Un site pour lire entre les lignes de Patrick Modiano
|
|
Dora Bruder
et Modiano ● Décembre 1988 Dans un Paris-Soir du 31 décembre 1941, Modiano tombe sur un avis de recherche de Dora Bruder, passé par les parents de cette jeune fille de 15 ans.
« PARIS ON RECHERCHE une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, « Je n’ai cessé d’y penser durant des mois et des mois. (…) Il me semblait que je ne parviendrais jamais à retrouver la moindre trace de Dora Bruder. Alors le manque que j’éprouvais m’a poussé à l’écriture d’un roman, Voyage de noces » (Dora Bruder, p54). ● Juillet 1990 Dans Voyage de noces, Modiano ne cite pas directement Dora Bruder, mais évoque une jeune fille, Ingrid Teyrsen, qui en est directement inspirée. A la fin du roman, une page également publiée en dernière de couverture, Modiano reprend même l’avis de recherche de Dora Bruder, avec quelques modifications : -Dora Bruder devient Ingrid Teyrsen -15 ans devient 16 ans -1,55m devient 1,60m -yeux gris-marron devient yeux gris -manteau sport gris devient manteau sport brun -pull-over
-jupe et chapeau bleu marine devient jupe et chapeau beiges -chaussures sport marron devient chaussures sport noires -M. et Mme Bruder devient M. Teyrsen -41 boulevard Ornano devient 39 bis boulevard Ornano ● Novembre 1994 Dans un texte-clé publié par Libération, Avec Klarsfeld, contre l’oubli, Patrick Modiano mentionne pour la première fois Dora Bruder sous son vrai nom. Il cite l’annonce de Paris-Soir, et indique qu’il a retrouvé le nom de Dora Bruder dans le Mémorial de la déportation des juifs de France édité par Serge Klarsfeld. « Ces parents et cette
jeune fille qui se sont perdus la veille du jour de l’an 1942, et qui, plus
tard, disparaissent tous les trois dans les convois vers Auschwitz, ne
cessent de me hanter. Grâce à Serge Klarsfeld, je saurai peut-être quelque
chose de Dora Bruder. » ● 1995-1996 Modiano poursuit son enquête, avec l’aide de Serge Klarsfeld, qui retrouve pour lui plusieurs photos de Dora Bruder, et lui fournit d’autres informations sur la jeune fille. Modiano écrit alors plusieurs lettres à Serge Klarsfeld pour le remercier. ● Mars 1997 Modiano a mené à bien son enquête. Il la raconte dans Dora Bruder. Finie la fiction, disparue Ingrid Teyrsen. Place à la réalité, ou du moins à ce que l’on peut en retrouver, plus de 50 ans après. Modiano mêle à ce récit les souvenirs de sa propre adolescence, en particulier ceux d’une fugue qu’il fît en janvier 1960. ● 1999 Dora Bruder paraît en poche, dans une version légèrement amendée et enrichie, grâce à de nouvelles informations. Pour une analyse très fine
des différences entre les deux versions, et plus généralement du travail de
Modiano sur Dora Bruder, lire « Avec
Klarsfeld, contre l’oubli »: Patrick Modiano’s Dora Bruder, par Alan Morris, Journal of European
Studies 2006 (article en ligne). ● Novembre 2005 L’histoire continue. Le livre de Modiano a provoqué un
choc chez nombre de ses lecteurs, et en particulier chez Françoise Verny. A
la lecture de Dora Bruder, l’éditrice se souvient d’une amie, deux ans plus
âgée que Dora, qu’elle avait dans sa jeunesse, et qui est morte elle aussi en
déportation. C’est ce qu’elle raconte dans un livre posthume, Serons-nous
vivantes le 2 janvier 1950 ? Modiano en signe la préface. |
|