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Les modes de pensée
et d'action, les critères de choix, pour tout dire la philosophie
et la métaphysique d'un être vivant, suffisamment évolué
pour parvenir à ce stade de conscience et de réflexion,
dépendent, au moins en partie, de l'éducation qu'il aura
reçue. Et cette éducation est fonction de la civilisation
qui la fonde et la dispense.
En Occident, et plus
particulièrement en Europe, les êtres humains ont vécu
depuis des siècles sous l'influence, et souvent le joug, de ce
qu'il est convenu d'appeler la morale judéo-chrétienne.
Très schématiquement, quelle est-elle ?
Avant tout, elle est basée sur la notion de péché,
de faute, donc sur l'opposition entre le bien et le mal, confondant en
cela le message spirituel et les lois humaines.
De tout cela, les occidentaux du XXème siècle sont encore
imbibés malgré les progrès obtenus grâce aux
philosophies des Lumières et au rationalisme.
De plus, selon R.-A. Schwaller de Lubicz :
"
Il y a en l'homme une intelligence cérébrale et une
intelligence innée, dite " du cur "
Tant que nous sommes placés en " dualité "
devant la Nature, nous jugeons celle-ci objectivement. La " faute
originelle ", c'est la séparation - donc opposition -
des aspects complémentaires dont le confondement fait cette
Unité, comme les couleurs Rouge et Vert superposées
font le " sans couleur ".
Dans cette Unité, mon intelligence cérébrale
ne peut plus rien discerner, donc l'intelligence cérébrale
ne joue plus. Il lui faut l'opposition : nous et l'objet, l'homme
et la femme, oui et non, nuit et jour, lumière et ombre. Ainsi
est constitué tout organisme vivant, un balancement incessant
entre naissance et mort, crois-sance et décroissance.
Ainsi la fonction cérébrale est entièrement fondée
sur un principe de croisement, comme, par exemple, la partie droite
du cerveau commande généralement la partie gauche du
corps
" |
Et de ce fait, nous percevons le monde, l'univers, comme un ensemble d'oppositions,
de contrastes.
Nous oublions alors que tout, absolument tout, est relatif. Aucune sensation
physique n'a de sens, et même d'existence, que par rapport à
un schéma de comparaison préconscient. Aucune valeur morale
ne peut être définie que par rapport à une autre.
Que change le point de comparaison, et change l'objet à comparer.
Le point d'appui sur lequel se fonde la confrontation n'est jamais fixe.
Il évolue selon la personne, le lieu, la période, l'habitude
et bien d'autres critères.
La conscience que nous croyons avoir du monde qui nous contient en est
donc faussée. Il devient impossible de porter un jugement certain
sur quoi que ce soit dès lors que l'on se souvient de cette relativité.
Laquelle est augmentée par le fait que l'on ignore le plus souvent
les causes réelles des événements, et encore plus
fréquemment leurs conséquences exactes, profondes et lointaines.
En effet il est toujours possible d'imaginer des effets diamétralement
opposés à ceux que l'on a cru observer, et ce pour n'importe
quel événement. Ainsi le plus grand bonheur peut engendrer
à terme les pires souffrances, et une peine infinie peut se résoudre
par une harmonie parfaite.
Mais si ces résultats inattendus ne sont pas à notre échelle,
nous ne pouvons les concevoir et encore moins les prévoir. Comment
se permettre de juger avec un tel manque d'informations ?
Les plus anciennes
traces de groupes humains le prouvent : l'homme a toujours tendu son esprit
vers l'interrogation métaphysique.
Au cours des millénaires, au long des continents, les réponses
furent multiformes, mais il est évident qu'elles ne peuvent se
résoudre que dans l'éternel dilemme : croire ou ne pas croire
en Dieu (quelle que soit la notion recouverte par ce mot), avoir la Foi
dans l'existence de Dieu ou avoir la Foi en sa non-existence.
Les Eglises, malgré
leurs diversités de formes et de messages, ont toutes un point
commun qui provient de leur nature même : le dogme. Le dogme qui
consiste à définir une vérité relative et
à la proclamer comme "universelle, unique, absolue et donc
indiscutable" ; d'où découle évidemment son
corollaire immédiat, le dogmatisme, qui impose par tous les moyens
l'adhésion à cette vérité, même si
ces moyens, par leur existence même, démontrent et prouvent
l'inexactitude du dogme ainsi défendu. L'un des pires exemples
de cette perversion des esprits étant bien entendu l'Inquisition
qui martyrisa des millions d'innocents au nom de "l'amour du Christ" pour assurer leur salut éternel.
Ainsi que l'écrivait
Montesquieu dans les Lettres Persannes:
"
j'ai ouï dire qu'en Espagne et en Portugal il y a de certains
dervis qui n'entendent point raillerie, et qui font brûler un
homme comme de la paille. Quand on tombe entre les mains de ces gens-là,
heureux celui qui a toujours prié Dieu avec de petits grains
de bois à la main, qui a porté sur lui deux morceaux
de drap attachés à deux rubans, et qui a été
quelquefois dans une province qu'on appelle la Galice ! Sans cela
un pauvre diable est bien embarrassé. Quand il jureroit comme
un païen qu'il est orthodoxe, on pourrait bien ne pas demeurer
d'accord des qualités et le brûler comme hérétique
: il aurait beau donner sa distinction, point de distinction ! Il
seroit en cendres avant que l'on eût seulement pensé
à l'écouter.
Les autres juges présument qu'un accusé est innocent
; ceux-ci le présument toujours coupable : dans le doute, ils
tiennent pour règle de se déterminer du côté
de la rigueur ; apparemment parce qu'ils croient les hommes mauvais.
Mais, d'un autre côté, ils en ont si bonne opinion, qu'ils
ne les jugent jamais capables de mentir : car ils reçoivent
le témoignage des ennemis capitaux, des femmes de mauvaise
vie, de ceux qui exercent une profession infâme. Ils font dans
leur sentence un petit compliment à ceux qui sont revêtus
d'une chemise de soufre, et ils leur disent qu'ils sont bien fâchés
de les voir si mal habillés, qu'ils sont doux, qu'ils abhorrent
le sang et sont au désespoir de les avoir condamnés.
Mais, pour se consoler, ils confisquent les biens de ces malheureux
à leur profit. " |
Dès lors, Barjavel
peut affirmer :
" les Eglises sont devenues une barrière entre l'homme et
le divin ".
Ceci n'empêche pas que chacun soit, bien évidemment, libre
d'adhérer à telle ou telle Eglise, à tel ou tel dogme,
que chacun soit libre de pratiquer telle religion de son choix, ou de
n'en pratiquer aucune, puisque "les hommes naissent et demeurent
libres et égaux en droit". A condition évidemment
de respecter la même liberté chez autrui, puisque l'égalité
des droits entraîne automatiquement l'égalité des
devoirs :
" Pas de droits sans devoirs, dit-elle,
Egaux , pas de devoirs sans droits "
Mais pour quiconque
ne se satisferait pas de ce dualisme, pour quiconque se sentirait enfermé
dans cette dichotomie, il peut exister une troisième voie.
Elle n'est certes pas aisée à découvrir ni à
parcourir, mais elle existe. Elle nécessite sans doute une préparation
intérieure, elle demande une recherche intime fort ardue, mais
elle offre des réponses. Et justement parce qu'elle impose un effort
personnel de réflexion, elle préserve la liberté
individuelle.
Cette voie ésotérique est celle du déchiffrement
de la Connaissance dite traditionnelle qui passe par la perception du
Symbole, par la compréhension du Symbolisme. C'est pourquoi "...l'ésotérisme
est incompatible avec les valeurs de qui pense en logicien même
hors la logique".
Ce qui suppose, pour utiliser cet outil qu'est le Symbole, que l'on ait
compris sa nature réelle.
Les ouvrages qui traitent de ce sujet sont multiples.
De nombreux auteurs s'y sont intéressés. Chacun a proposé
sa propre vision, chacun a complété ou modifié l'édifice
ainsi élaboré.
Sans prétendre faire mieux ni, bien sûr, apporter une touche
finale à ce sujet, je voudrais tenter de l'éclairer d'une
lumière qui me soit spécifique.
Cette lumière n'est donc pas exclusive, je ne cherche pas à
l'imposer, je ne souhaite que de la proposer, mais je peux témoigner
qu'elle bénéficie d'une particularité non négligeable
: les voies qu'elle éclaire peuvent être parcourues, les
questions qu'elle suscite trouvent leur réponse.
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