Qu’entend-on par Pédagogie et par Sciences de l’Éducation
?
La Pédagogie(2)
est étymologiquement la conduite des enfants ; de là on
est passé à l’art d’enseigner, d’instruire
les enfants. C’est une pratique empirique éminemment respectable
et efficace socialement qui, entre autres, a fait la réputation
et la gloire de l’enseignement français depuis la maternelle
jusqu’à l’Université selon la formule consacrée.
Que ce soit une pratique empirique suffit à justifier les stages,
conférences, conseils et inspections pédagogiques, la
connaissance empirique se transmettant par l’étude, l’analyse
et l’imitation de la pratique. Par contre, notre propos est de
montrer que les sciences de l’éducation ne sont pas une
science autonome ayant constitué son champ propre, et ce qui
en découle, problématique, méthodes, expériences.
Que la psychologie de l’enfant ou de l’adolescent soit une
discipline scientifique au sein de la psychologie semble une évidence
et que, dans son champ d’études, il y ait les problèmes
de l’acquisition des connaissances, de la transmission du savoir
des adultes aux jeunes, de la préparation à l’intégration
dans la société, bref de l’instruction et de l’éducation
selon la distinction de Condorcet,
va de soi. Mais il n’y a pas autonomisation, dans ce champ, de
sciences de l’éducation. Il est vrai que c’est une
tendance de certaines sciences humaines de détacher de disciplines
constituées, des domaines partiels, renvoyant souvent à
des pratiques sociales répandues. Cette démarche d’isolement
leur confère la séduction de ce
qui peut paraître utile et nouveau, voire audacieux mais a surtout
l’immense avantage d’affranchir le discours de tout l’acquis
scientifique de la discipline et de le libérer de l’emprise
des spécialistes(3),
avec le résultat de remplacer un discours scientifique, et le
long travail préalable d’analyse
et de confrontation qu’il suppose, au mieux par un commentaire
au pire par un blablabla auquel le journalisme nous a trop souvent habitués(4).
1/
Un critère de non-scientificité : les « expériences
pédagogiques »
Non seulement le flou le plus complet règne dès le départ
sur la théorie, son domaine, ses acquis et les hypothèses
qu’elle permet de formuler, mais il n’est jamais donné
de protocole d’expérience et, à aucun moment, la
situation préalable à l’expérience n’est
définie, jamais ce qui est soumis à l’expérience
n’est précisé, aucune étude n’est faite
des possibilités d’introduire des modifications parasites
par l’action de l’expérimentateur, jamais n’est
comparé le résultat obtenu avec le point de départ
et les hypothèses soumises. Enfin jamais ne sont données
les raisons qui permettraient de savoir de quelle généralisation
les conclusions sont susceptibles, ce qui est pourtant une caractéristique
de la démarche scientifique
(5). Comme en psychanalyse, on a un discours qui peut
être brillant (parfois), autoréférent, mais n’est
en fait qu’un commentaire voire une paraphrase de ce qui était
annoncé au départ et débouche, en général,
sur la nécessaire poursuite de l’expérience
qui, ainsi, se nourrit d' elle-même. Bref une pensée qui
spirale sur elle-même et ne présente jamais la caractéristique
du discours scientifique qui est par un procès logique, de déduire,
des prémisses les conclusions. Les pseudo-sciences de l’éducation
ont été produites en fait par des intellectuels qui confusément
ou non, voulaient échapper à la rigueur de leur discipline
d’origine, et l'on peut penser que c’est des dites disciplines
que vient le peu d’intérêt que leur discours pourrait
présenter.
2/
Une science sans résultats (6)
Il faudra bien un jour évaluer
les dégâts causés par le discours pédagogique,
si tant est que le critère de l'expérience a une valeur
universelle. Ainsi en est-il des résultats obtenus par l'abandon
des méthodes analytiques et progressives d' apprentissage de
la lecture remontant à Condorcet, le fameux b a ba
(apprentissage de la lecture des lettres, puis des sons, de leur
assemblage en syllabes, puis en mots regroupés à leur
tour en phrases (7)...)
qui avaient réduit l'illettrisme la fin de la guerre de 1914-1918
à ce qui pouvait légitimement apparaître comme un
minimum incompressible. De nos jours, après des décennies
de règne dictatorial des pédagogues, 75000 enfants quittent
chaque année l'école primaire sans savoir lire. Jamais
à court d'un argument démagogique, les responsables de
cette catastrophe ont inventé le traumatisme du redoublement
pour envoyer ces malheureux illettrés dans la classe suivante
et masquer ainsi l' échec rencontré. dans le même
but, a été fait un usage abusif de l' argument de l'origine
sociale et de la non-maîtrise du français notamment dans
les populations d'origine étrangère. Si ces derniers arguments
recèlent une part de vérité, en faire des absolus
c'est tout d'abord justifier a priori l'enfermement de ces
enfants dans leur situation d'origine, ce qui est la négation
du rôle de l'école, c'est oublier ensuite que la grande
majorité de ces enfants s'en sortent. C'est ignorer enfin qu'en
1920, même dans les hameaux reculés où l'on ne parlait
que le patois, les enfants savaient lire, à la fin du premier
trimestre du cours préparatoire, des textes élémentaires.
Luc Ferry l'a dit avec force, l'apprentissage de la lecture a reculé
depuis cette époque.
Sans en rendre les seuls pédagogues responsables,
force est de constater que le recul du rationalisme dans l'enseignement
a été concomitant avec leur emprise croissante. Un exemple
tiré, de mon expérience de responsable pendant un quart
de siècle de préparation à l'agrégation
de mathématiques, suffira à illustrer mon propos. Ayant
un public en partie constitué d'enseignants de qualité,
mais qui n'avaient pas obtenu l'agrégation compte tenu des dramatiques
restrictions du nombre des postes à la fin des années
70, j'étais confronté en permanence aux interventions,
notamment dans le cadre de la formation continue, des inspecteurs pédagogiques
régionaux (IPR) diffusant la nouvelle foi. Évidemment,
j'apprenais aux candidats à dégager les lignes de force
et les nœuds d'une théorie, j'insistais sur ce qui est le
plus difficile et souvent historiquement le plus long à être
formalisé, les définitions, et bâtissais l'exposé
sur cette hiérarchie, lemmes, propositions, théorèmes,
qui rythme le procès logique en signalant les étapes des
démonstrations, pour déboucher sur les corollaires qui
expriment dans une situation particulière, l'efficacité
des théorèmes, des exemples et quelques contre-exemples
aidant à suivre l'évolution du discours et à rendre
sensible le choix retenu. Un de mes élèves revint un jour
d'une séance de brain-storming pédagogique en me disant,
amusé, que tout ceci était dépassé et que
de nos jours, il n'y avait plus que des assertions et, ajouta-t-il,
j'ai cru dérouter l'IPR en lui demandant : « comment
passe-t-on d'une assertion à une autre ? - Par un commentaire,
me fut-il répondu ». On n'était plus dans la pensée
logique et rationnelle mais dans la pensée spiralante, dont j'ai
parlé plus haut. Je croyais, incurable optimiste, que ces temps
étaient au moins partiellement révolus mais je fus, hélas,
récemment, détrompé. J'assiste,
à Lyon, au séminaire de l'Institut européen des
sciences des religions qui, s'il n'a toujours pas réussi à
donner la définition d'un fait religieux qui ne serait pas un
fait historique, a déjà, dans le rapport de son fondateur,
envisagé qu' « une didactique des sciences des religions,
qui reste, sans doute à créer ou parfaire (sic !),
[sache] prendre la suite, l'expérimentation pédagogique
aidant »(8)
. Ce séminaire se veut formation d'enseignant du 2e degré.
Dans la même journée, nous avions écouté
un exposé consternant le matin, illogique dans sa construction
et bourré d'erreurs relevant d'un catéchisme moyenâgeux,
et l'après-midi un exposé remarquable sur les sources
du Coran. Ayant dû, le matin, rétablir quelques vérités,
et enthousiasmé par la qualité scientifique du second
exposé, je dis à une IPR d'histoire et géographie,
« vous devez reconnaître, Madame, l'extrême différence
de nature et de qualité entre ces deux exposés »
et m'entendis répondre, « Monsieur, nous respectons
toutes les opinions ». Ainsi la vérité scientifique
est ravalée au rang d'opinion et le fait qu'il s'agisse de sciences
humaines ne fait rien à l'affaire. A partir de là, toute
pensée rationnelle est ruinée et on ne s'étonnera
pas que dans ces conditions, tout n'étant qu'opinions également
valables, près
d'un enseignant sur deux pense que l'astrologie est une science ou,
à tout le moins, une opinion portant une part de vérité (9)
.
3/ Base « théorique
»
La base « théorique
», si l’on peut dire, des pseudo-sciences de l’éducation
est à chercher non dans les Lumières mais dans Rousseau.
De là sont nées les théories sur l’école
lieu de vie, l’enfant au centre du système scolaire, de
l’école dans la joie, sur la non directivité nécessaire,
l’épanouissement de l’enfant à qui tout se
dévoile à partir de son moi se développant librement
etc…toutes choses qui ont conduit
au système actuel et à un enseignement primaire en régression
sur ce qu’il était en 1920. Faut-il pourfendre de telles
billevesées ? L’envie vous prend plutôt(10)
de vous contenter d’être l’enfant
qui disait que le roi était nu et de rappeler, avec Condorcet
et les Maîtres de l’École Laïque, que l’école
est le lieu de la transmission du savoir et des valeurs fondamentales
de la République : la Liberté, l’Égalité,
la Fraternité, la Laïcité, la Justice Sociale et
la Solidarité. On saura gré aux ministres Luc Ferry et
Xavier Darcos d'avoir après tant d'années d'errance, rappelé
l'École à sa tâche essentielle, l'Instruction publique,
dans leur Lettre à tous ceux qui aiment l'école
(Odile Jacob éditeur, Paris, 2003). L'éducation, dont
l'instruction publique est une composante essentielle, ne s'y réduit
pas, et fait intervenir de nombreuses autres structures sociales, la
famille en premier lieu, mais aussi les innombrables organisations,
associations, etc…qui se développent librement dans le
respect de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen(11)
.
4/ La non-linéarité du procès
d'acquisition des connaissances
Que les « bases théoriques
» rappelées plus haut conduisent à des aberrations
peut-être illustré, par exemple, par certains aspects de
la réforme LMD. Que le mal se colore de nécessité
d'unification européenne ne change rien à l'affaire. Dans
cette réforme, l'enseignement de la licence est organisé
en 180 modules, soit 60 par an ou, si l'on préfère, près
d'une dizaine par mois. La proposition vient des mêmes cercles
de pédagogues qui, s'ils font rentrer les étudiants
dès septembre, annulent un mois d'enseignement en janvier-février
pour organiser le contrôle des connaissances qu'on arrête
de dispenser au moment le plus fécond. En effet, (et ceci
est vrai dans tous les cycles d'enseignement), l'organisation d'un cours
par l'enseignant, comme l'acquisition des connaissances par l'élève
ou étudiant, n'est nullement un phénomène linéaire.
Mettre en place les prémisses de l'enseignement qui sera donné
demande soin et temps pour lancer l'apprentissage dans la bonne direction,
celle que la science dans son mouvement a sélectionnée.
De même l'apprentissage nécessite une phase de maturation
où l'élève rentre peu à peu dans la discipline,
s'imprègne de sa problématique, de sa méthode,
voit pas à pas se construire la connaissance et arrive à
la compréhension de ses résultats. Cette période
se situait, aux temps heureux des cours universitaires annuels, à
ce moment précis où de nos jours l'enseignement s'arrête.
Enfin, comment concevoir un enseignement saucissonné en soixante
morceaux par an ? Il est clair, dans ce contexte, que toute vision d'ensemble
de la discipline, de son unité, de sa richesse et de sa diversité,
de ses rapports avec d'autres disciplines,
est strictement impossible et que l'enseignement, loin d'apprendre à
penser, se réduit alors, à la délivrance de recettes
et à la formation au psittacisme(12)
. Ainsi la gangrène venue des pseudo-sciences aura gagné
le corps sain de la science(13)
.
5/ Apprentissage dans la joie ou joie d'apprendre
?
Il y a toujours régression
de la raison quand on passe d'une définition objective, ici l'école
comme lieu de transmission du savoir et des valeurs de la République,
à une qualification subjective ou psychologique qui, au mieux,
ne sert qu'à masquer une fuite devant la difficulté :
l’acquisition de connaissances ne se fait pas dans la joie
( la joie d’apprendre par cœur la table de multiplication
ou les règles de l’analyse grammaticale ? ce n’est
pas vraiment la franche rigolade) mais dans l’apprentissage de
la rigueur qui ne va pas sans une certaine ascèse et l’acquisition
d’une discipline, du sens du travail et de l’apprentissage
de la persévérance qui seule permet de surmonter les difficultés,
pour déboucher à la fin sur la joie profonde de la maîtrise
d’une connaissance opératoire et d’une compréhension
meilleure du monde. Quels parents n’ont pas vu s’illuminer
le visage d’enfants venant dire « devine ce que j’ai
appris aujourd’hui ? » Sans compter que l’école
par la joie etc… au lieu de tirer l’enfant vers le
haut de la connaissance le renvoie dans ce qui lui plaît et l’aplatit
ainsi sur sa condition familiale. Passant une partie de ma vie à
côté d’une école primaire, je peux témoigner
que les fêtes
de fin d’année scolaire reflètent le niveau des
émissions de grande écoute de la télévision.
Il n’était donc pas besoin de ces réunions apportant
aux enfants ce qui est leur quotidien culturel (?) mais je dois reconnaître
qu’ils s’amusent bien(14).
C’est furieusement moderne, mais il est vrai aussi que c’est
infiniment plus facile d’apporter la joie criarde et vulgaire
de certaines émissions de télévision portant au
pinacle des chanteurs aussi vite disparus qu'apparus, que de rechercher
la joie intellectuelle qui résulterait de la découverte
de l’Hymne à l’universelle humanité , des
brillants morceaux de Carmen, ou du jazz, voire de talentueux artistes
de variétés, toutes choses dont on peut remarquer que,
si l’on prend la peine de leur en préparer l’accès
ce qui est difficile, les enfants deviennent ensuite demandeurs.
6/ Envahissement de l'université par
les pseudo-sciences et pensée unique
Il faut noter que les
pseudo-sciences de l’éducation portent jusqu’à
leur paroxysme un trait fort répandu des discours non scientifiques.
Même sans partager totalement sur ce point l’angélisme
de Condorcet, on doit tout de même reconnaître aux sciences
des procédures de promotion à la responsabilité
et la notoriété relativement fiables même si l’erreur
est toujours possible. Tout le monde peut citer des réputations
surfaites et d’autres tardant à être reconnues.
Malgré tout, la rigueur inhérente à toute science,
les longs parcours qui conduisent à sa maîtrise, la nécessaire
culture périphérique et générale qu’elle
exige, apportent un minimum de garanties(15).
Mais quand tout est affaire de discours il n’en est plus de même
: en l’absence de tout procès logique,
de tout critérium de vérité, le brio, la tactique,
les relations tissées quand ce n’est pas la pure esbroufe
langagière servent de discriminant(16).
Quand il s’agit, comme pour les pseudo-sciences de l’éducation
de discours qui se veulent la théorie de pratiques empiriques
qui ont leur intérêt, la référence surabondante
à ce qui est désigné par le terme d’expériences,
qui ne sont en fait que la
mise en œuvre dans un cadre déterminé d'assertions
idéologiques, sert d’argument fermant la discussion(17).
De même si l’on nie tout caractère scientifique à
la psychanalyse(18),
se voit-on opposer d’éventuels (?) succès thérapeutiques
dont on sera bien incapable d’un point de vue scientifique de
démontrer qu’ils découlent logiquement de la théorie.
Par contre, sera refusée toute discussion avec les spécialistes
des disciplines au cœur desquelles on cherche à autonomiser
la pseudo-science. A la confrontation, qu’elle soit théorique
ou au plan de la pratique, sera substitué au pire l’anathème,
au mieux la condescendance qu’on doit à de vieilles idées
incapables de céder la place à la modernité(19).
De même que Mafféosoli encombre l’université
de pseudo-sociologues, de même les pseudo-sciences
de l’éducation ont ouvert des boulevards à
des enseignants qui ont su saisir cette opportunité et atteindre
parfois les plus hautes responsabilités(20).
La tactique a consisté à récuser au nom de la nouveauté
de la discipline, tous les critères existant jusqu’à
ce que la dite discipline se voit sous la pression politique accorder
la place qu’elle demandait, place ratifiée par la démission
des universitaires ou leur sous-estimation totale du problème.
Il faut aussi prendre en compte les pressions morales exercées
: ne pas accepter les oukases des pédagogues, c’était
la certitude d’être accusé de vouloir défendre
l’immobilité de l’ordre social - la pédagogie
se présentait souvent comme progressiste, ce qui vous
a un léger parfum de science ... prolétarienne
- tandis que la monopolisation par leurs soins des recrutements en I.U.F.M.
aboutissait à l’imposition d’une pensée unique.
Il arrive qu’on n’échappe pas à la pensée
unique en sciences, mais dans les pseudo-sciences c’est une condition
de survie par le barrage que cette pratique oppose à l’intervention
de la vérité scientifique. Des compétences disciplinaires
limitées ont trouvé dans la pédagogie l’emballage
qui flattait le médiocre contenu de leurs interventions.
7/ Un effet pervers de la démocratisation
à moindre coût
L’essor des pseudo-sciences
de l’éducation est venu de la démocratisation
à marche forcée. Certes, il n’y avait pas d’autre
choix, pour résoudre les problèmes urgents que posait
la démocratisation, que de s’appuyer sur les compétences
pédagogiques et le dévouement d’instituteurs confirmés
pour, par promotion interne, leur permettre d’accéder,
aux responsabilités nouvelles d’enseignants de collèges.
Mais ceci exigeait , comme ils le demandaient, de ne pas faire l’impasse
sur la formation théorique et disciplinaire indispensable qui
aurait dû être l’essentiel de la formation continue
qui leur était proposée. Mais ceci avait un coût.
Il était beaucoup moins onéreux de leur dispenser une
formation sommaire, de faire appel à leur dévouement et
à leur expérience des relations avec les élèves.
Nommés sans préparation suffisante dans
les collèges, ils rencontraient, inévitablement, des difficultés.
A ce moment, tels Zorro, surgirent les pédagogues : peu portés
à l’approfondissement de la connaissance disciplinaire
et fuyant donc la véritable cause, ils ont trompés leur
auditoire en réduisant ces difficultés à des problèmes
techniques : ils ont substitué à la formation théorique,
d’où doit découler l’enseignement adapté
aux élèves, un ensemble de recettes qui, d’ailleurs,
comme toutes les recettes empiriques, ont peu d’efficacité
sorties du contexte qui les a
vues naître. La dévalorisation de la formation théorique,
voire, dans certains cas, la médiocrité scientifique des
formateurs étaient présentées comme résultant
de leur volonté d’être accessibles(21).
En désignant le comportement de leurs collègues caractérisé
par la rigueur et la volonté de transmettre un corpus solide
de connaissances, nécessairement difficiles à acquérir,
comme élitiste (au mieux) voire prétentieux et arrogant,
ils se sont a contrario présentés comme des enseignants
ne se poussant pas du col, soucieux des problèmes, des souhaits
et des intérêts des stagiaires qu’ils ont su
convaincre, et ont ainsi conquis aux pseudo-sciences de l’éducation
le public de masse qu’elles cherchaient depuis toujours. Ce public
s’est vu accru encore des nombreux parents d’élèves
à qui on les présentait comme la panacée susceptible
de résoudre les problèmes qu’eux-mêmes et
leurs enfants rencontraient. De là est né le développement
et l’audience des pseudo-sciences de l’éducation.