Conte du Naufragé (P. Hermitage 1115)
 

Introduction


Dd~jn Smsw jor : wDA
Un excellent suivant dit alors : apaise


jb=k, HAt(y)-a ! mk, pH~n=n
ton coeur, prince ! Vois, nous avons atteint


$nw. sSp(=w) xrpw,
la Résidence. Le maillet est saisi et


Hw(=w) mnj.t, HAt.t rd=t(j)
le poteau d'amarrage est frappé, l'amarre de proue ayant été portée


Hr tA ; rd(=w) Hknw, dwA(=w) nTr,
à terre ; les prières sont dites, le dieu a été remercié


s nb Hr Hp.t sn-nw=f,
et chaque homme embrasse son semblable,


jsw.t=n jj=t(j) ad=t(j), nn
car notre équipage est revenu sain et sauf, sans


nhw n mSa=n. pH~n=n
perte pour notre troupe. Nous avons atteint


pH.wy WAwA.t, sn~n=n
les confins de Ouaouat, après avoir doublé


¤nmw.t. mk rf n jj=n
(l'île de) Senmout. Vois donc, nous revenons


m Htp, tA=n, pH=n sw.
en paix, notre pays, nous l'avons atteint.


sDm rk n=j, HAt(y)-a, jnk Sw
Ecoute-moi donc, prince, car je suis exempt


HAw. ja tw, jm
d'exagération. Lave-toi, verse


mw Hr Dba.w=k, jx wSb=k
de l'eau sur tes doigts, et ainsi, tu répondras


wSd=tw=k, mdw=k n
quand tu seras interrogé, tu parleras au


n(y)-sw.t, jb=k m-a=k.
roi d'un coeur ferme (litt : ton coeur étant avec toi).


wSb=k nn njtjt, jw r(A) n(y) s
Tu répondras sans bafouiller, car la bouche de l'homme


nHm=f sw, jw mdw
le sauve et sa parole


=f d=f TAm n=f Hr.
fait qu'on lui montre de l'indulgence (litt : que le visage se voile pour lui).


jr=k m xr.t-jb,
Mais agis selon ton désir,


swrd(w) pw Dd n=k. sDd=j rf
car c'est fatiguant de te parler. Laisse-moi donc te raconter

Le voyage et le naufrage


n=k mjt.t-jry xpr(w) m-a=j,
quelque chose de semblable qui m'est arrivé,


Ds=j, Sm=kw r bjA
à moi-même, alors que j'étais allé vers les mines


n(y) jty, hA
du Souverain et que j'étais descendu


=kw r wAD-wr m dp.t
vers la mer, à bord d'un navire


n(y).t 120 mH m Aw=s, 40 mH m
de 120 coudées de long et 40 coudées de


wsx=s. 120 sod(w) jm=s,
large. 120 marins s'y trouvaient,


m stp n(y) Km.t. mA=sn
de l'élite de l'Egypte. Qu'ils scrutassent


p.t, mA=sn tA, makA
le ciel, qu'ils observassent la terre, plus brave


jb=sn r mA(j).w ;
était leur coeur que celui des lions ;


sr=sn Da n jjt(=f), nSny
ils prédisaient une tempête avant sa venue, un orage


n xprt=f. Da pr(=w)
avant son arrivée. Une tempête était survenue


jw=n m wAD=wr, tp-a
alors que nous étions en mer et avant


sAH=n tA. fAt TAw,
que nous eussions touché terre. Le vent s'étant levé,


jr=f wHmy.t ; nwy.t
il fit naître la houle ; il y eut une vague


jm=f n(y).t 8 mH. jn xt HH(w)
de 8 coudées sous son action. C'est un espar qui la brisa


n=j s(y). aHa~n dp.t
pour moi. Alors le navire


mt(=tj) : nty.w jm=s, n sp
coula (litt : mourut) : de ceux qui étaient à son bord, il n'en resta pas


waw jm. aHa~n=j rd=kw
un. Et je fus déposé


r jw jn wAw n(y) wAD-
sur une île par une vague de la mer.

Le Naufragé dans l'île du Ka


wr. jr~n=j 3 hrw, wa=kw,
Je passai trois jours, seul,


jb=j m sn-nw=j, sDr=kw
avec mon coeur pour (unique) compagnon, allongé


m-Xnw-n(y) kAp
à l'abri


n(y) xt, on~n=j Swy.t.
d'un arbre, après avoir embrassé l'ombre.


aHa~n dwn~n=j rd.wy
Alors j'étendis mes jambes


=j r rx d.t(j)=j m r(A)=j.
pour chercher ce que je pourrais me mettre sous la dent (litt : mettre dans ma bouche).


gm~n=j dAb.w,
Je trouvai des figues,


jArr.wt jm, jAo.wt nb.(w)t Sps.(w)t,
des raisins et toutes sortes de légumes précieux,


kAw.w jm Hna no(a).wt,
des fruits de sycomore entaillés et non entaillés,


Ssp.t mj jr=tw=s. rm.w
et des concombres comme s'ils étaient cultivés. Il y avait là des poissons


jm, Hna Apd.w. nn nt(y).t
ainsi que des oiseaux. Rien


nn st m-Xnw=f. aHa~n
n'y manquait (litt : il n'y avait rien qui ne se trouvât pas en lui). Alors


ssA~n(=j) wj, rd~n=j r tA
je me rassasiai, après avoir posé à terre


n(ty) wr(=w) Hr a.wy=j.
ce qui était (trop) lourd pour mes bras.


Sdt=j DA, sxpr~n=j x.t, jr~n=j
Ayant arraché un bâton, j'allumai un feu et je fis


sb-n-sD.t n nTr.w. aHa~n sDm~n=j
un sacrifice pour les dieux. Alors j'entendis


xrw orj, jb
un cri terrible et je pensai


=kw wAw pw
que c'était une vague


n(y) wAD-wr. xt.w Hr gmgm,
de la mer. Les arbres se mirent à craquer


tA Hr mnmn. kf~n=j
et la terre à trembler. Je découvris


Hr=j, gm~n=j HfAw
mon visage et constatai que c'était un serpent


pw, jw=f m jj.t. n(y)-sw
qui venait. Il mesurait (litt : lui appartenaient)


30 mH, xbsw.t=f, wr(=w) s(y)
30 coudées, sa barbe, elle était longue (litt : grande)


r 2 mH, Haw=f sxr=w
de plus de 2 coudées,  son corps était façonné


m nbw, jnH.wy=fy m xsbd
dans de l'or, ses sourcils étaient en lapis-lazuli


mAa, aro(=w) sw r xnt.
véritable et il était penché vers l'avant.


jw wp~n=f r(A)=f r=j, jw=j
Voici qu'il ouvrit la bouche vers moi, tandis que


Hr X.t=j m-bAH=f,
j'étais à plat-ventre devant lui,


Dd=f n=j : (j)n-m(j) jn(w) tw (sp sn), nDs ?
et il me dit : "Qui t'a amené, qui t'a amené, petit homme ?


(j)n-m(j) jn(w) tw ? jr wdf
Qui t'a amené ? Si tu tardes


=k m Dd n=j jn(w) tw r jw pn,
à me dire qui t'a amené sur cette île,


rd=j rx=k tw jw=k m ss,
je ferai que tu te voies réduit en cendre (litt : que tu saches que tu es devenu cendre),


xpr=t(j) m nty n mA=t(w)=f. jw mdw
et que tu deviennes invisible (litt : comme celui qui ne peut être vu). - Tu me parles


=k n=j, nn wj Hr sDm
et je n'y prête pas attention


st, jw=j m-bAH=k,
alors que je suis devant toi,


Hm~n(=j) wj. aHa~n rd=f wj m r(A)=f,
car je ne me connais plus."  Alors il me prit dans sa bouche,


jT=f wj r s.t=f
m'emporta dans son


n(y).t snDm, wAH
repaire et me déposa


=f wj nn dmj.t=j. wDA
sans me blesser. J'étais intact


=kw, nn jT.t jm=j.
sans que rien ne m'ait été enlevé.


jw wp~n=f r(A)=f r=j, jw=j
Il ouvrit sa bouche vers moi, alors que


Hr X.t=j m-bAH=f,
j'étais à plat-ventre devant lui


aHa~n Dd~n=f n=j : (j)n-m(j) jn(w) tw (sp sn),
et il me dit : "Qui t'a amené, qui t'a amené,


nDs, (j)n-m(j) jn(w) tw r jw pn
petit homme, qui t'a amené sur  cette île


n(y) wAD-wr nty gs.(wy)=fy m nwy ?
de la mer dont les deux côtés sont dans les flots ?


aHa~n wSb~n=j
Alors je lui répondis


n=f st, a.wy=j HAm(=w)
ceci, mes deux bras étendus (en signe de respect)


m-bAH=f. Dd=j n=f :
devant lui. Je dis :


jnk pw hA=kw
"Il se fait que j'étais descendu


r bjA m wpw.t
vers les mines en mission


jty m dp.t n(y).t
du Souverain sur un navire de


120 mH m Aw=s, 40 mH m wsx
120 coudées de long et 40 coudées de large.


=s. 120 sod jm=s,
120 marins se trouvaient à bord,


m stp n(y) Km.t.
de l'élite de l'Egypte.


mA=sn p.t, mA=sn tA,
Qu'ils scrutassent le ciel, qu'ils observassent la terre,


makA jb=sn r mA(j).w ;
plus brave était leur coeur que celui des lions ;


sr=sn Da
ils prédisaient une tempête


n jjt=f, nSny n xprt=f ;
avant sa venue, un orage avant son arrivée ;


wa m nb, makA jb=f,
chacun d'eux, plus brave était son coeur,


nxt a=f r sn-nw=f. nn
et plus vaillant que celui de son camarade. Il n'y avait pas


wxA m-Hr-jb=sn. Da
de maladroit parmi eux. Une tempête


pr(=w) jw=n m wAD-wr,
était survenue alors que nous étions en mer,


tp-a sAH=n tA. fAt
avant que nous eussions touché terre.


TAw, jr=f wHmy.t. nwy.t
Le vent s'étant levé, il fit naître la houle ; il y eut une vague


jm=f n(y).t 8 mH. jn xt HH(w)
de 8 coudées sous son action. C'est un espar qui la brisa


n=j s(y). aHa~n dp.t m(w)t=t(j).
pour moi. Alors le navire coula.


nty.w jm=s, n sp waw jm
De ceux qui étaient à son bord, il n'en resta pas un


Hr-xw=j, mk wj r-gs=k.
en dehors de moi, et vois, je suis auprès de toi.


aHa~n jn=kw r jw pn jn
Voici que j'ai été déposé sur cette île par


wAw n(y) wAD-wr.
une vague de la mer."


Dd~jn=f n=j : m snD (sp sn),
Il me dit : "N'aie pas peur, n'aie pas peur,


nDs, m A(y)tw jb=k.
petit homme, ne pâlis pas (litt : ne blanchis pas ton coeur).


pH~n=k wj, mk nTr rd~n=f
Tu m'as atteint, vois, le dieu, il a permis


anx=k, jn~n=f tw r jw pn n(y) kA,
que tu vives, il t'a porté vers cette île du Ka,


nn nt(y).t nn st m-Xnw=f,
où rien ne manque,


jw=f mH(=w) Xr nfr.wt nb.t.
et qui est remplie de tout ce qui est bon.


mk tw r jr.t Abd Hr
Vois, tu passeras mois après


Abd r kmt=k 4 Abd
mois, jusqu'à ce que tu aies accompli 4 mois


m-Xnw-n(y) jw pn. jw
dans cette île.


dp.t r jj.t m $nw,
Un navire va venir de la Résidence,


sod.w jm=s rx(w)~n=k.
monté par des marins que tu connais.


Sm=k Hna=sn r $nw,
Tu partiras avec eux vers la Résidence,


m(w)t=k m njw.t=k.
et tu mourras dans ta ville.


rS=wy sDd(w) dp(w).t~n=f, sn(=w) x.wt mr !
Comme il est heureux celui qui raconte ce qu'il vécu, le mauvais cap ayant été franchi !

Le récit du serpent


sDd=j rf n=k mjt.t-jry xprw m jw pn
Laisse-moi donc te raconter quelque chose de semblable qui est arrivé sur cette île,


wn=j jm=f Hna sn.w=j, Xrd.w
où je me trouvais avec mes frères, des enfants


m-oAb=sn. km~n=n 75 HfAw m
étant parmi eux. Nous comptions 75 serpents de


ms.w=j Hna sn.w=j, nn sxA=j n=k
ma descendance ainsi que de mes frères. Je ne te parlerai pas


sA.t kt.t jn(w).t~n=j m sSA. aHa~n sbA
d'une petite fille que j'avais obtenue par la prière. Voici qu'une étoile


hA=w, pr~n nA m x.t m-a=f. xpr~n rs nn wj Hna(=sn).
tomba et ceux-ci partirent en flamme à cause d'elle. Or il se fit que je n'étais pas avec (eux).


Am=ny nn wj m-Hr(y)-jb=sn, aHa~n m(w)t=kw n=sn, gm~n=j
Ils brûlèrent alors que je n'étais pas parmi eux et je mourus pour eux, les ayant trouvés


st m XAy.t wa.t. jr onn=k, dAr jb=k,
comme un unique monceau de cadavres. Si tu es brave, endurcis ton coeur,


mH=k onj=k m Xrd.w=k, ksn=k
et tu serreras tes enfants dans tes bras (litt : tu rempliras ton giron de tes enfants), tu embrasseras


Hmt=k, mA=k pr=k. nfr(=w) st r x.t nb.t.
ta femme et tu reverras ta maison. C'est meilleur que tout.

Le Naufragé et le serpent


pH=k $nw, wn=k jm=f
Tu atteindras la Résidence, tu y vivras


m-oAb n(y) sn.w=k. wn=k(w) rf
parmi tes semblables." Alors que j'étais


dmA=kw Hr X.t=j, dmj~n=j
étendu sur le ventre, je touchai


sAtw m-bAH=f, Dd=j rf n=[f]
le sol devant lui, et je lui dis :


SDd=j bAw=k n jty, d=j sSA=f
"Je raconterai ta puissance au Souverain, je ferai qu'il soit informé


m aA=k, d=j jn=tw n=k jbj, Hknw,
de ta grandeur, je ferai que te soient apportés de l'alun (?), de l'(huile-)hekenou,


jwdnb, XsAy.t, snTr n gs.w-pr.w,
du ladanum, de la (gomme-)khesayt et de l'encens destiné aux magasins des temples,


Htpw nTr nb jm=f. sDd=j rf xpr(w).t
dont chaque dieu se satisfait. Je raconterai donc ce qui m'est arrivé


Hr=j m mA(w).t~n=j m bAw=<k>. dwA-nTr=tw n=k
et ce que j'ai vu de ta puissance. On te rendra hommage (litt : on louera le dieu pour toi),


m njw.t xft-Hr onb.t tA r-Dr=f. sft=j
dans la Ville (Thèbes) en présence de la cour et du pays tout entier. Je t'offrirai


n=k kA.w n sb-n-sD.t, wSn~n=j n=k
des taureaux en holocauste, après avoir sacrifié pour toi


Apd.w. d=j jn=t(w) n=k Ha.w Atp=w
des volailles, je ferai que te soient amenés des navires chargés


Xr Spss.w nb n(y.w) Km.t mj jrr=t(w) n nTr mrr(w)
de toutes les richesses de l'Egypte comme on le fait pour un dieu qui aime


rmT m tA wA n rx sw rmT.
les hommes dans une terre lointaine que les hommes ne connaissent pas."


aHa~n sbt~n=f jm=j m nn Dd(w)~n=j m nf m jb=f,
Alors il se moqua de moi à cause de ce que j'avais dit d'insensé à ses yeux (litt : dans son coeur),


Dd=f n=j : (j)n wr(=w) n=k atyw, xpr=t(j) (m) nb snTr ?
me disant : "As-tu beaucoup de myrrhe ? Es-tu devenu posesseur d'encens ?


jnk HoA Pwn.t, antyw n=j-jm(y) sw,
Je suis le prince de Pount et la myrrhe, elle m'appartient !


Hknw pf Dd(w)~n=k jn=tw=f, bw pw wr n(y) jw pn !
Quant à cette (huile-)hekenou que tu as parlé d'apporter, c'est le principal produit de cette île !


xpr js jwd=k tw r s.t tn, n sp
Il adviendra que tu t'en iras de ce lieu et que jamais plus


mA=k jw pn xpr(=w) m nwy. aHa~n dp.t tf
tu ne reverras cette île une fois (re)devenue flots." Puis ce navire


jj=t(j) mj sr(w).t~n=f xnt. aHa~n=j Sm=kw,
arriva, comme il l'avait prédit auparavant. Alors je m'en allai,


rd~n(=j) wj Hr x.t oA(=w), sjA~n=j nty.w m-Xnw=s.
me juchai sur un grand arbre et reconnus ceux qui se trouvaient à bord.


aHa~n Sm=kw r smj.t st, gm~n=j sw rx(=w) st.
J'allai l'annoncer, mais je trouvai qu'il le savait (déjà).


aHa~n Dd~n=f n=j : snb=t(j) (sp sn), nDs, r pr=k, mA=k
Alors il me dit : "Bon voyage, bon voyage, petit homme, jusqu'à ta maison, puisses-tu revoir


Xrd.w=k ! jm rn=j nfr(=w) m njw.t=k ; mk Xr.t=j
tes enfants ! Fais que ma renommée soit bonne dans ta ville. Vois, ce sera


pw jm=k !
ce dont je te charge (litt : c'est ma charge sur toi) !


aHa~n rd~n(=j) wj Hr X.t=j, a.wy=j xAm(=w) m-bAH=f.
Alors je me mis à plat-ventre, mes bras étendus devant lui,


aHa~n rd~n=f n=j sb.t m antyw, Hknw, jwdnb,
Et il me donna une cargaison de myrrhe, d'(huile-)heqenou, de ladanum,


XsAy.t, tj-Sps, SAasx, msdm.t, sd.w
de (gomme-)khesayt, de (bois-)ti-chepes, de (plante-)chaâs, de galène, de queues


n(y).w mm, mrry.t aA.t n(y).t snTr, nDHy.t
de girafe, de gros morceaux (?) d'encens, de défenses


n(y).t Abw, Tsm.w, gwf.w, ky.w, Sps.w nb nfr.
d'éléphant, de chiens, de cercopithèques, de babouins et toutes sortes de biens précieux.


aHa~n Atp~n=j st r dp.t tn, xpr~n rd.t wj Hr X.t=j
Je chargeai cela sur ce navire, et il arriva que je me prosternai


r dwA-nTr n=f. aHa~n Dd~n=f n=j : mk tw spr r $nw
pour le remercier. Alors il me dit : "Vois, tu atteindras la Résidence


n 2 Abd, mH=k onj=k m Xrd.w=k, rnpy=k
dans deux mois, tu serreras tes enfants contre ta poitrine et tu rajeuniras


m-Xnw ors.t=k. aHa~n hA=kw r mry.t
dans ta tombe." Je me retrouvai sur le rivage


m-hAw dp.t tn, aHa~n=j Hr AS n mSa
à proximité de ce navire et je me mis à héler la troupe


nty m dp.t tn. rd~n=j Hknw Hr mry.t n nb n(y) jw pn,
qui était sur ce navire. Je rendis grâce au maître de cette île,


nty.w jm=s r mjt.t-jry. na.t pw jr(w)~n=n m-xd
de même qu'à ceux qui se trouvaient à bord. Nous mîmes le cap vers le nord

Le voyage de retour et la récompense


r $nw n(y) jty. spr~n=n r $nw
vers la Résidence du Souverain. Nous atteignîmes la Résidence


Hr 2 Abd mj Dd(w).t~n=f nb.t. aHa~n ao=kw Hr jty,
en deux mois, conformément à tout ce qu'il avait dit. Alors je fus introduit auprès du Souverain,


ms~n=j n=f jnw pn jn(w)~n=j m-Xnw-n(y) jw pn.
et je lui remis ces présents que j'avais apportés de cette île.


aHa~n dwA-nTr~n=f n=j xft-Hr onb.t tA r-Dr=f ;
Alors il me remercia devant la cour et le pays tout entier ;


aHa~n rd=kw r Smsw,
je fus promu Suivant,


sAH=kw m
et je fus récompensé de


200 tp. mA wj r-
200 serfs. Regarde-moi

Conclusion


sA sAH tA, r-sA
maintenant que j'ai regagné la terre, après


mA=j dp(w).t~n=j ! sDm rk
ce que j'ai vécu (litt : après avoir vu ce que j'ai éprouvé). Ecoute donc


n r(A)=j ! mk nfr sDm rmT !
mes paroles ! Vois, il est bon d'écouter les gens !


aHa~n Dd~n=f n=j : m jr jor,
Alors il me dit : "Ne fais pas le malin,


xnms ! jn-m(j) rd=t(j) mw
l'ami ! Qui donnerait de l'eau


n Apd HD-tA n sf.t
à l'oiseau à l'aube, pour le sacrifier


=f dwAw ?
le matin ?"

Colophon


jw=f pw, HA.t=f
C'est ainsi qu'il va, de son début


r pH.wy=fy, mj gmy.t m sS,
à sa fin, comme ce qui a été trouvé par écrit,


m sS sS jor n(y) Dba.w=f,
de la main du scribe aux doigts habiles,


Jmny sA Jmn-aA anx(=w), wDA(=w), snb(=w).
Imeny, fils d'Imenâa, Vie, Prospérité, Santé.

 

Références

L’auteur

Comme bon nombre de textes de la littérature égyptienne, l’original est dépourvu de titre et l’auteur est resté anonyme. Seul le nom du copiste est indiqué dans le colophon : « ...de la main du scribe habile de ses doigts, le fils d’Iméni, Iménâa, VSF ! ».

Le manuscrit

Le Conte du Naufragé n’est connu que par une seule version figurant sur un papyrus hiératique, découvert dans les réserves du Musée de l’Hermitage à Saint-Pétersbourg à la fin du XIXème siècle par l’égyptologue Golenischeff[1] (P. Ermitage 1115 ou P. Golenischeff ).  Il en a réalisé une première traduction en français en 1880 et une transcription hiéroglyphique en 1906. Puis, en 1911, une première édition d’après un fac-similé a été publiée par Adolf Erman. La provenance de ce papyrus est inconnue et l’on ignore comment il est arrivé dans les collections de l’Hermitage. Heureusement, il est presque intact, avec son début et sa fin, et comporte peu de lacunes. Aucun parallèle (ni copie, ni ostracon) ne permet d’expliciter les bizarreries ou de corriger les incohérences du texte. Quant à la forme, c'est une autre de ses originalités : il est rédigé d’abord en colonnes jusqu’à la colonne 123 et ensuite en lignes ; il démarre par une forme verbale continuative (« un excellent compagnon dit alors… »[2]), comme s’il y avait eu quelque chose avant, bien qu'il soit clair d'après l'état du support, que nous sommes bien en possession du texte intégral.

La datation

La paléographie est caractéristique du Moyen Empire et la langue est du pur Moyen égyptien. Tout indique une rédaction pendant la XIIème dynastie.

La composition

La composition est relativement complexe : il s’agit en effet d’une « construction en abyme »[3], comme de nombreux contes populaires (à commencer par Les Mille et une Nuits). Il ne faut cependant pas se laisser égarer par l’aspect volontairement folklorique ou oral donné au texte (cependant, il est probable que les thèmes abordés, présents à toutes les époques et sous presque toutes les latitudes ont pu nourrir la verve des conteurs, toujours actifs dans l'Egypte d'aujourd'hui) ni par le style, qui est relativement simple (ce qui en fait une des premières œuvres auxquelles s’attaquent les débutants), car c'est un texte écrit dès sa conception, destiné à un auditoire lettré, qui se lit à plusieurs niveaux, les récits des différents protagonistes s’enchâssant les uns dans les autres à la manière des poupées russes. Sa structure se résume à une forme ABCDCBA où :

- A est le cadre où évoluent les deux personnages revenant d’une expédition infructueuse (à Pount ?) c'est-à-dire un haut fonctionnaire (prince ou gouverneur - HAt(y)-a - ) et le « Naufragé » lui-même, un autre dignitaire visiblement plus expérimenté, qui n’est pas nécessairement son subordonné (le suivant ou compagnon – Smsw -).
- B est le récit à la première personne du voyage, du naufrage et du retour heureux par le Smsw.
- C décrit sa vie dans l’île et sa rencontre avec le serpent.
- D est la partie centrale du texte, qui présente le récit du serpent, introduit par les mêmes mots que ceux qui commencent le récit du Naufragé «laisse-moi donc te raconter quelque chose de semblable ».

Le récit est à n’en pas douter une métaphore de la vie humaine (ne dit-on pas « s’amarrer » en égyptien pour « mourir » ?), du destin[4] et de l’expérience (« comme est heureux celui qui raconte ce qu’il a vécu... »), mais il comporte des éléments plus obscurs, étrangers à notre arrière-plan culturel, comportant une part d’ésotérisme (comme l’allusion voilée aux 74 formes du soleil dans le passage central relatant l’anéantissement des habitants de l’île[5]), et opposant à l’idéal domestique typiquement égyptien («tu reverras ta maison, tu embrasseras tes enfants ») une sagesse curieusement déviante selon laquelle il est finalement inutile de faire des offrandes aux dieux puisqu’ils ont tout (« Es-tu riche en myrrhe ? Es-tu devenu possesseur d’encens ? Je suis le prince de Pount ! »).

La géographie

Pour différents auteurs[6], le pays de Pount, que les Égyptiens appelaient aussi « la Terre du Dieu », se situerait au-delà de la 5ème cataracte, dans une région que l'on atteindrait en remontant le Nil, puis l'Atbara, jusqu'au delta du Gash, mais la présence d’animaux marins dans les scènes du temple de Deir-el-Bahari semble indiquer que Pount disposait d’un accès maritime et les récentes découvertes de Kathryn Bard à Mersa Gawasis montrent que des expéditions minières de la XIIème dynastie empruntaient la Mer Rouge, sans doute après avoir traversé le désert, venant de Coptos ou de Thèbes.

Une maison sur pilotis au pays de PountLe pays de Pount a toujours été une destination de choix pour les expéditions égyptiennes qui en rapportaient de nombreux produits précieux, résines aromatiques, bois et animaux rares etc., d'origine africaine mais sa localisation exacte pose encore problème. Le Naufragé, à l'issue de son séjour dans l'île du Ka, reçoit du serpent toutes sortes de présents qui, nous le verrons, sont typiquement des produits de Pount. Il y a donc toutes les raisons de penser que le Naufragé faisait partie d'une de ces expéditions que les pharaons (tels Hatchepsout) envoyaient vers ces régions. Ainsi donc, dans ce texte, il ne serait pas illégitime de traduire les différentes occurrences de l'expression wAD-wr par « mer ».

 

Arguments en faveur de Pount :

- le serpent :

L'apparence du Serpent est celle du serpent de Napata, manifestation d'Amon liée à l'Inondation, représenté dans le temple d'Abou Simbel et sculpté dans l'éperon rocheux du Gebel Barkal. Dans le texte lui-même, le serpent qui porte la khebeset, la barbe courbée des habitants de Pount qui est aussi l’attribut d'Amon et d'Osiris ; il se présente comme étant "le prince de Pount" et le possesseur de toutes les richesses, que naïvement, le Naufragé veut lui faire porter en remerciement de ses bienfaits [lignes 140-141].

- les produits de Pount :

Tous les biens offerts par le serpent sont les produits que traditionnellement, les Égyptiens allaient se procurer au pays de Pount, comme en témoigne le récit de l'expédition qu'Hatchepsout organisa entre l'an VIII et l'an X de son règne. Cette expédition, célébrée dans son temple de Deir-el-Bahari (mur du 2ème portique, côté sud), comporte de nombreuses similitudes avec le conte du Naufragé, en particulier la liste des denrées rapportées à Thèbes.

Texte de Deir-el-Bahari : (On charge) les bateaux en grande abondance avec les merveilles du pays de Pount, avec toutes les belles essences de la Terre du Dieu, avec des tas de (gomme-)kemyt et d'oliban, et des arbres à oliban frais, avec de l'ébène et de l'ivoire pur, avec de l'or vert du pays d'Amon, avec du (bois-)ti-chepes, du (bois-)kherit, de la myrrhe, de l'encens, de la galène, des babouins, des cercopithèques, des chiens...

Une maison et un chien au pays de PountTexte du Naufragé [lignes 162-165] : Et il me donna une cargaison de myrrhe, d'(huile-)heqenou, de ladanum, de (gomme-)khesayt, de (bois-)ti-chepes, de (plante-)chaâs, de galène, de queues de girafe, de gros morceaux (?) d'encens, de défenses d'éléphant, de chiens, de cercopithèques et de babouins, toutes sortes de biens précieux.

Sur ce mystérieux pays de Pount, curieusement absent des archives diplomatiques et que nul ne parvient à situer avec exactitude, qui, mieux que Dimitri Meeks, saurait exprimer la fascination et la nostalgie des expéditions lointaines ?

La fascination de Pount c’est, en fin de compte, la fascination exercée par l’inachevé qui se refuse à être définitivement complété par l’analyse et le raisonnement. Chaque tentative paraît, chaque fois, serrer la vérité d’un peu plus près. Mais chaque travail consacré à Pount laisse à celui qui le lit, et peut-être à celui qui l’a écrit, le sentiment de quelque chose d’inabouti. Les meilleures théories n’arrivent pas à rencontrer les preuves concrètes sur le terrain : Pount existe dans nos recherches, dans nos travaux mais n’arrive pas à montrer son contour précis sur une carte. La quête de Pount sert de dernier refuge à un romantisme toléré au sein du champ austère de la recherche scientifique. [7]

Notes

[1]V. S. Golenischeff Ermitage Impérial. Inventaire de la collection égyptienne ; Les Papyrus Hiératiques n' 1115, 1116A et 1116 B de l'Ermitage lmpérial à St Petersbourg (1913).[Retour]
[2]Sauf si l’on retient la proposition de J. Baines (Interpreting the Story of the Shipwrecked Sailor. Journal of Egyptian Archaeology 76) qui y voit une formule du genre «Dd-.mdw jn ».[Retour]
[3]Dispositif insérant un récit (sous-texte) dans le récit principal ou primaire reproduisant les caractéristiques du récit primaire lui-même, l’illustrant, l’expliquant, le contredisant, le prolongeant comme contrepoint. La mise en abyme peut servir à mettre en évidence le thème central du roman, de la pièce, etc.[retour]
[4]J.-L CHAPPAZ Que diable allaient-ils faire dans cette galère ? Recherche sur le thème de la navigation dans quelques contes égyptiens, Bulletin de la Société d’Égyptologie de Genève 3.[Retour]
[5]J. BAINES, Interpreting the Story of the Shipwrecked Sailor. Journal of Egyptian Archaeology 76.[Retour]
[6]C. VANDERSLEYEN : l'Égypte et la Vallée du Nil, PUF, 1995 ; Ouadj Our, un autre aspect de la vallée du Nil, Connaissance de l'Égypte Ancienne, 1999 ; C. DESROCHES-NOBLECOURT : Hatchepsout, la reine mystérieuse, éd. Gérard Watelet, 2002.[Retour]
[7]Dimitri MEEKS, communication présentée au colloque Encounters with Ancient Egypt, UCL Institute of Archaeology on 16th-18th December 2000.[Retour]

 

Bibliographie

Aylward M. Blackman, Middle-egyptian Stories - Édition de la Fondation Égyptologique Reine Elisabeth – Bruxelles 1972.
John BAINES, Interpreting the Story of the Shipwrecked Sailor, Journal of Egyptian Archaeology 76.
Jean-Luc CHAPPAZ, Que diable allaient-ils faire dans cette galère ? Recherche sur le thème de la navigation dans quelques contes égyptiens, Bulletin de la Société d’Égyptologie de Genève 3.
Adrian De Buck, Egyptian Reading Book - Ares publishers - Chicago 1982.
Christiane DESROCHES-NOBLECOURT : Hatchepsout, la reine mystérieuse, éd. Gérard Watelet, 2002.
Patrice Le Guilloux, Le conte du Naufragé - Angers 1996 (Association Isis).
Pierre Grandet, Contes de l’Égypte ancienne - Éditions Khéops - Paris 2005.
Vladimir Semenovitch Golenischeff, Le Conte du Naufragé. L'Institut Français d'Archéologie Orientale, Le Caire, 1912.
Vladimir Semenovitch Golenischeff, Ermitage Impérial. Inventaire de la collection égyptienne ; Les Papyrus Hiératiques n° 1115, 1116A et 1116 B de l'Ermitage lmpérial à St Petersbourg (1913)
Gustave Lefèbvre, Romans et contes égyptiens de l’époque pharaonique – Paris 1988
Myriam Lichtheim, Ancient Egyptian Literature -- Volume I : The Old and Middle Kingdoms. University of California Press, 1975.
Gaston Maspéro, Contes populaires de l’Égypte ancienne – Paris 1911.
William M. Flinders Petrie, Egyptian tales first series.
Richard B. Parkinson, The Tale of Sinuhe and Other Ancient Egyptian Poems 1940-1640 BC. Oxford University Press, 1997.
William K. Simpson, The Literature of Ancient Egypt: An Anthology of Stories, Instructions, and Poetry. Yale University Press, 1972.
Claude VANDERSLEYEN : l'Égypte et la Vallée du Nil, PUF, 1995 ; Ouadj Our, un autre aspect de la vallée du Nil, Connaissance de l'Égypte Ancienne, 1999.

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