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« Mais l’aveu d’homosexualité dans
l’œuvre de Madame Dufrénoy n’est, bien
sûr, jamais direct. C’est en consultant une édition
ultérieure de 1827 que nous avons pu découvrir,
dans une note que Saint-Huberty, à qui s’adresse
ce premier moment de l’amour » est, en réalité,
le nom de scène d’une cantatrice de l’Académie
de Musique.
Ecrire d’Amour, Anthologie de textes érotiques
féminins (1789-1984) par Claudine Brécourt-Villars
(Ramsay, 1985) est le premier livre qui nous fit connaitre
saphiquement Adélaïde
Dufrénoy. Dominé par le règne de
Louis XV (1723-1774) et par les lumières philosophiques dont
Diderot, Montesquieu, Voltaire, Rousseau sont les chantres, le XVIIIe
siècle
s'achève
par les couleurs de sang et d'espoir de la Révolution française.
Dans ce contexte, la versification jouit d'une mode : les poèmes
didactiques fleurissent mais la poésie dort. Seul
André Chénier
(1762-1794) troublera son sommeil. Dans ce silence de la lyre, la
poésie
féminine du XVIIIe à laquelle Robert Sabatier
consacre trois pages, dans l' histoire de la poésie française en
neuf volumes, ne trouve pas grâce à ses
yeux. Malgré tout,
poète historien exhaustif, il attire notre attention sur Adélaïde
Dufrénoy qui fêta ses 35 ans en 1800 :
"
Le lointain souvenir de Louise Labé apparaît par éclairs
dans les œuvres d'Adélaïde-Gilette Billet, Dame Dufrénoy.
Elle commença par des œuvres héroïques qu'il vaut mieux
oublier, avant de brûler d'amour dans ses vers. (...) Son ami Fontanes
l'aida à corriger ses élégies. Elle sait être
tendre, aimante, passionnée, mais elle ne fait pas bien ses vers
et ne peut se départir de prosaïsme. Au moment où un élan
entraîne son lecteur, quelque faute l'arrête dans son enthousiasme.
On l'appela la "Sappho française". Il y a beaucoup de
soupirs et de caresses dans ses poèmes. La petite pièce intitulée
le Bonheur suffit à dire l'ardeur de la dame et son manque de talent
pour la confier".
La critique du poète Pierre Béarn,
homme sans détour, renchérit
celle, sans appel, de Robert Sabatier :
"
Alors que son érotisme reste imbibé de frissons
mythologiques du genre :
Ta voix, plus douce encor qu'une douce musique,
Nous révèle Apollon, qui sur sa lyre d'or
Des beautés de son art déroule le trésor !
Tant
de médiocrité m'en avait écarté".
Née en 1765 de Jacques Billet, joaillier de la cour du Roi de
Pologne, Adélaïde reçoit une éducation où l'enseignement
du latin et de la versification prennent leur place. A quatorze ans,
elle entre au couvent des Sœurs hospitalières dirigé par
sa tante et le quitte pour épouser Petit-Dufrénoy, procureur
au Châtelet de Paris.Dans l’une
de ses poésies inspirées par l’amour filial « Le
Refroidissement, à ma mère » Adélaïde
Dufrénoy écrira :
A
quinze ans j’embrassai l’hymen
avec effroi ,
Cet instant fut celui de mes premières larmes :
Pour un cœur de quinze ans le monde a tant de charmes !
Je m’éloignais de vous : il n’en eut plus pour
moi.
(in Œuvres poétiques
de Madame Dufrénoy
p. 105.)
En 1787, quelques unes de ses
poésies
légères sont publiées dans l'Almanach des Muses.
En 1792, elle accouche de Pierre-Armand Dufrénoy (futur géologue
minéralogiste, membre de l'Académie des Sciences). Elle
se lie d'amitié avec La Harpe, Benjamin Constant, Condorcet, le
chansonnier Béranger et Fontanes qui l'aide à corriger
ses poèmes. Sous le consulat, Monsieur Dufrénoy est greffier à Alexandrie.
Adélaïde supplée son époux dans sa charge de
copiste jusqu'à sa retraite car il devient aveugle. De retour
en France, Dame Dufrénoy écrit pour subvenir à ses
besoins des traductions, des romans, des ouvrages d'éducation à succès
et un recueil d'élégies (1807) couronné par l'Académie
française en 1814. Tenant un salon littéraire et politique,
pensionnée par Napoléon Ier, Dame Dufrénoy inspira à Béranger la
chanson suivante :
"Si, comme Sappho, qu'elle égale,
Elle eût en proie à deux penchants,
Des amours, amours, ardente rivale,
Aux Grâces consacré ses chants ;
Parny près d'une Eléonore
Ne l'aurait pas pu voir sans effroi."
D'Adélaïde Dufrénoy,
sans regret, ni censure, nous "déroulerons le trésor
des beautés de son art" dans l’ordre établi
par A. Jay en 1827, au moyen duquel elle nous conte "le premier
moment de l'amour".
Les Œuvres de Madame Dufrenoy
rendent plusieurs fois hommage à la dixième Muse. Adélaïde
Dufrenoy écrivit de nombreuses élégies et prit pour
maître de la poésie élégiaque Evariste Parny,
amoureux de son Eléonore et, dans son poème L’Origine
de l’élégie, Adélaïde Dufrénoy
ignore Sappho mais chante Erinne :
« Dans ma jeunesse
on me fit présent des Elégies de
Parny, de cet auteur divin ; déjà la passion de la
poésie
dévorait mon âme ; j’étais sensible et
malheureuse, l’élégie devenait mon domaine. Pour
bien me pénétrer
de ses différents caractères, j’étudiai
les anciens ; je ne quittais plus Catulle, Tibulle et Properce. Ils
occupaient
mes jours, enchantaient mes veilles, bientôt je les sus par
cœur
; et cependant, je les lisais sans cesse. Parny me semblait les avoir
atteints ; et je cherchai à suivre ses traces sans néanmoins
l’imiter, l’amour n’ayant pas chez les femmes la
même
expression que chez les hommes. Moins passionnées, peut-être
plus tendres, ces nuances me parurent ouvrir un nouveau sentier à l’élégie. »
Cependant dans l’épître Corine à Oswald inspirée du
roman de Mme de Staël Corinne ou l’Italie (1803),
la condition de la femme est dénoncée entre les vers.
L’amant
ne peut épouser une femme au faîte de la gloire, admirée
et aimée de tous, car il craint qu’elle ne puisse satisfaire
ses devoirs d’épouse soumise et discrète. Par amour,
le « je » de l’épître, Corine, fille de
Sapho, est prête à se plier aux désirs de son amant
Oswald, « volupté suprême ». Cependant à l’égal
de Phaon, le « souverain maître » la rejette
car trop « célèbre » femme.
Une telle problématique de
visibilité de la femme dans les mœurs occidentales peut être
mis en parallèle avec l’obligation du port du voile pour
la femme musulmane.
CORINE
A OSWALD.
Oui, je t’appartiens
pour toujours ;
J’en jure par Vénus, par le dieu qui m’engage,
Ce dieu qui, me voulant donner quelques beaux jours,
M’a fait chérir en toi son plus parfait ouvrage.
Nulle amante jamais encore
N’a senti tout l’amour dont je suis embrasée ;
Ariane aima moins Thésée,
Andromaque aima moins Hector,
O tendre ami ! que je ne t’aime.
Oswald ma volupté suprême
!
Sur toi seul désormais s’attachent mes désirs ;
Ton cœur est tout pour moi, ton cœur seul est ma vie ;
La gloire, qui me tint si long-temps asservie,
Ne me commande plus d’ambitieux soupirs ;
Cette gloire tant adorée
Je n’en veux plus être parée
Que dans l’espoir délicieux
D’être plus belle et plus chère à tes yeux.
L’hommage savant que m’adresse
Un peuple idolâtre des arts,
Cet encens, qui vers moi monte de toutes parts ;
Ne m’ont jamais donné la moitié de l’ivresse
Que me donne un de tes regards ;
Tes regards ! ils font mes délices
;
Je me plais à sentir leur charme impérieux ;
Alors que, plus touchants, ils me sont plus propices,
Je ne suis plus mortelle, et me crois dans les cieux.
Mais les cieux n’offrent point, ton amante en est sûre,
Un dieu plus beau qu’Oswald ; plus digne de ma foi ;
Pour leur bonheur divin, leur volupté si pure,
Je ne changerais pas l’amour que j’ai pour toi.
Ah pourquoi cet amour, qui me perdra peut-être,
N’a-t-il pas embelli les jours de mon printemps !
Devait-il si tard m’apparaître
Celui que j’espérai, que je cherchai long-temps !
Enfin je t’ai trouvé, toi, mon souverain maître !
Ton cœur pourrait-il donc reprocher à mon cœur
L’erreur d’un sentiment que tu n’as pas fait naître
!
Ah ! ces vulgaires feux, cette idéale ardeur,
Dont je ne nourris plus qu’un souvenir pénible,
Qu’étaient-ils pour Corine, hélas
!
Près de cette flamme invincible
Qui la précipite en tes bras
!
Non, non, ce ne sont point, fatale expérience !
Nos premiers vœux, perdus dans de vagues penchants,
Qui montrent de l’amour l’invincible puissance ;
C’est sur-tout dans l’été des
ans
Qu’aux grandes passions nos ames accessibles
Forment ces nœuds indestructibles
Qui donnent le bonheur ou plongent au cercueil.
On te dira sans doute, en m’accusant d’orgueil,
Que, de l’éclat des arts uniquement jalouse,
Et n’aspirant qu’à leur
laurier,
Je ne saurai point me plier
Aux modestes devoir d’épouse
:
Méprise ce discours trompeurs
;
Le besoin de la renommée,
Amour le plus puissant qui germe en votre cœur,
Chez la femme toujours cède à l’attrait vainqueur,
Qui fait tous nos destins, d’aimer et d’être aimée.
Si tu me confiais ton sort,
Si par les lois de l’hyménée
A toi je me voyais pour jamais enchaînée,
Sans regret comme sans effort,
Pour vivre à tes côtés,
laissant ma lyre oisive,
Je quitterais soudain la poétique rive
Où j’illustrai mon nom par de brillants travaux,
Où m’attendaient encor des triomphes nouveaux.
Eh ! que m’importe la couronne
Dont le front de Sapho fut noblement paré !
J’ai soif du vrai bonheur, et l’amour seul le donne.
Oswald, amant idolâtré,
Abjure cette erreur qui me remplit d’alarmes ;
Pardonne à ma célébrité.
L’amante à l’obscurité
A tes yeux relève les charmes.
Te sera-t-elle, hélas ! plus soumise que moi ?
Faut-il haïr les arts pour te garder sa foi ?
Va, d’une ame sans énergie
N’attends qu’un faible
sentiment ;
Elle t’aimera moins durant toute sa vie
Que je ne t’aime en un moment.
in Œuvres
de Mme Dufrénoy (Moutardier, Libraire 1827, pp. 158 à 161)
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Dans Ecrire d’Amour, Anthologie de textes érotiques féminins (1789-1984) Claudine Brécourt-Villars écrit au sujet d’Adélaïde
Dufrénoy :
« Mais l’aveu d’homosexualité dans l’œuvre
de Madame Dufrénoy n’est, bien sûr, jamais direct.
C’est en consultant une édition ultérieure de 1827
que nous avons pu découvrir, dans une note que Saint-Huberty, à qui
s’adresse ce premier moment de l’amour » est,
en réalité,
le nom de scène d’une cantatrice de l’Académie
de Musique.
Seuls les lecteurs attentifs à la note de l’édition
de 1827 pourraient comprendre que cet amour caché serait lesbien
car Saint-Huberty à laquelle est destinée cette élégie,
est le pseudonyme d'une cantatrice de l'Académie de Musique, épouse
de M. d'Entragues :
«
Délicieusement émue,
En silence sur toi j'ose attacher ma vue.
(....)
Je dois te cacher mon amour;
Mais je le chanterai sans cesse. »
Contre-exemples
poétiques, ces lignes témoigneraient de
la quasi-clandestinité dans laquelle les femmes éprises
de femmes conduisaient encore hier leur vie sentimentale. Le silence,
les cachotteries ou les travestissements de la réalité étaient
pour certaines (tains) une règle de vie pour se protéger
de la déconsidération de leur environnement.
Néanmoins Claudine Brécourt-Villars ne se
laisse-t-elle pas aller à une lecture Queer et lesbianisante
de la poésie d’Adélaïde
Dufrénoy qui peut-être se retourne dans sa tombe ? Je
vous laisse juge :
LE PREMIER MOMENT
DE L'AMOUR.
Il est sacré pour
moi, c'est mon premier beau jour,
Le seul dont je me plaise à fêter le retour,
Ce jour heureux où ta présence
Ouvrit mon cœur paisible au trouble de l'amour,
Et d'un bien inconnu m'apporta l'espérance.
J'assistais, attentive, à ce concert fameux
Où de Saint-Huberty de
la voix mélodieuse,
Où du célèbre Raul la
flûte harmonieuse
Des transports de Vénus exhaltaient tous les feux.
Muette, étonnée, attendrie,
Je m'abandonnais doucement
A cette vague rêverie
Qui pour une âme neuve est presque un sentiment.
Un son voluptueux qui meurt à mon oreille
Me fait tressaillir malgré moi :
Je lève mes regards; ils s'arrêtent sur toi.
Je doute un instant si je veille.
Ce front majestueux, ce regard séducteur,
Et ce sourire plein de douceur,
Et cette auréole de gloire
Dont resplendit l'amant des filles de Mémoire,
Portent le délire en mon cœur.
Que ne va point rêver ton amante trop vaine !
Je crois d'abord, je crois que le maître des dieux,
Revêtant une forme humaine,
Pour m'éblouir quitte les cieux.
Que dis-je ? Jupiter semble moins radieux
Alors que, triomphant d'une nymphe éperdue,
Sur son char orgueilleux il sillonne la nue;
Mars, du sein de Cypris s'élançant au combat,
A moins de grâce, moins d'éclat.
Délicieusement émue,
En silence sur toi j'ose attacher ma vue.
Mais, ô combien s'accroit mon désordre enchanteur,
Lorsque, cédant aux voeux d'un monde admirateur,
Ta voix, plus douce encor qu'une douce musique,
Nous révèle Apollon, qui sur sa lyre d'or
Des beautés de son art déroule le trésor !
Pour te mieux écouter, je retiens mon haleine.
Tu cesses de chanter, une ivresse soudaine
Fait circuler au loin un murmure flatteur :
Chaque applaudissement retentit dans mon coeur ;
C'est là que sont gravés et tes vers et toi-même.
Dieux ! combien je jouis d'admirer ce que j'aime,
D'entendre son éloge en tous lieux répété,
Et de sentir déjà ton immortalité !
Hélas ! Ce seul bonheur permis à ma tendresse,
J'en veux jouir du moins jusqu'à mon dernier jour.
Je dois te cacher mon amour;
Mais je le chanterai sans cesse.
in Œuvres
de Mme Dufrénoy (Moutardier, Libraire 1827, pp. 13 à 15)
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Dans l'épître suivante
adressée à une amie éloignée
d'elle par le devoir conjugal, Adélaïde déclare son
amitié passionnée :
« Moi, vivant obscure et cachée,
Vous désirant matin et soir, »
Seul le génie littéraire
peut-il émouvoir le lecteur
lorsque sous les défauts de l'écriture, l'amitié s'enflamme
!
A Madame d'ANTREMONT
(Bourdic-Viot)
sur son départ pour Barcelone.
DIGNE objet des vœux
d'une amie,
Vous dont le commerce enchanteur
Eclairait mon esprit et consolait mon cœur
Des infortunes de ma vie,
Je vous perds ! Un tendre devoir
Sur les pas d'un époux loin de moi vous entraîne.
Ah ! si pour adoucir ma peine
Je pouvais du retour nourrir le doux espoir !
Dans ce vaste Paris, où, partout recherchée,
Pour satisfaire à tant de vœux
Vous étiez présente en cent lieux,
Moi, vivant obscure et cachée,
Vous désirant matin et soir,
Lorsque je n'avais pu vous voir
Du-je vous avais cherchée ;
Si d'un nuage obscur s'enveloppaient mes jours,
Si de mon triste cœur s'envolait l'espérance,
Votre image venait toujours
De ce cœur abattu relever la constance,
Et j'appelais à mon secours
Le charme de votre présence.
Comment de mes ennuis suspendrais-je le cours ?
Comment occuper votre absence ?
Relirai-je ces vers exquis,
Dignes d'Anacréon , presque digne d'Horace ,
Ces vers modèle heureux de finesse et de grâce ;
Et qu'on retient d'abord sans les avoir appris ?
Rien de vous ne me dédommage ;
Vos vers accroîtraient ma douleur ;
Je ne verrais dans votre ouvrage
Qu'une raison de plus d'en regretter l'auteur.
Ah ! ce départ que je déteste
Rappelle à mes sens éperdus
L'adieu si cher et si funeste
D'amis que je n'ai point revus !
Comme eux peut-être, hélas ! ne vous verrai-je plus
! *
Peut-être lorsqu'un soir prospère
Vous ramènera dans Paris,
Les Alpes et le Mont Cénis
Entre la France et moi poseront leur barrière !
Sous un ciel étranger reléguée à mon
tour,
Peut-être alors, plaintive, solitaire,
Loin de ma sœur, loin de ma mère,
Loin d'un fils, mon dernier amour,
Je verrai finir ma carrière.
Pardonnez si mon cœur d'un douloureux tableau
Afflige votre âme sensible ;
Ah ! Comment voir sourire un avenir plus beau,
Quand le présent est si pénible !
Croyez du moins, croyez, quelque soit mon destin,
Que vos traits, vos bontés vivront dans ma mémoire
Tant que le moindre souffle animera mon sein ;
Croyez que vos succès, vos travaux, votre gloire
Me seront chers en tous les temps,
Qu'en tous lieux, à tous les instants
De mon cœur vous serez suivie,
Et que vos doux soins les souvenirs constants
Ne s'éteindront qu'avec ma vie.
NOTES
* Comme eux peut-être,
hélas ! ne vous verrai-je plus !
Le triste pressentiment que me dicta ce vers se réalisa.
Madame Bourdic-Viot n’arriva point à Barcelone
; elle fut enlevée en route par une maladie violente.
La vieille du jour où cette douloureuse nouvelle
fut consignée dans les journaux j’avais reçu
une lettre d’elle, mêlée de vers, dans
laquelle elle faisait des projets délicieux pour
le printemps suivant (on était à la fin de
l’été). La dernière partie de
cette lettre était le contraste parfait de la première
; là elle s’enivrait des plus douces illusions,
elle m’associait aux jouissances qu’elle se
promettait ; ici son style avait une teinte si douloureusement
mélancolique, que ma tendresse s’en alarma.
Je me dis en soupirant : cette femme si aimable, si vive,
si légère même, quoique si véritablement
affectueuse et bonne, s’étourdit, mais elle
n’est point heureuse. Héla ! les projets,
les espérances, les peines, tout était terminé.
Il ne restait plus d’elle que ses ouvrages ; elle
n’existait plus que dans le cœur de ceux qui
l’avaient aimée. Son trépas subit et
prématuré me porta le coup le plus terrible
; je perdais en elle une véritable amie ; mes regrets
furent profonds comme mes sentiments. Son époux,
qui n’a jamais pu se consoler de sa perte, avait
rassemblé avec soin ses poésies ; il se préparait à les
donner au public, lorsque la mort est venue le surprendre.
in Œuvres
de Mme Dufrénoy (Moutardier, Libraire 1827, pp.
119 à 15 et p. 314)
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Adélaïde
Dufrénoy
écrit : " je
perdais en elle une véritable amie." Dans
ses poésies, la rimeuse s'enflamme et un style emphatique peut
tromper le lecteur moderne. Mais une lecture attentive des Oeuvres de
Mme Dufrénoy pas plus que celles de
Louise Labé ne
permet de déceler un aveu d'homosexualité.
Et pourtant Dame Dufrénoy s’emballe au sujet de :
L’AMITIE
A MADAME LA BARONNE DE FREVILLE
Non, ce n’est pas le
seul amour
Qui, soudain s’emparant d’une ame,
Par un mot, un regard, l’enchaîne sans retour
;
Il est une amitié dont la céleste flamme,
Pour nous pénétrer fortement,
N’a, comme l’autre amour, besoin que d’un
moment.
A peine je vous avais vue,
Que déjà votre image occupait tout mon cœur ;
Je vous avais à peine une fois entendue,
Que votre organe séducteur
Retentissait toujours à mon oreille émue.
Adèle, peignez-vous mon doux ravissement,
Quand je sus que mon nom était aussi le vôtre !
Ce rapport fut pour moi comme un pressentiment
Du nœud qui nous devait attacher l’une à l’autre.
Ce premier entretien touchant,
Où de vos tendres maux se révéla l’histoire,
Ne sortant plus de ma mémoire,
Pour vous a loin de vous décidé mon penchant.
Combien durant le cours de mes nuits solitaires,
Quand du sommeil en vain j’implorais les faveurs,
Pour m’attendrir sur vos douleurs,
J’oubliai mes longues misères !
Seule, sans le savoir, vous aviez tous mes vœux.
Ah ! si par un instinct heureux
Je vous aimai sans vous connaître,
Quel sentiment dans mon cœur devait naître
Alors que j’ai joui, vous voyant de plus près,
De cet esprit, naïve et modeste parure
Dont vous ornez sans art les dons de la nature !
Belle de vos talents, ce premier des attraits,
Vous me présentez Minerve, Terpsichore ;
Nulle que vous jamais encore
Ne sut lire, parler, écrire tour-à-tour
Avec moins de travail, et pourtant plus de grace,
Les langues de Milton, de Caldéron, du Tasse,
Et celle que Racine a conquise à l’amour ;
Nulle encor comme vous n’a sous sa main brillante
Trouvé le tendre accord qui va chercher le cœur,
Sous sa plume le mot qui touche une ame aimante,
Ni son pinceau créateur
Enrichi la toile savante
D’un site où l’œil séduit entrevoit le bonheur.
Mais, ô tant douce enchanteresse !
Ce qui vous rend sur-tout sans égale à mes yeux
C’est cet abandon précieux,
Cette exquise délicatesse
Dont s’embellit votre amitié.
Celle que je vous porte est presque de l’ivresse :
Oui depuis qu’à mon cœur votre cœur est lié,
Je suis bien plus vous que moi-même ;
Mes goûts, mes sentiments vous sont subordonnés :
Je condamne d’abord ce que vous condamnez ;
Ce qui vous plaît, d’abord je l’aime :
De mes malheurs passés le cruel souvenir,
Les nouveaux où je suis en proie,
Ceux que m’apprête encor l’incertain avenir,
Rien ne peut près de vous troubler ma pure joie,
Me coûter de pleurs que vos pleurs.
Un charme impérieux à vos côtés m’enchaîne
;
J’y goûte chaque jour des plaisirs plus flatteurs :
Vous quitter est toute ma peine.
Suis-je seule, je rêve à vous ;
Suis-je au milieu du monde, où me suit votre image,
Votre nom, si cher et si doux,
Vient animer ma voix, qui vous cherche un suffrage.
Je voudrais en tribut à vos pieds apporter
De l’univers épris le respect et l’hommage.
L’homme dont la tendresse aurait pu vous flatter,
S’il prodiguait pour vous son amour et sa vie,
Je l’aimerais à la folie ;
Mais, je vous l’avoûrai, je croi
Que la femme après vous de moi la plus chérie,
Si vous la préfériez à moi,
Serait un peu moins mon amie.
in Œuvres
de Mme Dufrénoy (Moutardier, Libraire 1827, pp.
271)
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travail inachevé... Alcée. Elégie historique p. 187 et Le retour à
M. Laya p. 259.
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