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Jacek Kaczmarski "Le Paradis", comme c’est souvent chez Kaczmarski, est un cycle des chansons qui forment un spectacle complet. Pour moi c’est le plus réussi et le plus profond de spéctacles de Kaczmarski. Les chansons prennent comme support les sujets bibliques mais elles parlent avant tout de la condition humaine, de la place de l’homme dans le monde, dans la vie et dans la société. Je commence seulement à traduire les textes de ce programme, qui comporte 18 chansons. Trois textes ont été adaptés de poèmes d’un grand poète polonais Zbigniew Herbet. La musique du spectacle et l’interprétation scénique (en 1981) a été assurée par Jacek Kaczmarski, Zbigniew Lapinski et Przemyslaw Gintrowski.
Rapport de Paradis (texte de Zbigniew Herbert) Chassés de Paradis (ou Le Paradis perdu)
La Création du Monde (Stworzenie swiata) La création du monde : c’est pas une chose facile Le premier jour, le premier jour J’ai séparé l’obscurité et la lumière Et j’ai donné une forme à la terre J’ai décidé ce qui est bien ce qui est mal Et ça a été le ferment de toute chose Après quoi j’ai jugé que mon oeuvre était bonne Et j’ai terminé le premier jour de mon labeur. Dans toute action il faut connaître l’ordre des choses Le deuxième jour, le deuxième jour J’ai séparé les eaux pour bâtir la voûte du ciel Et d’un seul monde j’ai créé les deux La forme de la matière a suivi le courant de ma pensée Quand sont parties du ciel vers la mer les pluies en torrent Après quoi j’ai jugé que mon oeuvre était bonne Et j’ai terminé le deuxième jour de mon labeur. L’impatience des rêves nuit à chaque création Le troisième jour, le troisième jour Toutes les formes de matière terrestre J’ai puisé au fond des océans J’ai donné la richesse de plantes en fruits féconds Qui embraseront la vie immense sur la terre Après quoi j’ai jugé que mon oeuvre était bonne Et j’ai terminé le troisième jour de mon labeur. Dominer le monde c’est multiplier ses secrets Le quatrième jour, le quatrième jour J’ai répandu des étoiles dans l’obscurité de la nuit Et un soleil dans la clarté du jour Avides de leur pouvoir, ils ont commencé à se mouvoir Le jour a commencé sa poursuite de la nuit Après quoi j’ai jugé que mon oeuvre était bonne Et j’ai terminé le quatrième jour de mon labeur. Le faste souligne la portée de mon pouvoir Le cinquième jour, le cinquième jour J’ai décoré le ciel par les tribus d’oiseaux en formation Et j’ai soufflé la vie au fond des mers. L’oiseau s’enivre de parfum d’herbe chaude Toute créature marine se roule dans les vagues Après quoi j’ai jugé que mon oeuvre était bonne Et j’ai terminé le cinquième jour de mon labeur. Il n’y a pas de pouvoir sans vénération ni soumission Le sixième jour, le sixième jour Les animaux sauvages sont partis dans les forêts Et l’homme à mon image Il a une femme, les sens et les pensées libres Qui, quand il faut, peuvent sortir par la bouche Après quoi j’ai jugé que mon oeuvre était bonne Et j’ai terminé le sixième jour de mon labeur. Et voici l’ordre impossible à remplacer Toute existence vit selon son propre destin L’homme domine toute existence Tout en acceptant mon pouvoir avec humilité Le septième jour, le septième jour La chaleur d’été a enveloppé tout l’univers Après avoir créé le monde paradisiaque en six jours Je me suis reposé pendant tout le septième. Rapport de Paradis (texte de Zbigniew Herbert) Sprawozdanie z Raju
Chassés de Paradis (ou Le Paradis perdu) (Wygnanie z Raju)
Tu t’es promené dans les vallées et le jardin
L’œuvre le plus parfait de ton maître
Le pollen des mille fleurs se posait sur tes pieds
Ton visage rafraîchi par une brise dompté
Les animaux te chauffaient de leur fourrure
Et dans ton oeil dansait éclat du ruisseau
Et en échange de tout ça que l’obéissance
Humilité envers ton seigneur
Rien de plus
Rien que l’humilité devant le ciel inconditionnel
L’amour uniquement de ce qui est nécessaire.
Mais je pouvais plus vivre dans cette vacance enivrante !
Et j’ai fait une chose, défendue !
Tu l’as fait – ça je le sens plus que bien
En me blessant les pieds sur la rocaille
Et mon dos se souvient encore de l’épée de l’Archange
Et tu pleures en descendant ce talus pierreux
Et tu pleures de fatigue pendue à mon cou
Et tu n’as plus de force d’essuyer tes sales larmes
Je t’ai donnée extase
Tu m’as donné la souffrance
Je t’ai donne la fierté
Et la honte
Alors dis-moi, pourquoi tu veux que j’aille avec toi,
Si tu ne me supportes plus et tu me nargues?
J’ai perdu le paradis
Alors tu iras à travers champs sans espérer un miracle
J’ai perdu le paradis
Et tu vas te battre pour chaque jour de ta vie
J’ai perdu le paradis
Tu vas en vain attendre la fin de tes souffrances
J’ai perdu le paradis
Et tu n’auras personne à part moi.
J’ai perdu le paradis
Jusqu’à la fin je ne t’oublierai cette faute
J’ai perdu le paradis
Tu vas souffrir avec moi en comptant les jours
J’ai perdu le paradis
Et je vais te battre, te maltraiter sans raison
J’ai perdu le paradis
Tu es ma faiblesse, alors tu me donneras la force
Aide-moi traverser ce torrent
Donne-moi ta main
Nous avons perdu
Nous avons perdu
Nous avons perdu
Notre Paradis
L’Arche de Noé (Arka Noego)
Sous le soleil, en plein
été Construisez l’Arche
avant le déluge
Je dois construire un
tel bateau
Construisez l’Arche
avant le déluge
Chacun de vous est un
bateau dans lequel
Construisez l’Arche
avant le déluge Textes: Jacek Kaczmarski Traduction: Rafal SZCZUCKI
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