La Liberté (**)
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Jacek Kaczmarski

La Liberté

L’Epitaphe pour Vladimir Vissotski

Confession de Calife, 
ou de la force des contes de fée

Une mouche dans un verre de limonade

Le confessionnal

Conversation

Quasimodo

A un pas...

 


 


L’Epitaphe pour Vladimir Vissotski  (Epitafium dla Wlodzimierza Wysockiego)

 

C’est mon voyage d’enfer en enfer
Je dégringole à me casser le cou!
Personne me retient, personne ne m’interroge
Personne détruit les ponts, personne ne met de barrage
 
Sur la crête ! Sur la crête !
Au dessus du précipice, sans les cordes, sans hésiter!
Ici la lucidité te conduit au diable.
Ici la raison te trahira – la crapule,
Et les souvenirs changeront en fosse aux loup
Ta crête aiguisé!
 
Sur la crête ! Sur la crête ! Sur la crête !
Ici les vaincus ne me barrerons plus ma route !
Ils essaient m’attraper par les jambes,
Ils crient – n’y vas pas ! Ils crient – arrête !
Ceux qui se sont arrêtés à mi-chemin
Et qui broient la roche avec les dents, avec les griffes!
 
C’est mon voyage d’enfer en enfer
Un saut dans le gouffre, la tête en premier!
C’est une nouvelle version de la « Divine Comédie »
Et dans le premier cercle je dirige mon pas!
 
Viens vers moi ! Viens ici!
Une fille rousse me retient avec sa main douce
El m’attache à la crinière de mon cheval
Elle tire la crinière – le destrier hennie!
Elle – qu’est ce que t’arrive mon prince?
Me chuchote à l’oreille...
 
En enfer ! En enfer ! En enfer !
J’ai pas le temps pour les balades, sorcière enragée !
- Tu sais pas ce qui t’attend là bas -
Me dit-elle en pleurant
- L’enfer est aussi pour les hommes !
Me hante pas, me tente pas et en partant prends les rêves!
 
C’est mon voyage d’enfer en enfer
Tout autour la foule des silhouettes pâles
Mon cheval me porte au dessus d’eux
Et dirige son pas vers le deuxième cercle!
 
Les déportés ! Les déportés !
Stigmatisés, condamnés et vendus!
Que faites vous dans les entrailles de l’enfer
En pataugeant dans la boue, en piétinant dans la neige!
Es-ce que la mort envoie les hommes libres
Une fois encore sous le joug?
 
- C’est pas ça ! C’est pas ça ! C’est pas ça !
Ne pleure pas sur nous – toi t’es un poète!
Nous n’avons pas supporté le paradis
Ici notre patrie, ici notre maison!
Ici y a pas de place pour les ignobles
Ici aucune tempête ne nous décimera plus !
 
Ô la reine des marais, des champs de neige et de boue,
Chauffe à blanc les pierres dans le bain!
Que la souffrance transpire de nos corps réchauffés
Nous prendrons les tatouages en ligne de mire!
Car sur le cœur, à gauche, c’est Staline qui tremble,
La sueur noie sa moustache et ses yeux!
Son profile nous avons piqué ici exprès
Pour qu’il entend nos cœurs s’arracher!
 
C’est mon voyage d’enfer en enfer
Les petites lueurs attirent mon regard
Petite maisonnette, une chambre minuscule
Et dans le troisième cercle je dirige mon pas:
 
- Entre donc! Entre sans peur !
Je ne sais pas comment t’as trouvé le chemin d’ici!
Mais tu vois, le samovar est chaud, prends un thé
Bois, mon fils!
Bois un verre de vodka avec nous!
Na zdarovie!
 
Ca va ! Ca va! C’est supportable! 
Nous vivons ici sans être vu ni entendu!
On vivra encore et on mourra
Le monde n’en saura rien de nous
Et après la mort on boira
A des années vécues en bonne foi!
 
C’est mon voyage d’enfer en enfer
La ville et les blocs à perte de vue
Je prends un peu d’air et en titubant
Dans le quatrième cercle je dirige mes pas!
 
Au cirque ! Au cirque ! Au ciné!
Allumer la télé – le conte pour enfants commence!
Maman au magasin, papa au bistrot
Le fils joue avec une kalache en bois!
Sur son foulard rouge de ses rêves 
Il a reçu une étoile!
 
Voir le match! Voir le match ! Voir le défilé!
Savoir ce qu’il faut, mais pas se faire remarquer!
Le voisin, ça va – on peut boire un verre !
Mais c’est le voisin, et un frère c’est un frère
Depuis que le monde existe, c’est aux prudents
Qu’il appartient et qu’il sourit!
 
C’est mon voyage d’enfer en enfer
Sur la scène Hamlet, son coeur transpercé
Déverse le sang sur les planches -
C’est mon pas vers le cinquième cercle!
 
Ô mère! Ô mère!
Comment t’as pu te vendre a lui si facilement!
Mais il a tué ton mari
Il va me détruire, Il va souiller la couronne
Il anéantira le Danemark, il dépouillera le peuple
Sonnez le glas!
 
Alertez ! Alarmez! Criez au feu!
Ne choisis jamais entre ton avidité et le Dieu!
Tu peux encore réparer tes fautes
Ô mère fais pas ça – Arrête !
Le censeur du neuvième rang:
- Non, sous cette forme ça ne passera jamais!
 
C’est mon voyage d’enfer en enfer
La bière et la vodka, le cognac et le grog,
Des meilleur d’entre nous c’est la dernière Mecque
Et dans le sixième cercle mon pas suivant!
 
Là haut ! La haut ! La haut!
On voudrait vivre pleinement et très long!
Il faut tout faire pour y être!
C’est de la drogue, tu comprends ça!
Là on vit comme le temps des Tsars!
Et voilà!
En bas ! En bas ! En bas! 
Le pain noir sur la table et un verre de vodka!
Et nous tous, ici - et là
La foule des âmes déchirées en deux,
Après la balançoire mal au coeur, mal de coeur
Même si tu tapes la tête contre le mur chaque jour !
 
C’est mon voyage d’enfer en enfer
L’obscurité me couvre lentement
Alors une haie des démons m’éclaire la piste
Car vers le septième cercle je dirige mes pas!
 
La bas ils sont assis, ils se sont tus
Ils me regardent même pas – ils savent tous
Ils sont là, ils parlent pas
Le regard vaporeux sous les paupières lourdes
Ils mâchent quelque chose, car ils ont perdu
Les dents il y a longtemps!
 
Et moi debout! Devant eux ! Je bouge pas!
Et ma vie couché devant eux dans un dossier!
Ils lisent pas, me questionnent pas,
Ils disent rien, bougent pas, quelqu’un tousse
Et derrière la fenêtre j’entends jouer les tambours 
Encore un défilé, une fête ou je ne sais quoi...
 
Et j’ai compris qu’est-ce qu’ils veulent faire de moi ici
Et ma gorge est serrée par la peur!
Mon cheval a disparu, et vous, la foule de sept cercles
Vous avez du sable dans les oreilles et les yeux!
Personne ne m’attrapera de ses mains cruelles
Ils vont pas me torturer ni même tondre!
Ils ont pour moi ici un huitième cercle!
Un huitième cercle dans lequel il n y a rien.
 
Souvenez vous de moi, de toutes vos forces!
Même si j’ai passé devant vous tel un ombre!
Chauffes le bain jusqu’à ce que la pierre se transforme en poussière-

Je reviendrai quand le jour se lèvera!

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Confession de Calife, 
ou de la force des contes de fée
  (Wyznanie Kalifa, czyli o mocy basni)

 

Depuis que mes yeux nourris des larmes de dégoût
Ont croisé la charmante révérence de tes paupières
En y trouvant une promesse des défis et de la grâce -
Je pense plus aux richesses et je méprise mon trône;
Dès l’instant où tu as pris mon membre las
Dans la pieuvre agile de tes doigts effilés 
Je sais que j’ai le sceptre et Toi tu as la couronne
Et dans son cercle je m’embraserai, mais je ne vais pas calciner
Car même si tu m’engloutis -
Je me nourris de toi.
 
Et toi tu tisses le tapis lent d’événements
Noeud après noeud au rythme de battements du coeur
Dans le canevas dense, sans jamais manquer la trame,
Même si tu m’entraînes dans les broussailles les plus sauvages.
Nous allons ensemble dans ce labyrinthe de sentiers,
Où la fin unique a des maintes amorces,
Car elle est toute entière tissée de tes desseins...
Tu m’appartiens, je t’appartiens
Et je te crois ,
Car c’est Toi la filandière.
 
Je découvre l’univers à travers les rideaux de tes cils
A travers tes mousselines de septième ciel
J’entends à travers toi les forêts et les jardins,
Les oiseaux, les animaux et les pleines au vent.
A travers toi je sens le parfum de musc et de citron
A travers toi je goûte des noix et du miel
A travers toi le plonge dans les profondeurs frais
Où souffrance n’existe plus, ni doutes, ni culpabilité -
Dans un paisible pays
De temps lumineux.
 
De cette lumière tu tisses une légende
Douce, juteuse et aigre – comme l’homme,
Dense de désirs, miracles et cauchemars;
Mais je connaîtrai jamais la fin de ce conte,
Car tu le suspends dans une seule parole,
Dans laquelle l’attente d’un miracle – est enchantée.
- Parle encore – je supplie, le pèlerin à mi chemin,
Maître de ton destin, esclave de tes paupières,
Au dessus de la vie et de la santé
Avide de tes offrandes...
 
Mais Toi, tu sais bien pourquoi tu t’attardes:
L’ouragan se calme, le fleuve ralentit,
Le fauve arrête son saut et le soleil ne se couche pas,
Le pré suspend son souffle, la ruche son bourdonnement.
Et celle, qui doit poser la nuit sur mes paupières
A côté de qui s’arrêtent les cris de bonheur et des disputes,
Se brisent les forteresses des intentions -
Elle reste immobile, silencieuse, lointaine,
Car la Mort attend aussi
La suite de ce conte.
               
Mirage fait de l’or! Charade fastueuse!
Le trésor de Sésame! Le rêve de Sinbad!
Ô, ma révélation! Ô mon secret!
Fontaine de ma volonté! Cascade de chaos!
En Toi je m’élève.
En toi je tombe
Dans la plénitude et dans le néant,
Ô Shéhérazade !

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Une mouche dans un verre de limonade   (Mucha w szklance lemoniady)

La flamme de lampe à l’huile s’est éteinte, 
La peau des raisins s’est couverte de rides sèches. 
Le Calife, s’est endormi dans ses contes, 
Son petit singe joue avec ses cheveux et sa barbe. 


Rêve mon malheureux, rêve mon veinard Te ta foi et de tes doutes, Rêve de grâce, et de châtiment De oasis et de la soif. De désert et de chameau, De richesse et de misère. Rêve le rouet et la quenouille, L’ordre de tapis, le chaos de toison. Rêve-moi un cheval ailé Rêve un âne dans un manège Les sillons d’un labyrinthe sur tes mains Tous les trophées et tous les pertes Rêve les racines et les fruits juteux Rêve les palais et les ruines Les jours calmes, les nuits de fête L’ombre de montagne, la lumière d’une vallée. Dans les rêves ne te presse pas, tu as le temps Laisse les flotter et non pas flamber Rêve, comme on ne rêve qu’une seule fois, Ta toute petite infinité Et la nuit mille et unième se termine Le chant de Shéhérazade s’est envolée déjà On n’entend plus le rire de grillon du foyer Une mouche morte flotte dans un verre de limonade.
Rêve mon malheureux, rêve mon veinard Te ta foi et de tes doutes, Rêve de grâce, et de châtiment De oasis et de la soif. De désert et de chameau, De richesse et de misère. Rêve le rouet et la quenouille, L’ordre de tapis, le chaos de toison. Rêve-moi un cheval ailé Rêve un âne dans un manège Les sillons d’un labyrinthe sur tes mains Tous les trophées et tous les pertes Rêve les racines et les fruits juteux Rêve les palais et les ruines Les jours calmes, les nuits de fête L’ombre de montagne, la lumière d’une vallée. Dans les rêves ne te presse pas, tu as le temps Laisse les flotter et non pas flamber Rêve, comme on ne rêve qu’une seule fois, Ta toute petite infinité
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Le confessionnal  (Konfasjonal)

 


Jacek Kaczmarski - Konfesjonal; Le confessionnal
envoyé par gosiawa
(je vous invite à voir d'autres réalisations de  gosiawa sur sa page Dailymotion  http://www.dailymotion.com/gosiawa)

 

- Rendons grâce au Seigneur Jésus Christ,

Mon ami m’a appris cette formule 

Je pensais à une confession en forme de lettre, 

Mais les mots écrits – sonnent autrement. 

Ni la vanité, ni l’angoisse ne m’obligent à faire ça, 

Pas plus que la curiosité, l’habitude ou l’atmosphère de ce temple. 

En croyant pas en Dieu – j’ai offensé Dieu 

en commettant les péchés suivantes: 


J’ai admis comme un droit le fait que je vis. Et puis j’ai pris ça comme mon propre mérite Et – ce que n’est pas à moi – j’ai pensé que c’était à personne, Alors j’y puisais sans compter en regardant pas la dette. J’ai admis, que j’ai le droit de juger les hommes Uniquement parce que j’avais cette possibilité. En découvrant un moyen – comment réveiller les âmes Je récoltais la moisson des consciences éveillées.
Le mal – dont je connaissais la richesse Etait dans ma vie – comme un éperon. La mort et la souffrance des autres – me faisait vivre. Alors que souffrir ou mourir seul – je pouvais pas. J’ai crée un monde – à l’image du Monde En croyant que pour tout j’ai une réponse, Mais je n’ai pas arraché la jatte des mains de Pilat Et il n’a pas échappé à son martyre – l’Homme.
J’ai crû vraiment en vérité intemporelle des contes, Qui leur ordonne d’exister – pour la morale, Et que la vie de l’homme trouvera son explication toute seule Et la volonté doit servir uniquement au corps. Alors je prenais pour le bonheur immuablement  Ce qui n’était qu’une satisfaction – de soi-même. Et même maintenant ça m’apporte un grand plaisir, De farfouiller dans mes doutes et mes scrupules.
Et je vois, que cette confession – c’est une chanson Et je la chante pour moi-même... C’est un péché aussi – j’en ai oublié d’autres , Mais celui là pour une fois – je regrette pas!

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Conversation   (Rozmowa)

Vous, le Barde, vous ne voyez qu’un monde obscur
Toujours les bûchers, toujours les tombes
Vous lynchez, vous torturez
Votre voix ? Ce n’est qu’un deuil infini
Vous reprochez aux murs qu’ils résistent
Et puis moi, si cette vie là elle me plaît ?
 
Mais madame, j’aime la vie
La vie et ses vérités, ses illusions
Alors que l’homme s’enlise sans cesse vers sa perte
Les hommes ne veulent surtout rien savoir
 
Justement, les hommes ! Vous ne pensez pas
Qu’ils en ont assez de leurs abysses sans fin ?
Que le pire, nos rêves sont contaminés
Par la souffrance, tous l’ont, chacun la sienne
Vous dîtes que la vie n’est qu’un purgatoire
Peuplé d’humains assoiffés d’histoires
 
Mais madame, je ne fais que ça !
Je chante des contes, oui certes tristes,
Et comment pourrait-il s’en sortir, l’être indicible
Sans la cruelle vérité des frères Grimm ?
 
Justement, la vérité ! Vous voulez quoi ?
L’absence de doutes vous est tellement étrangère
Vous édifiez votre chant, car vous avez lu
Vous avez simplifié le monde comme le fige un livre
Vous jouez, alors que le monde grince
Vous niez tout amour de l’homme
 
Mais madame, je m’efforce de souffrir
Demandez donc à ma femme et à mes enfants
J’aime. L’amour – ce vieux livre
Qu’on devrait faire réciter à Dieu
 
Justement, Dieu ! Vous n’aimez même pas Dieu
Pourtant vous dites que vous Le cherchez sans cesse
Dans vos angoisses, on peut se perdre
Vous vous insurgez contre le destin, en public,
Quelles leçons personnelles devrons-nous en tirer ?
 
Mais madame, n’attendez pas de moi
Des leçons, des théorèmes, ou encore des conclusions
Je ne suis qu’un humain parmi d’autres

C’est-à-dire à la fois satanique, divin et à mi-chemin

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Quasimodo

 

La cathédrale aux mains d’ennemies
La mort, la faim, les victimes de sang
Le peuple patient attend
Au seuil de la porte verrouillée.
 
L’ennemi a tiré sur les cordes,
Pour que le bourdon commence à mentir.
Mais il n’est pas tombé de là haut
Ce son tant attendu.
 
Car le bossu s’accroche à son coeur
La tête galeuse cogne contre l’airain
Et résonne dans ce silence inespéré 
Son ni gémissement, ni gros rire.
 
Il chérie les sons purs de ses cloches.
Ils redressent son destin bossu,
Alors quand il a vu qui a pris la corde dans ses mains
Il a ôté au Seigneur sa voix.
 
Alors ils accouchent un orage furieux,
La place pleine de monde et la bâtisse
L’ennemi aux cordes le maudit
La foule en larmes le maudit aussi.
 
Libère la cloche, grognasse
Il n’y a rien à manger ni à boire
Donne-nous nous assouvir avec de la foi
Permets au moins aux cloches de chanter.
 
Tandis que la main d’ennemi touche la corde
Que résonne dans les nefs votre colère vide
Je resterai pendu à la langue du Seigneur 
Jusqu'à ce que l’un de nous en aura assez.
 
Mais même si le diable m’emporte
Le rang de saintes statues certifiera,
Que seul le bossu n’a pas plié l’échine
Parmi les anathèmes avilis.

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A un pas...

 

A un pas de la source ils meurent de soif.
A un pas de l’enfer ils raffolent le plaisir.
Ils dessoûlent de leurs rêves à un pas de l’accomplissement.
A un pas de but leur propre ombre les fait fuir.
 
A un pas de triomphe ils baissent les têtes.
Et ils les relèvent à un pas de l’échafaud.
A un pas de la grâce ils perdent le don de la parole.
A un pas du gouffre ils forcent le pas.
 
A un pas de vengeance d’un coup les grands de l’esprit
A un pas de chemin ils errent dans les querelles vides.
A un pas de l’exploit ils préfèrent les phrases friables.
A un pas de demain ils pensent à hier.
 
A un pas de concorde l’hargne vide les ronge
A un pas de savoir ils respirent superstition.
A un pas de Dieu ils nient toute foi.
A un pas d’eux-mêmes ils ne veulent en devenir.
 
A un pas de la mort la vie ne leur pas chère.
A un pas de la vie ils rêvent les massacres passées.
Ils ramassent les livres à un pas du feu.
A un pas de défaite ils sont optimistes.
 
Et comme ça durant une heure, un jour, un mois , une année
Jusqu’à ce qu’ils le fassent, cet unique, l’inévitable pas.

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Textes: Jacek Kaczmarski

Traduction: Rafal SZCZUCKI


(**)C'est le drapeau du Tibet. Il a été interdit par l'occupant chinois. Le montrer, le posséder vaut au Tibet plusieurs années de prison. Je tiens qu'il soit affiché en permanence sur mon site.

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Dernière modification : 23 octobre 2006