à voir aussi : http://monsite.wanadoo.fr/psychanalyse

"il n'est de résistance que de l'analyste" : que faisons-nous de cet aphorisme de Lacan, maintenu tout au long de son enseignement?

 

Richard Abibon

chronique financière, psychanalytique, et topologique,

La bourse ou la vie
ou
Comment faire des ronds

Imaginez que vous possédez un portefeuille de valeurs boursières. Voici le graphe de ses fluctuations en fonction du temps (abscisse, x) et de l'argent (ordonnée, y) :

Votre avoir n'a pas de valeur absolue, il n'a qu'une valeur relative, fonction du temps. Fonction aussi des autres valeurs boursières, fonction du marché. Mais dans ce graphe, vous ne vous intéressez qu'à votre propre avoir. Sa relativité vous apparaît plus ou moins consciemment sous la forme d'une surface, car vous savez que votre gain ou votre perte ne peut se lire qu'à condition de faire une différence entre deux points de la courbe séparés par une certaine valeur de temps. La valeur relative de votre portefeuille se représente alors pour vous comme la surface qu'une chaîne de montagnes découpe sur l'horizon. Comme toute surface, elle se définit par le produit des deux dimensions x et y, l'argent et le temps, calculable précisément par l'intégrale de la fonction y = f(x), . Elle représente le regard rétrogrédient que vous portez sur votre avoir en fonction d'une supposée valeur initiale, se croisant d'un regard progrédient sur les espoirs de plus-value.
Imaginez que vous êtes un amateur éclairé, et que vous suivez la fluctuations des diverses valeurs de votre portefeuille. Dans un espoir de gain majoré, il vous prendra sans doute la fantaisie, à un moment, de placer une partie de votre avoir sur une autre action ou un autre type de placement. Le graphe de vos valeurs va alors se scinder en deux. La ligne précédente, représentant votre avoir antérieur va continuer, mais elle va baisser de la portion de valeur que vous lui avez retiré. Un autre ligne issu du même point, va représenter votre avoir global qui, si vous avez bien joué, va augmenter plus rapidement

Mais vous pouvez aussi avoir eu peur d'une conjoncture boursière morose, et au lieu de changer vos investissements, vous les réalisez : vous vendez une partie de vos actions et on vous donne de l'argent, avec lequel vous pouvez acheter des objets. Cette opération de réalisation consiste à faire retour sur le passé : en effet, à l'origine, vous avez donné de l'argent, et on vous a inscrit comme propriétaire d'actions. Sur le graphe une projection dans le passé retrace, à partir de la somme que vous retirez dans le présent, l'évolution de sa valeur depuis sa valeur d'origine. Vous réalisez donc l'opération inverse par un retournement sur le passé qui, selon la conjoncture et en comparaison avec ce passé, vous octroie une plus-value ou une moins-value (en rouge)…sur la somme que vous retirez (en vert). L'autre partie (en jaune) continue son voyage virtuel au pays des valeurs.

Ces trois surfaces sont,cette fois, au moment de la réalisation, une projection virtuelle sur   
   l'avenir, moyennant un changement d'axe de repérage qui tient compte de la nouvelle valeur 
en cette nouvelle origine. Ce qui fait bien voir que l'argent n'a pas de valeur instantanée ; il ne 
prend valeur que dans un croisement de projections dans le passé et dans l'avenir. Désir     
 de nouvelle plus-value d'un côté, désir de jouir des objets chetables avec l'argent réalisé de l'autre. 
Ces désirs sont quelquefois bien contradictoires.
     Pour revenir à la métaphore freudienne qui inspire ce petit apologue, nous supposerons que 
cette " nouvelle origine ", fait sombrer dans l'oubli l'origine la précédente. Oui, à  l'époque, j'avais
 tant. Mais maintenant quelle importance ? Je compte sur ce que j'ai réellement, y incluant la 
plus-value réalisée, et sur ce que je pourrais avoir virtuellement plus tard en réalisant le reste de 
mes investissements. Dans notre graphique, cela se traduit par une identification de la plus-value et 
de la réalisation : c'est de l'argent disponible (en vert).

 

Cette plus-value se déplace (Verschiebung) en nouvel espoir de plus-value dans la zone jaune : s'il y en eu une pourquoi pas une autre ? S'il y a eu une moins-value, il faudra bien qu'une plus-value la rattrape. Mais c'est un espoir, reposant sur des suppositions - on dit aussi spéculations. On ne sait pas si ce sera effectivement une plus ou une moins value. Au contraire de la somme réalisée, cette somme virtuelle restant en jeu demeure de valeur indéfinie.
Néanmoins, l'angoisse de la perte vous fait régulièrement consulter le baromètre boursier et vérifier la valeur virtuelle de votre argent : s'il y avait jouissance immédiate, de quel niveau serait-elle ? et voilà ce qui définit la zone jaune de manière précise. Ce n'est pas de l'argent réel, vous ne pouvez pas le marquer en vert. Vous ne vous donnez pas le droit d'y toucher maintenant, il reste en jaune. Mais du fait de cet interdit que vous vous imposez, la totalité de cette zone se trouve orientée par l'espoir de gain futur, ou par la défense contre une perte virtuelle : vous le voyez en rouge.

Vous gardez cet argent " au cas où ", parce que vous n'en avez pas besoin maintenant. Mais si vous en aviez besoin, si vous le réalisiez, vous savez qu'il aura telle valeur que vous prenez toute entière pour une plus-value, puisque toute cette somme viendrait comme un en-plus juste au moment où vous décidez d'en avoir besoin. Vous avez oublié sa valeur de départ, tout en y faisant référence dans l'évaluation de sa plus-value.
Autrement dit, cette zone qui devrait être jaune parce qu'indéfinie, vous la voyez rouge dans une définition imaginaire qui vous aide à supporter le quotidien. Il en est de même lorsque vous achetez un objet avec de l'argent liquide : vous sortez une certaine somme (en vert) en calculant plus ou moins ce qui vous reste pour les futurs achats (en rouge). Tant qu'il est dans le portefeuille, ou placé à la banque, l'argent ne vaut réellement rien ; il ne vaut que par l'imagination de son usage. D'autant que son usage réel peut s'avérer extrêmement décevant.
Le rouge reste virtuel tant que la transaction n'est pas réalisée : on sait à peu près combien ça va coûter, mais au fond, les prix différent selon les commerçants, et il y a parfois marchandage, ou achat non prévu d'un objet complémentaire, nécessaire à l'usage du premier objet ; il peut y avoir une erreur de compte dans la somme versée, ou une malfaçon dans l'objet acheté ou vendu .
Cette somme est passée une première fois du réel au virtuel lorsque vous avez fait vos investissements. En sortant du circuit boursier, d'un point de vue elle redevient réelle, de l'autre elle reste virtuelle tant qu'elle demeure dans votre porte-monnaie. Elle ne se réalise vraiment que lors de l'achat d'un objet, se divisant de la somme qui vous reste, elle-même divisée de la somme qui reste investie. Enfin, vous pouvez à nouveau prendre une certaine somme dans votre portefeuille pour augmenter vos investissements, ce qui clôt un circuit de quatre opérations, la dernière étant répétition de la première : investissement, retrait, dépense, investissement.
Quel que soit le niveau de transformation il y a toujours une partie de l'avoir qui détient la propriété d'être à la fois défini et indéfini(la zone rouge). Défini par le chiffre de la somme, indéfini, d'un côté par l'incertitude dans laquelle on se trouve quant aux fluctuations boursières, de l'autre au coût réel des achats potentiels; indéfini aussi parce que vous ne savez pas toujours ce que vous voulez, épargner ou dépenser, spéculer sur la jouissance potentielle, ou jouir tout de suite… et jouir de quoi, au fait
?J'emprunte à Freud le départ de cette métaphore boursière. Le rêve est l'accomplissement d'un désir, soutient-il dans " L'interprétation de rêves " (1900) (" Die Traumdeutung ", GW II/III p. 566 ; trad. Meyerson, PUF, p. 477). Ce désir est toujours double. Un souhait s'est manifesté dans la journée précédent le rêve, ou une pensée, une tache a été entreprise qui n'a pas été terminée, supposant le souhait d'achèvement de cette tache ou de cette pensée. Tel est l'entrepreneur du rêve. Mais cela ne suffit pas. Comme dans l'économie, l'entrepreneur ne peut commencer la réalisation que s'il obtient les fonds nécessaires. Pour cela, il s'adresse au capitaliste. Ce dernier, nous dit Freud, est toujours un désir venant de l'inconscient.
Ce capitaliste réside dans la somme dite " initiale " placée en bourse. A l'époque de la Traumdeutung, Freud n'a encore pas théorisé le refoulement originaire (il le fera dans son texte de 1915 sur le refoulement) mais c'est bien ainsi que nous pouvons rétroactivement comprendre le capitaliste.

Freud, " Die Traumdeutung ", GW, II/III p.559, PUF p. 471 : " ces désirs refoulés, mais toujours actifs, pour ainsi dire immortels, de notre inconscient sont, comme nous l'apprend l'étude psychologique des névroses, d'origine infantile. Ils sont, comme les Titans de la légende, écrasés depuis l'origine des temps sous les lourdes montagnes que les dieux vainqueurs roulèrent sur eux."

(c'est moi qui souligne, RA)

La mise de fonds initiale a été oubliée (jaune), mais c'est elle qui permet tous les investissements ultérieurs. Nous sommes obligés de la supposer, ce qui revient à admettre une origine à ce qui est en fait un circuit. A chaque répétition de l'investissement, le phénomène d'oubli se reproduit : c'est le refoulement proprement dit. Dans la somme virtuelle qui reste, que ce soit celle qui reste placée en bourse, ou celle qui reste sous forme liquide dans votre bourse, la part de su le dispute à la part d'insu. La part de su, c'est le chiffre calculable à tout moment de votre avoir. L'insu, c'est la plus-value que vous en espérez, que ce soit par les gains en bourse, ou par les économies que vous saurez réaliser par un judicieux choix du magasin, du rapport qualité-prix, de votre marchandage. Et ce désir de plus-value finit par donner sa couleur à votre argent : vous le considérez toujours selon son aspect le plus séduisant, la plus avantageux, et sous cet aspect clinquant (rouge), vous oubliez - vous refoulez - dettes et prévoyance.


Freud " L'interprétation des rêves ", GW, p. 568, PUF, p. 478 : " Elle (la psychologie des névroses) nous apprend que la représentation inconsciente ne peut, en tant que telle, pénétrer dans le préconscient et quelle ne peut agir dans ce domaine que si elle s'allie à quelque représentation sans importance qui s'y trouvait déjà, à laquelle elle transfère (überträgt) son intensité et qui lui sert de couverture. C'est le phénomène du transfert, (Übertragung) qui explique tant de faits frappants de la vie psychique. Le transfert peut ne rien changer à la représentation préconsciente qui acquerra seulement une intensité disproportionnée. "


Représentation inconsciente : la plus-value, zone rouge.
Représentation préconsciente sans importance : zone jaune du dessus.
Représentation préconsciente à intensité disproportionnée : zone jaune coloriée en rouge par l'intensité de la zone de plus-value indéfinie.

L'interdit par lequel vous vous refuser à réaliser vos économies, c'est l'interdit de l'inceste. Vous faites ça par crainte de l'avenir, c'est-à-dire, par angoisse de castration. Vous n'en jouissez pas tout de suite, dans l'espoir d'en jouir plus plus tard. Vous avez oublié qu'il s'agit d'inceste et de castration, mais c'est devenu un système de pensée incontournable.
Si vous faites partie de ceux qui mangent leur capital avant même de l'avoir, si vous vivez éternellement dans le rouge, c'est une autre façon de vivre avec de l'argent virtuel. En creux ou en bosse, le graphique est le même, du moment qu'il fait cette séparation entre le réel et le virtuel. Pour parler comme Lacan à présent, la structure de la machine à penser, qui est la structure du langage, repose sur cette division, qui par elle-même est symbolique, entre une part imaginaire et une part réelle. L'ensemble contribue à former ce que nous appelons la réalité.
J'ai emprunté aussi à Lacan :


Encore, 9/01/73, Seuil p. 36 : " un nommé Sir Flinders Petrie avait cru remarquer que les lettres de l'alphabet phénicien se trouvaient bien avant le temps de la Phénicie sur de menues poteries égyptiennes où elles servaient de marques de fabrique. Cela veut dire que c'est du marché, qui est typiquement un effet de discours, que d'abord est sortie la lettre, avant que quiconque ait songer à faire usage des lettre pour faire quoi ? - quelque chose qui n'a rien à voir avec le signifiant, mais qui l'élabore et le perfectionne. "

Ici Lacan utilise, à mon sens, le signifiant dans l'acception " énonciation " que j'utiliserai plus loin. Je ferais correspondre signifiant et représentation de mot, c'est-à-dire lettre lisible, par opposition à la représentation de chose, lettre illisible, lettre volée, qui n'a pas trouvé sa liaison avec une représentation de mot.
La topologie et le temps.Reprenons l'enseignement de Lacan là où il l'a laissé. Le titre de ce paragraphe récupère celui de son dernier séminaire. Il l'ouvrait par ces mots : " il y a une correspondance entre le topologie et la pratique. Cette correspondance consiste en les temps. " On peut se demander si ces derniers mots ont été retranscrits correctement ; si j'avais été là, j'aurais peut-être écrit en l'entendant : " ...consiste en l'étant ". Cette ambiguïté elle-même est intéressante. Mais peu importe pour l'instant. La lecture de ce séminaire n'en apporte pas beaucoup plus sur la question annoncée, bien que ce soit une avancée certaine par rapport aux définitions antérieures qu'il donnait, je cite par exemple, dans

" Encore " (21/11/72 ; Seuil, p.14) :
" Dans cet espace de la jouissance, prendre quelque chose de borné, fermé, c'est un lieu, et en parler, c'est une topologie. Dans un écrit que vous verrez paraître (…), je crois démontrer la stricte équivalence de topologie et structure "..


La topologie n'est dite qu'en termes de lieu, bien que parler implique le temps ; mais ce n'est pas encore explicite. Lacan a ouvert un chantier ; à nous de nous y engager à notre tour. Temps et argent sont représentés par deux dimensions dont le produit est une surface. Dans cette écriture nous avons représenté les deux transactions de l'origine et de la réalisation comme la rencontre de deux axes. Nous pouvons aussi lire cette dernière comme un croisement ou une torsion. Par ailleurs, le graphique ne vaut que parce qu'il met en correspondance la valeur initiale et la valeur réalisée en une coïncidence comparative qui annule le temps. Croisement et annulation définissent un anneau de Moebius.


Croisement et temps logique


Pourquoi un croisement ? parce que c'est le moment où le temps et l'argent se rencontrent ; le passé et le futur prennent là une nouvelle forme qui se traduit en une nouvelle écriture. C'est là où vous vous rendez compte - vous prenez conscience - que le temps, c'est de l'argent, puisque c'est le temps pendant lequel vous l'avez transféré sur des valeurs boursières qui a modifié la valeur de votre argent.
Les deux dimensions se croisent en un point qui annule toute valeur. En cet instant, l'instant de voir du temps logique de Lacan, votre argent, dont vous pouviez disposer l'instant d'avant, ne vaut plus rien ou c'est tout comme : vous n'en disposez plus. A l'inverse, l'instant d'avant, il ne valait rien pour celui à qui vous le confiez, et l'instant d'après, c'est lui qui dispose de cette somme. En tant que moment de l'échange, le croisement des deux dimensions est aussi le croisement du Sujet et de l'Autre.
Ce moment où le temps s'annule avec la valeur, cet instant où personne ne dispose plus de l'objet de l'échange, peut se comparer à l'épaisseur d'une feuille de papier au moment où on tourne la page : en cet instant personne ne peut plus rien lire. C'est le seul moment où on prend conscience de celle-ci. Après, on focalise son attention sur la lecture des deux dimensions de l'écriture. Articulation du resto et du verso, le croisement établit la verticalité de la troisième dimension comme telle, qui la plupart du temps sommeille dans l'inconscient, comme l'écriture sur le papier qui rappelle la transaction réalisée. Alors l'argent va travailler tout seul pendant que vous dormez, jusqu'à ce que vous en demandiez perception.
Ce sera le moment de conclure, qui constituera aussitôt un nouvel instant de voir ce qui vous reste, d'une part dans la portefeuille, d'autre part dans vos placements, début d'un nouveau temps pour comprendre quelle décisions prendre à l'avenir.


Annulation et inconscient


Pour connaître la valeur de la somme retirée, c'est-à-dire de la plus-value, il faut reprendre l'écriture originale, celle par laquelle le dépôt avait été enregistré. On vous restitue cette somme : c'est une façon d'annuler le temps qu'elle a passé sur les marchés. Comme la mémoire restituant un souvenir : elle le re-présente. Mais on y ajoute ou on y retranche la plus- ou moins-value. Comme la mémoire, qui semble vous restituer un passé intact, mais c'est un passé qui a été remanié pendant son temps de latence, un temps pour comprendre pourquoi vous en êtes là aujourd'hui ; vous avez sûrement oublié des éléments de ce passé….et vous en avez sans doute rajouté ; ce n'est pas le passé comme tel, c'en est une représentation.
De plus, on ne vous donne pas tout, puisque de votre propre décision, vous laissez une certaine somme investie. De plus, votre mémoire ne vous donne pas accès à certaines représentations, parce que tout simplement vous vous les interdisez. Comme vous vous êtes interdit l'inceste par identification à la parole du père, vous vous refusez tout ce qui, de plus ou moins près, pourrait l'évoquer. Votre degré de liberté dans la vie dépend ainsi de la quantité de représentations auxquelles vous vous autorisez l'accès. Mais les représentations refoulées continuent de travailler dans l'inconscient.
Annuler, c'est aussi faire un anneau avec la surface représentant le parcours de votre avoir dans le temps. On colle ensemble les deux zones vertes, celle de l'origine et celle de la fin. La première se confond alors avec la seconde puisqu'on vous restitue la somme ; en quelque sorte, vous annulez la première transaction par laquelle vous aviez confié votre argent. Mais après l'opération une certaine somme reste dans le virtuel, tandis qu'une autre rentre dans votre portefeuille en liquide. Comme nous l'avons vu, ceci modifie complètement les rapports du temps et de l'argent. Du fait de l'expérience de satisfaction, la partie encore investie, mais momentanément interdite, prend la coloration rouge du plus-de-jouir. Elle est à la fois définie et indéfinie. Sa composante indéfinie rappelle la valeur zéro du moment de la transaction : quelle que soit sa valeur virtuelle, elle reste au niveau réel de zéro, puisque vous n'en disposez pas. Mais elle travaille toute seule, à votre insu, ne serait-ce que parce que vous ne maîtrisez pas toutes les lois de l'économie…psychique. Sa composante définie, la valeur virtuelle que vous lui accordez à un instant particulier, elle peut être connue en téléphonant à votre banquier. Ce n'est pas la conscience, mais c'est le préconscient.

Vous percevrez les signes qu'il vous envoie, indications sur la conjoncture économique et autres informations, et ces signes de perception, vous les encoderez en les nouant à vos propres préoccupations concernant vos dettes, vos achats, le souci de l'avenir…sans toujours savoir de quelle manière complexe s'opèrent ces connexions. Tout cela participe du temps pour comprendre la nature de la décision à prendre, pendant lequel vous annulez toute acte intempestif ; tout comme, pendant la nuit, vous annulez la parole et la motilité. Et vous rêvez à l'objet de vos désirs. Le rêve, nous dit Freud, ignore le temps et la contradiction : l'entrepreneur actuel y rencontre le capitaliste qui, dans le passé, a accumulé les investissements pour lesquels on le sollicite aujourd'hui. Il peut même se montrer très réticent à montrer son capital, et ainsi censurer l'entreprise, n'ayant pas conscience de la contradiction, puisqu'il est une seule et même personne.
Voilà qui fait comprendre la nuance avec laquelle il faut lire la formule de Freud. Le rêve ignore le temps, et la contradiction, à condition de promouvoir le double sens du terme " annulation " : réduire à néant, mais aussi, construire un anneau. Ce dernier, la bande de Mœbius, est à considérer selon quatre points de vue :


- zéro dimension, du point de vue instantané du transfert des valeurs (instant de voir - perception ) . En fait il s'agit ici de la fermeture totale de la bande de Mœbius en plan projectif.

- une dimension, du point de vue de la coupure linéaire qui marque une valeur à un instant précis (signes de perception et préconscient)
- deux dimensions, du point de vue de intrinsèque de la surface, qui donne l'évolution de la valeur en fonction du temps (inconscient )
- trois dimensions du point de vue extrinsèque, qui synthétise les différentes représentations dans le moment de conclure (conscient).
- Ces trois dimensions définissent un espace dans lequel se répète l'instant de voir, puisque nous aboutissons à une nouvelle transaction. Cet espace est donc aussi bien un vide, dont il importe peu qu'il soit à trois ou à zéro dimension. Ce pourrait être l'avènement d'une quatrième dimension.


Une écriture économique de la représentation de la chose temporelle.

Voici l'écriture d'un croisement, tel que nous l'avons défini, en tenant compte de la modification de surface qu'introduit la rencontre du temps et de l'argent. Dans un passé mythique, il n'y avait que des investissements ; pas d'argent en circulation. Et puis, il y a eu ce croisement originaire, cette scène primitive de la rencontre du temps et de l'argent, qui a engendré, en même temps que la différence entre les investissements (rouge) et l'argent disponible (vert), ce passé mythique vierge de toute division (jaune). Pour cette raison, la surface jaune reste inorientable. Quoiqu'on fasse, on ne pourra pas l'orienter ; ce serait annuler le temps qui été lui-même engendré par la rencontre. L'autre côté, orientable, combine à la fois la négation forclusive (il y a deux zones bien distinctes, l'argent disponible n'est pas l'argent investit) et la négation discordentielle (l'une d'elle (rouge) est à la fois définie et indéfinie, c'est-à-dire orientée et inorientée (je crains qu'il n'y ait de la plus-value).

Un croisement n'a pas de sens sans un autre croisement : un investissement ne vaut que si on le récupère un jour où l'autre. Dans notre graphique, nous avions écrit un changement d'axe au moment de conclure un premier investissement. Comment en écrire l 'articulation avec le premier ?

Ce problème d'écriture va trouver sa solution par l'annulation. Un fois la somme investie, son chiffre, pour vous, ne bouge pas… il reste plafonné au niveau de la flèche horizontale du dessus. Pourtant, il bouge, puisque le temps continue de passer, augmentant la plus-value, le long de la flèche horizontale du haut, vers la droite : le temps, c'est de l'argent. Ce n'est que lorsque vous décidez de réaliser votre avoir que la flèche temporelle s'inverse, pour revenir sur le moment de l'investissement, et l'inverser également ; vous reprenez ce que vous avez donné, ou une partie au moins. Ce n'est qu'à cet instant que la valeur de votre avoir grimpe brusquement. La longueur de la branche " argent " de cette nouvelle surface sera égale à la longueur de la plus-value accumulée le long de l'axe du temps.
Le nouveau croisement représente l'instant du retrait, le moment de conclure, où toutes les valeurs s'annulent dans le moment de l'échange, tandis que la nouvelle surface, tenant compte de l'instant de voir ce qu'à été ce moment de conclure, accueille les nouvelles écritures qui en résultent dans les livres de comptes, répétition du temps pour comprendre.
La nouvelle surface est divisée en deux, selon les mêmes modalités que la première. L'argent disponible (en vert) décroît avec le temps, tandis que l'argent laissé investit (en rouge) s'accroît le long d'un axe temporel supérieur (puisque le temps s'avère être de l'argent).

Nous en arrivons à notre annulation, c'est-à-dire à la fermeture de notre anneau. Si l'argent disponible décroît, c'est que vous avez acheté des objets, dans l'espoir, cette fois, de retrouver la jouissance de l'objet de l'investissement primordial, en jaune. Ce ne peut être ça, bien sûr. Vous n'en continuez pas moins à acheter des objets, le sachant ou pas, comptant ou pas sur la valeur d'investissement que peuvent représenter ces objets. L'art, l'immobilier,font partie de ces valeurs d'usage qui restent en même temps des valeurs d'échange, prenant éventuellement de la valeur avec le temps. Ça peut faire partie de l'investissement initial que vous a légué vos parents ou que vous souhaitez léguer à vos enfants. Ici encore, les schémas valent autant si on inverse les pleins et le vides, c'est-à-dire si on remplace la plus-value par de la moins-value, la mise initiale par une dette, le retrait par un remboursement, et la dépense par une accumulation de la dette.


L'annulation, le véritable retour au point de départ, ce serait la tranquillité obtenue par la fin de toutes les excitations qui viennent bouleverser l'équilibre de l'appareil psychique. Un retour au zéro, que Freud a appelé la pulsion de mort. La jouissance d'un objet c'est son usage ; or, l'usage use, et l'objet finit comme déchet, comme zéro. La jouissance de l'objet originel, c'est l'extrême pointe de l'usage de l'objet : c'est, aussi bien, s'en débarrasser. C'est le moment de conclure les trois moments de conclure précédents, en ce rendant compte qu'aucun objet ne vaut par lui-même, la seule chose qui compte étant le circuit des échanges. Autrement dit, non pas l'objet de la pulsion, mais la pulsion elle-même.
Le patrimoine que vous avez accumulé, certes, il peut se transmettre. Mais l'essentiel réside moins dans les objets qui le constituent que dans les mouvements par lesquels vous les avez obtenus. En fin de parcours, vous vous êtes identifié à ces mouvements : je suis ce que j'ai fait, et cette identification symbolique ne tient que du nom que vous donnez à la fonction qui a produit ces objets :

le Nom-du-Père.


Autrement dit, ce que vous mettez en jeu, en jaune, et qui reste complètement inévaluable, nous l'avons considéré jusqu'à présent comme une somme mythique qu'on vous donne à la case départ, comme au Monopoly. C'est tout aussi bien votre force de travail. On n'en prend la mesure qu'au moment où s'opère la division entre ce qu'on garde et ce qu'on dépense, que ce soit dans la première opération (investissement) ou la dernière (dépense). Remarquons que l'investissement représente une dépense - il faut bien sortir l'argent pour le porter à la bourse ou à la banque- et en même temps une recette - c'est de l'argent que, non seulement vous mettez de côté, mais que vous faites fructifier. Le retrait, représentant de son côté une nouvelle disponibilité d'argent liquide, s'avère similaire à la surface jaune, somme originaire ou force de travail à partir de laquelle se prennent toutes les décisions ultérieures. Mais ce n'est pas la surface jaune : ce n'est pas votre force de travail, ni votre héritage, c'en est le produit.
La même opération peut être lue selon le point de vue inverse: une dépense permet l'acquisition d'objets dont on jouit, mais autorise aussi parfois un investissement préservant une plus grande jouissance ultérieure. Jouir tout de suite, ce n'est pas forcément se comporter comme un cochon.

On doit tenir compte de l'inversion de l'axe du temps qui est devenu de l'argent, en écrivant cette nouvelle nomination après chaque croisement. En ce cas, si on veut maintenir la nomination des couleurs, il faut les inverser aussi après le croisement (ou, si on veut conserver les couleurs, inverser les nominations.) Dans tous les cas, la zone rouge représente ce à quoi on s'interdit (momentanément) de toucher : ce qu'on n'investit pas (dans la première opération), ce qu'on laisse à l'état investit, (2ème opération), ce qu'on laisse dans le porte monnaie (3ème opération), ce qu'on investit à nouveau (4ème opération) .
Chaque zone, sauf la jaune, présente deux faces : l'une respecte l'interdit que l'Autre transgresse. Chaque croisement peut être lu comme l'écriture de la coupure en acte d'une bande de Mœbius ; le mode d'écriture que je propose présente l'avantage de permettre une lecture simultanée des deux points de vue possible sur une telle bande : le local, dans lequel on déchiffre deux faces ; le global dans lequel on n'en lit qu'une. Ceci correspond à la simultanéité des points de vue de votre économie : lors d'une dépense finie, au même instant une série d'autres valeurs indéfinies entre en compte, celle qui reste dans le porte-monnaie, celle qui reste à la banque, l'argent nécessaire pour les achats ultérieurs, le remboursement des dettes passées, les investissements futurs. De tous ces éléments disposés en réseau, vous n'avez pas toujours conscience. Il en est de même dans l'appareil psychique : chaque fois que vous parlez, vous mettez en jeu une série de nouages préconscients et inconscients.
Le point de vue local s'actualise toujours au moment d'une torsion, puisque celle-ci est division, introduisant le temps par son instantanéité même. Le temps, c'est-à-dire les projections futures soutenues par les souvenirs du passé, organisés les uns et les autres par le désir du plus-de-jouir.

 

Entre les deux écritures ci-dessus, la plus globale est, en fait, celle de gauche, car elle combine localité et globalité. Qu'est-ce qu'une bande de Mœbius ? c'est une coupure. C'est la troisième dimension écrasée entre les deux faces d'une page, remise en jeu seulement au moment où on la tourne. Il faut un temps pour lire une face, un deuxième pour lire l'autre, et logiquement, un troisième, qu'on oublie le plus souvent, le mouvement de passage de l'une à l'autre, le temps de tourner la page. Ce troisième temps est représenté par la face jaune dans l'écriture de gauche.
Un croisement (ou torsion) écrit comme ci-dessous reprend cette écriture d'une manière encore plus explicite, mais légèrement décalée : à un premier temps dans lequel il n'y a qu'une face, inorientable (face jaune) succède un temps où il y en a deux, la face munie de deux zones, rouge et verte. Il indique en quoi le temps a modifié les valeurs accordées à la surface. La coupure (ou croisement) a modifié la valeur, et j'ai indiqué en quoi le temps participait de cette modification.

Cette écriture condense, comme dans l'inconscient, un stade avant et un stade après. Elle dénote ce travail accomplit par l'inconscient, travail qui, avec le temps, ne cesse pas de modifier la valeur des souvenirs… à condition qu'une nouvelle rencontre, un nouveau croisement, réalise par des paroles qui en font acte, et des écritures qui en prennent acte, le temps écoulé.
Ce n'est qu'après avoir tourné la page que je peux dire qu'il y en avait deux. Tant que je ne l'ai pas fait, je peux l'anticiper, mais rien ne m'assure que quelque chose va être inscrit au verso. L'écriture ci-dessus, plus simple, correspond donc à celle ci-dessous, moins immédiatement lisible :

Vous avez effectuéune coupure à deux tours sur une bande de Mœbius. Il en tombe une bande à deux faces une rouge et une verte, et, enlacée, une nouvelle bande de Mœbius inorientable, en jaune. Cette écriture rend compte de la bande de Mœbius comme objet : elle a subi la découpe d'un sujet (fonction) muni d'un ciseau. C'est le point de vue d'après la coupure. Mais on peut se rendre compte que la bande de Mœbius jaune, qui reste enlacée à la première, est, d'une part, semblable à celle qui était et qui n'est plus, parce que vous l'avez coupée, d'autre part, et en conséquence, une nouvelle coupure potentiellement activable qui sera. C'est toute l'ambiguïté de la bande de Mœbius, qui est à la fois fonction (du point de vue temporel) et objet (du point de vu objectal). Quand vous coupez une bande de Mœbius avec une paire de ciseau, c'est vous qui êtes la fonction, la bande de Mœbius reste l'objet qui subit votre action. Mais, accomplissant cette coupure, d'où vous allez tomber comme sujet, pouvant dire " c'est moi qui ai accomplit cet exploit !", vous reconnaissez que la bande de Mœbius comme objet représente la coupure, la fonction, non pas comme telle (en acte) mais représentée en objet. Elle est cet objet qui a pour fonction de relier une face à l'autre face. En la mettant en jeu par le biais de votre ciseau, animé par votre désir, c'est-à-dire votre curiosité scientifique (sic !) ou l'appât du gain, vous devenez ce sujet qui se réfère sans cesse à cet objet qui, lorsque vous croirez le saisir, aura justement été détruit par votre action de saisie. En effet, soit vous avez effectué une coupure à un tour et vous n'obtenez que la bande à deux faces : vous n'avez plus de bande de Mœbius. Soit vous avez opéré une coupure à deux tours et la bande de Mœbius se retrouve intacte à la fin de l'opération, et un nombre infini de coupures à deux tours n'en viendrait pas à bout.
Telle est l'ambiguïté de l'objet a : objet , mais cause du désir.
Du point de vue temporel de la fonction, la bande de Mœbius s'avère une bonne écriture de l'acte de parler, qui ne saurait avoir lieu s'il n'y avait eu enregistrement, c'est-à-dire écriture des paroles précédentes en vue de répondre ultérieurement, et s'il n'y avait simultanément, enregistrement de ce qui se dit et parfois dérape par rapport au savoir qui souhaitait s'énoncer, ouverture (vérité) du savoir inconscient produit des écritures antérieures.

A propos de jugements d'attribution et d'existence voir RA, " Une écriture du temps logique ". disponible sur demande à richard.abibon@wanadoo.fr

Autrement dit, les conditions même de l'écriture, cette possibilité de glissement des nominations d'un axe à l'autre, d'une surface à l'autre, représentent dans leur réel propre d'écriture, le réel économique qu'elles prétendent représenter : les glissements d'investissement (Verschiebung ou Übertragung aurait dit Freud) d'une partie de votre avoir à l'autre. D'un côté comme de l'autre,

économie de l'écriture ou écriture de l'économie,

nous trouvons deux destins : l'un privilégie le point de vue de la dépense, l'autre, celui de l'épargne. Un troisième point de vue a été nécessaire à l'établissement de ces deux là : l'investissement primordial. Un quatrième s'impose alors : la nécessité d'un nouvel investissement. Ce n'est que la répétition du premier, mais, n'étant pas le premier, il bénéficie de toutes les informations recueillies dans le temps. L'information essentielle étant ceci : les objets achetés ne sont pas l'investissement initial ; le travail réalisé est réalisé : on ne peut pas revenir dessus. Même si on voulait casser un objet réalisé, c'est encore un nouveau travail. L'annulation de l'objet n'annule pas le travail, il en rajoute. Autrement dit l'annulation de l'objet va dans le sens du passage du Réel au symbolique, via l'imaginaire. Le retour à l'investissement initial est impossible. Ce dernier ne sert que de mesure imaginaire, alors que le cours de votre avoir réside dans la valeur d'usage que vous en faites, dans l'achat des biens de consommation.

La décision ne pourra donc plus être la même au 4ème temps qu'au 1er, tenant compte cependant de ce que la valeur d'usage elle-même n'érige aucun réel en soi : elle n'a elle-même de valeur que dans le rapport à la valeur d'échange. Soutenue d'un espoir de multiplication, la valeur ne se tient cependant que dans la division, qui n'aurait elle-même pas de sens sans l'espoir de multiplication. La boucle et bouclée, dans une annulation qui ne produit pourtant pas rien. Loin de se fermer, elle ouvre au contraire sur toujours plus de fonctionnement.

Cependant, les écritures ci-dessus présentent des imperfections. La bande de Mœbius, avec ses trois torsions, représente une seule opération, alors que nous en avons dénombré quatre distinctes. Le dessin qui articule les quatre opérations est lisible comme un double enlacement : deux anneaux de ficelle, le temps et l'argent, sont enlacés de manière à ce que chacun d'eux emprunte deux fois le trou de l'autre.

 

 

Il représente le point de vue des objets, c'est-à-dire celui des surfaces. Il laisse de côté le point de vue de la fonction, celle du circuit qui identifie le temps à l'argent. La bande de Mœbius pourrait pallier cet inconvénient, puisque l'un de ses bords local se poursuit dans l'autre. Quelle écriture pourrait combiner les qualités de l'une et de l'autre de façon à formaliser le schéma des quatre opérations, lesquelles, on l'aura déjà compris, ne sont qu'une modalité économique des quatre discours ?

Le nœud borroméen dynamique

Ligne 1 : investissement primorial ; le discours du maître.

Imaginez que vous disposez d'un nœud borroméen formé de trois ronds de ficelles. Vous le posez sur une surface. Il découpe dans cette surface huit zones, mais elles ne sont pour l'instant pas distinctes.

Vous prenez le rond de gauche, et, en maintenant en place les deux autres ronds, vous le déplacez à droite. Vous ne changez pas l'ordre d'empilement des ronds. Le rond que vous déplacez de gauche à droite était " sur " le rond du bas et " sous " le rond du haut ; il en et de même dans la nouvelle écriture. Vous le vérifiez en couplant les ronds mentalement deux par deux. Ce changement ne fait que représenter le choix de départ qui vous a été donné, que vous le sachiez ou pas : en posant le rond à plat, vous aviez le choix entre poser un rond à droite ou à gauche. Lorsqu'on ne connaît pas la structure du nœud, ça donne une idée de ce qu'on peut appeler un choix inconscient.

Qu'est-ce que vous voyez ? vous voyez apparaître un trou. Il ne vous apparaissait pas avant, mais la différence entre les deux figures engendre un trou à droite, dans la figure du haut, place qu'est venue occuper le rond dans la figure du bas ; cette dernière présente, du coup, un trou à gauche. Il y a quelque chose qui dépasse d'un côté, qui est absent de l'autre côté ! Vous n'en auriez eu aucune idée si vous n'aviez pas fait de mouvement. Vous sentez comme ça devient phallique ?

 

 

Vous avez réalisé un trou dans la surface d'accueil du nœud. Du coup, vous vous rendez compte qu'il y a une surface. Ce mouvement initial a engendré non seulement une différence entre deux écritures, mais une différence entre la surface et le trou. Voilà une théorie d'engendrement de la libido, non à partir de la biologie, mais à partir de l'écriture. Une autre façon de le dire, à la manière de Freud, serait d'énoncer : la rencontre du nœud et du plan entraîne la perception de signes : une écriture pourrait se lire + et l'autre -… par exemple. Nous y reviendrons au dernier chapitre de cette étude. Ces signes de perception, il y faut le mouvement que vous venez de faire pour en prendre conscience. Après ce constat, vous pouvez énoncer que, en déplaçant le rond de gauche à droite, vous lui avez fait quitter la surface, et vous l'avez placé dans le trou de sa présence virtuelle dans la figure du bas. Vous avez fait un trou dans votre porte-monnaie.

Après-coup, vous pouvez même dire que c'est l'angoisse de ce trou, à droite, qui vous a fait déplacer ce rond de gauche, afin de cacher le trou de droite. Evidemment, vous ne pouviez avoir conscience de ce trou avant d'avoir fait le déplacement ; curieux comme vous êtes ! Il vous a fallu aller y voir, et même y toucher : vous avez ainsi établi vous-même la différence qui vous fait peur après-coup, et dont vous pouvez dire que ce n'est pas vous qui l'avez établie, qu'elle était bien là dans le Réel, et que ça justifie tous ces mouvements de fuite ! En fait, après le retournement, vous vous trouvez entre deux trous : celui que vous venez de creuser à gauche (en pointillé ci-dessus), et celui qui menace, à droite. S'il y en a eu un à droite, il peut y en avoir un autre.

C'est ainsi que Freud décrit la menace de castration : l'enfant n'en a cure tant qu'il n'a pas observé l'autre sexe. Mais lorsque cela survient, le nouage du vu et de l'entendu produit un effet de vérité : ce qu'on m'a dit, c'était donc vrai !

Lacan, RSI 21/0/75 : " Pour qui est encombré du phallus, qu'est-ce qu'une femme ? c'est un symptôme. "

Fiduciairement : c'est l'angoisse de l'avenir qui vous fait faire un trou dans votre portefeuille afin de mettre de l'argent de côté pour prévenir un trou ultérieur… ou afin de le dépenser en objets divers, dont dive bouteille, dont on dit :" encore une que l'ennemi n'aura pas ! ". Dans les deux cas, vous vous retrouvez ensuite dans le rouge, avec un trou dans le compte, dont vous ne cesserez de dire qu'il vous angoisse.

Psychiquement : c'est l'angoisse de castration qui vous fait construire un symptôme auquel vous tenez, puisqu'il vous protège, mais dont vous cherchez à vous débarrasser, parce qu'il vous embête. L'angoisse de castration est devenue peur d'apparition du symptôme.

Pour écrire cette différence entre la surface et le trou, que vous venez d'établir, vous écrivez la surface par une couleur, de façon à la rendre lisible ; en effet, lorsque nous écrivons, nous oublions toujours la surface au profit des trous que l'écriture y laisse, puisque cette dernière n'est qu'un réseau de différences (donc de trous) entre des lettres. Mais avant d'écrire, il faut écrire la surface support, et même écrire l'écriture (le trou). C'est ce que font les enfants dits autistes, quand ils commencent à sortir de leur état : ils passent de séances entières à colorier le bord d'une feuille de papier, afin de circonscrire le lieu de l'écriture. Certains gribouillent la totalité de la surface, en prenant bien soin de ne laisser aucun espace libre, ce qui revient au même : la feuille devient trou par rapport à ce qui n'est pas gribouillé, la table. Entre les deux, il y a évidemment toutes la gamme des nuances de transgressions de la limite à ne pas dépasser pour ne pas salir la table. C'est seulement après qu'ils peuvent commencer à dessiner (c'est-à-dire à écrire en hiéroglyphes).

 

 

 

 

 

Puis vous laissez un blanc dans la couleur, afin d'écrire le trou.

A quel endroit ? le trou de la différence apparue entre les deux écritures se situe à droite pour celle de gauche (ci-dessus), et à gauche pour celle de droite. Mais c'est par votre mouvement de retournement d'un rond que vous avez engendré le trou, prenant conscience du choix inconscient qui vous était proposé au départ. Vous ne pouvez pas l'écrire dans la première écriture, qui appartient au passé ; il vous faut l'écrire dans la seconde. Vous ne pouvez l'écrire que là où s'achève votre mouvement, dans le rond retourné, puisque c'est ce mouvement lui-même qui l'a engendré.

De la même façon, le signifié d'une phrase ne se manifeste qu'au point final, que nous exprimons par une baisse de la voix juste avant le silence. Cet ensemble de mouvements et d'écritures représente, dans le temps logique de Lacan, le discours du directeur de la prison (cf."Le temps Logique", in Ecrits, Seuil), qui, parlant, vient poser les règles du jeu (ou noir, ou blanc, signe deux écritures). Sa parole ouvre un trou potentiel dans les murs de la prison . Enfin, ayant ouvert ce trou, ce qui vous préoccupe dans le présent, c'est que le trou que venez de découvrir ne s'ouvre à nouveau dans le futur, là, en cet endroit où venez de rajouter ce qui, dans le présent, dépasse, phallique, sur la droite. Ça s'appelle la menace de castration : je crains qu'un nouveau trou ne s'ouvre (notez l'emploi de la négation discordentielle). Cette dernière formule indique comment l'angoisse pourrait se nommer aussi le désir.

Car, au fond, ce trou que j'ai ouvert par mon mouvement témoigne du mouvement par lequel je m'assure de mon existence. Désir de me re-trou-ver dans ce mouvement qui inaugure le trou de la différence que je crains. Le pointillé de l'absence, que vous aviez marqué à gauche sur l'écriture de droite, marquant la présence passée, vous l'avez en fait transféré à droite dans votre mouvement, car du coup, dans ce présent du rond à droite, ce qui importe, c'est le retour possible d'un manque à cet endroit là, puisque vous dites - après-coup - que vous avez retourné ce rond justement pour voiler ce manque que votre désir a engendré. Le trou symbolise l'absence antérieure de rond à cet endroit-là, le pointillé, la coupure potentielle du même rond dans le futur. Vous avez tenu compte du temps, par une écriture régrédiente (le trou) qui note le passé, combinée à une écriture progrédiente (le trait pointillé) marquant le futur.

Vous ajoutez des flèches de sens inverse pour noter cette distinction du régrédient et du progrédient. Le progrédient, sur le bord, va du plein vers le vide : c'est le mouvement du rond de ficelle qui a inauguré le trou. Le régrédient traverse le vide en sens inverse : il marque la menace que représente ce vide, qui pourrait atteindre aussi le bord, et le désir de le combler en revenant au plein initial. C'est lui qui va entraîner la nécessité de l'écriture.

Freud, " L'interprétation des rêves ", GW II/III, p. 578-9 ; PUF p. 487 : " Le processus du rêve prend alors la voie de la régression, que précisément, le sommeil ouvre ; il obéit par là à l'attraction qu'exercent sur lui des groupes de souvenirs qui n'existent, en partie, que sous la forme d'investissements visuels (RA : donc, à au moins deux dimensions, surfaces, représentation de chose, voir plus loin), non comme traduction en termes de système ultérieurs (RA : représentation de mot, bords, voir plus loin). C'est sur cette route qu'il acquiert la possibilité de la figuration. Nous parlerons plus tard de la compression. Il a maintenant franchi la seconde étape d'une carrière déjà bien accidentée. La première allait, de manière progrédiente des tableaux inconscients (RA : deux dimensions) ou des fantasmes au préconscient (RA : une dimension, représentation de mot, voir plus loin) ; la seconde retourne des limites de la censure à la perception. "

Vous avez écrit, par ce trou, que le rond qui l'entoure n'y a pas toujours été. Avant, il était de l'autre côté. Son arc rappelle le rond absent, mais il note surtout, à cet endroit-là, la possible régression du processus c'est-à-dire l'angoisse qu'il se reproduise à nouveau dans le futur. Il est la mémoire, la trace du passage du rond de l'autre côté. Le troisième croisement présent dans le trou n'a pas participé au mouvement, c'est pourquoi il ne participe pas de la nouvelle écriture. Mais cette trace n'est pas très explicite. Elle souligne qu'il y a eu une autre écriture dans le passé, différente de celle-ci, sans dire précisément de quelle écriture il s'agissait, ni où précisément se situent les différences. Tout ce qu'on peut y lire c'est les signes de perception : il y a eu un autre emplacement de ce rond, symbolisé par cette trace en pointillé. Autrement dit, cette dernière écrit le mouvement, la fonction qui a permis la transformation.

Elle n'écrit rien des objets en jeu, l'écriture de départ et l'écriture d'arrivée. Vous commencez à engranger des informations, c'est-à-dire à les condenser sur un même support. Il y avait deux écritures, il n'y en a plus qu'une, qui a gardé en mémoire l'écriture précédente. Pour l'instant, elle n'a noté - théoriquement - que le mouvement. Il faudrait noter aussi une image de chacun des objets, l'objet passé et l'objet présent, afin de les mettre en regard dans un même instant, pour se rendre compte de différences. C'est la mise à plat du nœud qui a engendré écriture du nœud et surface ; rencontre du Sujet et de l'Autre, scène primitive en-deçà de laquelle il était impossible de dire quoi que ce soit , ni du nœud, ni de la surface, ni du trou que l'un occasionne à l'autre, trace de leur rencontre, c'est-à-dire de leur croisement. Un croisement symbolise donc cette rencontre, puisqu'en ce lieu, il est censé y avoir trois dimensions (le temps, l'argent, et l'échange, ou : le Sujet, l'Autre, et la pulsion, ou : le nœud, la surface, et le trou de l'écriture que l'un occasionne à l'autre), alors que dans l'écriture il n'y en a plus que deux, représentées par les deux segments qui se croisent, et au lieu du croisement, il n'y en a plus que zéro, puisque c'est l'instant où les valeurs s'annulent en changeant de main.

Ce point du croisement est à la fois un point sans dimension, un point double (un qui appartient au trait " du dessous ", un qui appartient au trait " du dessus "), et un point triple (s'ajoutant aux deux premiers :le point de vide qui doit séparer les deux traits, qui n'est pas plus écrit que le point " du dessous "). C'est l'agencement de ces croisements, le réseau instantané qu'il forme dans une écriture qui écrit sa différence d'avec l'autre écriture, différence obtenue dans le temps. Autrement dit : l'articulation des croisements en nœud doit bien représenter quelque chose de la différence entre le quatre opérations monétaires que nous avions repérées. A chaque opération, les autres sont présentes d'une manière ou d'une autre, plus ou moins consciemment.

Ça tombe bien , votre curiosité initiale ne s'est pas trouvée déçue par votre premier mouvement. Toujours curieux, vous vous dites : j'ai retourné un rond de gauche à droite… et si je retournais le rond du bas en haut ? ou, toujours angoissé, vous supputez : le mouvement précédent ne m'a pas permis de voiler le trou que j'avais occasionné, essayons un autre mouvement… ou encore, vous n'avez pas réussi à faire venir maman réellement, alors peut-être symboliquement ? Bien entendu, à présent, vous effectuez cette opération sur l'écriture dont vous disposez, c'est-à-dire celle munie d'une surface, d'un trou, et d'un trait pointillé. Vous ne disposez que du symbolique. Allez-vous faire un nouveau trou dans la surface, tel le poinçonneur des Lilas ? Oui, une deuxième parole est prononcée (da ! après fort !), mais, comme cette fois-ci votre but est d'enregistrer les traces de vos deux précédentes écritures, vous allez effectuer une découpe autour de l'écriture prise globalement. Vous mettez à l'intérieur une écriture du trou, une écriture de la différence entre les deux lettres que vous venez d'inaugurer. Mais vous écrivez ce trou en termes de surface : un trait pointillé, coupure séparant deux zones, trace de là où "ça" était. Bref, après avoir troué à l'intérieur, vous trouez à l'extérieur. Vous attribuez à l'extérieur le trou que vous-même aviez creusé à l'intérieur, tout en mettant à l'intérieur une surface découpée en deux zones, qui représente cette trouure.

L'angoisse,c'estl'Autre.

Par contre, vous tenez beaucoup à la surface que vous aviez découpée comme bord à l'angoisse. Vous la retournez à l'intérieur afin de boucher le trou dont vous ressentiez la menace. Vous construisez ainsi le symptôme sur lequel vous allez baser votre protection contre le trou. Plus de trou à gauche ; de ce point de vue, votre écriture a régressé à l'originaire, celle qui ne présentait aucun trou. Si vous ne tenez compte que des bords, les ronds de ficelle, vous travaillez seulement sur deux écritures du nœud : un lévogyre gauche et un dextrogyre droit (cf. RA, " Une théorie de la dimension " " Une théorie du nœud borroméen " ). Mais si vous tenez compte de cet Autre qu'est la surface d'accueil trouée par l'écriture, vous allez engendrer à partir de ces deux initiales, tout un texte composé de six écritures nouvelles.

Sur cette surface, vous écrivez la mémoire de l'écriture précédente, tout en inscrivant l'écriture présente en train de s'écrire, en séparant les deux par un trait pointillé reliant les deux croisements impliqués dans le nouveau mouvement. Vous inaugurez la représentation de chose. L'orientation des flèches de ce moment d'écriture suit la logique établie au premier tour. Le pointillé est à nouveau régrédient, poursuivant la coupure dans le sens annoncé précédemment, dans le sens d'une surface qui, s'engendrant, tend à occulter le trou ouvert précédemment. Il nous guide quant au sens à donner à la flèche bleue : elle sera de sens inverse, afin de marquer le progrédient. Toutefois, ce nouveau mouvement replace le manque à sa place dans l'écriture originaire : il y avait un rond à droite, il n'y en a plus à cet endroit-là, puisqu'il est passé à gauche. Mais ça on connaît, on l'a même déjà écrit… théoriquement. Le souvenir en est juste un peu déformé dans la zone vide que vous aviez créée, et qui s'est réduite sous la poussée de l'extension des pleins. Il reste à l'écrire dans la mémoire, ce que fait le trait pointillé poursuivant le premier, qui n'était que potentiel dans le trou, s'actualisant réellement à présent comme coupure dans la surface d'empan.

Par contre vous venez de créer un nouveau manque en bas à gauche. Ce manque oriente autrement l'axe de la structure, marquant le sens de déplacement qui vient de s'accomplir : ni purement haut-bas, ni tout à fait gauche droite, mais dans un compromis des deux. Ce compromis est une résultante de la combinatoire des deux axes temporels, le progrédient et le régrédient. Si toute cette phase d'écriture est orientée sur l'enregistrement du passé, elle le fait, orientée par la crainte du futur ou le désir de revenir dans l'avenir à la même configuration que dans le passé. Comme toute écriture, celle-ci prend du temps : le temps pour comprendre ce qui s'est passé, ce qui est nécessaire pour faire le pas en avant vers le futur. C'est un temps d'immobilité pendant lequel l'argent dort à la banque ou plutôt à la bourse, puisqu'il travaille à votre insu. De même, vous vous coupez l'accès à la parole et à la motilité pendant que vous dormez, régression narcissique qui permet à vos rêves d'entreprendre d'inscrire les restes diurnes, empruntant l'argent nécessaire au capitaliste originaire.

Ce dont vous ne vous êtes pas rendu compte, c'est que votre enregistrement (le retournement du rond du bas vers le haut) a fait glisser globalement l'ensemble de l'écriture par rapport à son support de papier. Le Sujet a décalé sa position par rapport à l'Autre. Vous avez obtenu une écriture présentant quelques similitudes avec la première quant aux bords (c'est un lévogyre gauche ), mais des différences quant à la surface d'empan. Vous avez engendré des représentations de choses, donc de l'inconscient. Mais vous avez aussi modifié les rapports du Sujet-nœud-écriture et de l'Autre-papier-support-de-l'écriture. Le croisement des deux, représenté par le croisement que nous venons d'étudier, c'est aussi un produit de deux dimensions qui ont engendré de la surface (et du trou), exactement comme le temps et l'argent engendraient notre graphique initial. Des deux dimensions de cette surface, vous avez fait jouer l'une de manière consciente, en déplaçant le rond de gauche à droite (acte de parler : fort !) ; l'enregistrement de cet acte par l'écriture combine deux déplacements, l'un, préconscient, de la gauche vers la droite (2ème parole : da !), l'autre, inconscient, de bas en haut. La résultante en a été le déplacement oblique qui a produit une écriture semblable à celle qui était là d'avant, mais qui, par la surface engendrée, cache la dimension haut-bas, la dimension " y " inconsciente.

Vous retrouvez les écritures du croisement et de la bande de Mœbius que j'ai données plus haut. Le croisement avec ses divisions de couleurs, la bande de Mœbius, avec son sens de rotation qui, à un axe horizontal progrédient représentant le déroulement temporel du discours (1ère parole, fort !), articule un axe régrédient d'écriture, dont la double inclinaison résulte de la combinatoire de deux mouvements, le mouvement progrédient de la 2ème parole (da !)(x) se nouant au mouvement régrédient de l'écriture (x .y = S, surface) pour créer les deux obliques qui ferment la figure (S2à S'2).

Toute énonciation d'un signifiant nécessite le rapport à au moins un deuxième pour que les deux soient enregistrés, produisant de la représentation de chose. Votre surface orientable (fragment d'écriture du nœud, à droite) s'engendre à partir de l'inorientable, entre les deux arcs bleus qui viennent de prendre orientation. Le troisième, l'arc noir de la zone rouge, représente l'insatisfaction ou le désir qui s'engendre de l'inorientation de la surface rouge engendrée. On y lit la torsion d'une bande de Mœbius, dans une écriture qui tient compte du temps. Le nouage des représentations de mots et des représentation de choses constitue la conscience, mais certaines représentations de chose engendrées ne trouvent pas liaison avec des représentation de mots. Ce sont les zones rouges dont on verra qu'elles se reproduisent à chaque étape. Chaque choix, chaque opération effectuée justement pour diminuer cette zone d'ombre non dite, produit, certes, quelque lumière, mais aussi une nouvelle zone rouge (chose non dite) et un nouvel arc noir (mot potentiel).

Si un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant, le sujet est dans le trou autour duquel tout ça tourne, représenté provisoirement par l'arc noir à orienter. Le sujet est toujours un peu perdu, et il cherche à s'orienter. Vous êtes dans la logique du caractère chinois (ou du hiéroglyphe). Vous écrivez les choses par ce que Freud appelait des représentations de choses ; c'est aussi la logique du fort-da .

Avec ce dont il dispose, l'enfant qui jette la bobine au loin écrit dans l'espace le départ de sa mère. La " bobine, au loin " (zone rouge) est la représentation de chose de " ma mère, partie " . La " bobine, avec moi " (zone verte) est la représentation de chose de " ma mère, avec moi "(zone jaune). C'est l'énonciation de l'enfant qui o-père le croisement permettant d'orienter la zone jaune inorientable où cohabitaient deux " choses " incompatibles : la réalisation de l'inceste et le respect de la parole du père. Le respect des lois de la parole tout court permet une réalisation de l'inceste " pour de semblant " : les deux " choses " amalgamées deviennent à la fois distinctes et compatibles dans un mouvement qui implique le temps : un temps " fort " et un temps " da ". L'énonciation " O " signifiant " fort ", loin, (1èr arc orienté par le 1er retournement, bleu) et l'énonciation " A " signifiant " da ", là (2ème arc orienté par le 2ème retournement, bleu), l'enfant noue une représentation de mot avec une représentation de chose.

Ce qui ne veut pas dire qu'il y a correspondance automatique d'un signifiant, -représentation de mot - avec un signifié - représentation de chose. Il suffit de bien lire l'écriture ci-contre : le croisement énonciatif des deux signifiants ne se referme pas, il s'ouvre au contraire sur la zone rouge inorientée, bordée d'un arc encore non touché, c'est-à-dire, d'un signifiant encore latent. Il s'ouvre aussi de l'autre côté sur une zone totalement inorientée, jaune, dans laquelle ses bords puisent leur ressource pulsionnelle. Et si l'enfant réitère beaucoup plus souvent le phase du jeu " fort ", jeter au loin, c'est bien qu'il sait qu'il jette dans le rouge, zone inorientée que son geste cherche désepéremment à orienter.

Mais faire de la théorie, c'est faire de l'écriture. Ici, j'écris, je ne peux rien prononcer ; même les mots que vous lisez, certes prononçables, ont pris un caractère visuel. Sans faire appel forcément au caractère visuel, il doit bien y avoir une différence, dans la mémoire, entre les traces laissées par les mots tels qu'on les entends, et les traces laissées par ces choses que sont les écritures, même si elles sont alphabétiques. Car l'énonciation, au moment où je parle, si elle se sert des représentations de mots, n'est pas la trace engrangée dans la mémoire ; la représentation de mot doit bien subsister sous deux formes de traces : la trace des sons tels que nous les avons entendus, tels qu'ils seraient gravés sur un disque, et la traces des lettres, traces visuelles par lesquelles nous avons appris à retranscrire ces sons. Nous allons donc écrire cette différence entre les deux formes d'enregistrement de la mémoire, en faisant cette distinction des bords (représentations de mots : " O " et " A") et des surfaces (représentations de chose, " bobine, au loin ", " bobine, avec moi "). Le trou quant à lui, représentera l'énonciation comme telle, ou encore, l'acte, le mouvement, l'échange, tout ce qui opère une transformation : la fonction.

Le trou rejoint la représentation du croisement, moment ou les trous se croisent : le trou dans votre porte-monnaie vient combler le trou qui était l'instant d'avant dans celui du banquier ou du commerçant. Les bords écrivent les représentations des mots échangés à ce propos. Les surfaces seront les objets en jeu dans la transaction. Représentation de choses, donc ou écriture - comme toutes les représentation de choses - des sommes dans tel ou tel registre : cette écriture représente bien des objets potentiellement achetable, d'autant plus achetables que votre argent aura fait des petits. Ces écritures représentent la plus-value potentielle.

Vous remarquez qu'il n'y a pas coïncidence automatique d'une chose avec le mot qui serait censé lui correspondre. Pas plus qu'on ne peut connaître le montant de la plus value avant la réalisation, il n'y a pas possibilité d'épuiser le signifié d'un mot prononcé. Le signifié rouge renvoie à deux signifiants sans couleur (noirs : non encore énoncés) se croisant sur sa pointe, et chacun de ces signifiants se prolonge en deux arcs longeant d'autres signifiés (pour l'instant ils ne sont même pas orientable, il s'agit d'inconscient), ces arcs renvoyant à deux autres croisements, etc… Même le signifiant qui longe le signifié vert, bien qu'ayant été prononcé, se prolonge dans une surface jaune, et renvoie à d'autres signifiants non encore énoncés au croisement suivant. Son énonciation dont on a pu croire qu'elle était bien carrée, se rapportant à un signifié bien précis, renvoie en fait à toujours autre chose…

Si vous voulez apprendre à parler à un crocodile, il suffit de le retourner.

Le modèle proposé ici donne une exacte figuration de ce phénomène en deux temps (qu'il va falloir multiplier par trois pour faire six). La bande de Mœbius, qui peut se présenter comme n'ayant qu'une seule torsion, en a trois lorsqu'on la met à plat. Le point de vue d'une seule torsion est celui du trou de l'énonciation ; le point de vue à trois torsions tient compte de l'écriture sur laquelle la parole s'appuie tout en engendrant de nouvelles écritures. De même, le retournement d'un rond, le temps de la parole, de l'échange, met en jeu selon les points de vue, deux, quatre, ou six croisements. Il engendre en effet un deuxième retournement pour la deuxième parole nécessaire à l'écriture, mettant en jeu, encore deux, quatre, ou six croisements, selon les points de vue. Deux, du point de vue de l'arc déplacé, de la surface, ou du trou engendré par le mouvement. Quatre, du point de vue du rond qui tourne. Six du point de vue global qui constate que le mouvement a transformé l'écriture du nœud, d'un lévo-gauche à un dextro-droite.

Tout cela ne fait que confirmer la point de vue du rapport : un signifiant représente un sujet pour un autre signifiant. Un croisement n'a pas de sens si on ne fait pas le rapport aux autres croisements, non seulement dans l'intrinsèque d'une seule écriture, mais encore, dans l'intrinsèque de la variation temporelle d'une écriture à l'autre. L'orientation de chaque signifiant (de chaque arc) ne vaut que s'il est enregistré dans un rapport d'orientation avec l'arc suivant du même rond, chaque rond avec ses deux arcs étant lui-même dans un rapport aux deux autres.

Un seul retournement d'un seul rond mettant en jeu quatre croisements, un croisement représentant une opération, vous pouvez formuler l'hypothèse qu'il va falloir quatre opérations afin d'orienter tous les croisements. Ce qui vient en contradiction avec le fait que, s'il y a trois ronds, et donc six arcs, il suffirait de trois opérations pour retourner trois ronds et de six s'il faut considérer chaque arc séparément. C'est là que la psychanalyse vient au secours de la topologie, grâce aux quatre discours de Lacan. Quatre discours, c'est-à-dire dire quatre opérations distinctes s'enchaînant les unes derrière les autres et se nouant dans une circularité, ainsi que Lacan l'avait présenté avec son quadripode.

Surface, trou, et bord

Vous l'avez remarqué dès votre premier retournement de rond : une autre différence a été engendrée par ce geste entre le bord, la surface et le trou. En effet, le mouvement a désolidarisé le bord de la surface, puisque vous avez saisi le brin de ficelle, vous l'avez sorti de la surface pour le poser de l'autre côté. A l'arrivée, le trou se place là où n'était pas le rond - c'est-à-dire le bord du trou - dans l'écriture antérieure. Le trou est là où il était sans y être, puisque avant, il n'avait pas encore été inauguré par le mouvement ; le bord est là où il n'était pas, mais où il pourrait donc ne plus être.

Autrement dit, une différence qui semble porter sur deux termes (surface et trou) en comporte en réalité un troisième (bord), dont le destin se distingue des deux premiers.

Tout se passe comme si la création d'un trou opérait aussi une coupure dans cette surface - ou dans ce trou - pour distinguer un bord comme voisinage du trou.

Autrement dit, la différence qu'ouvre la parole (trou) produit une distinction entre les représentations de mots (enregistrement de l'énonciation sous forme de représentation de mots - signifiants) et les représentations de choses - signifiés). Le bord est un fragment de surface autant qu'un fragment de trou. Il représente le discordentiel comme tel. Il y a glissement de la notion de surface vers la notion de trou. Ce glissement atteint son acmé au moment où deux bords se rencontrent, dans le trou de la troisième dimension, le trou de l'énonciation. C'est là que ce glissement devient virement : la valeur change de niveau, l'argent change de poche, les investissements se croisent, engendrant de nouvelles écritures dans la mémoire et dans les livres de compte. A partir de ce qu'il y a dans le préconscient, sous forme de représentations de choses liées à des représentation de mots, vous dites quelque chose :

vous jetez les objets au loin (fort !) par le trou de l'énonciation. Et vous ramenez (da !) ce que vous vous entendez dire, qui n'est pas toujours identique à ce que vous avez cru dire.

Cette perception s'enregistre comme un nouveau bord engendrant une nouvelle zone de surface. Une distinction s'est opérée par l'énonciation entre ce qui était écrit comme prêt à dire, et ce qui s'en inscrit sous forme d'énoncés.

Dans l'écriture théorique que je propose, les représentations de mots sont aussi représentées par des représentations de choses (bords), mais distinctes des surfaces qui représentent les représentations de choses comme telles. L'énonciation, qui ne cesse pas de ne pas s'écrire, est aussi représentée par une représentation de chose, cette chose qui justement ne s'écrit pas : un trou dans l'écriture, ici, au centre de la bande de Mœbius , -mais tout aussi bien autour - et là dans les croisements, au niveau de ce dessous qui ne s'écrit pas, représenté par les trous dans la surface d'empan -qui ne s'écrivent pas non plus, mais se circonscrivent.

Vous venez donc d'enregistrer la différence que vous aviez engendrée par votre mouvement. Les surfaces rouge et verte dans l'écriture représentent théoriquement ce qui n'est que la différence entre les deux écritures, la présente et l'antérieure. Ça n'a déjà plus rien à voir avec la présente et l'antérieure : ça a déjà été remanié par l'encodage que vous lui avez fait subir pour vous souvenir de tous les mouvements, de toutes les différences qui ont été à la fois engendrées et inscrites, ayant engendré une nouvelle écriture… etc…

La figure ci-dessous écrit un fragment de la figure complète inscrite plus haut, à droite. L'écriture "antérieure" se lit dans le vert, aussi disponible que l'argent ; mais, vous le constatez, ça apporte un tache de jaune (d'inorientable) dans le vert. L'écriture "présente " se lit dans le rouge ; cependant, vous le voyez, ça dépose une nuance de jaune et de vert dans le rouge. La coupure de l'écriture, qui se serait sans doute voulue forclusive (que du vert d'un côté, que du rouge de l'autre) s'avère, en fait, bien discordentielle(et entre le trou et la surface, il y a du bord !).

Ce pourrait être l'écriture de l'investissement primordial comme objet, mais ça n'écrit que l'investissement primordial comme fonction, le mouvement par lequel vous vous retrouvez avec de l'argent disponible d'une part, de l'argent de côté d'autre part. Comme objet, il serait dans la zone jaune, où nous n'avions encore rien écrit. Ce que vous écrivez n'est donc bien que suppositions sur ce que ce sera par rapport à ce que vous supposez que ça été.

Ce pourrait être l'écriture de la parole, qui ne cesse pas de ne pas s'écrire, puisque tout ce que nous avons trouvé pour l'écrire, c'est le trou. Mais ça ne l'est pas, puisque pour écrire le trou, il faut de la surface… Nous retrouvons le premier schéma d'un croisement. Mais du coup, cette lettre une fois écrite dans la zone verte représente l'argent liquide dont vous disposez (tant qu'il n'y a pas de transaction, ça reste un objet, de valeur zéro, mais ça écrit la fonctionnalité potentielle de la fonction " dépense ", ou encore, la parole), par opposition à celle écrite dans la zone rouge, " présente ", représentant ce que vous avez engrangé pour l'avenir, par peur de ce que vous imaginez avoir subi dans le passé (le fameux manque à gauche ou à droite dans l'écriture du nœud), ou par désir de retrouver ce que vous imaginez avoir perdu dans le passé.

Vous remarquerez que ce qui est inscrit dans la surface rouge est identique au " grand nœud "qui la contient : cette écriture inscrit ce qui est en train de se passer, et qui, de fait, est déjà passé. La surface rouge possède à la fois le caractère défini (orientée) et indéfini (inorienté): elle représente la continuité des investissements, dont on sait la valeur pour ce croisement-ci, tandis qu'on ne la connaît pas pour le croisement suivant. Ce dernier est pourtant déjà inscrit : c'est le troisième croisement de la zone considérée.

Mais quel est le troisième croisement ? Le premier, l'investissement primordial, opère un virement du jaune d'or au rouge et vert. Il ouvre ainsi une double possibilité, représentée par les deux croisements suivants, qui ferment la zone. D'un côté (rouge et vert) dépenser, soit l'argent liquide (de la zone verte vers le vert que nous découvrirons plus tard) soit retirer pour dépenser aussitôt (de la zone rouge vers le vert). De l'autre côté (rouge), dépenser, mais pour faire un nouvel investissement (en rouge), tout en gardant quand même une certaine somme disponible (en vert) (vers la zone rouge et verte que nous découvrirons plus tard). L'argent disponible s'octroie une surface bien définie (orientée). Nous la considérons ici d'un point de vue local, comme orientée dans la perspective d'un seul choix vers le croisement suivant, celui de la dépense. Seule la zone rouge offre effectivement deux choix. La surface inorientable diverge de la surface orientable en ceci, que cette dernière présente deux zones, l'une orientée et l'autre pas. La surface inorientable n'offre qu'une zone, comme la bande de Mœbius, qui ne présente globalement qu'une face. La couleur n'indique que la différence entre le possible et l'interdit. Le nombre de croisements circonscrivant une zone (pas " fermant " une zone, car ce sont des ouvertures) représente le nombre de choix possibles. La contingence n'est pas la même selon les zones. Les croisements sont nécessaires : ils sont à la fois ouvertures et points de repère temporels des zones, repère pour l'évaluation du degré de contingence de chacune.

Vous voyez qu'en termes de choix, donc de désir, l'orientation écrit le sens du temps. Dès le premier croisement, on est orienté par la perspective des deux croisements potentiels du temps suivant. On a le choix entre deux zones, mais dont l'une comporte, en vue du croisement futur, un seul choix tandis que l'autre en comporte deux. Deux choix s'avèrent donc toujours en comporter un troisième. Ce troisième sera une tentative de compromis.

C'est ainsi que Freud nous a appris à lire le symptôme (S), comme un compromis entre le permis et l'interdit. Comme toutes les autres formations de l'inconscient, rêves, lapsus, et acte manqués. Le symptôme est l'ensemble de la surface englobant les deux zones dans un refus du choix, un recul devant le désir, un blocage du temps. D'où la répétition. C'est pourquoi la zone rouge représente la part de refoulement proprement dit, la part d'inconscient qui se cache dans tout choix. La zone verte, préconsciente, est nettement circonscrite entre deux traits, deux représentations de mots, l'une écrite, l'autre parlée. La zone rouge ne peut se départir de l'ambiguïté entre les deux représentations de mots parlés qui bordent le troisième croisement. Si deux d'entre eux ont été prononcés, engendrant toute la figure, ils ont généré aussi la nécessité de ce troisième, non encore énoncé. La zone rouge répond à la définition par laquelle Freud donne la différence entre représentation de chose et représentation de mot : l'inconscient est la représentation de chose seule. Il y manque la représentation de mot. Cette dernière est potentiellement inscrite sous la forme d'une portion de rond non orientée ; mais elle reste pour l'instant inaccessible, tant qu'on n'a pas abordé le croisement suivant afin de procéder à son orientation. L'inconscient est aussi représenté par la zone jaune. A la différence de la zone rouge, elle restera définitivement inorientable. Après-coup, on pourra dire qu'il s'agissait du refoulement originaire. La différence entre zone rouge et jaune recouvre celle du refoulement proprement dit et du refoulement originaire. Dans le premier cas, il y a de l'orientable orienté et de l'orientable inorienté : des représentations qui ont été conscientes, mais qui, refoulées, sont devenues inconscientes, ont été mêlées à des représentations conscientes. Dans le second cas (jaune) , il n'y a que de l'inorientable, de l'inconscient qui le restera toujours.

La similitude quant aux bords permet de penser que vous avez enregistré exactement ce qui a été dit. Mais ce n'est pas le cas, puisque l'enregistrement, obligeant une combinatoire de plusieurs dimensions (l'écriture nécessitant une surface), a produit cette dimension supplémentaire " y " qui permet à la surface de se tenir, la surface comme grand Autre " originel ", investissement " premier ", refoulement " originaire ", que êtes obligé de présenter comme tel après coup afin que tout ce que vous dites puisse se tenir. Pour l'instant, la zone rouge engendrée représente ce refoulement originaire sous la forme du refoulement proprement dit. En tant que surface indéfinie suspendue à ses trois croisements, l'un passé, les deux autres futurs, elle pousse à une meilleure définition. C'est que, à elle toute seule, elle supporte le poids du choix non fait entre zone verte et zone rouge. Elle se définit comme symptôme, de sa propre indéfinition. Vous ne savez que dire, puisque le troisième signifiant est encore dans le silence d'un choix qui recule devant la nécessité.

Le discours du maître

Les places, dans la théorie des 4 discours, se précisent à l'aide de ce que vous venez d'établir topologiquement. Les deux places dans la colonne de gauche sont des fonctions. Au-dessus, celle de l'agent, place occupée ici par le signifiant maître, S1. Je le note S1a avec un " a " en indice, précisant qu'il s'agit de sa position en tant qu'agent. Dans le discours de l'universitaire, il viendra occuper la position de la vérité, que je noterai d'un " v " en indice. La flèche au-dessus, empruntée à la notation des vecteurs, indique qu'il s'agit d'une fonction. Dans le discours de l'hystérique et dans celui del'analyste, le signifiant maître prendra des places d'objets, ce qui sera noté par l'absence de flèche. Topologiquement il passera ainsi du statut de bord à celui de surface, ce qui traduit la nomination d'un affect : un affect m'a mis en mouvement, le mouvement de l'arc retourné de la gauche à la droite : "ça m'émeut " : S1a , mais c'est seulement un peu plus tard que je pourrais le nommer " amour " ou " haine ".

Un investissement a été débloqué ; une certaine somme a été virée sur mon compte, que je divise aussitôt en deux (S2): celle à laquelle je m'interdis de toucher, et celle qui me touche, que je destine à la dépense. Ce mouvement se produit aussi bien de la rencontre avec mon banquier (argent), que de la rencontre amoureuse avec un autre, parent ou partenaire (libido). On dit bien " toucher de l'argent ", ce qui équivaut à " tomber amoureux ". Mais c'est bien parce que ça passe forcément par un (ou deux ) parents avant la rencontre amoureuse, que cette dernière oblige à cette division issue de l'interdit porté sur les ascendants. La façon dont ça s'est passé avec les parents ouvre les possibles et fixe les interdits. Une certaine quantité de libido (ou d'argent) vient d'être virée sur mon compte.

Je ne sais pas encore ce que c'est que " ça " (a) mais je sais que je suis touché : " émeut " = S1a. Le " m' " dans la phrase indique qui est touché : moi comme Sujet ($), mais je ne sais pas encore ce que c'est que ce " Sujet " en position de vérité. Par contre ce que je sais, c'est que c'est la rencontre d'un autre (banquier ou partenaire potentiel) qui m'a occasionné ce trou dans l'âme (ou dans le compte en banque). L'émotion comme trou met en valeur la surface de l'autre (S2), objet (à acheter avec l'argent perçu) ou autre (partenaire), sachant que je garde un peu d'argent à gauche pour d'autres achats, et que je garde un peu de libido narcissique pour moi-même, ce dont mon attention est détournée pour l'instant (a).

Auparavant, cet autre, je ne le voyais même pas. L'émotion le découpe à présent comme surface de valeur s'opposant au reste de la surface du monde. Il est engendré par l'opération, il n'en est pas l'agent. Pour l'instant ce n'est qu'un savoir sur l'émotion, et plus précisément, sur la quantité de celle-ci. Mais je ne sais pas trop, ni combien je garde d'argent sur le compte, ou dans la bourse, ni combien de libido je vais continuer à me consacrer. Je ne sais d'ailleurs pas ce que c'est, ce que théoriquement ici, je nomme " libido " (a). D'où vient-il que c'est cet autre là qui m'émeut, que c'est cet objet là que je veux acheter ? une certaine somme a été transférée… et tout ce que je peux en dire, vérité de l'opération, c'est que " je " (sous forme de " m' ", passif, complément d'objet) suis touché par ce virement. Ainsi, ce qui meut l'écriture a bien à voir avec la vérité.

La surface qui s'ouvre entre les bords " je " et " suis ému " témoigne d'une trouure venue de l'extérieur (" autre ") dans un rapport encore inconnu à l'intérieur (" ça " : libido narcissique et libido d'objet mêlées dans des proportions inconnues, orientables par le plus-de-jouir (a), mais non encore orienté). Au point qu'on ne peut savoir si c'est la vérité qui pousse l'agent à agir, où si elle n'est qu'un laissé pour compte de l'opération, au même titre que le " ça " laissé pour l'instant sur le compte. C'est là où l'objet se révèle avoir une fonction, au-delà de son statut d'objet. C'est son côté insaisissable qui pousse à la saisie sous cette forme de la vérité.

Nous verrons après-coup que c'est en tant que laissée pour compte en objet dans un discours précédent que cet objet prend statut de fonction en changeant de place, en basculant d'un quart de tour dans la fonction de vérité. Ce qui a échappé entre les lignes, dans les silences ou les lapsus, et qui pousse au passage à un autre discours. C'est pourquoi je note la vérité sur le premier arc de cercle déplacé : la vérité parle. Et j'écris l'agent sur le deuxième arc, ce qui pousse à l'écriture d'un savoir : le savoir écrit. Mais ce deuxième arc est encore un signifiant prononcé. Ce qui n'est pas admis sous forme d'émotion, refoulé, réapparaîtra donc dans le discours suivant, retour du refoulé, sous forme de symptôme.

Le dire engendre l'inscription sous forme de bords et de surfaces dans la colonne de droite : zone orientée bilatère au-dessus, zone orientable inorientée en dessous, reste de la division énonciative. Les bords, les arcs de nos croisements notent les signifiants unaires, qui engendrent, par leur écartement d'après et avant la rencontre (trou du croisement), deux surfaces, où l'on retrouve les deux dimensions annoncées dans le terme bilatère. La surface s'avère ainsi bilatère dans deux registres : celui des bords, nécessairement au moins deux (en zone verte, mais ça peut être trois, en zone rouge et zone jaune) et celui des dimensions, deux, dont elle est le produit. Les trois bords, en zone rouge et en zone jaune, écrivent la représentation de la troisième dimension absente de l'écriture, trace de la rencontre qui s'est inaugurée de la perte réelle d'une dimension, engendrant un gain symbolique d'une représentation, et d'une dimension supplémentaire, pour le moment inconsciente. Ils sont les signifiants potentiels d'un dire à venir.

Freud ; " Die Traumdeutung " GWII/III p.580-1 ; PUF p.489 " Il faut donc convenir que chaque rêve éveille, fait agir (in Tätigkeit versetzt) une partie de la force inactivée du préconscient (RA : vérité). Il subit alors, de sa part, cette influence que nous avons appelée élaboration secondaire (RA : savoir) pour bien caractériser sa place et son véritable rôle. Je veux dire par là qu'elle traite le rêve comme n'importe quel contenu perceptif ; autant que son matériel le permet, il est soumis aux mêmes représentations d'attente. Dans la mesure où cette troisième étape du processus du rêve est orientée (eine Ablaufrichtung in Betracht kommt), c'est de nouveau dans le sens progrédient. "

Ligne 2 : retrait / le discours de l'hystérique.

Eh bien justement : prenez la parole ! Retournez ce troisième rond qui n'avait pas encore été dynamisé dans l'écriture. Comme vous pourrez le vérifier, il s'agit du rond présentement placé à gauche, et vous allez le placer à droite, ouvrant un nouveau trou dans la surface, puisqu'il s'agit de la même opération que la toute première.

Moment de conclure le temps précédent, cette parole procure un nouvel instant de voir qui s'enregistre aussitôt en un deuxième temps pour comprendre dans lequel vous l'enregistrez derechef, en vous servant de la même logique d'écriture. Comme dans la ligne du dessus, cette opération fait monter une nouvelle fois la structure d'une valeur y, pour les mêmes raison de changement d'axe de transfert. Dans les livres de compte de la mémoire, vous conservez les écritures à droite (toujours retournement du rond du bas en haut), et dans notre livre de compte théorique, où nous écrivons ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire, nous écrivons les paroles à gauche (toujours retournement du rond de gauche à droite). L'écriture de cette nouvelle parole est identique, quant aux bords, à celle d'où nous étions partis. C'est logique, puisque vous venez de retourner une fois chaque rond. Mais vous ne pouvez pas en rester là parce que tous les arcs ne sont pas encore orientés.

Puisque c'est l'inorientation de la zone rouge qui vous a poussé à prendre la parole, le moment de son inscription porte votre attention sur son troisième bord, resté inorienté (le signifiant non encore énoncé). Contrairement aux deux retournements précédents, cette fois, c'est donc l'arc interne que vous retournez, modifiant l'économie globale de l'écriture. L'arc externe suit, bien sûr. Mais cette fois, occasion vous est donnée de mettre en rapport deux trous. Le premier trou que longe la flèche fraîchement orientée, le long de la zone rouge, note ce qui a été déjà dit, qui, ici, se répète et se prolonge de l'autre côté du croisement. Vous avez jeté dehors ce que vous ne pouvez saisir, renouvelant l'opération du fort-da. C'est à la fois mettre le maximum de surface inorientée à l'extérieur, tout en mettant à l'intérieur un nouveau trou : c'est une autre énonciation, inaugurant un signifiant nouveau, la flèche bleue.

Ce n'est pas à proprement parler un engendrement de signifiant, c'est l'engendrement de son orientation. Il y a des mots que j'entends prononcer autour de moi, et je les ai sans doute enregistrés dans ma mémoire ; mais c'est au moment où je m'en sers qu'ils prennent soudain un sens. Jeter des objets, tous les enfants le font, et certains dits-autistes continuent à le faire toute leur vie : ils ne parviennent pas au second temps qui consiste à ramener, à la place des objets, des représentations, de mots d'une part, de choses d'autre part.

Si vous avez bien suivi la logique des retournements et la logique d'écriture des couleurs, vous trouvez une nouvelle zone rouge ouverte sur trois croisements et une zone verte limitée à deux croisements, localisée comme dans la ligne du dessus. Ces deux zones sont constituées par l'écriture de la fonction en objet, l'une dans son temps de parole (zone verte) l'autre dans son temps d'écriture (zone rouge). Je rappelle qu'elle n'accueille pas ces écritures : elles sont ces écritures, rencontres de la parole (x, Sujet) avec le plan de l'écriture (Autre, x . y).

L'écriture, dans un deuxième temps offre une surprise : si, lors de la première opération, nous avons trouvé le même type de schéma que nos premiers graphes bancaires, ici, nous voyons une zone jaune d'or, inorientable, s'interposer entre la pointe de la zone rouge que nous cherchions à orienter, et la zone rouge et verte, orientable, engendrée par l'opération. Cette surprise nous remet de plein pied avec la théorie freudienne du rêve que j'évoquais en justification de ma métaphore bancaire : le refoulement proprement dit que nous cherchions à élucider dans la zone rouge, se présentant comme rêve, lapsus, acte manqué ou symptôme, n'était que l'entrepreneur. Cette phase nous permet de dévoiler le capitaliste auquel il est obligé d'emprunter pour parvenir à une nouvelle décision, un nouveau choix, un nouveau croisement qui va répartir autrement les investissements. Il était à l'origine du premier croisement : il est toujours là !

 

L'opération nécessite donc au moins deux croisements au lieu d'un. Ce que nous avons appris de la logique de la bande de Mœbius dans laquelle une torsion vaut trois torsions, nous incite à penser qu'il s'agit plutôt d'une opération à trois croisements, le troisième étant l'autre point de la zone rouge que nous voulions orienter. L'investissement qui crée le symptôme ou le rêve provient bien de deux sources : les restes diurnes (zone rouge), ce qui est resté inachevé des pensées de la journée, et l'inconscient (zone jaune). Comme précédemment, l'opération ne pourrait avoir lieu si elle n'était pas faite en prévision d'un quatrième croisement qui achève la zone rouge et verte, un retrait, une dépense, un investissement futur différent.

Vous avez opéré un quatrième retournement : c'est dire que, si vous retournez un arc que vous n'aviez pas encore touché, par contre vous retournez une deuxième fois le rond que vous aviez retourné la toute première fois. Vous entamez un deuxième tour. Cet arc était noir, couleur par laquelle je désigne les arc non encore touchés. Il devient violet, couleur distincte du bleu précédent, pour indiquer le fait qu'il s'agit d'un deuxième retournement de ce rond-là. Vous vous étiez rendu compte, par votre deuxième opération monétaire, un retrait, que le temps, c'était de l'argent. En effet, l'inconnu de la zone rouge précédente était représenté par cette parole non encore activée, représentée par l'arc non-orienté qui la bordait : c'était du temps. L'orientation de l'arc dit le montant de la plus-value au moment du retrait : l'arc devient bleu, il s'oriente au moment même de la transaction, lors du croisement qui le transforme en violet : c'est de l'argent. C'est encore une représentation de mot, organisant la nouvelle répartition des investissements : la zone verte représente l'argent disponible, représentation de chose en rapport avec les choses achetables. La zone rouge représente à nouveau ce qu'on s'interdit de toucher pour l'instant.

L'incertitude quant à son montant réel est toujours représentée par un arc noir, non orienté. Freud n'ayant encore pas théorisé le refoulement originaire lors de l'écriture de la Traumdeutung, cette distinction (reste diurne/inconscient) se substitue chez lui, à cette époque, à la différence entre refoulement proprement dit et refoulement originaire. Mais peut-on dire que les pensées inachevées de la journée l'ont été par suite d'un refoulement proprement dit ? pour ne pas confondre, il suffit de se laisser enseigner par ce que l'écriture ici présente propose : un échafaudage à trois étages, où les restes diurnes s'allient avec le refoulé proprement dit, comme deux entrepreneurs (les deux pointes de la base de la zone rouge) qui s'en vont trouver le capitaliste (moment de rencontre avec la zone jaune), c'est-à-dire le refoulement originaire, pour solliciter l'emprunt qui va permettre de mettre sur pied un nouveau rêve, zone rouge et verte. Des liquidités ainsi libérées, une bonne partie s'en va directement dans la zone rouge, sans contribuer à l'irrigation de la zone verte ; l'appel à ce capitaliste, ça incite plus à thésauriser qu'à dépenser.

Voilà qui augure d'une bonne prolifération de symptômes, et c'est quand même une autre forme de dépense. Ce n'est pas pour rien que cette ligne de votre parcours est à lire, avec son temps de parole et son temps d'écriture, comme celle du discours de l'hystérique.

Le discours de l'hystérique.

Il permet de saisir la vérité sous forme d'objet a, cette zone jaune qui est venue s'intercaler à la fois comme obstacle et catalyseur à la production de la zone rouge et verte, et permettant cette production, un nouvel emprunt. La production, quant à elle, est cette surface comme objet inorientable à deux dimensions

 

Le Sujet, vérité de l'opération précédente, devient l'agent, tandis que l'objet laissé pour compte dans celle-là devient la vérité de celle-ci. Le deuxième temps de l'émotion, une fois celle-ci inscrite comme telle, c'est d'admettre cette vérité : celui qui a été ému, c'est bien de moi. Mais ému par quoi, dans la rencontre avec l'autre ? par ce qui à présent fait fonction de vérité, un petit quelque chose chez l'autre. Mais ça me permet de préciser l'émotion : amour, haine, ou passion de l'ignorance. Les deux premières sont les représentations des mots qui, en se croisant lors de cette nouvelle rencontre, engendrent les signifiés-surfaces de l'amour et de la haine (représentations de choses). Ce qui était l'agent dans l'opération précédente, S1, trouve ainsi nomination, en gardant son nom de S1 mais en passant au statut de S2 . Dans notre notation, il perd sa flèche, étant devenu représentation de chose.

Ce qui crée le symptôme du petit Hans, sa phobie des chevaux, c'est la haine pour un père que par ailleurs, il aime. Son amour est la zone verte : il a le droit, il est même conseillé, d'aimer son père, et il en a le désir. Il peut dépenser cet argent sans compter. Par contre, en tant que mari de sa mère, il a tout à redouter de lui, notamment la castration. La crainte se transforme en haine dans la zone rouge, convertie en cette chose qu'on appelle l'angoisse. Elle prend sa source dans son amour pour sa mère, le capitaliste de la zone jaune. D'un autre côté, son amour pour son père n'est peut-être pas totalement un amour filial très avouable. C'est un bon père, il aime beaucoup être avec lui. Cet amour pourrait bien verser dans une homosexualité interdite, et de surcroît, entraîner la jalousie de sa mère, qui pourrait devenir aussi menaçante que le père : ces deux dernières modalités du sentiment trouvent place en zone rouge, trouvant aussi leur origine dans l'inépuisable réservoir jaune. Ces parts d'amour inavouable et de haine s'inscrivent comme mise en valeur de l'autre, mais associée à la passion de l'ignorance ; de cela, personne ne veut rien savoir. La représentation du père se scinde en deux surfaces : le père comme tel, zone verte, et le cheval, objet phobique, zone rouge. Cette dernière garde sa caractéristique ambiguë d'orientable inorientée : le cheval est une représentation consciente, mais il reste insu qu'il représente aussi le père, tel qu'il est mis en valeur par les portions de haine et d'amour inavouables.

C'est cette dernière représentation que la zone jaune écrit. L'autre, qui était orienté dans le discours précédent, prend statut d'inorientable ; mieux : il révèle, par son aspect de symptôme, la source dans laquelle il puise sa force pulsionnelle. Au deuxième temps d'écriture, la zone rouge précédente S2 est totalement entourée d'arcs orientés. A cela a servi le symptôme. L'émotion, qui avait été découpée en libido du moi et libido narcissique au discours précédent, se transforme en angoisse : elle apparaît comme une chose, objet a innommable, à côté de l'amour, témoignant à la fois de la contradiction (impossible à écrire) des sentiments portés au même objets, et de l'effort fourni pour la solutionner. Cet effort relève de la pulsion de mort, source profonde de la libido. Elle tente de trouer cette chose qui se présente comme angoisse, en poussant le " ça " du côté de la vérité. Comme dans l'étape précédente, un arc inorienté borde la nouvelle zone rouge S1, écrivant ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire. Mais contrairement à la présente étape, ce n'est pas cet arc qui va servir de moteur au retournement suivant, mais l'arc, inorienté lui aussi, qui borde la zone inorientable que vous venez de mettre à jour comme catalyseur de la fonction. Vous venez de vous apercevoir que le fameux capitaliste auquel vous venez de faire appel en tant qu'entrepreneur, tient pour une grande part de vous-même.

Ligne 3 : dépense / le discours de l'analyste.

A nouveau, vous videz votre sac et la zone insaisissable, la zone jaune, se retrouve à l'extérieur (fort), tandis qu'un nouveau trou se découpe à l'intérieur (da), nouvelle différence entre deux énonciations. Le mouvement de la parole est représenté par le retournement du rond noir, qui bordait la zone jaune inorientable, et qui devient violet. C'est le deuxième retournement de ce rond-là, mais le premier effectué à partir de cet arc-là. Du coup, trois trous sont mis en rapport. L'énonciation présente, c'est-à-dire le nouveau trou creusé dans la surface jaune, s'articule avec la trace des énonciations anciennes, mises en mémoire sous forme de bords (représentations de mots), de surfaces (représentations de choses), et de trous (représentation de l'irreprésentable, la fonction énonciatrice passée). C'est ce dont vous prenez acte en retournant le dernier arc noir.

Vous avez retourné les six, et du point de vue des bords, vous êtes revenus à la configuration de départ ; le trou de l'écriture est achevé : le trait bleu pointillé se recoupe, retrouvant son origine. La coupure dans la surface d'empan est achevée. Elle ne pourra pas aller plus loin, sauf à repasser, en un deuxième tour, exactement aux mêmes endroits. Tous les ronds ont été retournés deux fois, chaque arc l'a été une fois. Cet achèvement n'est donc nullement une fin, mais l'ouverture d'un trou. Parce que l'analyste permet à l'analysant une lecture de ce qui se présentait comme surface dans son discours, cette surface devient trou. Celui par lequel dans un dernier mouvement, vous faites passer l'analyste à la trappe, comme objet a. Ce dernier se dévoile dans les deux zones jaunes dont vous venez de constater qu'elles resteront à jamais exclue de la coupure. Elles resteront sans lien avec des représentations de mot : elles feront trou d'inommé dans la nomination.

Une autre trouure se poursuit dans la quatrième dimension : celle engagée par la trace " y " de la " montée " du sujet-nœud dans l'Autre-surface. Il ne pourra que continuer son élévation au fur et à mesure des retournements ultérieurs. Cette ascension, trace de la fonction de l'objet a, ne cessera pas, de la même façon que les zones jaunes ne cesseront pas de ne pas s'écrire.

La conviction est donc établie, que, en effet, le temps, c'est de l'argent, chaque rond possédant désormais un arc bleu (le temps) et un arc violet (l'argent). Qu'il faut bien en mettre de côté, mais qu'il faut bien aussi en dépenser. Et que le niveau relatif de dépense et d'investissement, d'investissement monétaire et d'investissement objectal est une affaire de choix ; que dans ce choix intervient une part de préconscient, et une part d'inconscient. Que la conscience n'intervient qu'au moment d'un acte de parole, ratifiant la transaction.

Cette transaction se fait forcément par la rencontre d'un Sujet et d'un Autre. Pour réaliser mon avoir, il faut que je rencontre mon banquier. Pour acheter un objet avec l'argent obtenu, il faut que je rencontre un commerçant. Pour mettre en jeu de la libido, il faut bien que je rencontre un autre. D'ailleurs cet objet, je l'achète peut-être pour un autre autre, pour faire un cadeau ; ou pour embellir ma maison, afin de mieux accueillir les autres… bref, l'objet, quel qu'il soit, rentre à un moment ou un autre dans le cycles des échanges avec l'autre, ce dont l'argent témoigne. C'est cette rencontre d'un Sujet et d'un Autre qui donne sa valeur à l'avoir, représenté par l'argent ou l'objet.

L'un comme l'autre ne sont jamais que des représentations. La valeur d'une représentation dépend du moment de la rencontre avec l'Autre. Ce moment est privilégié en ce qu'il modifie les rapports de valeurs. C'est là que s'actualise un passé d'économie (ou de dilapidations) et une acquisition (ou une cession) d'objets, en fonction d'une projection sur le futur. Ayant achevé le parcours qui vous a permis de faire émerger successivement toutes ces données, la cure est terminée. Vous pouvez faire des ronds, c'est-à-dire les faire tourner et retourner, puisque vous avez enfin saisi que l'essentiel n'est ni dans l'objet, ni dans la monnaie, mais dans l'échange, la circulation. Toute parole puise dans le grand réservoir libidinal engendré par l'impossible écriture de l'écriture, l'impossible écriture du rapport sexuel ; mais ses tentatives d'écritures modifient les répartitions de libido. A chaque étape, la parole progrédiente s'articule avec la régression de l'écriture. Vous enregistrez dans les deux dernières zones découpées, ces deux temps, comme vous l'aviez fait précédemment :

Le discours de l'analyste

Le a se retrouve en position d'agent, poussé par la vérité du savoir inconscient S2, devenu discours de l'Autre, parce que reconnu dans l'énonciation en séance, après être passé par la position de l'autre en place de déchéance dans le discours précédent. L'émotion est reconnue comme effet de discours, c'est-à-dire que l'agent du discours du maître S1 a été remis à sa place logique de " ça ", élément purement grammatical : parler, voilà ce qui permet de se mouvoir, d'émouvoir et de se laisser émouvoir. La surface engendrée par cette parole s'avère une meilleure connaissance du Sujet, $ en tant que divisé : le moi utile de la conscience (zone verte) ne sera jamais à la hauteur de l'Idéal du moi symbolique (zone rouge à trois bords), ne serait-ce que parce qu'il garde un caractère indéfini. Inutile d'en faire une affaire, donc. Par contre, l'Idéal du moi, du fait de son inorientation partielle, peut continuer à servir à l'orientation de la structure. La boussole indique le nord, ça permet de s'orienter : ce n'est pas pour ça qu'on va se sentir obligé d'atteindre le pôle Nord !

Tout cela est rendu possible par le deuil du moi idéal, résidu de l'enfance, qui serait bien resté avec maman, partie des " ça " qui, au discours du maître, émeuvent, mais il est trop tard. Il sombre avec elle au rang des objets déchus. Vous vous retrouvez avec un nœud borroméen orienté et nommé, composé de :

- un rond sujet se divisant en un arc vérité et un arc agent, entourant les surfaces S1et S2 .

- un rond objet se divisant en un arc vérité et un arc agent, entourant les surfaces S1 et $ .

- un rond signifiant se divisant en un arc vérité et un arc agent, entourant les surfaces S1 et a.

Comme on le constate, le Sujet et l'objet sont maintenus ensemble par le signifiant. Ils ne sont eux-mêmes que signifiant, et l'effet de trouure que, s'écrivant, il occasionne à son support de papier ; il engendre les surfaces comme signifiés.

S1 est la surface ici commune aux trois ronds. Elle représente la représentation au sens de l'acte de représenter, soit, en suivant la proposition de René Lew, la représentance ; toutes les signifiés, c'est-à-dire les surfaces, sont effets du signifiant, c'est-à-dire de la rencontre des bords. Le signifiant a lui aussi une représentation , effet du signifiant. Dans l'écriture théorique de Lacan, il a une représentation en tant que fonction à deux reprises : comme agent dans le discours du Maître, et comme vérité dans le discours de l'universitaire. Et il a une représentation en tant qu'objet, la surface centrale, qui nomme les affects dans leur division principale d'amour et de haine. Paradoxe : cette surface représente le trou, ou plus précisément la trouure fonctionnelle.

La fonction fonctionne si elle produit des objets : nous venons de voir l'engendrement successif de ces objets qui sont tous, selon des modalités différentes, des représentations de la fonction, dont le fonctionnement, qui est mouvement, ne pourra jamais trouver de représentation en acte, mais toujours en objet. Dans les autres discours, d'autres lettres occupent la place centrale : le fait d'être géométriquement centrale ne dit rien de la structure du nœud et donc de la structure du langage. Je souligne ici ce qui doit être logiquement l'effet de la fin de l'analyse : d'avoir repéré le signifiant comme la fonction " centrale " de la structure, au sens, tout simplement de ce qui la fait fonctionner. C'est pourquoi il ne faut pas se focaliser sur la place géométriquement centrale que Lacan donnait à l'objet a dans ses écritures du nœud borroméen . Cet objet mérite cette place autant que la fonction, puisqu'il a fonction de permettre le fonctionnement de la fonction, autant qu'un axe permet le mouvement autour de lui.

4ème ligne : nouvel investissement /le discours de l'universitaire ou : la passe.

Puisque vous avez fait le tour de toutes les opérations possibles, il ne reste qu'à les répéter. Ce qui veut bien dire que vous n'en restez pas là. Car le circuit pourrait s'arrêter, avec la conviction établie de ne pouvoir aller plus loin. En fait, cette conviction permet de continuer à retourner les ronds d'une cœur plus léger. Encore faut-il le faire, c'est-à-dire en témoigner. Donc, vous le faites, c'est-à-dire, vous le dites, et ce dire s'enregistre à nouveau, comme les autres.

Le discours de l'universitaire n'est en principe que la redite du discours du Maître. La passe n'est, en principe, que dire après-coup ce qu'a été pour vous votre analyse. Pourtant, la structure ayant été dévoilée, ce n'est pas la même chose de redire en sachant qu'on redit, d'autant qu'on sait à présent que le langage est le seul maître, et que sa structure donne la possibilité de ne pas s'en tenir là non plus, mais qu'il va être possible de tenir aussi, dans leur succession régulière, les discours de l'hystérique et de l'analyste. Ainsi, le discours de l'universitaire, moment de conclure l'analyse par la passe, peut se tenir comme instant de voir d'un discours suivant, un nouveau discours du maître, début d'un nouveau circuit.

Les deux derniers retournements témoignent de tous les retournements qui vont suivre. Ce pourraient être autant de ronds qui s'ajoutent à la structure du nœud, pourvu qu'ils s'y nouent de manière borroméenne. Ils ne découpent aucune nouvelle zone dans l'écriture du nœud. Si, à chaque ligne, vous avez pu inscrire les deux écritures dans les deux zones engendrées, ici, vous ne pouvez rien inscrire de plus. Ça ne cessera pas de ne pas s'écrire, mais comme vous le savez, vous n'en avez cure, puisque celle-ci est terminée.

Vous le savez, et en effet, vous avez inscrit six écritures, puisqu'il n'y en a que six. Six ? non, sept : avez-vous compté la toute première écriture, celle qui ne comportait aucun trou ? Cette septième, il n'y aucune place pour l'écrire ; tout ce qu'on peut dire c'est que c'est dans cette zone jaune inorientable, que ça ne cesse pas de ne pas s'écrire. C'est l'objet a, dont vous avez été obligé de faire l'hypothèse, afin d'entamer le parcours qui vous a conduit finalement à vérifier que, en effet, il était nécessaire de faire cette hypothèse pour soutenir votre cheminement. Jusqu'à présent, vous n'avez mis " dehors " que des zones jaune. La passe vous permet pour la première fois de parler à l'extérieur des découpes que vous aviez ramenées à l'intérieur. Il va falloir le faire pour chacun des discours… et continuer, puisque aucun n'a plus de valeur qu'un autre.

le discours de l'universitaire ou : la passe

 

La parole tenue dans la passe est cependant quelque chose de nouveau. On n'avait encore pas mis " dehors " une surface orientée. C'est une façon de dire ce qu'on vient de trouver : qu'on peut orienter ce qui ne l'est pas, c'est-à-dire que le désir peut orienter la vie. Mais l'enregistrement de la passe ne modifie pas le fait que c'était bien en analyse qu'on a découvert la structure de la structure : l'écriture redouble celle de la ligne précédente, celle de la fin de cure.

Tout au plus pourrait-on inscrire un arc pointillé bleu supplémentaire, parallèle au premier, joignant les même croisements, et inscrire entre les deux arcs pointillés un croissant jaune, témoignant entre le rouge et le vert, que vous avez saisi l'importance du discordentiel, ce qui n'est ni rouge, ni vert, et qui de ce fait s'institue cause du désir.

Nomination des zones de trou

Si on adopte la logique qui fait alterner les surfaces et les trous- mais, y en a-t-il une autre ? - l'une des surface jaunes est logiquement surface, parce qu'elle est bordée de trois trous, un externe et deux internes. Surface, mais trou dans le signifié : bien que bordée de signifiants, qui en désignent la place, elle reste insaisissable en termes de signifié. Cette place, isolée en fin de parcours, est bien celle du refoulement originaire dont avions dû supposer au départ l'existence. C'est un lieu repéré, mais un lieu sans nom. L'autre zone jaune inaccessible à la coupure serait logiquement un trou, parce que bordée de trois surfaces. Mais, contrairement à la précédente, cette définition est ici insuffisante : trois zones définies sur une carte pourraient aussi bien entourer un territoire inconnu au centre, comme ça a pu être le cas dans les siècles passées sur les cartes de l'Afrique et de l'Amérique.

Ces deux zones jaunes, qu'on peut distinguer de l'extérieur, grâce à des déterminations extérieures (les surfaces connexes) ne sont pas intrinsèquement différenciables l'une de l'autre. Je poserai qu'il s'agit là du cross-cap, ainsi que Lacan le définissait dans " L'identification " comme " la place du trou ". Comme le cross-cap, cet ensemble de deux zones peut être coupé en deux, en une zone de surface orientable (c'est Lacan qui le dit) mais inorientée (c'est moi qui l'ajoute), l'objet a, et une zone de trou, inorientable, la bande de Mœbius qui fait l'autre part de cette coupure. L'orientation des zones orientables est une opération supplémentaire impliquant la nomination, c'est-à-dire le trait distinctif de la lettre. Ceci fait partie des propositions à discuter.

En reprenant un schéma tardif de Lacan (RSI, 10 et 17 décembre 74), dans lequel il nomme les trois zones " de trou " du nœud borroméen, nous lisons que ces zones sont respectivement : la jouissance phallique, le sens et la jouissance de l'Autre.

Il semble juste de nommer " jouissance phallique " le premier trou traversé par la coupure, lors du discours du maître. Il s'agissait de la première transaction à partir de laquelle pouvait s'opérer la première répartition de la libido, du capital affectif, bref, la 1ère jouissance ; " première expérience de satisfaction " aurait dit Freud. Cette première opération est l'équivalente d'un retrait, même si nous ne l'avons pas appelée comme ça jusqu'à présent. C'est en effet, puiser dans le capital affectif, le trésor des signifiants, le langage tel que nous le trouvons structuré à notre arrivée dans le monde ; on peut ensuite y plaquer la signification qu'on veut : héritage (patrimonial ou génétique), dettes, symptôme des parents, discours, etc…c'est pourquoi nous prendrons l'option de appeler le deuxième trou du même nom que le premier : jouissance phallique.

Nous avons en effet à nommer 4 zones de trou, et non trois, comme le faisait Lacan, qui oubliait la zone externe. Sauf parfois, comme dans RSI le 17/02/75, (il y a d'autres occurrences, mais on ne peut pas tout évoquer ici) où il nomme " inconscient " la zone de surface autour du rond symbolique. Ça me convient très bien, puisque, si on nomme RSI les trois ronds qu'on vient de retourner deux fois, en partant de R et en gardant la succession R, S, I, on retrouve en fin de parcours l'objet a dans le rond symbolique. : c'est cet objet qui a fonction axiale de faire tourner le symbolique, par le biais de l'encodage imaginaire qui se produit de l'écrit inconscient.

La troisième zone de trou, celle créée par discours de l'analyste, il semble raisonnable de lui donner le nom de " sens ", ce qui n'est ni le signifiant, ni le signifié, ni la signification. Ce sens, qui tombe en fin de cure, c'est tout simplement celui du mouvement, indépendamment de toute parole, de toute écriture : c'est la mise en acte de l'énonciation comme telle, telle qu'on l'a enfin saisie, fonction de production des objets, l'important n'étant pas dans ceux-ce ni même dans la plus-value, mais dans l'anticipation de la plus-value. C'est cette anticipation elle-même (le désir), qui la crée.

Le quatrième, Lacan l'appelle la jouissance de l'Autre. C'est le trou qu'on ne peut pas trouer, ce dont on se rend compte en fin de cure. Tous les croisements précédents procédaient quelque part d'un retrait, en rapport avec la plus-value. Ils mettaient en jeu du possible, en rapport avec un interdit. A la 3ème opération, nous tombons sur ce qui est non seulement interdit, mais impossible. Cette jouissance-là sera toujours inaccessible. C'est celle de l'Autre, celle qui oriente la globalité de la structure, c'est " celle qu'il ne faudrait pas ", comme le dit Lacan dans " Encore " (13/02/73 Seuil, p.55). Ce serait la jouissance correspondant à la saisie de l'objet a localisé dans l'autre surface jaune inaccessible.

Le repérage final de ces deux surfaces oriente définitivement l'écriture du nœud dans la dissymétrie. Elles restent inorientables, mais c'est leur présence qui a permis l'orientation des autres, et finalement l'orientation globale. C'est là où votre parcours rejoint la démonstration du théorème de Gödel : toute système fermé comprend obligatoirement une contradiction ou un indécidable. Ces surfaces inorientables vont engendrer le dernier mouvement repérable, le discours de l'universitaire. Si nous les avons repérées comme telles, c'est que nous avons saisi le fonctionnement de la structure. Elle peut donc fonctionner ; vous savez à présent que vous ne pouvez pas tout savoir. Et cela, il vous faut le faire savoir.

C'est pourquoi j'ai trouvé judicieux de lire le discours de l'universitaire comme celui de la passe. Une fois la cure terminée, il n'y a plus besoin d'un sujet supposé savoir, puisque personne ne peut savoir. Du coup, il est possible de faire confiance à la vérité qui s'avance dans l'énonciation, avec le risque et la surprise qu'elle comporte.

C'est aussi le quatrième temps du temps logique, celui où les prisonniers, ayant terminé leur " cure ", peuvent dire au directeur de la prison, la conclusion logique de leur parcours. Nous avions vu dans " Une théorie du nœud borroméen ", que la rencontre du Sujet-nœud avec le plan-Autre engendrait théoriquement huit écritures du nœud. C'est à cette propriété de l'écriture du nœud, que nous venons de démontrer, d'avoir une surface d'empan à sept zones, que nous devons de n'avoir pas pu inscrire les huit écritures. Dans les deux cas, la démonstration actuelle et celle de " Une théorie du nœud borroméen " , l'écriture qui ne trouve pas sa place est l'écriture originaire, celle à partir de laquelle s'engendrent les autres. Nous avons dû la supposer au départ, mais c'est après-coup que nous découvrons le manque de sa place. La démonstration que nous venons de faire nous incite à considérer la septième écriture comme également non inscriptible. La septième zone s'avère en effet échapper à la dynamique des retournements, dont elle est pourtant le moteur et la supposée origine.

Nous étions parvenu aux huit écritures à partir des trois opérations que nous avions nommées : retournement objectif, retournement subjectif, et retournement d'un rond. Dans la rencontre du nœud et de la surface, elles ne tenaient compte que du nœud, laissant de côté la distinction entre surfaces interne et externe que l'écriture génère, autrement dit, la distinction entre surface, bord et trou, si ce n'est en termes de dimensions. Le développement d'un seul des trois retournements, le retournement d'un rond, nous a permis, de considérer plus précisément comment s'engendrent ces différences, entraînant du même coup six écritures supplémentaires. Nous avons isolé six écritures inscriptibles en terme de bords et six écritures en termes de surface d'empan. Chacune des écritures de bord est donc susceptible d'engendrer six écritures munies de la surface d'empan. Ce qui nous amène, logiquement, à compter 36 écritures différentes du nœud, nous donnant une idée de la complexité des modalités de la structure.

Nominations des croisements : un nouage temporel de l'intrinsèque et de l'extrinsèque.

Vous aviez trouvé trois opérations différentes plus une : investissement, retrait, dépense, et nouvel investissement. Comme on l'a vu chacune d'entre elles participe des trois autres : le premier investissement est un retrait et une dépense prise sur un capital de départ, le retrait laisse une part investie qu'on peut considérer comme un nouvel investissement, tandis que le retrait en lui-même est un investissement dans la vie. La dépense c'est non seulement ce qui fait vivre, mais encore l'accumulation d'un capital de savoir à transmettre aux générations futures, ne serait-ce qu'un savoir vivre avec la vérité. Parole et écriture se nouent déjà dans l'investissement premier ; il en sera de même pour toutes les autres opérations : ça ne cessera pas de s'écrire, poussé à l'écriture par ce qui jamais ne cessera de ne pas s'écrire. Il y aura des moments où ça cesse de s'écrire : quand ça parle. Et des moments ou ça cesse de ne pas s'écrire : quand cette parole est écrite.

Mais dans la répétition de ces deux temps, parole, écriture, des différences s'inscrivent à chaque ligne ; les six croisements du nœud présentent-ils des différences topologiques susceptibles d'en rendre compte ?

l'encodage suivant, que j'emprunte à Jean-Michel Vappereau :

permet de mettre en évidence les différences suivantes :

Ce qui n'arrange pas nos affaires : nous devrions pouvoir noter une distinction de trois croisements au moins. Reprenons le problème avec la bande de Mœbius. Son écriture met en évidence trois torsions. Certains disent qu'elle n'en a qu'un et que ces trois croisements sont des artéfacts d'écriture. Depuis quand l'écriture est--elle un artéfact ? Puisque c'est justement ce dont nous nous occupons. L'écriture fournit un encodage imaginaire et symbolique au Réel, comme dans " la lettre volée ". Les occurrences aléatoires de + et de - deviennent des 1,2,3, … qui permettent de lire un texte, là où il n'y avait rien d'autre à lire que ces signes de perception, + et -, la différence minimale. De la même façon, l'écriture de la bande de Mœbius permet de lire des + et des - :

Dans un parcours temporel orienté observé de l'extérieur, +1 note le passage de dessus à dessous et - 1 le passage de dessous à dessus. Il s'agit de la notation extrinsèque d'un lecteur de cette écriture, lue comme il la voit. Ça permet déjà de distinguer deux bandes de Mœbius différentes, l'une que je nommerai homogène, à gauche parce que tous ses croisements sont semblables (je passe toujours du dessus au dessous, et après un tour complet, sans cesser de descendre, je suis arrivé en haut !… comme dans les escaliers d'Escher)...

...et une autre que je nommerai hétérogène, parce que l'un de ses croisements va dans le sens inverse.

Lacan nomme " double bande de Mœbius " (" Le moment de conclure ", 11/04/78) ou " triple bande de Mœbius " (id, 9/05/78) " la bande que j'appelle " homogène " : je préfère ma notation, puisque la bande soi-disant " une " présente aussi trois torsions. Nous retrouvons cette même succession des +1 et -1 sur le nœud borroméen, qui se révèle, de ce point de vue, une combinatoire de trois bandes de Mœbius.

Abordons à présent un parcours intrinsèque de la bande hétéro.

Je m'imagine à la surface de la bande, muni de la notation extrinsèque que je viens d'établir. Partons de la zone jaune qui représente bien quelque chose de la situation intrinsèque, puisque là, je ne suis ni dessus, ni dessous : intrinsèquement, le parcours sur la bande ne me fait pas changer de face ; il n'y a qu'une face, et pas de torsion non plus. La question ne se pose même pas, puisque toute question suppose un interlocuteur à qui la poser. Un parcours intrinsèque ne rencontre aucun bord, aucun événement repérable comme un changement quelconque, comme le serait la torsion. Cette dernière suppose un Autre, c'est-à-dire un plan d'écriture.

Ce n'est en effet que par une écriture, la rencontre du Sujet-bande avec un plan-Autre, qu'apparaît la différence dessus-dessous, et donc la torsion, fonction de passage : on s'aperçoit qu'elle est d'emblée triple. La rencontre, la torsion, le croisement, occasionne cette coupure en deux faces, ce qui fait dire que la rencontre, la torsion, le croisement, c'est la coupure. Et par voie de conséquence, c'est l'écriture. L'écriture est triple parce qu'elle doit rendre compte de cette double inscription qu'occasionne la rencontre avec l'Autre : parole et écriture, mais l'écriture suppose deux dimensions. Avec la distinction des deux faces apparaît de surcroît la différence de la surface, du bord et du trou.

Dans l'écriture de la bande, telle qu'on peut la lire extrinsèquement, il y a trois faces, six bords, et deux trous (interne et externe). De même, dans l'écriture du nœud borroméen, nous avions distingué trois types de zones, six arcs et quatre trous (trois internes, un externe). Dans le même temps que la différence se fait entre conscient, préconscient, et inconscient, la distinction s'opère entre énonciation, représentation de mot et représentation de chose. C'est cette rencontre avec l'Autre que j'imagine comme un parcours intrinsèque de l'écriture jalonné de la notation extrinsèque : ce parcours temporel tient compte des deux points de vue, dont l'Un ne peut aller sans l'Autre.

Donc, je pars de cette surface jaune, sur laquelle je me pense dessus. J'aborde la torsion avec la zone verte (verte pour le lecteur extrinsèque) et je passe dessous : je laisse au passage la notation +1, qui définit le passage du dessus au dessous. Intrinsèquement, je n'ai rien rencontré du tout. Mais j'ai avec moi le souvenir écrit de l'écriture que j'ai lue depuis le point de vue extrinsèque. J'ai le souvenir de la torsion que je projette devant moi sur mon cheminement intrinsèque. J'ai rencontré une torsion, c'est-à-dire un Autre.

C'est un peu ce qui ne se passe pas dans un parcours similaire sur la bande homo, car si on y rencontre des torsions, rien ne permet de les distinguer : c'est comme si rien ne permettait de distinguer l'écriture de la parole, ni le passé du futur, situation dont on peut se demander si elle ne ferait pas modèle pour la psychose (notamment l'holophrase). C'est à discuter ultérieurement.

Parcourant la zone " rouge " (rouge pour le lecteur extrinsèque), j'arrive à la zone verte. Intrinsèquement, je suis toujours sur la même face, mais je tiens compte de cet Autre qui a dit quelque chose de cette rencontre : il m'a dit, à la précédente rencontre, que j'étais " dessous ". Je repasse donc logiquement " dessus ", et je marque mon passage de la notation -1. J'arpente la zone verte " dessus ", en accord complet avec la lecture extrinsèque, et je prends le virage de la zone jaune en repassant " dessous ". Je laisse la notation +1.

Me revoilà sur ma zone jaune de départ. Or, je me souviens qu'au départ, je m'étais dit, en dialogue avec l'Autre de l'écriture, " dessus ", et voilà que la logique de mon parcours m'y fait arriver " dessous " ; je passe une deuxième fois du jaune au rouge, mais cette fois, je laisse la notation -1, à côté de la notation +1 que je retrouve de mon premier parcours. Je suis donc amené à faire un tour supplémentaire, puisque je n'ai pas vraiment retrouvé mon point de départ. Je l'ai retrouvé, puisque j'y retrouve la marque que j'y avais laissée, mais comme ce n'est pas la même que celle qu'à présent j'y appose, je suis obligé d'admettre qu'il y a deux points de vue sur la même torsion. La torsion n'a pas la même valeur que dans le passé : il y a une plus-value.

Mon deuxième parcours va me ramener au premier point de vue, après avoir inversé la notation de chaque torsion. Voilà qui nous rappelle les six retournements nécessaire à l'orientation du nœud borroméen, un pour chaque arc de chacun des trois ronds. Nous sommes donc fondés à nommer les torsions de trois noms différents, effets de l'écriture, effet de l'extrinsèque sur l'intrinsèque. L'homme est un parasite du langage, disait Lacan, autre façon de parler de la rencontre du Sujet et de l'Autre.

La bande de Mœbius représente à la fois l'exercice d'un acte de parole qui s'inscrit, et le parcours successif des quatre discours. Chaque torsion ayant été notée à la fois +1 et -1, il nous faut trouver un nom qui indique en quoi chacune d'elle est pourtant " la même " - puisque je la re-connais en y passant une deuxième fois - et différente des deux autres, j'ai pu établir, dans mon parcours temporel, une syntaxe toujours semblable : +1, -1, +1, -1, mais dans laquelle l'encodage de la mémoire des passages précédents a établi des différences ; à la manière de l'encodage des + et - de Lacan par des 1,2,3, le parcours temporel distingue une succession d'un niveau supérieur .

Au deuxième tour, une constante apparaît : on ne change pas de signe en parcourant la zone jaune. On va toujours d'un -1 à un -1 ou alors, d'un +1 à un +1. Je prends conscience de la temporalité lors du 2ème passage en zone jaune, de jaune à rouge : je dois me dire " quand je suis passé là une 1ère fois, j'avais noté +1 ; or, venant de +1, je dois noter à présent -1 : il y a donc discordance. Cette zone jaune se confirme comme inorientable, ni dessus (+1, +1), ni dessous (-1,-1) . Par contre, le passage dans cette zone jaune c'est le moment où, je m'aperçois du temps : il y avait un premier passage, je franchis le pas de passer au deuxième. Une notation temporelle remplace une notation spatiale.

Du point de vue de la zone jaune, les torsions qui l'encadrent ne sont pas distinguables. Mais du coup, la zone jaune permet l'orientation des autres zones à partir d'elle-même comme référent. Les torsions qui l'encadrent se différencient dans un couplage deux à deux avec la troisième : autour de la zone rouge, (de +1 à -1 ou de -1 à +1), dans le même parcours ça se différencie du second temps, autour de la zone verte (de -1 à +1 ou de +1 à -1). Nous faisons mentalement de même pour apprécier, dans le nœud borroméen si un rond est dessus ou dessous : nous les couplons deux par deux.

Autrement dit dans l'écriture, la surface jaune représente la torsion qui lui fait face, la torsion de l'énonciation, dans laquelle s'articule quelque chose de l'inconscient, quelque chose de la zone jaune, dans une homophonie, une inversion grammaticale, ou une contradiction logique. Les huit écritures du nœud s'obtiennent à partir de trois retournements (Ro, Rs, r), et un quatrième qui divise chacun des trois premiers ( r ) (cf. RA " Une théorie du nœud borroméen " et " Une théorie de la dimension "). Les premiers retournements établissent des différences entre une écriture et son transformé par la fonction. Seul r autorise plusieurs transformés (au moins trois, en fait six). C'est cette fonction qui introduit la division à l'intérieur de l'écriture du nœud, alors qu'elle n'était lisible, par les autres transformations, que d'un point de vue extrinsèque. Par r, chaque rond va se distinguer des deux autres, et par r, chaque rond va se diviser en deux arcs. Nous en arrivons logiquement à la convention suivante, dans laquelle Ro, Rs, et r sont les faces de la bande considérées comme zone de passage entre deux torsions, divisées chacune par r en deux bords: Ro + et Ro-, Rs+ et Rs -, r+ et r-.

Nous venons de définir des bords :

- Ro+ : de (+1) à (-1)

- Rs- : de (-1 ) à (+1)

- r + : de (+1) à (-1)

- Ro- : de (-1) à (+1)

- Rs+: de (+1) à (-1)

- r- : de (-1) à (+1)

Nous en arrivons à une conception dynamique de la surface, qui n'est plus seulement objet, mais objet investi, et donc fonctionnel, fonction de passage d'une fonction torsion à une autre fonction torsion. Les investissements, représentés par les représentations de mot, deviennent des représentations de chose, mais ces choses, dans notre écriture, sont devenues des fonctions : le bord est aussi, d'une certaine manière, une torsion. C'est cette torsion un peu spéciale qui fait passer de la surface au trou. Nous comprenons après-coup que les signes de perception +1 et -1 étaient une première représentation de la troisième dimension absente de l'écriture. Nous avons tenu compte de ce qu'il ne s'agit que d'écriture, et nous avons adopté un codage de la notation qui articule entre eux les signes de perception, ce qui crée de la surface, des bords et du trou. Nous avons quitté l'intrinsèque pour l'extrinsèque, ou, mieux, pour un intrinsèque de degré supérieur, l'intrinsèque de la rencontre du Sujet et de l'Autre.

L'écriture de la surface représente les représentations de chose, l'écriture des bords représente les représentations de mot. Le trou représente la troisième dimension absente, l'énonciation. Les deux axes obliques, jaune et rouge, représentent l'encodage inconscient, la rencontre du Sujet bande de Mœbius avec l'Autre-plan-de-l'écriture, c'est-à-dire l'engendrement de la surface par le produit x.y, ou encore la torsion en double retour de x par y. Intrinsèquement la bande de Mœbius n'a qu'un seul bord. L'écriture en distingue six, comme les six arcs du nœud qui ne font qu'un, puisque le nœud est une unité. Nous avions vu que l'orientation du nœud nécessitait le retournement de chacun de ces six arcs. Nous les retrouvons ici.

Les signes de perception à deux termes " dessus " et " dessous " ont été encodés par l'écriture en six bords, si…gnifiants. C'est le moment de l'énonciation, représenté par cette dynamique de l'écriture théorique : le passage d'une encodage à un autre. Car dans cette transformation, la surface de la bande disparaît : nous n'avons plus que des bords à une seule dimension, séparés par r, la fonction coupure, qui n'a pas de dimension. C'est la dit-solution de l'objet dans la fonction. Le bord, c'est la lettre, en tant qu'elle fait fonction, comme dans la lettre volée, où sa mise au centre d'un trio de personnages engendre toute l'histoire, sans qu'on sache jamais ce qu'elle écrit.

Du coup, la surface jaune représente, en termes dynamiques de surface de passage, la torsion qui lui est opposée : au moment de l'énonciation, ce moment précis de la torsion qui articule deux signifiants au moins, quelque chose se manifeste entre les deux signifiants, quelque chose de non-dit qui se présente comme un écrit non lu, qu'on peut représenter par cette surface qui maintient ouverte la gueule du crocodile. C'est pourquoi il suffit de la retourner, d'inverser la position de la surface jaune et de la torsion entre rouge et vert, pour que cet objet a surface soit lu comme énonciation, vide de la fonction F qui crée les deux bords signifiants. Bien entendu cette opération engendre une nouvelle surface jaune, représentant toujours ce qui dans l'énonciation ne cessera pas de ne pas s'écrire. La surface rouge en est l'encodage inconscient, dont l'articulation avec la verte entraîne ce qui en revient sous forme d'effet de signifié dans le dire

Chacune des trois faces est ainsi représentation de la torsion opposée. L'investissement ne cesse pas de glisser de la fonction (torsion, bord et trou) à l'objet (surface) et, dans le meilleur des cas, de l'objet à la fonction : ce qui est un effet de chaque nouvel encodage, effet de l'écriture sur la parole, effet en retour de la parole sur l'écriture. soit, en bref : rencontre du Sujet et de l'Autre.

Lacan, Encore, 9/01/73 Seuil p. 34 : " le signifié, c'est l'effet du signifiant ".

J'en prends acte, en nommant les arcs du nœud borroméen :

Nomination des surfaces

Nous aidons des notations données par Lacan dans le schéma R , dont on peut dire que la figure ci-dessus est le développement :

Parcourons une dernière fois le temps logique, dont on peut lire, dans cette dernière figure, l'articulation devenue semblable à notre tentative de théorie des croisements : la zone rouge de S2 inorientée, trouve à s'orienter par sa division en $ et S1, laissant le choix entre une orientation vers l'orienté ($) et une autre vers l'inorienté (S1). C'est donc un choix possible entre deux discours : il semble que la passe permette de se passer de la syntaxe obligée de succession des quatre. Ce point reste à discuter..

De même et en retour, la zone rouge inorientée de S1 peut trouver orientation en $ ou en S2 , et la zone inorientée de $ , en S1et S2. Chacune des trois surface peut être considérée comme une représentation des deux surfaces jaunes , c'est-à-dire les transformés par croisement des zones " originelles ". D'un autre côté, on peut lire à l'envers : chacune de surfaces, chacun des parcours possibles dans la structure aboutit à un indécidable, l'inorientable des deux zones jaunes. Ou encore,: tout parcours d'une zone à l'autre passe forcément par l'aspect fonctionnel d'un trou, et tout parcours doit puiser ses ressources en faisant appel au capitaliste en traversant une zone Or. Et enfin : tout parcours de la coupure se heurtera forcément à l'objet a et à la jouissance de l'Autre, qui n'étant pas coupables, m'amèneront à les tenir pour référence dans ce que je peux répondre de mes actes : responsable de mon désir (je peux en répondre) mais pas coupable.

La passe redouble le discours du maître, donnant dans S2 des représentations des objets perdus de l'investissement libidinal:

- l'objet narcissique, i, qui ne sera jamais l'égal de l'Idéal du moi, néanmoins conservé comme boussole.

- L'objet maternel, M.

Comme nous l'avons dit, le sujet se construit dans $ une image divisée de lui-même, en moi (m) et Idéal du Moi (I). Cette image a été obtenue au discours de l'analyste divisée. Elle tient compte du deuil opéré sur les objets primordiaux, la mère M et le moi idéal i, dont les traces subsistent symbolisées dans S2.

Enfin, le sujet à obtenu dans S1 une image des affects qui guident sa vie. Nous pourrions écrire aussi bien, à la manière freudienne, plaisir dans la zone verte et déplaisir dans la zone rouge. Il n'est pas dit qu'amour et haine recouvrent systématiquement plaisir et déplaisir. C'est encore un point à discuter. Si on se souvient la façon dont on a obtenu ces nominations, au discours de l'hystérique, cette surface reste, fondamentalement, l'inscription du moment où le signifiant maître S1 occupe la place de l'autre. Ce discours dit : ce qui m'affecte, ça vient de l'autre. L'amour, la haine, le plaisir ou le déplaisir, me sont causés par les autres ; qu'est-ce que j'y peux ? c'est ainsi qu'on peut nommer cette surface " A ", discours de l'autre non encore reconnu comme discours de l'Autre, orienté par son propre inconscient.

La surface A s'articule donc à $ et à l'objet : c'est l'Autre qui permet la mise en rapport su Sujet et de l'objet.

Dans l'adoption de ces nominations, nous avons tenu compte du schéma R, dans lequel S (qui s'accommode fort bien de n'être pas $ dans l'écriture de Lacan, la surface qu'il désigne n'étant pas divisée.) et A sont des surfaces internes au carré, s'opposant à F et P, qui, externes, peuvent être lus comme le trou qui, autour du carré, permet sa tenue. F et P écrivent les fonctions qui, se différenciant du fait même de leur fonctionnement, produisent ces objets-surfaces qui sont leurs signifiés, les signifiés de la fonction : respectivement S et A. En revanche, $ barré et A barré notent l'aspect fonctionnel du Sujet et de l'Autre

Lacan, Encore, Seuil, p.35-6, 9/01/73 : " … ajouter la barre à la notation S et s est déjà quelque chose de superflu, voire de futile, pour autant que ce qu'elle fait valoir est déjà marqué par la distance de l'écrit. La barre, comme tout ce qui est de l'écrit, ne se supporte que de ceci - l'écrit, ce n'est pas à comprendre.(…) elle en se supporte que de l'écrit en ceci que le rapport sexuel ne peut pas s'écrire. Tout ce qui est écrit part du fait qu'il sera à jamais impossible d'écrire comme tel le rapport sexuel. "

Chaque mathème se déplace à la façon des lettres du quadripodes des discours, adoptant successivement l'attribut de la fonction et celui de l'objet. Chaque fois, c'est une tentative d'écriture du rapport sexuel, de ce rapport du Sujet et de l'Autre, décrit ici comme plongement du nœud dans l'espace plan ; et chaque fois, ça rate, entraînant une nouvelle tentative. Précisons : impossible d'écrire exhaustivement, puisque chaque tentative laisse quand même quelque trace. La fonction P, le Nom-du-Père, fonction de celui qui engendre, ne peut s'écrire autrement que comme un vide. Elle donne sens à la structure, au sens du sens de l'orientation ; ce n'est pas le signifié, ni la signification que je réserve au symptôme. On peut la lire comme l'envers de la pulsion de mort, qui se fend dans les deux trous de la pulsion de vie, dans la mesure où ces trous engendrent des surfaces. Elle se divise aussi en libido du moi et libido d'objet, car ce sont les objets, représentés par les surfaces, qui permettent de repérer une différenciation dans une fonction qui fondamentalement reste la même, la fonction de trouure sans dimension.

Dans " Une théorie du nœud borroméen ", j'étais parti d'un nœud déjà muni d'une surface d'empan bicolore, le moi et l'objet, situation que j'imagine être celle du névrosé de base : il ne part pas de rien, mais d'un voile sur la structure qui lui permet de se soutenir de cette fiction d'une différence forclusive entre lui et le monde, fiction soutenue par l'idéologie scientiste en vigueur. Comme on vient de le voir, le résultat est le même, mais ça valait quand même le coup de le démontrer.

A quoi ça sert ?

A faire retour et sur la théorie analytique, Freud avec Lacan, afin de ne pas la considérer comme un dogme, mais de la faire sans cesse travailler, ainsi que l'ont fait ses deux fondateurs. A faire retour sur la clinique, en forgeant les outils qui permettent d'en parler. La clinique, il faut la préciser comme étant celle de l'analyste. Parler de la clinique, ce n'est pas contribuer à une fabrique de cas ; le seul cas que je connaisse, c'est moi. S'il n'y avait pas la conviction intime issue de mon analyse personnelle, le parcours théorique que je viens de proposer ne pourrait parvenir qu'à la même formulation : qu'on relise avec cette idée le paragraphe intitulé " nouage de l'intrinsèque et de l'extrinsèque ".

Encore faut-il en dire quelque chose, ce que je me propose de faire dans mon prochain écrit. Nous y retrouverons le crocodile, et un enfant qui le retourne pour lui bouffer la tête et la queue.

Richard Abibon

18 août 2002

Richard Abibon

Séminaire 2002/2003

Topologie du transfert

La dimension inconsciente

Entre science et patience, la psychanalyse continue de se chercher. D'un côté, un discours mathématique, transformé en mathèmes par Lacan, sans doute en référence aux mythèmes de l'anthropologie, eux-mêmes inspirés des morphèmes, sémantèmes, et phonèmes de la linguistique. Le recours à la topologie en fut l'avatar le plus avancé. De l'autre, les concepts de la psychanalyse, ceux de Freud, et ceux de Lacan. Enfin, en troisième part, la clinique analytique, dont les deux premiers sont censés rendre compte, tout en se rendant compte qu'il est difficile d'en parler sans se tromper de sujet de l'énonciation. Est-il suffisant de produire un " discours qui se tienne " ? Peut-il se tenir en l'absence de l'un de ses trois pieds ? On sait que trois pattes sont le minimum pour qu'un tabouret se tienne, et trois ronds au moins sont nécessaires pour qu'un borroméen se noue.

Est-il possible de parler de ce qu'on a entendu ? ou faut-il préciser, pour que cela se tienne : je parle depuis là où ce que j'ai entendu m'a touché. Là où ma surface s'avère trouée de ce croisement avec l'Autre. C'est là que la topologie s'avère indispensable : du nœud, avec ses six croisements, on ne peut rien dire si on ne le plonge pas dans un espace, qui est, soit la feuille de papier avec ses deux dimensions, soit le tritore, intrinsèquement à deux dimensions, extrinsèquement à trois. Ce plongement détermine des lois d'écriture, qui peuvent permettre de rendre compte du transfert, à lire comme : plongement d'un Sujet sur un Autre. Cette opération se fait par la perte de la troisième dimension, qui réapparaît comme encodage(centration et gyrie), mode combinatoire des deux dimensions de l'espace de plongement Freud nous parlait de cet encodage dans la lettre 52, en le situant au niveau de l'inconscient. Je poserai ce dernier, avec Freud, comme le lieu des représentations de choses, lieu de cryptage de la troisième dimension absente du plongement, mais créatrice d'un espace nœud à quatre dimensions. Le préconscient, lieu des représentations de mots, emprunte le caractère linéaire de la chaîne signifiante, et n'a donc qu'une dimension, trace des entendus, anticipation des parlers. Le conscient, lieu de l'énonciation, ne trouvera, pour décrire son pur mouvement, que la dimension zéro d'un sujet qui disparaît dès qu'il apparaît. Enfin les signes de perception, lieu d'inscription des entendus, ruissellement des petites lettres sous forme de simple différence phonématique, retrouve la dimension unique de la chaîne signifiante, " avant " son encodage inconscient.

Il s'agira de préciser le fonctionnement de ces diverses combinatoires de dimensions - quitte à revoir les définitions ci-dessus - en articulation permanente à la clinique de l'analyste.

Chez Richard Abibon, 4 rue Béatrix Dussane, 75015 Paris, code 246 B. à 21h, le 3ème mercredi de chaque mois, d'octobre à juin. Renseignements 06 12 29 99 54.