Visite de l'abbaye deLavaudieu :

Avec Lavaudieu, le Brivadois compte l’un des monuments sacrés les plus intéressants que l’époque romane nous ait légués. Complétant un village pittoresque du vallon boisé de la Basse-Sénouire, qui coule entre les plateaux de la Chaise-Dieu et de l’Allier, le monastère de Lavaudieu est en effet le seul d’Auvergne à n’avoir pas souffert durant la Révolution et son cloître est unique en la province. Entre le réfectoire et l’abbatiale Saint-André à la simplicité campagnarde, ce petit cloître charme par sa galerie de bois et l’irrégularité de ses colonnes. Sans doute le monastère fut-il épargné en raison de sa modestie, mais celle-ci ne fait que renforcer l’impression de sérénité qui se dégage de la « Vallée de Dieu ».

(225 valdéens ; 465 m altitude)

Historique

Saint Robert de Turlande, issu du chapitre de Brioude, fonde en 1043 l'abbaye bénédictine de la Chaise-Dieu (Casa Dei, c'est-à-dire "la maison de Dieu"). Suite à une donation de l’église de Saint-André-de-Comps par Raoul de Lugeac vers 1050, Saint-Robert crée en ce lieu en 1057 un prieuré de moniales bénédictines. Un diplôme du roi Henri Ier fait figurer Comps parmi les premières dépendances de la nouvelle abbaye de la Chaise-Dieu (1052). Les moniales s'y installent en 1058.

Une légende rapporte que lorsque Saint Robert eut fondé l’abbaye de la Chaise-Dieu, il dut bientôt prévoir, à côté des bâtiments conventuels, un monastère pour les femmes. Peu après la création de cette maison, Judith, fille du comte d’Auvergne Robert, demanda à y être admise. Elle suivait l’exemple de son fiancé, Simon de Crépy, comte de Bar-sur-Aube, qui, touché par la grâce, était entré dans les ordres à Saint-Oyen dans le Jura et demandait à être admis à la Chaise-Dieu. Saint Robert, craignant que le proche voisinage ne rallumât l’amour des anciens fiancés, décida d’après la légende de transporter plus loin le monastère des religieuses. S’il est avéré que ces deux personnes existèrent bel et bien et consacrèrent leur vie à Dieu, les dates démentent la légende, puisque c’est en 1077 seulement que Judith prit le voile à Lavaudieu.

En 1487, le roi Charles VIII autorise le changement du nom « vide et déshonnête » de Saint-André-de-Comps pour devenir Saint-André-de-Vallis-Dei puis Lavaudieu, soit la « vallée de Dieu ».

Le prieuré reçoit très tôt de nombreuses donations et, dès le XIIème siècle, il connaît une expansion qui explique sans doute l'ampleur des bâtiments. Vivant dans l'obédience rigoureuse de la Chaise-Dieu, la règle de Saint-Benoit s'assouplit peu à peu à Lavaudieu suite au concordat de 1516. Faisant état de leurs quartiers de noblesse, les moniales, promues chanoinesses prébendées, sont dispensées de la vie communautaire et ont, chacune, droit à un logis indépendant avec balcons et loggias donnant sur la rivière ainsi que des serviteurs particuliers. Les moniales reçoivent leur famille et savent organiser en leur couvent des fêtes quelques peu mondaines et parfois même des bals.

Cependant, elles nourrissent aussi des préoccupations religieuses : en 1779, le Père Gaschon d’Ambert vient à Lavaudieu prêcher une mission dont le souvenir est perpétué par la croix de fer forgé plantée sur la place.

Une abbesse indépendante est nommée en 1718. L'abbaye reste active jusqu'à la Révolution avec 25 puis 13 occupantes, toutes issues des familles nobles de la province.

L'effectif de ses occupantes diminuant progressivement, le monastère est désaffecté; les bâtiments monastiques, vendus par lots comme biens nationaux en 1791, outragés mais non détruits, sont acquis par la commune ou des privés comme bâtiments agricoles.

Vers 1960, le cloître pillé et le proche réfectoire sont restaurés suite à leur classement par les Monuments historiques; les fresques du XIVème siècle sont dégagées dans la nef de l'église prieurale. Il est à noter que ce modeste établissement religieux est le seul de ses semblables en Auvergne.

A titre anecdotique, une scène de la suite du film "Les rivières pourpres" a été tournée dans l'abbaye en avril 2003.

Visite

À l’origine, l’église n’a qu’une nef unique de trois travées, un transept débordant et un chœur en hémicycle. Deux petites chapelles s’ouvraient sur les croisillons. La nef initiale a été complétée au XVème siècle par un collatéral au nord. Le mur sud est aujourd’hui allégé par de grandes arcades de décharge en plein cintre. La voûte en vaisseau brisé couvre la nef depuis le début du XIVème siècle. Elle se compose également de trois absides dont la principale est décorée d’une arcature.

La croisée est couverte par une coupole sur trompes reposant sur quatre arcades brisées à double rouleau. On trouve là d'intéressants chapiteaux, notamment Adam et Eve, de part et d’autre de l’arbre où s’enroule le serpent diabolique ainsi que des dragons enchevêtrés. Les croisillons sont voûtés en berceau. Seule la niche-absidiole du croisillon nord a été conservée. Le chœur, désaxé vers le nord-est, a été reconstruit tardivement avec des matériaux anciens, probablement vers le XVIIème siècle.

On trouve sur l’immense tympan de l’arc triomphal, entre nef et chœur, ainsi que sur le haut des murs et une partie de la voûte un remarquable ensemble de fresques dégagées en 1966-1967. Ces peintures murales de l’école italienne ont été commandées sur l’ordre de Louise de Vissac, prieure de Comps, et réalisées en vers 1348 à la détrempe sur badigeon de chaux sec et remouillé ; les scènes sont inspirées du cycle de la passion du Christ (flagellation, portement de la Croix, crucifixion, descente de croix, mise au tombeau, dormition de la Vierge, les Quatre évangélistes, l’Ange Gabriel et la Vierge Marie, annonciation, crucifixion de Saint-André) et des malheurs du temps avec une curieuse allégorie à la Mort noire.

Incarnant la peste noire, une grande femme voilée brandit des flèches qui viennent frapper des gens de toutes conditions sociales : jeune fille, moine, évêque ou pape, personne n'échappant au fléau...

Un martyre de Saint Ursule, d'influence flamande, décorait la voûte. La fresque, du début du XVIème siècle, a été déposée et se trouve sur le bas côté gauche de l'église

Une très émouvante Pietà du XVème-XVIème siècles est visible dans la nef latérale de l’église.

L’église conserve également une reproduction en frêne d’une tête de christ dont l'original est conservé au Musée du Louvre (salle du Moyen Age). Il s'agit à l’origine d'un Christ de grande taille en bois de peuplier peint, du 12ème siècle.

Vénéré par les moniales qui obtinrent de lui des grâces insignes, il fut décapité au XVIème siècle au cours des guerres de religion.

Par la suite, les religieuses placèrent la tête à côté du tronc et les faits miraculeux se reproduisirent. À la Révolution, la statue est définitivement morcelée avant de disparaître en 1905; la tête, achetée par un collectionneur, fut donnée en 1918 au Musée du Louvre; le tronc se trouve actuellement au Musée des cloîtres à New-York, où des miracles furent à nouveau signalés en 1955.

On peut observer également le clocher octogonal roman de l'église, en belle pierre de grès rouge de La Chomette. Tronquée pendant la Révolution, la flèche présente deux étages de baies en plein cintre et est surmontée d’un bonnet phrygien en guise de girouette. En effet, les révolutionnaires ont cessé la démolition de l’édifice lorsque les habitants y ont accroché un bonnet phrygien.

Laissé à l'abandon durant plus d'un siècle, le cloître, presque rectangulaire, est adossé au sud de l'église. La première galerie, couverte par une charpente, est surmontée d'une rustique galerie supérieure en auvent de chêne. Les élégantes arcades cintrées, en pierre rouge, reposent sur des piles alternativement simples ou géminées (=doubles).

Les chapiteaux les plus intéressants se situent dans la galerie nord : une sirène à deux queues, un lion passant aux yeux globuleux, une représentation de la luxure (femme aux serpents allaitant deux salamandres) et de l'avarice. On peut aussi observer un ange, d'une charmante naïveté, donnant sa bénédiction. Les fûts monolithiques sont simples ou originaux : lisses, torses, à motifs incrustés, à sections circulaire et polygonale, cannelures, torsions, entrelacs, fausse cassure...

Les colonnes et les chapiteaux de la galerie ouest ont été refaits au XIVème siècle. Quant aux chapiteaux de la galerie sud, ce sont des créations du sculpteur contemporain auvergnat Philippe Kaeppelin.

Le promenoir est pavé de galets; son plafond possède des poutres “à la française".

La salle capitulaire prolonge le croisillon sud de l'église et communique avec le cloître par trois baies inégales.

À l’opposé de l’église, la grande salle (15,60 x 5,50 m) du réfectoire ouvre sur la galerie sud. Cette salle avait été transformée en grange et divisée par un plancher suite à sa vente comme bien national. Le réfectoire est couvert par un berceau brisé. Quatre arcatures décorent le mur nord. Trois fenêtres, au sud, fournissent l'éclairage.

A l'est, une fresque compartimentée par des bandeaux à fond sombre décorés de rinceaux est la fresque la plus grande d'Auvergne avec 5 m 50 de large sur 6 m de haut

L’influence byzantine du XIIème siècle, rectangulaire à la base avant de se terminer en arc brisé, elle montre au sommet un Christ tétramorphe, entouré des symboles des quatre évangélistes comme dans la vision de Saint-Jean. En-dessous, on peut voir le Triomphe de Marie, une Vierge en majesté encadrée symétriquement de deux anges et des douze apôtres.

Une statue de Saint Robert, le fondateur de l'abbaye, se tient au pied de la fresque.

Le réfectoire possède un Christ ressemblant au "Christ d'Auzon", ainsi qu'au Christ de Lavoûte-Chilhac, ce qui fait penser qu'il est du même artiste. Le sculpteur Phillipe Kaeplin, déjà mentionné, est l'auteur d'une statue de Saint Jacques de Compostelle.

Du cellier de même dimension, voûté et situé sous le réfectoire partait un souterrain vers le château de Lugeac, au sud-ouest de la localité de Lavaudieu.

Le jardin, surplombant la Sénouire, permettait l'accès par des escaliers aux appartements privés dont il reste peu de choses aujourd'hui.

Eric AIMARD

Thibault FOURIS

Matthieu GEORGES

-étudiants en DEA d'histoire du droit-

Dimensions des bâtiments :

Longueur de l’église dans l’œuvre : 26 m 70

Largeur de la nef principale : de 5 m 60 (ouest) à 5 m 30 (est)

Largeur totale du transept : 13 m 15

Hauteur de la nef : 14 m environ

Dimensions intérieures du cloître : 15 m 90 (est) à 15 m 78 (ouest) x 9 m 80 (nord) à 9 m 18 (sud)

Bibliographie :

Art roman – Massif central, collectif, Chamina

Auvergne romane, Bernard CRAPLET, Zodiaque

Églises romanes en Auvergne, Bernard CRAPLET, SOPREP

Guide de l’Auvergne mystérieuse, Annette LAURAS-POURRAT, Tchou

Itinéraires romans en Auvergne, Françoise LERICHE-ANDRIEU, Zodiaque

Syndicat d’initiative de LAVAUDIEU

-RETOUR-

©Thibault FOURIS