Monsieur le Ministre,
Cher Confrère (??),
C'est avec beaucoup de retard que je me permets de vous écrire, Monsieur le Ministre, mais la gravité du sujet de ce courrier et celle de vos propos méritaient une réponse m
ûrie, claire et exempte de toute agressivité malsaine et sans doute dictée par la colère du moment à la lecture d'un article de la presse professionnelle. Certes, vous verrez, sans nul doute, la véhémence de mes écrits, mais, je pense, sans aucune commune mesure avec le caractère injurieux de vos propos.Malgré tout le respect que je vous dois, eu égard à votre fonction, permettez moi donc, de vous adresser mes réflexions par rapport à vos dires retranscrits d'après "Le Nouvel Observateur" de la dernière semaine du mois de Janvier.
Les médecins français ont eu l'agréable surprise de lire vos propos qui tenaient à peu près ce discours: "Les médecins de ville ne servent pas à grand chose... sauf pour la grippe...car quand c'est sérieux, on va à l'hôpital....". Je ne pense pas que vous contesterez vos dires parus publiquement et repris par certains journaux de la presse professionnelle, dont "Le Quotidien du Médecin".
Les médecins de ville ne servent sans doute pas à grand chose, mais si vous pensez que c'est effectivement le cas, il va très certainement falloir augmenter de façon significative le nombre de lits d'hospitalisation, que ce soit dans le secteur public comme dans le secteur privé, car si nous n'étions pas là, présents sur le terrain, il y aurait une forte pénurie et de personnel et de matériel au sein de ces structures.
Nous ne servons pas à grand chose, mais sachez tout de même que les actions de prévention sont de notre ressort; nous en payons d'ailleurs les conséquences, puisque nous dépassons chaque année le quota politiquement imposé par le budget. Sachez également que nos actions de soins ambulatoires permettent justement d'éviter des hospitalisations, qui coûtent si cher à l'économie de notre pays. Sachez enfin, que si nous ne servons pas à grand chose, il faudrait le dire à l'ensemble de la population et nous ferons le reste, à savoir, tout fermer, ne plus travailler du tout, ne plus soigner personne, faire une grève généralisée et vous verrez sans aucun doute les quelques millions de patients potentiels défiler dans les rues à demander votre tête et peut-être également celle de vos supérieurs. La colère gronde.
Il est un fait certain: en qualité de médecin, vous vous devez, même si vous avez abandonné la médecine, de respecter le Code de Déontologie auquel vous avez souscrit pendant votre jeunesse. Actuellement, vous dérogez complètement à vos obligations de médecin, en qualifiant la population médicale de ville, d'inutile. Ne pourrions nous pas en dire autant de vous, Monsieur le Ministre ! Quand on entend un représentant tutellaire dire qu'il faut abandonner la vaccination anti-hépatite B puis qu'il faut absolument la reprendre, comment croyez-vous que l'on vous qualifie, si ce n'est de girouette et d'incompétent ou d'irresponsable, même si vous avez habilement "ratrappé le coup" par la suite; le mal a été fait; le nombre des vaccinations chute. Quand on lit que la Douleur est sous-traitée en France, pensez-vous que ce soit le rôle de médecins libéraux inutiles; surtout qu'à l'hôpital, cette entité est trop souvent négligée, par manque de personnel. Sans doute oui, mais si nous sommes inutiles...............Comment croyez-vous pouvoir soulager certaines douleurs, quand les indications de certains produits sont limitées sans raison (en âge, en dosage, etc...) par les ministères de tutelle eux-mêmes ? Comment pouvez-vous penser que le discrédit ne puisse pas être lancé sur notre corporation ? Nous en avons assez d'être tancés en permanence par des responsables politiques, particulièrement incompétents qui feraient mieux de se taire plutôt que d'affirmer des inepties et qui ne vise qu'à dresser la population en général contre nous, les soit disant nantis (sans doute est-ce normal que certains ne dépassent pas le SMIC après 10 ans d'études), qui partent tous à Megève en Décembre pour y faire la grève en fermant leur cabinet. C'est risible.
Je constate tout simplement que le Gastro-entérologue, que vous êtes de formation, est resté dans les sphères hospitalières que vous n'avez pas lâchées, du moins dans l'esprit. Malgré votre courage à prodiguer des soins dans les pays en guerre ou sous-développés, par l'intermédiaire de "Médecins sans Frontières" (que vous n'avez pas fondé, bien que vous l'affirmiez dans certains journaux; n'étiez-vous pas 13 co-fondateurs en 1971 ?; vous rappellerais-je que le premier Président était le Dr DELCOURT ?) pendant plusieurs années, vous avez vite compris que la médecine n'était peut-être pas faite pour vous; ou plutôt que vous n'étiez pas fait pour elle, sauf peut-être en qualité de transporteur de riz (ou de sable ?), pour faire bien, à l'époque de vos débuts ministériels, dans les journaux à sensations.
Votre ignorance crasse en matière de médecine ambulatoire et parfois même en matière de santé publique inquiète la population médicale, qui regroupe des femmes et des hommes de bonne volonté, que l'on taxe volontiers de nantis incompétents mais qui se forment du mieux qu'ils peuvent avec leurs moyens mais certainement pas avec ceux qu'on leur aspire de façon obligatoire (alors qu'ils n'en n'ont pas vu le premier centime de retour). Mais nous sommes habitués à cela, ce ne sera ni la première, ni la dernière fois que nous aurons un ministre non compétent (et haineux vis à vis de la population médicale) par rapport à la charge qui lui a été fournie et haineux.
Pour terminer, je suppose qu'en qualité de médecin, vous devez a priori, être inscrit au tableau d'un Conseil Départemental de l'Ordre et dans ce cas, je me verrai dans l'obligation de porter plainte à votre encontre pour non respect du Code de Déontologie Médicale (Art 31 et 56) et tenue de propos de nature diffamatoire, lesquels propos montrent bien votre haine des médecins libéraux, bien que vous prétendiez aimer les médecins................hospitaliers, sans doute. Sachez que, pour ma part, je ne fais aucune différence.
Il n'est certes pas souhaitable, mais il est fort à parier que nous reparlerons de vous, Monsieur le Ministre, ou de vos collègues de l'Agriculture, voire de vos prédécesseurs, quand le scandale de l'Hépatite C éclatera; il en sera très certainement de même quant à celui de la "Vache Folle" ou plus exactement de la Maladie de Creutzfeld-Jacob, d'ici plusieurs années voire dizaines d'année, vu le temps d'incubation. Et là, nous verrons si les politiques passeront au travers de leurs responsabilités, aux dépens de leurs conseillers ou directeurs de cabinet.
Veuillez croire, Monsieur le Ministre, et néanmoins cher confrère, en l'expression de mes salutations distinguées et respectueuses.