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| UNE COLLINE |
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Akazu signifie petite maison ou plus précisément maisonnée, dans le sens où ce terme désigne davantage une famille qu'un type d'habitation. Il faut entendre ici le mot famille dans toutes ses acceptions: les liens y sont de sang, d'intérêts politiques communs, liens mafieux aussi...Au sein de l'Akazu, on scelle des pactes, on cultive le secret, on marie les enfants, on partage le gâteau, on baigne dans une plénitude craintive, presque féline. "Gorille business", "réseaux Zéro", "le Parrain", "Monsieur Z", "Amasazu" (les balles de fusil, cercle des "purs et durs" de l'armée), "le Sorcier", tous ces qualificatifs leur appartiennent et parlent d'eux-mêmes: le trait est marqué, l'exotisme a ce qu'il faut de références, tout cela fleure bon le roman d'espionnage des années soixante et la dictature "bananière". Il n'est rien dans ces ingrédients, qui ne participe de la même cuisine que celle concoctée à l'étranger par des réseaux de "coopération" du genre "Foccart ou post-Foccart". Nous sommes là entre gens de bonne compagnie, protégés par le "secret défense" et travaillant pour l'intérêt supérieur de leur pays. Mais revenons au maillage politique, militaire et administratif du Rwanda sous la dictature "Habyarimana"...
Chaque citoyen rwandais... ...est d'office militant du MRND, parti unique. Dix à cinquante familles... ...constituent une cellule du MRND et élisent un comité de Cellule de cinq membres (1 Président, 4 assesseurs). Chaque rwandais est obligatoirement membre d'une cellule et doit y être connu. Toutes les cellules d'une Commune... ...sont fédérées dans un Conseil Communal et son Comité, dont le président est le bourgmestre, choisi et placé là par le MRND sans consultation électorale. Toutes les communes d'une préfecture... ...dépendent d'un Conseil Préfectoral dirigé par le préfet, fonctionnaire "très politique" dont la nomination dépend du Comité Central du MRND. Un baron régional vient souvent compléter le tableau au coté du préfet, membre de, ou coopté par l'Akazu. Les dix préfectures du pays... ...rapportent au gouvernement, mais d'abord au Conseil National de Développement qui fait les lois (70 personnes choisies pour leur fanatisme au parti-Etat), et au Comité Central du MRND qui est chargé d'élaborer la politique générale du pays (petit groupe émanant directement de l'Akazu). Tous trois sont contrôlés par le Président Juvenal Habyarimana.
"Big Brother" n'a pas encore de micro ni de caméra dans chaque foyer du Rwanda en 1989, mais les cellules du parti sont "vigilantes" et la délation devient sport national par la force des choses. La peur s'imisce partout, personne n'est tranquille et surtout pas celui qui n'a "rien à se reprocher". Dans les cellules, des listes sont dressées, de Tutsi, de tièdes, d'opposants, de militants des droits de l'homme, de gens qui chantent faux pendant la fête nationale, ou qui "restent dans leur lit douillet" ce jour-là...etc. L'écrasement de l'individu est manifeste et permanent dans les collines, mais aussi dans tous les services publics et privés et même à l'étranger où les ambassadeurs sont de surcroit présidents de leurs "cellules locales"...
"Si vous êtes directeur d'une école, d'une entreprise, vous êtes ipso facto responsable politique du MRND dans l'école ou l'entreprise. Au niveau diocésain, l'évêque était conçu comme le responsable du MRND pour toutes les paroisses et congrégations religieuses... Ces nominations (d'évêques) étaient téléguidées par Habyarimana et son akazu, le groupe restreint dont le colonel Sagatwa Elie et Mme la Présidente faisaient partie." ("Les Temps Modernes" N°583. Juillet-août 1995. "Les politiques de la haine, Rwanda-Burundi 1994-1995". p.95)
"L'Akazu était le noyau dur d'un véritable réseau de mise en coupe réglée du pays et de contrôle de toutes les activités des habitants au profit de l'entourage présidentiel. Les miettes étaient distribuées aux populations des régions de Ruhengeri et de Gisenyi qui constituaient sa clientèle élargie. Aux mains des "Bakiga" (les montagnards du nord), le pays était dirigé comme une véritable entreprise privée dont les principaux responsables étaient trois des frères de la présidente, à savoir le colonel Elie Sagatwa, Protaïs Zigiranyirazo et Séraphin Rwabukumba ." ("Histoire du Rwanda")
"Les extrêmistes hutu bénéficient des encouragements plus ou moins officiels et des soutiens financiers de ce qu'il a été convenu de désigner sous le nom d'Akazu, ce groupe famille qui dirige en sous main le Rwanda et qui est essentiellement animé par la belle-famille du président Habyarimana... (plus loin, à propos du début du processus de démocratisation en 1992)...car il allait falloir rendre des comptes. C'est ainsi qu'un nom revenait de plus en plus sur toutes les lèvres: celui de Protaïs Zigiranyirazo dont on murmurait qu'il serait impliqué dans des trafics de gorilles et donc dans le meurtre de l'américaine Diane Fossey, mais également dans de nombreuses autres opérations criminelles allant de la drogue au trafic d'or... Les réseaux de l'Akazu sont présents dans tous les domaines de la vie politique et militaire. C'est ainsi que la Garde Présidentielle en était un des bras armés avec les "Interahamwe" ces derniers dérivant de mouvements de jeunes supporters de football organisés en milice présidentielle à partir de 1992." ("Histoire du Rwanda")
Après de nombreux recoupements, nous pouvons établir une première liste des membres de L'Akazu que le livre "Les médias du génocide" (J.P.Chrétien. Reporters sans frontières. 1995. Editions Karthala) cerne avec précision:
"Autour de Juvenal Habyarimana et de son épouse, on y trouve (dans le "réseau Zéro" et les "escadrons de la mort") le colonel Elie Sagatwa, chef d'état-major particulier du président, un sorcier amené par Sagatwa, Nathanaël Musaza, un pasteur des Adventistes du septième jour, et le noyau dur de l'Akazu: Joseph Nzirorera, le ministre des Mines, Charles Nzabagerageza, préfet de Ruhengeri, Come Bizimungu, préfet de Gisenyi lors du massacre des "Bagogwe" (en 1991, à l'instigation de l'akazu, des militaires et des militants du MRND exterminent sans raison apparente plusieurs centaines de personnes, issues d'un petit groupe tutsi marginalisé du nord-ouest du Rwanda, les "Bagogwe"), puis nommé président du conseil d'administration de la Banque Nationale du Rwanda, Léon Mugesera, conseiller du président de la République et qui sera l'un des principaux artisans de l'idéologie du génocide, Casimir Bizimungu, ministre des Affaires étrangères, Protaïs Zigiranyirazo, autre beau-frère du président très influent, le député Boniface Rucagu, le capitaine Pascal Simbikangwa, dit "le tortionnaire", un invalide qui ne se déplace qu'en chaise roulante, mais qui aime participer aux mauvais traitements des "ennemis" amenés au service central de Renseignement ou au bureau de criminologie..."
Cette liste n'est pas exhaustive, loin s'en faut. L'Akazu comprend selon la majorité des observateurs, une trentaine de personnes après 1989. A l'exception de ceux qui sont morts, tels que le président Habyarimana, le général Déogratias Nzabimana et le colonel Elie Sagatwa dans l'attentat contre l'avion présidentiel du 6 avril 1994, et à l'exception encore, des militaires "d'active" (le capitaine Pascal Simbikangwa, le colonel Théoneste Bagosora, cousin de la présidente), et des politiques chapeautant le gouvernement du génocide et la "logistique" des exodes (Casimir Bizimungu qui fondera dans les camps du Zaïre, le RDR parti extrêmiste hutu et négationniste du génocide), tous les autres se sont évanouis le 9 avril 1994 lors du pont aérien organisé pour le rapatriement des diplomates et ressortissants français (se sont ainsi mis sous la protection française, l'épouse du président Agathe Habyarimana, une dizaine de membres de sa famille et trente quatre "accompagnateurs d'orphelins", toutes leurs identités étant encore aujourd'hui, en mai 1998, tenues secrètes par la France).
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AKAZU
auxquels on peut joindre...
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La chronologie du génocide nous montre que le 9 avril 1994, rien ne permet de penser que tout est perdu pour la dictature. Les opposants Hutu principaux sont morts assassinés par la Garde Présidentielle, un comité de crise et un gouvernement intérimaire ont été nommés, de tendance "Hutu-Power", après le putsch du colonel Théoneste Bagosora et de sa junte militaire. Seuls 600 hommes du FPR sont alors à Kigali, retranchés dans le bâtiment du CND, ancienne assemblée nationale, et ne devront leur survie qu'à l'arrivée de renforts le 12 avril, trois jours après le départ de l'Akazu.
En clair, dès le déclenchement du génocide qu'ils ont programmé et minutieusement mis sur pied, l'Akazu prend la clé des champs et se fabrique un alibi pour l'avenir. Tout juste pourront-ils être gratifiés de chefs d'inculpation portant sur "l'incitation" mais pas sur la réalisation du génocide. D'ailleurs qui donc, pensent-ils sans doûte avec amusement, viendra leur demander des comptes à Paris, au Gabon, au Cameroun, au Canada ou encore en Suisse ?... Le TPIR, Tribunal Pénal International pour le Rwanda qui siège à Arusha en Tanzanie, est bien loin d'avoir vu le jour à l'époque, et ceux que la justice rattrappera sont alors sûrs de leur impunité. En 1998, il demeurait difficile de les détromper, mais heureusement pas en 2001 (emprisonnement par le TPIR de membres éminents de l'Akazu tels que Théoneste Bagosora, Tharcisse Renzaho, Protaïs Zigiranyirazo, Ferdinand Nahimana...) .
Leur fuite était un calcul, mais dans quel dessein et pour quels "intérêts supérieurs" de la nation rwandaise ?...