| Ce
qu'est la violence conjugale
Coups de poings, gifles, blagues humiliantes, séquestration,
étranglement, brûlures, coups de couteau, fractures,
sévices sexuels, sarcasmes, harcèlement, dénigrement,
ordres contradictoires, éclats de voix, mépris,
tortures, mutilations, roulette russe, menaces, destruction
de biens...
La
violence conjugale est, dans une relation privée ou
privilégiée, une atteinte volontaire à
l’intégrité de l’autre, une emprise,
un conditionnement dont il est difficile de sortir lorsqu’on
en est une des victimes.
Cette
violence n’est pas le résultat d’un simple
conflit, ni un acte accidentel, pas plus qu’un symptôme
d’une union en difficulté, c’est un comportement
inacceptable qui tombe sous le coup de la loi. C’est
un abus de pouvoir dans une relation privée ou privilégiée
où l’un des partenaires utilise un rapport de
force pour contrôler l’autre. Les faits ne sont
pas isolés ou accidentels, la violence s’exerce
sous différentes formes avec régularité.
Les comportements violents se multiplient et alternent avec
des moments d’accalmie. Il s’agit d’un processus
qui déstabilise la victime, et rencontre souvent l’incompréhension
de l’entourage et des professionnels.
La
violence conjugale bénéficie du secret du privé,
ce qui permet aux auteurs d’asseoir leur contrôle
dans l’impunité. Elle constitue la forme la plus
fréquente de violence envers les femmes. Elle fait
partie de l’héritage patriarcal qui est caractérisé
par le déséquilibre des rapports de pouvoir
entre les sexes dans nos sociétés.
La
violence masculine à l’égard des femmes
a un coût social et économique dont l’ampleur
est encore trop méconnue. Les conséquences de
cette violence qui s’exerce encore en toute impunité
sont multiples pour nos sociétés. La violence
conjugale est une question qui ne doit pas être considérée
comme une affaire privée. L’usage de cette violence
est un obstacle à l’égalité entre
les hommes et les femmes, aux droits fondamentaux des femmes.
Qui
est concerné ?
Selon
les premiers résultats de l’enquête nationale
sur les violences envers les femmes en France, chaque année,
une femme sur dix entre 20 et 59 ans est victime de la violence
de son partenaire.
La
violence conjugale, depuis des millénaires, est présente
sur tous les continents de la planète. C’est
une violence ordinaire qui touche des hommes et des femmes
ordinaires, elle n’est pas l’apanage d’un
groupe social, économique ou culturel.
La
violence conjugale n’est pas un héritage inéluctable,
on ne naît pas violent, on apprend à le devenir.
L’histoire collective et personnelle, la construction
sociale, le poids d’une culture patriarcale conduisent
certains hommes à des comportements sexistes et violents
envers les femmes. L’homme violent à souvent
deux visages : charmant, merveilleux dans la vie sociale,
tortionnaire, méprisant et jaloux à la maison.
L’homme
violent avec sa compagne n’est pas systématiquement
un alcoolique, un rustre, une personne issue de milieu défavorisé,
un personnage autoritaire ou violent avec tout le monde. Très
souvent l’homme violent n’est pas soupçonnable,
il ressemble à monsieur tout le monde, votre voisin
de palier, l’homme courtois qui rend service à
tous dans le quartier ou le village, ce séducteur à
qui personne ne résiste, le cadre dynamique que toutes
et tous trouvent fantastique, ce chef d’entreprise performant,
l’homme aux multiples responsabilités, l’homme
dont la fonction force le respect...
Il
n’existe pas de profil type de femme victime de violence
conjugale, toute femme peut un jour dans sa vie se retrouver
sous l’emprise d’un conjoint, ami ou partenaire
violent. Mais l’histoire personnelle, des périodes
de fragilité, de vulnérabilité, peuvent
devenir facteurs de risque. La personne qui souffre de cette
violence par la faute d’autrui, n’est pas responsable
de la violence qu’elle subit.
La
femme victime de la violence de son compagnon n’est
pas nécessairement une personne sans ressources. C’est
peut-être votre collègue de travail, cette chaleureuse
commerçante, cette enseignante, votre médecin,
cette jeune cadre dynamique à qui tout semble réussir...
et dont on ne soupçonne pas l’enfer quotidien.
Un
abus de pouvoir
La
violence conjugale se développe par cycles de plus
en plus rapprochés dont l’intensité et
la fréquence peuvent conduire la victime à la
mise en danger de la vie de la victime et de ses enfants.
Les gestes ou comportements violents font partie d’une
stratégie pour contrôler ou imposer à
l’autre sa volonté en utilisantles coups, l’humiliation,
le dénigrement, les insultes, les menaces, le chantage.
La violence conjugale constitue un abus de pouvoir et de confiance.
Elle entrave des relations basées sur l'égalité
et le respect. L’isolement, la honte, le poids des idées
reçues, les sentiments de culpabilité et d’échec,
plongent les victimes dans le silence, les empêchent
d’agir et d'envisager une issue à la souffrance.
Des
mythes, des idées reçues
>
La violence conjugale ça concerne les milieux défavorisés
et les alcooliques.
>
Une femme qui travaille, si elle reste, c’est qu’elle
aime ça.
>
Ça ne nous regarde pas, c’est leur vie privée.
>
C’est peut-être un mari violent, mais c’est
un bon père.
>
C’est de sa faute, elle ne sait pas y faire.
>
C’est elle qui le provoque.
Les
formes de violence
La
violence verbale peut s’entendre. Si certains
hommes violents vont, élever le ton, pour intimider
leurs compagnes, d’autres, au contraire, vont prendre
une voix plus suave, la victime reconnaîtra bientôt
cette tonalité dangereuse. Un autre gardera son timbre
habituel, mais abreuvera d’injures, de menaces, de sarcasmes
sa compagne.
La violence psychologique s’exprime
par des attitudes diverses, des propos méprisants,
humiliants. Le compagnon violent renvoie à la victime
une image d’incompétence, de nullité.
Il l’atteint dans son image à travers le regard
des autres. Progressivement la victime perd confiance en elle-même
en ses possibilités. Peu à peu s’installe
le désespoir, une acceptation passive de ce qui arrive.
Elle s’isole, s’enferme dans sa honte, n’ose
plus prendre d’initiative. Cette violence peut conduire
à la dépression, à l’alcoolisme,
au suicide.
La violence physique, contrairement à
une idée répandue, n’est pas toujours
présente dans des situations de violence conjugale.
Le partenaire utilise cette forme de violence quand sa compagne
manifeste encore trop d’indépendance à
son goût, quand il n’a pas réussi à
contrôler tous les comportements de celle-ci. Il passe
donc aux coups, à la brutalité ou à la
contrainte physique.
La violence sexuelle... c’est la plus
cachée. La personne violente oblige sa compagne à
avoir des rapports sexuels malgré elle, avec lui ou
avec d’autres partenaires selon ses propres fantasmes,
parfois il la forcera à se prostituer. Les viols, les
agressions sexuelles, les rapports acceptés sous la
contrainte ou pour le calmer sont réguliers. Les victimes
ont beaucoup de mal à en parler parce qu’elles
restent associées aux obligations du mariage et devoir
conjugal.
La violence économique exercée
différemment selon les milieux (allocations familiales
jouées ou dépensées au bar ; revenus
déposés sur un compte joint dont lui seul détient
signature, carnets de chèques et carte bancaire ; biens
immobiliers de madame qui disparaissent sous la gestion bienveillante
de monsieur...), cette violence aura pour objet de déposséder
la victime de toute possibilité d’autonomie financière.
Des
cycles qui s'inscrivent dans une spirale...
L’escalade
: au début, il y a un couple, tout va bien,
puis petit à petit, s’installe la tension dans
la relation. Sous prétexte que... la salière
est mal placée, les enfants le fatiguent, elle a trois
minutes de retard, elle démontre trop de plaisir en
compagnie de..., surcroît de travail, alcool, stress,
chômage, maladie... Le prétexte devient le déclencheur
de l’incident : pour éviter une scène,
la victime tente par tous moyens d’abaisser la tension
de son partenaire. Elle devance et se plie à ses exigences.
Elle a peur, est paralysée, tétanisée.
L’explosion : l’épisode
violent aura lieu, quelle que soit la forme de violence utilisée,
l’auteur donne l’impression de perdre le contrôle
de lui-même : « il dit qu’il ne peut pas
s’en empêcher » La victime se sent démunie,
détruite intérieurement.
Le transfert : la crise a eu lieu, l’auteur
tente d’en annuler sa responsabilité, le prétexte
déclencheur devient l’excuse utilisée
pour transférer cette responsabilité à
la victime. Si... la salière n’avait pas été
mal placée, les enfants ne l’avaient pas fatigué,
elle n’avait trois minutes de retard, elle n’avait
pas démontré autant de plaisir en compagnie
de..., surcroît de travail, alcool, stress, chômage,
maladie.., de son côté la victime intériorise
cette responsabilité, elle le connaît bien, il
n’aime pas qu’elle : s’habille comme ça,
travaille, parle avec ses amies... c’est de sa faute,
elle en oublie sa colère, pour que cette violence cesse,
elle pense que c’est à elle de changer de comportement...
La victime endosse la responsabilité de l‘épisode
violent, l’auteur reprend très rapidement une
vie normale.
De
plus en plus rapprochés
La
lune de miel : après la crise, l’auteur
qui craint de perdre sa compagne commence à exprimer
des regrets tout en minimisant les faits et justifiant son
comportement. Il veut se réconcilier, il demande pardon,
supplie de tout recommencer “à zéro”.
Il redevient très amoureux, achète des cadeaux,
partage les tâches ménagères, l’éducation
des enfants, il promet qu’il ne recommencera plus, qu’il
se soignera si cela est nécessaire... De son côté
la victime espère, pardonne, elle veut y croire, elle
redécouvre l’homme qu’elle a aimé.
Plus est forte l’emprise de cette violence sur la victime,
plus s’amenuisent les périodes de lune de miel,
qui vont peu à peu disparaître. L’auteur
n’en a plus besoin pour la retenir, les conséquences
sur sa vie, sa santé sont telles qu’elle ne croie
pas pouvoir y échapper. Elle a un seuil de tolérance
à cette violence qui déstabilise l’entourage.
C’est
pendant la période de lune de miel, croyant que tout
peut changer, que la victime retire sa plainte, revient au
domicile, rompt toute relation avec l’entourage.
C’est également pendant cette période
du cycle que, souvent par manque de connaissance du processus
de cette violence et de son emprise sur les victimes, les
amis, la famille, les voisins, les collègues, les professionnels
ne comprennent plus et déçus de l’attitude
de la victime se promettent de ne plus intervenir.

|