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Dans
Les Diables amoureux, Guillaume Apollinaire présente le
poète vénitien, contemporain de Casanova :
"
Baffo, ce fameux vérolé, surnommé l'obscène,
que l'on peut regarder comme le plus grand poète priapique
qui ait jamais existé et en même temps comme l'un
des poètes les plus lyriques du XVIIIe siècle, écrivait
dans ce patois vénitien qu'ont illustré un grand
nombre d'ouvrages remarquables dans tous les genres. (...)
Giorgio Baffo naquit à Venise en 1694 et y mourut en 1768,
âgé de soixante-quatorze ans. Il était le
dernier représentant d'une vieille famille patricienne
qui avait fourni une sultane aux Ottomans. (...)
La vie de Baffo n'est pas connu. On sait qu'il fut élu
membre de la Quarantia, cour suprême de justice à
Venise. Il possédait un palais, oeuvre de Sansovino où
il vivait, dit-il,
Dans un coin de la cuisine.
On en a conclu que le Baffo était pauvre, mais ce n'est
pas certain, il semble au contraire avoir joui d'une certaine
aisance.
Il ne se maria jamais, bien qu'il en ait eu souvent l'occasion
et plus souvent encore l'envie. De l'amour il ne connut pas seulement
le physique. Il délaisse quelquefois il sior cazzo et la
siora mona pour pétrarquiser. (...)
Le caractère de Baffo était fait d'urbanité
et de pudeur. On ne l'entendait jamais employé un terme
grossier, c'est ce qui a fait dire à Guinguené que
Baffo " parlait comme une vierge et écrivait comme
un satyre ".
Casanova de Seingalt le connut à Venise, dans sa jeunesse,
et l'on a pensé que la beauté de la mère
de Casanova, qui était comédienne, attirait le Baffo
que Casanova appelle avant tout : " grand ami de mon père
".(...)
Les poèmes de Baffo ne parurent pas de son vivant. Trois
ans après sa mort, ses amis firent paraître un recueil
qui contenait près de deux cent pièces. (...)
Gamba signale qu'il y a dans les bibliothèques de Venise
beaucoup de poèmes de Baffo : " Mais, ajoute
Gamba, tous du même calibre. Il n'y a pas d'écrit
de Giorgio Baffo qui ne soit licencieux. "
Ce
poète qui fit souvent songer à Horace avait avant
tout du bon sens, et la raison ne gênait point son lyrisme.
Pour ce qui est de son obscénité, on peut répondre
que le Baffo a chanté ce qu'il a voulu et que ce qu'il
a voulu chanter était ce qui lui plaisait le plus : l'amour.
Il l'a fait en toute liberté et avec une grandeur que le
patois vénitien ne paraissait pas devoir rendre. (...)
Le Baffo était content de son époque, il était
heureux de vivre, et de vivre à Venise, ville amphibie,
cité humide, sexe femelle de l'Europe.
Sans le Baffo, on n'imaginerait pas tout ce que fut la décadence
pleine de volupté de la Sérénissime République.
Par lui nous connaissons la vie sexuelle de Venise, les fêtes,
les osterie, les casinos, le jeu, les ballerines, les nonnes libertines.
Il n'est pas de petit événement que le Baffo ne
chante avec une obscénité sublime ; c'est la venue
d'York, c'est l'élection d'un nouveau pape, ce sont les
débuts d'une actrice, ce sont les mésaventures des
jésuites.
Les poésies manuscrites du Baffo couraient la ville. Les
jeunes femmes les lisaient en goûtant des sorbets. Cette
société raffinée qui vivaient à l'anglaise
était frappée par un lyrisme auquel les poètes
de l'époque ne l'avaient point accoutumée.(...)
Le Baffo mérite d'être connu et apprécié,
c'est un poète. Obscène, sans doute, mais dont l'obscénité
est, pour ainsi dire, pleine de noblesse.
Le Baffo viole la poésie, c'est entendu. Toutefois, cet
événement à la grandeur et la valeur symbolique
d'une fête vénitienne. Chaque année, le doge
épousait la mer. "
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Apollinaire
fait référence à l'édition de 1884 d'Isidore
Liseux d'après une traduction en vers d'Alcide Bonneau ci-dessous
présentée à gauche. En 1994, les éditions
Zulma et Pascal Dibie rééditent l'uvre de Baffo
d'après la traduction de Ribeaucourt en prose publiée
en 1876 et présentée ci-dessous à votre droite.
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Quatre
sonnets sur 423 poèmes évoquent le saphisme et les
jeux de l'enfance de manière très " mâle
" : point de salut en dehors du vit !
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BAFFO
traduit par Alcide Bonneau
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aux
éditions d'Isidore Liseux (1884)
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BAFFO
traduit par Ribeaucourt (1876)
aux
éditions Zulma et Pascal Dibie (1994)
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SUR
L'AMOUR ENTRE DEUX FEMMES
Si
j'apprends que deux femmes sont amoureuses
L'une de l'autre, me monte au nez la colère,
Parce que je pense que quand cela les pique
Autre chose ne peuvent faire que bagatelles.
Voyez les belles et bonnes foutaises !
L'une veut avec l'autre jouer à la jeune mariée,
Mais une chienne ne peut rien faire à une chienne,
Sinon lui donner des coups de langue.
Je vois bien qu'elles ont un grand contentement,
Mais leur plaisir sera toujours imparfait,
Puisqu'elles n'ont rien à s'entrer dans le corps ;
Au plus pourraient-elles, pour plus de jouissance,
Ce qui équivaudrait à danser sans violon,
S'enfiler de leurs clitoris bandants. |
SUR
L'AMOUR ENTRE FEMMES
J'entre
en colère, quand j'entends dire que deux femmes sont amoureuses
l'une de l'autre, parce que, quand il leur prend envie de foutre,
elles ne peuvent faire que des bagatelles.
Ne
sont-elles pas bien folles de vouloir faire alternativement le
mari et la femme, puisqu'une chienne ne peut tout au plus que
donner quelques coups de langue à une autre chienne ?
J'admets
qu'elles peuvent éprouver du plaisir ; mais il ne peut
être que très imparfait, puisqu'elles n'ont rien
à se mettre dedans ;
A
moins que, de même que l'on danse sans musique, elles ne
s'amusent à se foutre avec une cartouche dans le con. "
- (Ed.
Zulma Oeuvres Erotiques Baffo, p. 161).
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AUX
MEMES FEMMES
J'ai
vu ensemble deux dames, en train de jouer,
Et je ne pouvais comprendre ce jeu-là ;
Puis je vis que l'une s'allongeait sur le lit,
Et que l'autre lui léchait la moniche.
Aux mouvements convulsifs qu'elle faisait,
Je vis qu'elle éprouvait un grand plaisir,
Et au frétillement des jambes et du cul,
Je compris que de toutes ses forces elle déchargeait.
Celle qui en premier lieu était actrice
Se fit, à l'acte suivant, patiente,
Et ainsi chacune fut à son tour lécheuse.
Entre femmes, faire plus ne se pouvait ;
Mais pour rendre leur état plus heureux,
Je leur aurais voulu un vit d'un demi-pied.
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AUX
MEMES FEMMES
J'ai
vu deux femmes qui s'amusaient ensemble, et je n'y pouvais rien
comprendre. L'une était étendue sur un lit, et l'autre
lui léchait le con.
Les
mouvements convulsifs que faisaient la première dénotaient
le plaisir qu'elle épouvait, et le soulèvement de
ses jambes et de son cul indiquait qu'elle déchargeait
à chaque instant.
Celle
qui d'abord était agente devenait patiente à son
tour, et c'étaient bien deux lécheuses.
Entre
femmes, elles ne pouvaient pas faire davantage, et, pour rendre
leur bonheur complet, il eût fallu un vit long d'une palme.
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LES
FILLETTES
Pourquoi
faites-vous, chères fillettes, tant de tapages
Entre vous autres, seulettes en une chambre ?
Vous branlez vous la moniche, pauvrettes,
Ou regardez-vous qui a le poil le mieux frisé ?
Vous palpez-vous le cul, à qui l'a le plus beau,
Ou regardez-vous qui a les plus durs tétins ?
Vous essayez-vous à serrer les fesses,
Comme on fait quand l'oiseau s'y blottit ?
Oh ! si je pouvais me cacher dans un coin
Et voir les petites bêtises que vous faites !
Croyez-le, j'y aurais du plaisir pour de bon.
Mais quand je vous aurais entendues, aussitôt
Je sauterais sur pied et vous demanderais, par pitié,
De me laisser au moins décharger sur le conin.
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LES
PUCELLES
Quelle
vie menez-vous donc, chères pucelles, toutes seules dans
cette chambre ? Vous branlez-vous le con, pauvres petites, ou
regardez-vous qui a le poil le mieux frisé ? Vous palpez-vous
les fesses, pour savoir quelles sont les plus belles ? Vous assurez-vous
du degré de fermeté de vos tétons, ou vous
apprenez-vous à serrer les fesses, comme cela se fait lorque
l'on a un vit dans le con ?
Oh
! si je pouvais être dans un con, d'où je verrais
vos folies, quel plaisir j'en éprouverais !
Si
vous vous aperceviez de ma présence, je m'avancerais aussitôt,
et je vous dirais : Par pitié, laissez-moi me branler sur
votre conin.
(Ed.
Zulma 1997, p. 161) |
| DIALOGUE ENTRE DEUX FILLETTES «
Viens ça, Tonina, écoute un mot.
- Eh ! je ne puis. - Ecoute, ma chère,
Ca me cuit, que je n’en puis plus ;
Lorsque je me branle, mon coeur se console.
- Chère, puisque tu ne veux pas autre
chose, moi aussi,
Ca me picote sans cesse et ça se mouille,
Mais j’ai bien soin de me branler chaque jour,
Et spécialement quand je suis seule.
- Ah ! que sens-je ? Je ne puis plus durer !
Va-t’en au diable ! Quelle folle tu es !
Mets-moi ton doigt dans le con, je veux jouir.
- Ecoute, Anzoletta ; bien plutôt
sur ma foi,
Faisons-nous enfiler un peur par quelqu’un :
L’avoir intact ou fracassé, c’est la même
chose. »
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CONVERSATION ENTRE DEUX JEUNES
FILLES
Viens ici, Tonina, j'ai un mot à te dire. Ah ! je n'en
puis plus... Ecoute : j'ai là une démangeaison,
qui ne me permet pas de rester en place. Quand je me chatouille
un peu, cela me soulage.
- Oh ! si ce n'est que cela, ma chère, moi aussi, j'y
ressens toujours des démangeaisons, et c'est toujours mouillé
; mais j'y remédie en me branlant tous les jours, dès
que je sui seule.
- Ah ! je sens que je n'y résisterai pas. - Allons ! laisse-moi
tranquille... Que tu es folle ! - Mets-moi un doigt dans le con,
car je veux décharger.
Ecoute, Anzoletta, il vaut mieux, en vérité, nous
faire foutre par quelqu'un, car peu importe qu'il soit intact
ou défloré.
(Ed.
Zulma 1997, p. 164) |
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