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Ce récit,
l'un des plus anciens qui nous soient parvenus, est connu depuis l'antiquité
grâce au texte de Plutarque
. D'autres sources l'ont plus ou moins confirmé par la suite, grâce
à la traduction des hiéroglyphes, effectuée depuis
la découverte de Champollion. Les textes des Pyramides, entre autres,
ont permis de corriger un certain nombre d'inexactitudes.
Cependant, tous les traducteurs des hiéroglyphes n'en ont pas la
même compréhension et de ces divergences découlent
d'importantes variantes.
Pour permettre au lecteur qui le souhaiterait d'approfondir sa connaissance
de ces différentes versions, je rappelle dans la Bibliographie
les principaux ouvrages que j'ai consultés.
La version suivante
est une synthèse de ces différentes sources.

Nout (le
ciel) soutenue par Chou (l'air) au-dessus de Geb (la terre)
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La Genèse
de ce mythe nous est proposée ainsi par Albert
Slosman :
Nout était
une jeune princesse qui devait épouser le Roi Geb.
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"Mais
la veille du jour prévu, Nout, qui s'était déjà
installée au palais royal, et qui se promenait dans les jardins
avec ses suivantes, parvint devant l'enclos du sy-comore sacré
la princesse y pénétra seule
Nout s'assit contre
l'écorce du sy-comore
Les annales qui nous sont parvenues par l'entremise des textes sacrés
de Den-dérah, ainsi que par des symbolisations de l'événement
gravés dans les temples consacrés à Ptah, racontent
:
La princesse Nout appuya un peu sa chevelure contre l'écorce
du magnifique tronc, si vieux et si accueillant. Du même coup,
sa tête reposa contre l'arbre, et tout entière, corps
et âme, elle connut instantanément la Paix avec le
monde exté-rieur ; ses yeux se fermèrent sans qu'elle
s'en rende compte !
Sombrant dans un sommeil irréel, Nout n'eut pas le temps
d'examiner ce qui se produisait, car son étonnement se changea
en frayeur lorsqu'une clarté aveuglante, irradiante, l'enveloppa
toute, la pénétrant de toutes parts à la fois
Elle se sentit sombrer dans l'inconscience, lorsqu'une voix, au
fond d'elle même
lui dit : " Mon fils Ousir est
désormais dans ton sein ; ne crains rien à ce propos,
car tu es fille de mon premier enfant : tu es celle que j'ai choisie
pour m'aider à sauver encore une fois les hommes malgré
eux ! Ousir sera le signe de ma Puissance et de ma Bonté
Ainsi soit-il fait !
Geb, entre
temps, était prévenu par Dieu d'avoir à épouser
malgré tout Nout, et d'attendre qu'Ousir soit né pour
concevoir un autre fils... "
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Ainsi, Nout épousa
Geb, et donna naissance à Osiris, puis à Seth et enfin à
Isis et Nephtis.
Plus tard, Isis et Osiris se marièrent et Osiris succéda
à son père Geb sur le trône.
Osiris enseigna aux hommes la civilisation, et leur apprit à cultiver
le blé, le maïs et la vigne.
Il régnait grâce à son pouvoir de persuasion, et non
par la force, personnalisant ainsi l'harmonisation tout comme Zeus dans
la mythologie grecque... Après avoir civilisé l'Egypte,
il alla propager son enseignement à travers le reste du monde,
laissant à Isis le soin de régner en son absence.
Au retour d'Osiris, Seth qui voulait renverser l'ordre établi et
prendre Isis pour femme, attira Osiris dans un piège, avec la complicité
de soixante douze conspirateurs.
Et Plutarque
écrit:
"Ayant
pris en secret la longueur exacte du corps d'Osiris, Seth, d'après
cette mesure, fit construire un coffre superbe et remarquablement
décoré, et ordonna qu'on l'apportât au milieu
d'un festin... Il promit alors en plaisantant qu'il en ferait présent
à celui qui, en s'y couchant, le remplirait exactement. Les
uns après les autres tous les convives l'essayèrent
mais aucun d'eux ne le trouvait à sa taille. Enfin Osiris y
entra et de tout son long s'y étendit. Au même instant,
tous les convives s'élancèrent pour fermer le couvercle."
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Puis ils jetèrent le coffre dans le Nil.

Lorsqu'elle eut apprit le sort réservé à son mari,
Isis revêtit ses vêtements de deuil, et se mit à la
recherche du coffre. Elle erra à travers le pays, interrogeant
tous les passants de rencontre, puis elle finit par apprendre que des
enfants l'avaient vu flotter sur un des bras du Nil, en direction de la
mer. Ensuite, elle sut par une révélation divine que la
caisse avait traversé toute la mer jusqu'à Byblos, en Phénicie,
où elle s'était échouée au pied d'un tamaris.
L'arbre ayant rapidement développé sa croissance avait grandi
merveilleusement. Il étreignit le coffre et le cacha à l'intérieur
de son bois emprisonnant entièrement le cercueil. Le roi de Byblos,
Malakander, émerveillé, ordonna
de couper le tronc contenant cet invisible coffre et d'en faire une colonne
pour soutenir le toit de son palais.
Isis se rendit à Byblos et persuada le roi de lui rendre le tronc
de tamaris. Elle retourna en Egypte avec le corps d'Osiris, mais Seth
découvrit le corps de son frère et le découpa en
quatorze parties qu'il éparpilla à travers tout le royaume.

Isis repartit à
la recherche des morceaux. Elle en retrouva douze. Le cur d'Osiris
avait disparu et son phallus avait été dévoré
par un poisson, ou un ornithorynque. Isis reconstitua le corps avec les
douze morceaux retrouvés. Puis elle façonna avec de la glaise
le phallus divin et, grâce à ses pouvoirs magiques, elle
lui redonna vie afin de s'unir à lui, d'être fécondée
et de donner ainsi naissance à Horus.
Puis
Isis procéda aux rites de l'embaumement et Osiris entra ainsi dans
la vie éternelle.

La résurrection d'Osiris

Depuis, il est fréquemment
représenté sur les fresques sous l'aspect d'une momie et
il juge les âmes à l'entrée de la Douat.

On peut noter également
que le Symbole d'Osiris est une colonne, ou pilier Djed, représentant
peut-être le tronc d'un tamaris aux branches coupées (4 anneaux).
Ce mythe, on le voit, est riche d'une symbolique inépuisable. Je
ne chercherai pas, ici, à en exposer une analyse exhaustive. Je
voudrais simplement en souligner quelques aspects, afin de montrer ce
qui peut le relier, à travers le temps et l'espace, à d'autres
récits.
Le premier point,
évidemment, est celui de la conception d'Osiris, telle que nous
la propose Albert
Slosman. S'il faut en croire cet auteur, nous avons ici une première
version, bien antérieure, de l'immaculée conception telle
qu'elle nous est rapportée par les Evangiles :
"
l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville
de Galilée du nom de Nazareth, à une jeune fille accordée
en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David
; cette jeune fille s'appelait Marie. L'ange entra auprès d'elle
et lui dit : " Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur
est avec toi
Voi-ci que tu vas être enceinte, tu enfanteras
un fils, et tu lui donneras le nom de Jé-sus
L'Esprit Saint
viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son
ombre
"
L'Evangile selon Luc, I, 26 à 35, T.O.B.
" Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, sa
mère, était accordée en mariage à Joseph ;
or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte
par le fait de l'Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était
un homme juste et ne voulait pas la diffamer publiquement, résolut
de la répudier secrètement. Il avait formé ce projet
, et voici que l'Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : "
Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse
: ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit
Saint et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus,
car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés."
L'Evangile
selon Matthieu, I, 18 à 21, T.O.B.
Cette similitude est évidente et n'appelle pas de commentaire particulier.
De même, le
fait qu'Osiris ait enseigné aux hommes à cultiver le blé
rappelle évidemment quelque chose, ainsi que l'a écrit Robert-Jacques
Thibaud dans son Dictionnaire
de Mythologie et de Symbolique Egyptienne:
" Osiris
fut très tôt comparé au grain de blé enseveli
(mourant), germant et réapparaissant à la lumière
solaire, prêt à être la nourriture essentielle
des hommes. De nombreuses illustrations représentent la momie
du dieu couverte de grains de blé, ou de jeunes tiges de blé
émanant de son corps allongé
Parce qu'il était l'image des cycles de la nature, on creusa
dans la pierre des formes d'Osiris que l'on remplissait de terre,
et dans lesquelles on répandait des grains de blé afin
qu'il pousse dans le secret du tombeau. Ainsi, mis en terre en même
temps que le défunt, le blé, symbole vital d'Osiris,
était pour le disparu la certitude de sa renaissance future,
l'assurance de la continuité de sa vie puis de sa résurrection
lumineuse. C'est pourquoi, dans le papyrus de Nu, Osiris déclare
: "Je suis le Seigneur des hommes qui ressusciteront des morts".
C'est une telle image symbolique qu'utilisera le Christ lorsqu'il
se comparera lui-même au grain de blé devant mourir pour
renaître, et produire de nouveaux grains au centuple. Certains
gnostiques utilisèrent cette parole pour affirmer que le Christ
avait suivi la totalité du parcours initiatique osirien afin
de devenir à son tour un Osiris spirituel, un être de
Lumière. Par la suite, le blé fut personnifié
par Népi, bien que représentant toujours Osiris dans
sa mort et sa renaissance. Sur le plan pratique il existait deux variétés
de blé, l'une blanche et l'autre rouge, l'une entrant dans
la fabrication du pain et l'autre de la bière. "[...]
car ma nourriture est en blé blanc, ma boisson en blé
rouge du Nil" dit le défunt dans le Livre de la Sortie
à la Lumière du Jour. " |
Par contre, l'aspect
le plus important de cette symbolique me parait reposer sur le nombre
douze.
En effet, nous le
savons, le corps d'Osiris fut dépecé en quatorze morceaux
(ou treize selon les sources) dont douze seulement furent retrouvés
et regroupés par Isis ; par ailleurs, nous avons vu que les complices
de Seth étaient au nombre de 72, soit 6 fois 12.
Ainsi que l'écrit
Robert-Jacques Thibaud dans son livre
Symbolique des Apôtres, Itinéraire initiatique de la Légende
dorée au Zodiaque :
"
après que Seth eut tué Osiris et sectionné son
corps en quatorze parts, puis qu'un poisson eut dévoré
le phallus divin, les treize autres morceaux, DOUZE plus le "cur",
des restes physiques du dieu, furent répartis dans douze lieux
différents de l'Egypte. Le cur, autrement dit son centre
vital solaire, ne fut plus représenté que par un cénotaphe
placé à Athribis, métropole du nome du "Grand
Noir" (le Taureau Noir). Athribis signifie "demeure"
ou "lieu du cur", en fait "pays central",
ce qui s'accorde parfaitement avec le principe suivant lequel toute
l'Egypte était le "corps" d'Osiris, d'où la
répartition de ces "morceaux", tandis qu'Athribis
en déterminait effectivement le "cur". Par
ailleurs, le nombre douze de ces lieux les apparente aux douze régions
(les douze heures) du voyage de Râ (le soleil), au passage desquelles
le Soleil expérimente et déverse sur la Terre des influences
différentes
" |
Le
symbolisme duodécimal
Ce fonctionnement duodécimal, qui fait évidemment référence
aux douze constellations du zodiaque, nous rappelle le mythe d'Héraclès
qui dut effectuer douze travaux, ainsi bien entendu que les douze Apôtres
du Christ. De même qu'Osiris, Héraklès et Jésus
passèrent par la mort volontairement acceptée pour atteindre
à l'immortalité, c'est-à-dire qu'ils vécurent
un cycle complet d'expérimentation terrestre à l'issue duquel
ils atteignirent un niveau de conscience supérieur, symbolisé
par le nombre treize : Jésus plus ses douze Apôtres font
un total de treize, de même Héraklès
et ses douze travaux.
Les
douze travaux d'Héraclès
En conclusion de cette approche du mythe d'Osiris, je dirais que cette
vision de sa symbolique m'est bien entendu personnelle (même si
je ne suis pas seul à la percevoir), et bien d'autres sont possibles.
Reste à savoir évidemment laquelle (ou lesquelles) est la
plus riche d'enseignement symbolique.
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