Tout accroupi dans mon terrier obscur, je dormais paisiblement
Et deux bébés loups encore aveugles dormaient avec moi
Et soudain le vieux loup-guide qui connaît si bien la vie
Leva la tête, grogna sourdement me donnant les frissons
J’ai senti tout autour de moi la puanteur de la haine
L’odeur qui détruit toute paix, stoppe tous nos rêves,
De loin quelqu’un a crié un ordre court : Attrape !!!
Et des quatre coins quatre chiens de chasse ont bondi sur nous
C’est la chasse, c’est la rafle de jeunes loups
Les loups sauvages, impulsifs, élevés en pleine forêt
Il y a un cercle dans la neige, et dans le cercle une tache de sang
Et puis les corps des jeunes loups déchirés par les crocs des chiens
Celui qui m’a sauté dessus n’a pas eu trop de chance
Il est tombé pile sur mes crocs et son sang aussitôt a giclé
Mais, en courant devant moi de toute la force de mes pattes
J’ai aperçu les deux bébés loups lacérés et en lambeaux
Ils sont morts en toute confiance, deux douces peluches
Perdues dans ce sale monde, sans savoir qui les avait massacrés,
Et aussi vieux loup-guide qui connaissait pourtant bien la vie
Parce qu’il lutte contre les trois chiens et saigne de trois plaies, il mourra.
C’est la chasse, c’est la rafle...
Je me suis échappé sur une plaine en crachant l’écume
Mais là encore, de tous les côtés, l’odeur féroce m’encercle
Et les yeux du chasseur, qui m’a aperçu, commencent à briller
Et sa main, sûre et infaillible, soulève lentement le fusil.
Je me jette de côté, je cours sans regarder, la terre jailli sous mes griffes
Et le premier coup de feu tombe, me déchire la nuque
Je cours, je l’entends jurer, j’ai du sang plein la gueule
Il tire une seconde fois, mais me rate cette fois-ci
C’est la chasse, c’est la rafle...
Je me suis arraché de cette rafle, je me suis caché dans la forêt
Et j’ai eu « du bol » dans tout ça, chacun me l’accorde.
Je suis resté tapis dans la neige, en faisant le mort un sacré bout de temps
À l’endroit de la balle je garde toujours une sale cicatrice
Mais la chasse n’est pas finie et les chiens ne dorment pas
Et les jeunes loups crèvent toujours partout dans le monde
N’les laissez pas vous écorcher, défendez-vous aussi
Oh, les frères loups défendez-vous avant qu’on ne disparaisse tous !
- Je trébuche, les bras en avant, visage vers le ciel, je tombe!
Ô Dieu obscur de ma vie garde sur moi ta protection!
Ne pas lâcher le bâton! Tomber à la renverse! Le dos sur les cailloux!
Ce n’est qu’un caniveau, au bord de la route, et la peur s’envole...
- Où nous conduis-tu, simplet maudit? Où es-tu stupide aveugle?
Meurs tout seul, si tu veux, mais ne nous entraînes pas dans ton précipice !
Je m’accroche aux trous de ton manteau... Seigneur! Je tombe aussi!
La chaleur de jour fuit nos visages! Malheur sur nous, je tombe! Malheur !
- Lâche mon bâton, tu m’entraînes! Vous êtes tombés, Je reste
débout!
Lâche le bâton, nous voulons aller plus loin! Tes jambes sont damnées!
Il lâche pas! Il nous attire là où des bosses des corps enchevêtrés !
Ah, si j’avais les yeux!
- Un cri, un bruit, que se passe là? L’épaule de celui devant
moi
Durcit sous mes doigts, l’obscurité est remplie du bruit,
Bruissement d’arbres, les pas, mon propre souffle qui empêche d’écouter...
On oublie les mauvais présages? On ira là, où l’aveugle nous guide!
- Marcher, la main sur le dos d’un autre – l’humiliation et
souffrance!
Chacun d’eux cache sa propre idée, et nous traîne dans sa direction.
Avec la bouffe aussi – celui va s’empiffrer le premier,
Qui va premier toucher le pain i et va le mastiquer le plus vite!
- C’est dur de marcher en dernier, la foule te jette le
fumier,
Mais je serai toujours celui qui va tomber en dernier.
Ô ! comme maintenant ! Je tombe sur eux, ils se moutonnent sous mon poids,
Et chacun sent son propre corps et dans le corps sa propre obscurité!
- Qu'est-ce qui nous reste quand le monde nous manque tout
autour ?
Les bâtons, les besaces, les manteaux sales et les doigts dans les orbites!
Une brise fraîche, un rayon chaud à attraper sur nos visages avides,
Tomber et se lever, tomber et se lever, tomber et se lever, tomber et se
lever...
Et rester débout!
Rabâche-le moi chaque jour : Ils jubilent
Fais-le comme un mollard en pleine gueule.
Ils vont balafrer les murs anonymes
En décimant les foules de leurs rafales de balles.
Ils vont bâtir les villes - orphelinats,
La vie va avoir enfin du goût.
Avant de détecter un visage derrière les sales plaies
Dis-moi, oh dis-moi que ça va être comme ça !
Devant les bibliothèques en flammes
Le peuple pourra se chauffer les mains
Et la sécurité va noter très soigneusement
Qui a pleuré devant ça et qui s’est marré.
Les noms de nos anciens amis
Dans les rubriques – « profession : bourreau »
Et on nous décriera comme des traîtres,
Dis-moi, oh dis-moi que ça va être comme ça !
Nos proches aux mains de tortionnaires.
Tout ce que nous avons fait – l’enquête continue.
Des maternelles à l’arbre de Noël de la police,
Les soldats envahissent les rues et nos cauchemars.
Les vieux meurent, le monde n’a pas besoin d’eux,
« Il tournait à l’envers » jusqu’à maintenant.
Au lieu de « Comment ça va » c’est « A l’échafaud ! »
Dis-moi, oh dis-moi que ça va être comme ça !
Car un jour, ça risque d’arriver
Qu’avec l’un d’eux je commette « l’erreur »
De chercher de sentiments sur son visage
Au lieu de le tuer de sang froid.
Au lieu de serrer le fil de fer sur son cou
Et de tordre sa gorge en un dernier « sale bleu ».
Je veux savourer son hurlement avant qu’il crève
Dis-moi, crie-moi que ça va être comme ça !
Textes: Jacek Kaczmarski
Traduction: Rafal SZCZUCKI
(**)C'est
le drapeau du Tibet. Il a été interdit par l'occupant chinois. Le montrer, le
posséder vaut au Tibet plusieurs années de prison. Je tiens qu'il soit affiché
en permanence sur mon site.
Vous pouvez m'envoyer un courrier électronique à
raf.polo@gmail.com pour
toute question ou remarque concernant ce site et son contenu.
Dernière modification :
23 octobre 2006