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NOS
PROPOSITIONS
Etre
une force de proposition auprès des pouvoirs publics, faire
évoluer les lois et les mentalités, interpeller l'opinion
publique :
Pour
une loi-cadre
Les
violences conjugales, tout en se manifestant dans le domaine privé,
expriment de la façon la plus brutale la persistance d'inégalités
entre les hommes et les femmes dans notre société.
Cette violence perpétrée quasi exclusivement par des
hommes sur les femmes qu'ils disent « aimer », tire
son origine de conceptions inégalitaires des droits des hommes
et des femmes. Pour les agresseurs, les femmes ont moins de droits
qu’eux à la liberté, au respect et à
la décision.
Nos lois reconnaissent le droit de chacun à l'intégrité
physique et morale ainsi que l'égalité des droits
entre les hommes et les femmes. Pour que ces principes fondamentaux
deviennent réalité, la loi doit évoluer : elle
doit intégrer toutes les dimensions du phénomène
de violence conjugale au-delà des violences physiques, prévoir
des sanctions « adaptées » pour les auteurs des
violences, prendre en compte les conséquences sur les enfants
et imposer des efforts de prévention et d’éducation.
L'Espagne nous a montré l'exemple en votant une loi organique
contre la « violence de genre » et affiche la volonté
d'en finir avec des réponses partielles.
En France, la question des violences conjugales interpelle tous
les acteurs politiques, au-delà des clivages partisans. Le
« Guide de l'action publique » publié par la
Chancellerie et la qualité des débats au Sénat
en témoignent. Aujourd’hui, l'ampleur du phénomène
est reconnue et condamnée par tous. Il y a par ailleurs une
prise de conscience de la spécificité des violences
conjugales en tant que phénomène à la fois
individuel et social, constituant de surcroît un problème
de santé publique. Ces actes sont moralement condamnés
par tous : il s'agit d'un phénomène perpétré
au sein de la sphère privée qui doit faire l'objet
d'une intervention du législateur.
La loi pénale évolue dans le sens d'une reconnaissance
de la gravité des faits et accentue la répression
des auteurs. Si la sanction est indispensable (un gros travail est
encore à faire pour une répression effective des faits),
elle ne peut être l'unique réponse. En effet, la loi
pénale a devancé les mentalités, mais si elle
n'est pas relayée par d'autres dynamiques, elle n'a pas le
pouvoir, à elle seule, de changer les schémas culturels
profondément ancrés dans les mentalités. Le
rapport de domination des hommes sur les femmes a longtemps été
la norme dans nos sociétés. Bien que la situation
des femmes ait évoluée positivement, des millions
d’entre elles se heurtent encore à de nombreuses discriminations,
conséquences d’une conception archaïque de la
place qu’elles doivent occuper dans la société,
notamment au sein de la famille.
Le droit permet de civiliser le rapport entre les hommes et les
femmes pour promouvoir une symbolique de l'échange basée
sur la reconnaissance de l'autre dans son altérité.
En matière de violences conjugales, le droit français
apparaît comme une accumulation de circulaires, de jurisprudences
paradoxales, d'articles, de procédures. Il perd de sa cohérence
et sa valeur symbolique est contournée au profit de l'interprétation
subjective des professionnels chargés de la mettre en œuvre.
Il n'y a que 6% de suites pénales dans les situations de
violences conjugales. C'est pourtant, en termes de visibilité
et de positionnement clair, l'instance pénale qui devrait
se mobiliser.
Les violences conjugales sont initiales et initiatiques du rapport
à la loi, de l'interdit des violences, de la construction
de la citoyenneté, du rapport masculin-féminin et
de la confusion des sentiments d’amour et de violence.
Une loi-cadre globale et cohérente est indispensable afin
de rassembler ce qui est épars, voire contradictoire. Elle
serait porteuse de sens commun et de valeur commune, au-delà
de la sanction individuelle.
Les propositions de loi déposées aux Sénat
en novembre 2004 ont passé la première étape
d’un débat et d’un vote en plénière
le 29 mars 2005. Une navette est donc en cours. Nous proposons donc
aujourd’hui la contribution suivante à l'élaboration
d’une loi-cadre :
>Resituer
l’infraction que constitue la violence sur son conjoint dans
son contexte social : au-delà des faits, elle est le signe
de la volonté de l’agresseur de contrôler sa
conjointe, de lui dicter sa conduite et de lui imposer sa vision
de la relation conjugale.
>Définir
le rôle de l'éducation et de l'école, afin d’endiguer
le problème : prévention des comportements sexistes
en imposant dès la maternelle une grande vigilance quant
à l’application des principes d’égalité
; éducation à la résolution non violente des
conflits.
>Former
les acteurs et les professionnels, en formation initiale et continue,
à la question des violences faites aux femmes : policiers,
magistrats, travailleurs sociaux, professionnels de santé,
enseignants…
>Veiller
à ce qu'il y ait une véritable cohérence entre
les procédures civiles et pénales et exiger une réelle
collaboration entre les magistrats concernés.
>Former
des brigades de police et de gendarmerie spécialisées
afin de protéger effectivement les victimes en danger de
mort (la plupart des meurtres ont été perpétrés
alors que la victime avait signalé les violences aux services
de police ou de gendarmerie).
Etendre la transmission systématique des « mains courantes
» aux Parquet.
>Accompagner
l'auteur des violences vers la reconnaissance de son délit
et la prise de conscience de sa violence, prioritairement aux soins.
>Développer
des mesures d'accompagnement socio-judiciaires et éducatives
de l'auteur des violences.
>Veiller
à ce que les campagnes d'information publique s'adressent
davantage aux hommes, en les responsabilisant, plutôt qu'aux
femmes.
>Rendre
effectives les mesures d'éloignement de l'auteur du domicile
commun avant jugement, notamment par le biais d'un contrôle
judiciaire et, après jugement, par le sursis avec mise à
l'épreuve.
>Informer
les victimes, lorsque l'auteur est en prison, de la date de sortie
ou des permissions. Dans tous les cas, la protection de la victime
et des enfants éventuels doit être assurée.
>Attribution
de l’Aide juridictionnelle (AJ) d’office pour toutes
les femmes victimes, afin d’avoir une mesure très rapide
(à l’heure actuelle, il y a entre deux et quatre mois
de délai d’AJ)
>Eviter
pour les femmes étrangères les « doubles violences
» (soustraction des papiers, non régularisation, refus
de renouvellement du droit au séjour quand le départ
du domicile se fait avant 2 ans de vie commune), sensibiliser les
préfets à l’impossibilité du retour dans
le pays d’origine pour certaines femmes.
>Etablir
que le lien entre l'auteur et la victime - conjoint, concubin, partenaires
liés par un pacte civil de solidarité - doit constituer
une circonstance aggravante dans toutes les incriminations : contravention,
délit, crime.
>Insister
sur le sort des enfants en tant que victimes collatérales,
mais aussi victimes directes de ce que leurs pères leur font
vivre en étant violents avec leurs mères. Les enfants
sont souvent instrumentalisés par les auteurs des violences
pour maintenir une emprise sur leurs compagnes. Dans un souci de
préserver l'intérêt de l'enfant, il conviendrait
donc de réserver les droits de visite et d'hébergement.
>Souligner
que la Médiation Pénale en tant qu’alternative
aux poursuites est inadéquate en matière de violences
conjugales.
>Préciser
les critères de l'ITT pour une définition plus homogène
par les médecins et les magistrats ainsi que pour une prise
en compte des violences.
>Augmenter
les moyens des associations spécifiques d'aide aux victimes
de violences conjugales et créer des lieux d'hébergement
avec un accompagnement.
>Permettre
l'ouverture des droits aux indemnités Assedic lorsqu'une
femme doit quitter son emploi pour se protéger des violences
conjugales.
>Etablir
des statistiques et analyses sexuées.
>Mettre
en place un observatoire national d'évaluation et d'ajustement
de la loi-cadre.
>Solliciter
le gouvernement pour qu'il dépose annuellement, sur le bureau
des Assemblées parlementaires, un rapport sur la politique
nationale de lutte contre les violences au sein des couples, portant
notamment sur les conditions d'accueil et d'hébergement des
victimes, leur réinsertion sociale ainsi que des dispositifs
de suivi des auteurs de violences conjugales.
Commission
Justice de la FNSF (mai 2005)
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