| La
Chine : le berceau de la civilisation du thé
Les premiers
écrits mentionnant le thé sont le Shijing
(Livre des chants) et le Er'ya (VIII-VII s.
av. JC). L'idéogramme employé alors, "tu",
désignait en fait une "herbe amère" mal
définie. Une prononciation distincte, "cha",
fut rendue obligatoire sous la dynastie Han
(206 av. JC - 220 apr. JC), mais
l'idéogramme ne se précisa qu'à partir du
VIII siècle. Ce qui représente près de seize
siècles d'incertitude linguistique.
Ce qui peut
sembler certain c'est que l'apparition du
thé, et non de cette vague "herbe amère", se
fit sous la forme d'un breuvage
thérapeutique sous les Han de l'Ouest (206
av. JC - 24 apr. JC). Ce n'est qu'à la fin
de la dynastie Han de l'Est (25 - 220) et à
l'époque des Trois Royaumes (220-280) qu'il
devint une boisson quotidienne, puis, à
partir de la seconde moitié de la dynastie
Tang (618-907), notamment sous l'impulsion
du Maître Lu Yu, le breuvage de prédilection
des poètes et des artistes.
Le thé,
notamment compressé sous forme de brique,
devient monnaie d'échange et tribut. On en
accorde aux peuples fougueux du Nord contre
des chevaux pour l'armée ou en échange de la
paix. Les première routes du thé sont créées
partant de la Chine du Nord à la Mongolie ou
de la Chine du Sud-Ouest au Tibet. Cette
dernière, longue de 1500 km, fréquentée par
des caravanes de chameaux ou de yacks,
traversait une cinquantaine de cols et
parfois à plus de 5000 m d’altitude !
Le Japon
découvre le thé
Le moine
japonais Saicho (767-822) revint d'un voyage
en Chine avec quelques graines de théier
qu'il planta à Sakamoto, au pied de la
montagne sacrée de Heizan. Mais il fallut
attendre la fin du XII siècle pour qu'une
vraie culture du thé s'installe au Japon.
Elle connut son apogée au XVI siècle, avec
la codification, par Sen No Rikyu, de la
cérémonie japonaise de thé (Chanoyu),
d'inspiration zen.
L'Europe
part à la rencontre du thé
Quelques
missionnaires eurent, au XVI siècle,
quelques mots sur cette herbe "suavem gustu,
nomine chia" ("au goût suave, nommée chia).
Mais ce sont les Hollandais qui rapportèrent
en Europe, vers 1606, les premières caisses
de thé. Ce navire hollandais venait de Java
où les Hollandais avaient établi un
relais-dépôt pour les produits venant
d'Orient et où le thé avait dû être apporté
par des bateaux chinois. Ces fameuses
caisses avaient été échangées contre de la
sauge à raison d'une caisse de sauge contre
trois caisses de thé. Les Hollandais étaient
persuadés que la sauge allait conquérir
l'Asie... mais c'est le thé qui conquit
l'Europe.
Les
Anglais font main basse
Les Anglais
découvrirent le thé avec quelques décennies
de retard sur l'Europe continentale. En
effet il fallut du temps avant que le thé ne
puisse remplacer la boisson fétiche des
Anglais: le café! La célèbre compagnie
d'assurance Lloyds doit d'ailleurs son nom à
un café Lloyd où l'on inscrivait, sur un
grand tableau, les arrivées et les départs
des bateaux.
Le Japon
ayant fermé ses ports à l'Occident, en 1638,
à la suite de divers problèmes causés par
des missionnaires portugais, la Chine
demeurait seul fournisseur possible de thé.
L'East India Company, créée au début du XVI
par la reine Elisabeth, disposant de
pouvoirs habituellement réservés à l'Etat
(frapper la monnaie, maintenir des forts et
des bataillons, conquérir des territoires,
former des alliances, déclarer la guerre ou
punir les contrebandiers...) commença une
politique offensive, évinçant tous les
concurrents éventuels (Hollandais,
Français...) afin de s'assurer le monopole
des transactions avec la Chine. Elle
l'obtint de 1715 à 1834.
L'opium
et ses guerres
Afin de
payer le thé sans expatrier un seul lingot
d'or de la "Mère Patrie" les Anglais
produisirent, dans leur colonie indienne, de
l'opium qu'ils imposèrent aux Chinois. Face
à leur refus de ce que les Chinois
appelaient, pour désigner l'opium, "la boue
étrangère" les Anglais organisèrent sa
contrebande. En 1800 la Chine interdit alors
son importation et décréta la mort pour les
contrevenants. Ceci ne changeant que peu de
choses, en juin 1839, Lin Zexu, envoyé
extraordinaire de l'empereur, saisit 20 000
caisses d'opium et les brûla sur une plage
près de Canton. Les Anglais déclenchèrent
alors une suite d'opérations militaires
appelées "guerre de l'opium. Lors des deux
guerres de l'opium (1840-1842 et 1856-1860)
pillages et saccages furent perpétrés. A
deux reprises la Chine dû faire, aux
"vainqueurs", des concessions immenses.
Quant au nombre d'intoxiqués il passa de
deux millions de Chinois en 1850 à... 120
millions en 1878! L'Angleterre en interdira
enfin, quelques décennies plus tard, le
commerce lorsque l'opiomanie se retournera
contre nombre de proches de la Couronne.
La Boston
Tea Party
Contre les
taxes et les conditions de ventes
exorbitantes imposées par l'East India
Company aux colons d'Amérique, ces derniers
(déguisés en Indiens) jetteront dans l'eau
du port de Boston, le 16 décembre 1773, les
342 caisses de thé de cargaison de trois
navires anglais: le Dartsmouth, l'Eleanor et
le Beever.. Cet événement, que l'on appela
la Boston Tea Party, fut le premier acte de
la guerre d'indépendance des Etats-Unis.
La course
du thé : les clippers
Un peu moins
d'un siècle après, à partir de 1845, le thé
offrit aux Américains une nouvelle occasion
de défier les Anglais et, plus précisément,
leurs lourds et lents bateaux (les East
Indiamen) souvenirs du monopole de la East
India Company. Les Américains créèrent les
clippers, des bateaux fins, élégants, à
l'importante voilure... et surtout très
rapides. Ce fut alors de véritables courses
de clippers qui s'engagèrent. La plus
célèbre eu lieu en 1866, opposa une
quinzaine de navires et, malgré les 28000
kilomètres de course, fut gagnée par le
clipper nommé Teaping... avec seulement 20
minutes d'avance sur le second! Ces courses
étaient importantes car la première
cargaison de thé "primeur" arrivée sur le
marché fixait les prix...
L'ouverture
du canal de Suez en 1869 et l'apparition des
bateaux à vapeur mirent fin à cette époque.
Il n'en reste plus que le Cutty Sark,
clipper qui ne transporta que huit fois du
thé, puis se recycla dans le transport de la
laine d'Australie. Il est actuellement
visible au port de Greenwich, à Londres, où
il est devenu l'emblème d'une marque de
whisky.
La voie
continentale
Loin, très
loin de la sphère d’influence de la toute
puissante East India Company ou des courses
de clippers, le thé voyageait aussi avec les
caravanes. Ces dernières provenaient des
premières routes du thé (vers la Mongolie ou
le Tibet), d’autres routes (comme celle de
la soie) ou d’itinéraires nouvellement créés
(comme le traité de Nerchinsk qui, à la fin
du XVIIe siècle, définissant les frontières
entre la Russie et la Chine, lança
réellement l’organisation de caravanes
marchandes). Ainsi la Russie fit exception,
parmi les pays européens, en recevant son
thé par voie terrestre.
Ces routes
constituaient un monde parallèle où le
chemin du thé se comptait non à la mesure
des courants marins, mais au rythme simple
et calme des pas.
Créer de
nouvelles plantations de thé
Mais
pourquoi importer à grand peine ce qui
pourrait être produit dans ses colonies ?
Les années 1820, 1830 et 1840 furent
marquées par le souci grandissant des
Anglais de voler des théiers chinois et le
savoir-faire nécessaire à la création de
plantations de thé en Inde et, ainsi, de se
débarrasser de la Chine, ce fournisseur
unique et peu coopératif.
Un major
écossais, Robert Bruce, découvrit dans la
jungle indienne de l'Assam, une tribu
préparant une boisson avec des arbres
immenses qui pouvaient être des théiers
sauvages. A sa mort son frère, Charles
Alexandre Bruce, commandant de la canonnière
Diana prit la relève. Il organisa des
plantations, défricha des hectares de jungle
hostile et utilisa, dans des conditions
dramatiques, une main d’œuvre exploitée. Il
fallut de nombreuses discussions pour
admettre que ces arbres géants étaient bel
et bien des théiers...d'un nouveau type: le
théier assamais.
Très vite
des plantations furent créées à Darjeeling,
dans le Cachar, le Sylhet, le Dooars, le
Terai, le Nilgiri...
Ils
envoyèrent par exemple, en 1848, le
botaniste Robert Fortune qui, déguisé en
Chinois, réussit à revenir de mission avec
85 ouvriers chinois et 20 000 plants.
A Ceylan
le thé remplace le café
Depuis 1825
Ceylan était très réputé pour son café mais,
de 1865 à 1890, les magnifiques plantations
de café, à Ceylan (actuel Sri Lanka), furent
détruites par une maladie des feuilles
provoquée par un petit champignon (l'Hemileia
Vastratix ou "la rouille du café"). James
Taylor, un homme qui quitta Londres à 17 ans
pour Ceylan, eut l'idée, vers 1860, de
planter dans le jardin où il travaillait,
Loolecondera, quelques graines de théiers.
Cette surface de 8 hectares, nommée "champ
7", fut un succès et peut être considéré
comme le premier ensemble de théiers
commerciaux de l'île. L'idée fut alors de
racheter les terres aux planteurs de
caféiers ruinés et d'y planter des théiers
afin de bâtir de nouvelles fortunes. C'est
ce que fit l'Irlandais Thomas Lipton qui, à
le recherche de bons investissements, acheta
des plantations. Il avait un sens de la
réclame et du "marketing" si développé, à
l'époque, qu'on en oublia que sur les 153
800 hectares de thé de Ceylan il n'en
possédait pas plus de 2 230! Quant à notre
ingénieux et valeureux James Taylor il fut
chassé de Loolecondera, où il y avait
travaillé sa vie durant, lorsque le jardin
fut racheté par la Banque orientale
anglaise. Usé, misérable, atteint de
dysenterie à l'âge de 57 ans, il mourut de
chagrin le 2 mai 1892, sans avoir le temps
d'apprendre que le thé de Ceylan devait être
l'une des grandes vedettes de l'Exposition
universelle de Chicago, un an plus tard.
Dès 1887,
les importations en provenance des colonies
anglaises devinrent plus importantes que
celles venant de Chine. L’Angleterre cessa
enfin de dépendre de cet empire du Milieu
décidément si peu coopératif avec le
" libéralisme " anglais.
Des
théiers aux semelles de vent…
Depuis,
encouragé par ces précédents, le théier a
rayonné dans le monde entier (ou presque).
Il est cultivé en Amérique du Sud
(Argentine, Brésil, Equateur, Pérou…), en
Afrique (Kenya, Zimbabwe, Rwanda, Cameroun,
Malawi, Mozambique, Ethiopie…), en Géorgie,
en Turquie, en Iran, en Indonésie, au
Viêt-nam, sur l’île Maurice, aux Açores, en
Malaisie… Il y eut même quelques essais pas
très concluants en Bretagne, à Paris et en
Corse…
Il faut donc
noter qu’à l’exception de quelques pays,
comme la Chine, l’Indochine, l’Inde (pour
quelques tribus de l’Assam), et le Japon,
tous les autres pays sont des jeunes
producteurs avec des plantations
commerciales ne remontant pas plus loin que
le XIXe siècle, voire le XXe.
(source : www.admirable-tea.com) |