Les Murs (**)
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Les Murs

Jacek Kaczmarski

Encore une fois, encore une fois… Encore !

Les Murs

Les Murs '87 (l'Avant-Cour)
(accompagné d'une mise en images basée sur les photos de Jennifer)

La source


 


Encore une fois, encore une fois… Encore !  (Encore, Jeszcze raz... Encore)


J’ai tout de quoi peut avoir besoin un homme honnête
Les convictions, l’intelligence, la santé, la jeunesse
Famille qui m’aime, quelques amis, deux, trois maîtresses

Guitare, un chien et les épaulettes de l’officier.
Tout ça avait un but et j’y suis arrivé
Garder la steppe sans fin, gardien parmi les milliers.
Couché près de ma lampe qui scintille, la porte fermée
Et moi, j’apprends à mon chien à sauter pardessus de mon épée.

Ne regarde pas la porte, espèce de clébard,
Là où la steppe, les traces des loups et la neige pour jouer
Saute, comme je te l’ordonne, je veux voir comme tu sautes
Encore une fois, encore une fois… Encore !

Derrière ma fenêtre il ne se passe rien
Rien que mérite d’être gardé, rien qu’on pourrait négliger
Ils ont mis là un tas des vieilles fourrures et un homme
Pour qu’il y reste et y attende quelque chose.
Alors j’attends en comptant les trous dans les murs
Parfois je transperce un cafard avec mon épée
Mes yeux flamboient ! (de la flamme sous la cloche de ma lampe)
Une trace rouge de la main soutient mon visage

Ne regarde pas la porte…

Il y a un monde ailleurs, des langues étranges mais pas là
Ici la seule parole résonne comme un ordre jeté au chien
Il y a des galaxies d’étoiles, les chemins inexplorés
Ici je mesure la pièce avec mes jambes étourdies
Et le chien se réveille au son d’ étriers sur mes chaussures
Il aboie et la guitare lui répond de son mur
De souvenir des chansons qu‘elle connaît elle tisse une corde
Comme si ma vie allait finir su son ordre.

Ne regarde pas la porte…

Je mange, je dors, le chien surveille tous mes mouvements
Quand je bois, je parle seul parfois et il écoute
Et je vois par la fenêtre non la neige mais la lape et mon chien
Et l’officier qui se soûle comme moi
Il n’y a rien derrière ce mur de gros bastings noirs
Rien au dessus du plafond trop bas pour faire usage de mes bretelles,
Rien en moi à part des reproches infantiles au monde entier
Ici personne ne voit, je n’ai pas peur d’avoir honte de mes pleurs.

Me suis pas avec tes yeux, espèce du clébard
Quand je bois en compagnie de fantômes d’alcool
Et me lèche pas les mains quand je te bats et je pleure
Encore une fois, encore une fois… Encore !

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Les Murs  (Mury)

 


Jacek Kaczmarski-MURY
envoyé par gosiawa
(je vous invite à voir d'autres réalisations de  gosiawa sur sa page Dailymotion  http://www.dailymotion.com/gosiawa)

Il était jeune et inspiré,
Eux – une innombrable foule
Il leur donnait la force en chantant,
Il chantait que l’aube est tout près
Des milliers des flammes éclairaient son chant,
La fumé montait au dessus des têtes
Il chantait qu’il est temps pour qu’il tombe le mur,
Ils chantaient avec lui


Arrache aux murs les dents des barreaux
Brise les chaînes, casse le fouet
Et les murs vont tomber, tomber, tomber
Pour ensevelir le monde ancien!


Et bientôt ils connaissaient le chant par coeur,
Et la mélodie sans parole
Portait en elle la vieille substance,
Les frissons dans les coeurs et dans les têtes
Ils chantaient plus fort, applaudissaient en rythme
Leur claque sonnait comme un coup de feu
Mais la chaîne était toujours lourde, l’aube tardait
Et lui il chantait toujours


Arrache aux murs...

Et ils ont compris comme ils sont nombreux,
Ils ont senti la force et le temps
En chantant que l’aube c’est pour tout de suite,
Ils ont inondé les rues des villes
Ils faisaient tomber les statues – ils arrachaient les pavés
Celui est avec nous! Et celui est contre!
Le solitaire, c’est notre pire ennemi!
Et le barde était tout seul.


Il regardait la foule marcher au pas
En silence il écoutait le bruit des pas
Et les murs montaient, montaient, montaient,
La chaîne se balançait aux pieds...


Il regarde la foule marcher au pas
En silence il écoute le bruit des pas
Et les murs montent, montent, montent,
La chaîne se balance aux pieds...
 


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Les Murs '87 (l'Avant-cour) - Mury '87 (Podworko)

    


J. Kaczmarski - Mury '87 (version française)
envoyé par raf_polo
photos © Jennifer Austruy ®

Comment arracher aux murs ses dents des barreaux,
Quand la brique et le mortier suintent la rouille?
Comment avec les gravats pourris – ensevelir le monde ancien,
Quand pour bâtir le nouveau, il n'y a pas de place ni des bras?
Et que chanter dans cette avant-cour
Aux lichens des murs effondrés,
Où même le petit bout du ciel - baille
En voyant ces blessures – à bout portant?

Dans le pavé creux brille seulement
Une éternelle flaque sans fond - et
On y voit les tombes, tombes ,tombes
Sous le linceul de nos jours.

L'histoire s'est transformé en mur de boue,
Dans laquelle s'embourbe la pensée la vue et la main.
Un vieillard en noir, un chœur de larmes devant la petite chapelle
L'enduit délavé les avalera comme une éponge,
La veilleuse perpétuelle brille encore,
Elle réchauffe une fleur dans son pot,
Et derrière le portail clos – l'espace
D'un impasse vers le monde entier...

Dans le pavé creux brille seulement
Une éternelle flaque sans fond - et
On y voit les tombes, tombes ,tombes
Sous le linceul de nos jours.

Un mot sur le mur vit ici plus longtemps
Que l'homme qui l'a gravé là un soir:
Un demi-siècle de jours semblables l'un à l'autre
Sur les impacts de balles – celles d'une guerre et celles d'hier...
Voilà, ce qui reste de la rivière
De pensées, de parfums, de voix, de couleurs:
Sur les murs de l'avant-cour les suintements d'époques ,
Dans les fissures, les strates des larves mortes.

Le chemin d'ici va que vers le fond -
Dans les bras de la glaise, dans un lit douillet de la moisissure
Parmi les tombes, tombes, tombes,
Qui n'existent plus depuis longtemps...


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La source  (Zrodlo)

Jacek Kaczmarski - Zrodlo; La source - envoyé par gosiawa
(je vous invite à voir d'autres réalisations de  gosiawa sur sa page Dailymotion  http://www.dailymotion.com/gosiawa)
 

Au fond de son ravin coule la rivière, comme dans une ornière,
Qu’elle s’est sculptée toute seule,
Les parois des gorges s’élèvent, de plus en plus de chaque côté,
Il paraît qu’il y a des plaines là-haut;
Mais plus il y a de cette eau,
Plus profonde est sa descente
Et la rivière prend sur elle l’ombre des escarpements...

Le sable fuit le courant, le courant rampe sur le sable,
Sa propre force l’entraîne dans l’abîme.
Mais il y a toujours le torrent au fond de cette crevasse,
Il y est, il y sera comme il y était,

Car la source
La source
Jaillit toujours.

  

Et sur les murs toujours plus hauts,
Les bandes de couleurs et des reliefs,
De cette rivière c’est l’histoire, de ces rives -
Les ombres des arbres tombés, les traces de rochers délavés,
La boue raflée sous elle même – contre elle même
Et là, tout en bas un éclat timide, découpe toujours la terre,
Et la terre au dessus de lui amorce sa cicatrice ...
De tous côtés les graviers et les limons, pour l’arrêter dans sa course,
Et l’eau siffle, absorbe tout, et vit encore
Et elle tourne, évite, s’infiltre, grimpe, pétille et écume,
Mais elle coule, elle coule, en dépit des berges  -

Car la source
La source
Jaillit toujours.

  

Et il y a des recoins où, dans la bourbe, l’eau s’est presque figée
Sous une croûte de sale verdure;
Là où la trace s’efface plus vite que celui qui la laisse,
Invisibles sont les pièges des marécages.
Mais la source jaillit toujours, envoie son pouls entre les talus,
Alors il y a le courant, même si caché pour les yeux!

On ne voit plus de ciel, le gouffre froid et obscur,
Que les avalanches de roche tombent enfin!
Et qu’ils s’assemblent les escarpements des canyons sans pitié,
Car ce qui sculpte les formes des espaces du futur
Si ce n’est la rivière souterraine?

Elle façonnera les grottes dans la roche ,
Elle découvrira les filons d’or

Car la source
La source
Jaillit toujours.


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Textes: Jacek Kaczmarski

Traduction: Rafal SZCZUCKI


(**)C'est le drapeau du Tibet. Il a été interdit par l'occupant chinois. Le montrer, le posséder vaut au Tibet plusieurs années de prison. Je tiens qu'il soit affiché en permanence sur mon site.

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Dernière modification : 23 octobre 2006