des fonctions épiscopales
dans l'Eglise, Mgr Williamson devra également prendre,
de manière absolument sans équivoque et publique,
ses distances par rapport à ses positions relatives à
la Shoah, qui n'étaient pas connues du Saint-Père
au moment de la levée de l'excommunication.
Le Saint-Père demande l'accompagnement de la prière
de tous les fidèles, afin que le Seigneur éclaire
le chemin de l'Eglise. Que s'intensifie l'engagement des Pasteurs
et de tous les fidèles pour soutenir la délicate
et lourde mission du Successeur de l'Apôtre Pierre comme
"gardien de l'unité" de l'Eglise!
Du Vatican, le 4 février 2009.
AUX SOURCES DE
LA CRISE LITURGIQUE
Au XVIIème siècle, dans le monde anglican,
est apparu un groupe de fidèles qui fut qualifié
de "latitudinaire". Qu'étaient les "latitudinaires"?
C'était des Anglicans qui, tout en restant attachés
au mode épiscopal de gouvernement et aux formes liturgiques
de l'Anglicanisme traditionnel, estimaient qu'au fond, ces choses-là
n'étaient pas essentielles pour la foi.
Un siècle plus tard, on a appelé "latitudinaires"
ceux qui, bien qu'ayant la foi, étaient indifférents
aux symboles et aux formes exprimant cette foi. Autrement dit,
que la liturgie soit célébrée comme ça
ou autrement, ça n'avait pas grande importance, l'essentiel
étant de croire...
Le "latitudinaire" est lassé des querelles et
des controverses, et il en arrive à penser que la plupart
des questions qui divisent les chrétiens portent sur des
choses qui n'ont pas de réelle importance et qui ne sauraient
de toutes façons pas intéresser des gens cultivés.
Quelle importance qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas des cierges
sur l'autel? Quelle importance que le célébrant
respecte le missel à la lettre ou qu'il se permette quelques
digressions? Quelle importance que la croix soit sur l'autel
ou de côté, devant le célébrant ou
derrière lui? Est-ce que cela vaut vraiment la peine de
se quereller pour des histoires d'orientation de l'autel, d'aubes
à dentelles et de chasubles ou d'emploi du latin? Non,
bien sûr: tout cela doir rester très secondaire.
A ce stade, le croyant qui se veut cultivé et bien au-dessus
des querelles de chapelles, commence par se dire que c'est faire
preuve d'une étroitesse d'esprit peu en rapport avec l'enseignement
évangélique que de limiter les réflexions
et les débats touchant à la religion à ce
que pensent les différents groupes de fidèles.
Et peu à peu, il se dit que pour avoir la paix, mieux
vaut tenir compte de toutes les "sensibilités",
l'essentiel étant d'accepter l'idée de l'existence
de Dieu.
Et de "latitudinaire" qu'il était, le croyant
devient "déiste": il pourra se contenter de
célébrer un Dieu qui chante et qui fait danser
la vie... et accepter qu'ailleurs on chante le Credo de
l'Eglise. Il faut savoir se montrer "ouvert" à
tout...
Le "déiste" reconnaît l'existence de Dieu
- d' "un" Dieu -, mais il devient suspicieux dès
qu'on lui parle de Révélation, d'Eglise, de Magistère,
le liturgie, de rites... Si le "déiste" va encore
à la messe, le dimanche, c'est généralement
pour y retrouver la communauté locale des croyants constituée
autour du plus petit dénominateur commun en matière
de foi, mais non pour s'affirmer et se sentir en communion avec
toute l'Eglise. C'est cette position qui permet de comprendre
qu'à la messe dominicale, le "déiste"
acceptera plus facilement les fantaisies liturgique du célébrant
local qu'une liturgie célébrée vraiment
comme l'Eglise demande qu'elle soit célébrée.
Enfin, en constatant que personne n'est plus vraiment d'accord
sur des questions fondamentales de foi et sur la façon
de célébrer cette foi, le "déiste"
finira par se désintéresser des questions religieuses:
il versera peu à peu dans l'athéisme.
Le "latitudinarisme", que l'on retrouve sous différentes
formes nouvelles dans nos communautés paroissiales actuelles,
est moins un ensemble de convictions bien établies qu'une
mentalité. A l'origine du problème se trouve quelque
chose de difficile à diagnostiquer et, par conséquent,
d'impossible à éradiquer: une aimable piété,
une attitude d'ouverture sympathique à l'autre - y compris
à ses erreurs -, un sentiment d'autosatifaction permettant
de faire la leçon aux autres - à ceux qui sont
"intolérants" parce qu'il réclament une
authentique liturgie -, et aussi l'honnête conviction qu'après
tout, chacun peut se construire sa propre foi et que l'Eglise
doit vivre avec son temps.
Ce sont ces perpétuelles concessions faites à la
modernité, à l'esprit du temps, à la pseudo-science
comme parfois à l'ésotérisme, au bons sentiments
et aux idées dans le vent, qui alimentent ce qu'on a appelé
"la trahison des clercs", et qui mènent à
célébrer des liturgies aléatoires conduisant
à vider les églises de leurs fidèles.
Tout à l'opposé de l'esprit "latitudinariste",
on trouve l'enseignement de l'encyclique Caritas in Veritate
de Benoît XVI où il est rappelé que la charité
- dont se réclament les "latitudinaires" pour
se montrer ouverts à tout - y compris aux excentricités
liturgiques -, n'a pas de sens si elle est dissociée de
la vérité.
Il y a, dans l'Eglise et pour l'Eglise, une "vérité
liturgique": la liturgie est ce qu'elle doit être,
comme elle doit être et non comme tel ou tel veut qu'elle
soit ou aimerait qu'elle puisse être en vertu d'un goût
prononcé pour l' "ouverture aux autres" ou pour
un certain type de "pluralisme". Sans cette "vérité",
la liturgie perd son sens car elle devient "la proie des
émotions et de l'opinion contingente des êtres humains"
(cf CIV). Dans ce cas, on en vient à penser que ce n'est
plus la liturgie de l'Eglise qui doit signifier et porter la
foi de l'Eglise, mais l'air du temps et les goûts subjectifs
de tel célébrant, de telle "équipe
liturgique", de telle communauté particulière.
"Un christianisme de charité sans vérité
peut facilement être confondu avec un réservoir
de bons sentiments, utiles pour la coexistence sociale, mais
n'ayant qu'une incidence marginale. Compris ainsi, Dieu n'aurait
plus une place propre et authentique dans le monde. Sans la vérité,
la charité est reléguée dans un espace restreint
et relationnellement appauvri », nous dit le Souverain
Pontife (Cf CIV § 4). Remettons cet enseignement dans le
contexte de la liturgie et l'on obtient des célébrations
construites sur les seules bases de la charité mais qui
oublient ce qu'est la liturgie en vérité, des célébrations
qui ne sont plus qu'un réservoir de bons sentiments, utiles
pour la coexistence sociale, mais n'ayant qu'une faible incidence
sur le plan de la foi.
N'est-ce pas l'esprit "latitudinaire" qui s'est emparé
de bien des fidèles qui conduit aujourd'hui à la
mort de toute vie liturgique authentique dans bien des communautés
paroissiales?
JEAN-PAUL II
DEMANDAIT QUE LA LITURGIE SOIT RESPECTEE.
"(...) L'Eucharistie est un bien commun de toute
l'Eglise, comme sacrement de son unité. L'Eglise a donc
le devoir rigoureux de préciser tout ce qui concerne la
participation à l'Eucharistie et sa célébration.
Il nous faut agir, par conséquent, selon les principes
établis par le dernier Concile qui, dans sa constitution
sur la sainte Liturgie, a défini les autorisations et
les obligations de chaque Evêque dans son diocèse
comme aussi des Conférences épiscopales, étant
donné que les uns et les autres agissent en unité
collégiale avec le Siège Apostolique.
(...) Et même si la possibilité d'une certaine autonomie
"créative" a été admise dans cette
étape de renouveau, il faut toutefois respecter strictement
les exigences de l'unité substantielle. Sur la voie de
ce pluralisme (qui découle déjà, entre autres,
de l'introduction des diverses langues dans la liturgie), nous
ne pouvons poursuivre que jusqu'à une certaine limite:
celle de ne pas supprimer les caractéristiques essentielles
de la célébration de l'Eucharistie, et de respecter
les normes prescrites par la récente réforme liturgique.
Il faut accomplir partout l'effort indispensable pour que dans
le pluralisme du culte eucharistique, prévu par le concile
Vatican II, se manifeste l'unité dont l'Eucharistie est
le signe et la cause.
Cette tâche sur laquelle, par la force des choses, doit
veiller le Siège Apostolique, devrait être assumée
non seulement par les diverses Conférences épiscopales,
mais aussi par tout ministre de l'Eucharistie, sans exception.
Chacun doit en outre se rappeler qu'il est responsable du bien
commun de toute l'Eglise. Le prêtre, comme ministre, comme
célébrant, comme étant celui qui préside
l'assemblée eucharistique des fidèles, doit avoir
un sens particulier du bien commun de l'Eglise, qu'il représente
par son ministère, mais auquel il doit être aussi
subordonné selon une discipline correcte de la foi. Il
ne peut pas se considérer comme un "propriétaire",
qui dispose librement du texte liturgique et du rite sacré
comme de son bien propre, en allant jusqu'à lui donner
un style personnel et arbitraire. Cela peut parfois sembler plus
efficace, cela peut aussi mieux correspondre à une piété
subjective, mais objectivement c'est toujours trahir l'union
qui doit trouver son expression surtout dans le sacrement de
l'unité.
Tout prêtre qui offre le Saint Sacrifice doit se rappeler
que, pendant ce sacrifice, ce n'est pas lui seulement avec sa
communauté qui prie, mais c'est toute l'Eglise qui prie,
exprimant ainsi, notamment en utilisant le texte liturgique approuvé,
son unité spirituelle dans ce sacrement. Si quelqu'un
voulait appeler une telle position "uniformisme", cela
prouverait seulement l'ignorance des exigences objectives de
l'unité authentique, et ce serait un symptôme d'individualisme
dangereux.
La subordination du ministre, du célébrant, au
"Mysterium" qui lui a été confié
par l'Eglise pour le bien de tout le peuple de Dieu, doit aussi
trouver son expression dans l'observation des exigences liturgiques
relatives à la célébration du Saint Sacrifice.
Ces exigences portent, par exemple, sur l'habit, et en particulier
sur les ornements que revêt le célébrant.
Il est naturel qu'il y ait eu et qu'il y ait des circonstances
dans lesquelles les prescriptions n'obligent pas. Nous avons
lu avec émotion, dans des livres écrits par des
prêtres qui avaient été prisonniers dans
des camps d'extermination, des relations de célébrations
eucharistiques faites sans suivre ces règles, c'est-à-dire
sans autel et sans ornements. Si, en de telles conditions, cela
était une preuve d'héroïsme et devait susciter
une profonde estime, dans des conditions normales toutefois,
négliger les prescriptions liturgiques peut être
interprété comme un manque de respect envers l'Eucharistie,
éventuellement dicté par l'individualisme ou par
un défaut de sens critique au sujet des opinions courantes,
ou par un certain manque d'esprit de foi. (...)" (Lettre
Dominicae Cenae).
DIMANCHES "PER
ANNUM"
Dans la forme extraordinaire de la liturgie, on parle
des "dimanches après la Pentecôte". Dans
la forme ordinaire, on parle des "dimanches du temps ordinaire".
L'expression française qui veut traduire tempus per
annum n'est pas des plus belles, on en conviendra.
Quelle est la meilleure expression: "dimanches après
la Pentecôte" ou "dimanches du temps ordinaire"?
Le Cardinal Biffi fait remarquer que la Pentecôte n'a jamais
été considérée par l'Eglise comme
un "mystère à part", mais qu'elle est
le cinquantième et dernier jour du "temps pascal",
dilaté sur sept semaines. Selon Mgr Biffi, la liturgie
romaine a donc raison d'appeler les dimanches suivants le dimanche
de la Pentecôte non pas "dimanches après la
Pentecôte" mais simplement "dimanches du temps
ordinaire" ou "per annum".
C'est d'ailleurs cette expression qu'on trouve dans l'ancien
lectionnaire utilisé pour célébrer dans
le rite ambrosien, dont la valeur traditionnelle ne saurait être
mise en doute.
SORTIR DE LA
CRISE
Dans "Ma vie mes souvenirs" (Fayard,
1998) le Cardinal Ratzinger se disait "convaincu que la
crise de l'Eglise que nous vivons aujourd'hui repose largement
sur la désintégration de la liturgie".
Relisons bien: le Cardinal se dit "convaincu" que...
Chez lui, il ne s'agit pas d'un vague sentiment mais bien d'une
certitude.
"La crise de l'Eglise repose sur la désintégration
de la liturgie": la liturgie n'est pas seulement faussée,
falsifiée, bricolée... elle subit une désintégration,
c'est-à-dire qu'elle est détruite, qu'elle cesse
d'exister. C'est un constat.
"La crise de l'Eglise repose sur la désintégration
de la liturgie": il y a un lien de cause à effet.
Certains se sont employés - s'emploient encore! - à
désintégrer la liturgie, ce qui a pour résultat
immédiat la crise que ne finit pas de traverser l'Eglise.
Autrement dit: pour sortir de la crise, il faudrait commencer
par soigner et respecter la liturgie. Car là où
la liturgie est fidèlement célébrée,
la crise a moins d'ampleur, moins d'impact sur les fidèles.
Le cas de la paroisse de Thiberville - et ce n'est pas, fort
heureusement, un cas isolé - nous en donne la preuve.
Seulement voilà: pour soigner la liturgie, il faudrait
commencer par refuser bon nombre de directives pastorales diocésaines
qui, précisément, sont à l'origine du marasme
actuel dans la mesure où elles invitent à défigurer
la célébration de la foi.
Nos évêques
sont-ils prêts à aller dans ce sens? Sont-ils prêts
à montrer le bon exemple?
LES EXPEDIENTS
QU'ON EMPLOIE POUR RENDRE
LES MESSES INTERESSANTES MONTRENT QUE
L'ESPRIT DE LA LITURGIE S'EST DEGRADE
"L'effondrement de la liturgie commence lorsqu'elle
n'est plus comprise et vécue comme un acte d'adoration
de la Très Sainte Trinité en Jésus-Christ,
ni comme la célébration de toute l'Eglise catholique,
et pas seulement la célébration d'une communauté
locale, dont les évêques et les prêtres sont
les ministres, c'est-à-dire les serviteurs et non les
patrons.
Les plaintes continuelles de certains liturgistes au sujet des
insuffisances dans l'application de la réforme liturgique,
et les expédients qu'on emploie pour la rendre attrayante,
indiquent que l'esprit de la liturgie s'est dégradé.
On a réduit la liturgie à une autocélébration
de la communauté particulière. Le phénomène
de la créativité liturgique se cache derrière
le relativisme doctrinal: l'Eucharistie est la première
a avoir subi les conséquences d'une idée qui est
étrangère à l'Eglise catholique: "Je
suis convaincu", confie Joseph Ratzinger, "que la crise
ecclésiale dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui
dépend en grande partie de l'effondrement de la liturgie".
(1) (Cf. Nicola Bux, La réforme de Benoît XVI)
(1) Joseph Ratzinger, Ma vie: souvenirs 1927-1977.
DE LA TENUE.
"Que chez les hommes de prière la parole,
la requête, soit exprimée avec modestie, calme,
retenue et pudeur. Pensons que nous nous tenons en présence
de Dieu. Il faut que son regard prenne plaisir et à l'attitude
du corps et l'intonation de la voix. Autant il est inconvenant
de s'épandre en clameurs, autant il convient de prier
avec modestie et réserve. (...) Et quand dans l'unité
nous célébrons les sacrifices divins avec les prêtres
de Dieu, (...) ne jetons pas au vent nos prières en confuses
paroles, ne lançons pas en une verbosité tumultueuse
une requête que Dieu veut être empreinte de modestie;
car Dieu est à l'écoute non de la voix mais du
coeur, et nous n'avons pas à admonester par des vociférations
Celui qui voit les pensées (...)"
S. Cyprien de Carthage.
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