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Dora Bruder et Modiano

 

Décembre 1988 

Dans un Paris-Soir du 31 décembre 1941, Modiano tombe sur un avis de recherche de Dora Bruder, passé par les parents de cette jeune fille de 15 ans.

 

 L’avis, republié dans la version japonaise du livre

 

« PARIS

ON RECHERCHE une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1 m. 55, visage ovale, yeux gris marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussures sport marron. Adresser toutes indications à M. et Mme Bruder, 41 boulevard Ornano, Paris. »

 

« Je n’ai cessé d’y penser durant des mois et des mois. (…) Il me semblait que je ne parviendrais jamais à retrouver la moindre trace de Dora Bruder. Alors le manque que j’éprouvais m’a poussé à l’écriture d’un roman, Voyage de noces » (Dora Bruder, p54).

 

Juillet 1990 

Dans Voyage de noces, Modiano ne cite pas directement Dora Bruder, mais évoque une jeune fille, Ingrid Teyrsen, qui en est directement inspirée.

 

A la fin du roman, une page également publiée en dernière de couverture, Modiano reprend même l’avis de recherche de Dora Bruder, avec quelques modifications :

 

-Dora Bruder devient Ingrid Teyrsen

-15 ans devient 16 ans

-1,55m devient 1,60m

-yeux gris-marron devient yeux gris

-manteau sport gris devient manteau sport brun

-pull-over bordeaux devient pull-over bleu clair

-jupe et chapeau bleu marine devient jupe et chapeau beiges

-chaussures sport marron devient chaussures sport noires

-M. et Mme Bruder devient M. Teyrsen

-41 boulevard Ornano devient 39 bis boulevard Ornano

 

Novembre 1994

Dans un texte-clé publié par Libération, Avec Klarsfeld, contre l’oubli, Patrick Modiano mentionne pour la première fois Dora Bruder sous son vrai nom. Il cite l’annonce de Paris-Soir, et indique qu’il a retrouvé le nom de Dora Bruder dans le Mémorial de la déportation des juifs de France édité par Serge Klarsfeld.

« Ces parents et cette jeune fille qui se sont perdus la veille du jour de l’an 1942, et qui, plus tard, disparaissent tous les trois dans les convois vers Auschwitz, ne cessent de me hanter. Grâce à Serge Klarsfeld, je saurai peut-être quelque chose de Dora Bruder. »

 

● 1995-1996

Modiano poursuit son enquête, avec l’aide de Serge Klarsfeld, qui retrouve pour lui plusieurs photos de Dora Bruder, et lui fournit d’autres informations sur la jeune fille.

Modiano écrit alors plusieurs lettres à Serge Klarsfeld pour le remercier.

 

Mars 1997

Modiano a mené à bien son enquête. Il la raconte dans Dora Bruder. Finie la fiction, disparue Ingrid Teyrsen. Place à la réalité, ou du moins à ce que l’on peut en retrouver, plus de 50 ans après. Modiano mêle à ce récit les souvenirs de sa propre adolescence, en particulier ceux d’une fugue qu’il fît en janvier 1960.

 

● 1999

Dora Bruder paraît en poche, dans une version légèrement amendée et enrichie, grâce à de nouvelles informations.

Pour une analyse très fine des différences entre les deux versions, et plus généralement du travail de Modiano sur Dora Bruder, lire

« Avec Klarsfeld, contre l’oubli »: Patrick Modiano’s Dora Bruder, par Alan Morris, Journal of European Studies 2006 (article en ligne).

 

Novembre 2005

L’histoire continue. Le livre de Modiano a provoqué un choc chez nombre de ses lecteurs, et en particulier chez Françoise Verny. A la lecture de Dora Bruder, l’éditrice se souvient d’une amie, deux ans plus âgée que Dora, qu’elle avait dans sa jeunesse, et qui est morte elle aussi en déportation. C’est ce qu’elle raconte dans un livre posthume, Serons-nous vivantes le 2 janvier 1950 ?

Modiano en signe la préface.