"Go
(mot japonais) : Jeu japonais d'origine chinoise dans lequel deux
joueurs font manœuvrer des pions (go-ishi) blancs contre
des pions noirs sur damier (goban) comprenant 19 lignes
horizontales et 19 lignes verticales se coupant en 361
intersections, le vainqueur devant placer ses pions de manière à
délimiter un territoire plus vaste que celui de son
adversaire."
Le jeu de Go est
probablement le jeu le plus ancien du monde. Son ancêtre est un jeu chinois, le wei qi
(wei-ch'i). Son origine
remonterait au "printemps des automnes", soit du XIIe au
Ve siècles av. JC. La légende dit qu'un empereur aurait inventé
ce jeu pour éduquer son fils tout en le distrayant. (Plusieurs
versions existent datées différemment). Plus tard, sous les Hanz
(206 av. JC / 220 ap. JC), le wei qi deviendra un jeu de
stratégie militaire.
Le wei qi (ou
weiqi)
est basé sur la sagesse, le calme, le labeur ; il renvoie à la persévérance,
la prudence, le sens de la durée. On lui reconnaît
des filiations avec le taoïsme, le confucianisme, le yi jing
(philosophie des mutations du monde), et la stratégie de Sun
Tze (ou Sunzi, Sun Wu,...).
Le
weiqi est aussi une représentation de la
cosmologie chinoise, une quête
spirituelle sur l'harmonie des principes élémentaires et complémentaires.
Le Wei qi a longtemps été un jeu
élitiste. Dans la culture chinoise, ce jeu fait partie des
quatre arts auxquels doivent se consacrer
les érudits, avec la musique, la calligraphie et la peinture. C'est à partir du VIIIe s. (dynastie des Tang) qu'il
va se généraliser et s'ouvrir à toutes les classes sociales.
Pour ce qui est de sa
migration géographique, c'est au IIè s. ap. JC que le weiqi
passe en Corée, puis au Japon au VIè s. où il devient le
Go.
Au XIè s., le Go fera
son apparition en Europe ; mais c'est seulement à partir du XIXè
que l'intérêt pour le Go devient significatif. Le jeu de Go
connaît une explosion au Japon depuis le XXè s. avec aujourd'hui
10 millions de pratiquants réguliers et un rayonnement en
constant développement dans les autres pays.
Les principales
différences entre les Échecs et le Go - qui sont en premier
lieu d'ordre philosophiques - portent sur l'échelle, la
finalité, mais aussi les moyens. Les Échecs reflètent une
vision à court terme, le Go, une vision à long terme. Avec
l'approche militaire, il s'agit d'une bataille pour le premier,
d'une campagne pour le second. Pour les échecs il s'agit de tuer,
pour le Go de conquérir des territoires, avec une vision
architecturale qui utilise fortement l'intuition et la
créativité.
Les pièces du jeu
d'échecs sont très hiérarchisées et sont au service du roi,
tandis que celles du Go ont toutes la même valeur ; valeur
qu'elles pourront augmenter, en fonction de l'évolution du jeu,
en déployant/améliorant leur place. Les pièces du jeu d'échec
ont pour mission de protéger leur roi, qui prend part au combat.
La figure représentative du pouvoir est absente dans le jeu de
Go. La stratégie consiste à déplacer des masses d'hommes
(symbolisés par les pierres) qui vont concevoir ensemble et
mettre en oeuvre la victoire.
La philosophie du Go
est basée sur l'évitement des affrontements traduisant
directement l'enseignement de Sun
Wu (Sun Tze, Sunzi), le "Sage de la guerre" qui
affirmait : "Le comble du
savoir-faire ne consiste pas à remporter toutes les batailles,
mais à soumettre l'armée ennemie sans livrer bataille".
Sunzi propose
une stratégie dont l'étude "permet d'analyser la guerre
pour défendre la paix et pour opposer une guerre juste à une
guerre d'agression".1
A noter, quand même
qu'une des principales tactiques mises en oeuvre dans le Go est
l'encerclement. "Wei qi" (le nom du jeu ancêtre du Go) signifie littéralement,
le jeu de l'encerclement. Le pion encerclé n'a plus de "qi" ("qi"
signifie "énergie" en chinois et par extension peut s'interpréter
"air" ). Le "qi" est de par ailleurs défini
par Sunzi et Sun Bin - dans le cadre de la
stratégie militaire - comme
l'opposition de méthodes de
combat variées et imprévues aux
tactiques régulières (stratégie
indirecte).2
Cependant, la partie
ne se finit pas sur l'élimination des partenaires, mais sur une
convention, une négociation.
Au-delà du jeu, et
de l'usage de ces stratégies...
Le jeu de go comme le
jeu d'échec ont de tout temps été utilisés comme support
pédagogique pour former à la stratégie, en particulier pour la
guerre sous toutes ses formes ; et toutes ne se passent pas sur un
champ de bataille reconnu comme tel.
Le jeu de Go n'a pas
échappé non plus aux modes managériales ; il
fut un temps où il était enseigné à des hommes d'affaire
français pour être compétitifs vis à vis des japonais.
Les approches
managériales de "conduite du changement" semblent
également s'inspirer de la philosophie chinoise (et d'autres
cultures aussi anciennes) de transformation des mondes, basée sur
une théorie du chaos d'où a émergé, par la séparation, les
deux entités dualistes et complémentaires du yin et du yang.
De par sa
configuration le jeu de go représente un système de
modélisation permettant d'analyser différentes situations
sociales, et l'élaboration de stratégies pour la gestion des
conflits.
Il est encore aujourd'hui utilisé dans certaines
approches économico-sociales, parfois avec une réelle
intention de contrecarrer la stratégie des killers, pour limiter
les dégâts dans un monde où les rapports de force sont sans
limites.
Cependant, et
contrairement à la tendance répandue, je pense qu'il faut se
garder de tout manichéisme dans l'opposition qui est faite entre
la stratégie des échecs et celle du Go. En effet, si cette
opposition est bien réelle au niveau du fonctionnement de base de
ces deux jeux - les échecs visant à tuer, et le Go cherchant à
conquérir des territoires - nous pouvons observer une hybridation
dans l'utilisation qui en est faite. La stratégie indirecte - pratiquée dans la société - vise bien la conquête des territoires,
mais la guerre ne se situe plus entre "rois", mais
entre coalitions.
Certains font une
analogie entre le jeu de Go et Internet, en tant que modèle
permettant de penser l'interconnectivité et la survie des
groupes en réseaux.3
- Taoisme : Le Tao-tö-king (Daode jing) ou
« Livre de la Voie et de la Vertu » est
attribué à Lao-tseu (Laozi) qui serait selon la
tradition chinoise un contemporain un peu plus âgé de
Confucius (Kongzi, ou Kongfuzi, 551-479 av.
J.-C.)
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