Sixième Solo
Dans le noir total, un
homme habillé en marié et tenant une lanterne
entre sur scène avec un bouquet de roses à la
main
Le
début
Tenez! Tenez! Et
tenez!
Et là encore!
Et encore là! Et en voilà! Et là! Et
là!
Et dans ce coin-ci, il
y en a aussi!
Et de là! Et
d'ici!
Voyez-vous
ça!
Et encore
ici!
Mais c'est pas
possible!
Mais si c'est
possible! Et d'ici, et encore, et pourquoi pas! Bien
sûr!
Pas ici? Mais
oui!
Et là, et
là! Et dans ce recoin? Mais oui, bien sûr! Et
pourquoi pas! Hein! c'est vrai? Pourquoi pas? Il n'y en
aurait pas? Il y aurait bien des gens pour dire:
«Tiens, mais pourquoi il n'y en a pas
ici?»
Eh! mais oui, mais
justement, tiens, ça tombe bien, eh bien il y en
a!
Et là
aussi!
Personne n'est venu
depuis combien de temps ici pour enlever
ça?
Il faut
l'enlever.
Les gens s'imaginent
peut-être que c'est moi qui vais l'enlever!
Mais alors il ferait
beau voir!
Tiens, il y en a
encore un petit morceau, ici!
Et
là!
Non, mais alors
là! C'est quoi? Ça c'en est? Oui c'en
est!
Oh! et puis des
tout-petits aussi!
Ah! ben ça il
faut que je le dise aussi, qu'il y en a des
tout-petits!
C'est un nid!
Là! Un nid!
C'est un
nid!
Je suis tombé
sur un nid!
Eh oh! eh! oh! Un
nid!
Faudrait des crochets
spéciaux pour aller dans ces
recoins-là!
Il faudrait demander
si quelqu'un n'a pas des crochets
spéciaux!
Quelqu'un a-t-il des
crochets spéciaux pour aller dans ces
recoins-là?
Parce qu'il y en a
plein, dans là-dedans!
Et là! Bon
!
Ouf!
Ouffie!
Si je commence
à m'occuper de ces nids! Parce que c'est des
nids!
Alors on est
beau!
Peut-être il
faudrait du pétrole!
J'aurais dû
apporter du pétrole!
Beaucoup plus
tard l'homme raconte l'histoire de la veste bleue
:
Un matin, tiens, le
pousseur-freineur, il m'avait emprunté ma veste, bon,
j'avais qu'un veste! Il voulait pas la rendre, bon, c'est
l'ennui des pousseurs-freineurs! Ils sont gentils, mais ils
font des fixations sur les habits des gens, c'est comme
ça, et donc, bon, moi, du temps qu'il était en
train de prendre sa douche! Parce que les
pousseurs-freineurs sont propres! Eh oui! ils sont
derrière, dans la bête à quatre, donc,
ils se prennent toute la saleté pendant tout le
voyage et ils sont donc obligés de se laver deux fois
plus que les autres! Et donc, il prenait sa douche mais dans
le hall de l'hôtel, à un endroit spécial
pour la douche, et moi j'en profite pour l'enfermer dans la
douche à double-tour et je vais dans sa chambre et je
lui repique ma veste pour-dans l'idée de la porter au
pressing! Et lui il s'aperçoit que je l'ai
enfermé dans la douche et il se met à taper
contre la porte, au secours, au secours, bon genre, pour
rire! Moi, je descends l'escalier de l'hôtel,
j'entends un ramdam de tous les diables... Des gens qui
courent dans l'escalier, et je me retrouve nez à nez
avec un policier qui avait un revolver à la main. Il
me prend par le bras: «Je vous
arrête!»
Oh la la, oh la
la
Je le suis!
- Qu'est-ce que c'est
cette veste bleue?
Oh! putain, les
pousseurs-freineurs, c'est quelque chose! Tu vois pas qu'il
avait averti la police déjà!
Bon! On descend un
étage de plus, et l'autre avec le revolver il me
tenait le bras! «- Avancez!» On arrive dans la rue
et je vois tout un attroupement, devant l'hôtel, avec
la vieille avec la perruque et d'autres policiers et des
passants! Et ils se mettent à crier: «C'est lui,
c'est lui!»
C'était moi,
effectivement, c'était moi.
- Qu'est-ce que
c'est?
- La veste
bleue!
- La veste
bleue!!!
J'y comprenais
rien!
J'ai dit: «Mais
je comprends pas, j'ai rien fait, je sors de
l'hôtel!»
- Non non, c'est
lui!
- Il faut demander
à la vieille!
Finalement au bout
d'un demi-moment, je commence à comprendre qu'un
type, avec une veste bleue, venait de voler un sac à
main à une vieille et était parti en courant,
avait disparu, était peut-être entré
dans cet hôtel et que le policier avec le revolver
pensait que c'était moi!
- Mais attendez,
attendez, j'étais dans ma chambre! Cette veste c'est
celle de mon pousseur-freineur qui est enfermé dans
la douche!
Bon, c'était
compliqué à expliquer!
Parce que j'imaginais
sa tête si je lui ouvrais la porte de la douche avec
un flic et un revolver! Sûr il aurait nier! Ça
j'étais sûr qu'il aurait nié!
C'était le genre!
Bref, la police elle
dit: «De toute façon, la voilà, la
mémé, elle va dire si elle vous
reconnaît!»
- Oh
pétard!
Je vois arriver une
vieille au bras d'un flic... Mais toute courbée
avec des lunettes genre cul de bouteille, toute
voûtée, presque gâteuse! qui s'approche
de moi!
- Alors vous le
reconnaissez?
Et cet instant, cet
instant! Où moi, innocent, cloué! Dans la rue,
devant tout le monde, mon sort était suspendu
à l'entendement d'une vieille folle!
Une
éternité ça a duré!
Elle m'inspectait,
presque me sentait! A l'odeur!
Et puis:
- Non, c'est pas
lui!
- Oh! putain, merci,
merci mémé!
Tenez, prenez ma
carte, je m'appelle Yorrick! Si vous passez par ici, vous
avez qu'à me demander! J'habite un caveau d'une seule
place mais on pourra se serrer, je jouerai avec vos
lunettes! Pour faire des petites guirlandes,
mémé!
Brave, brave
mémé!
Le pousseur-freineur
continuait à taper!
- Oh! merde, cette
porte de douche!
Je suis
remonté, je lui ai ouvert, et je lui ai donné
ma veste!
Grand seigneur,
magnanime!
Vrai prestation de
deuxième pousseur!
Classe!
(C'est moi qui
écris, autant me donner le beau
rôle!)
A la fin
:
Il faudrait avoir la
joie de revenir dans un endroit qu'on a aimé, sans
jamais en être parti!
Il faudrait pouvoir se
rencontrer soi-même pour se remercier!
Il faudrait s'offrir
une cigarette avec gentillesse et ne pas pouvoir se la
refuser sous peine de se fâcher!
Il faudrait faire tant
de choses!
Il faudrait faire du
théâtre avec un pantalon à rayures et
une jaquette grise!
Il faudrait choisir
une musique qu'on pourrait appeler adéquate sans que
quiconque est l'envie de vous contredire!
Il faudrait se mettre
à danser sur cette musique alors qu'on a jamais fait
d'étude de danse!
Il faudrait rattraper
le retard pour finir par arriver en avance...
Tellement en avance
qu'on arriverait à se dépasser!
Il faudrait savoir
qu'un jour il serait possible qu'on y arrive pas!
Mais il faudrait
savoir aussi que, tout en essayant sans arrêt de se
dépasser, il faudrait devenir tellement faible qu'il
deviendra de plus en plus possible de se
dépasser!
Il faudrait atteindre
la faiblesse indépassable!
L'ingénument de
l'innocence!
Le sourire.
Il faudrait
sourire!
Il faudrait rire
dessous!
J'ai appris cela au
Mexique, il y a quelques années, dans une maison
close, avec un jardin intérieur, une fontaine, et un
air qui venait d'un kiosque, au loin!
C'est ce que j'ai
appris!
Je dansais dans les
rues! Comme un feu follet! Dans les cimetières, sur
les collines en pente, au bord de la mer!
Comme dans le
Sud!
Ou bien même
seul!
La nuit!
Lorsque même les
embruns dorment!
Feu follet!
Fuego Loco!
Ce qui nous
reste!
Après nous
être endormi!
© Serge
Valletti
Date
de création de cette pièce