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Quelques épinettes des Vosges... |
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Ce même mécanisme
existe d'ailleurs avec le mot français "Tonnelle", qui devint "Tunnel"
en Angleterre et revint en France, nanti d'un pedigree anglo-saxon
bien immérité !
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Vers la fin du XVIIème siècle, notre Dulcimer tomba en désuétude, à l'inverse de la Cithare Autrichienne qui se perfectionna au fil du temps.
Il disparut quasiment d'Europe sauf en Centre-Bretagne, où une tradition en ayant oublié jusqu'au nom, apprenait à en construire à l'enfant qui deviendrait mon père.
Avant guerre, celui-ci apprit de son grand-père, qui l'avait lui même appris du sien... à construire des jouets d’enfants qui n'intéressaient pas les grands. Personne dans ce coin perdu de Centre-Bretagne où on ne parlait que Breton et pas Français, ni Anglais, n'avait vu d'Américain de sa vie... et ne savait qu'un "jouet" semblable existait là-bas.
Personne ne savait non plus qu'on y appelait ça un Dulcimer !
Pourtant mon arrière-grand-père savait faire un truc “amusant" : il prenait une planche d'un bois sec et résonnant et y plantait un clou recourbé à chaque bout (sillet et chevalet !).
Ensuite, à l'aide d'une cheville de bois plantée d'un côté, comme pour un violon, il y tendait un fil d'acier (le mieux était de "dépiauter" un câble de frein de vélo et d’en prendre un brin, un peu ondulé mais efficace) jusqu'à ce que cela fasse une belle note. Puis, d'instinct, il en mettait deux autres plus graves, accordées comme une cornemuse (à la quinte donc, mais ça il ne le savait pas). Puis il entourait la planche, en passant sous les cordes, avec un gros fil de fer (ou de cuivre) qu'il déplaçait jusqu'à ce que ça fasse l'octave. Il torsadait ensuite le fil de fer à la pince pour le serrer, pourqu'il tienne en place, mordant même un peu dans les bords de la planche. Puis, à l'oreille, il en rajoutait d'autres pour faire la gamme (il disait pas "faire la gamme", mais plus tard ceux qui savaient parler Français disaient "faut que ça fasse do-ré-mi-fa-sol-la-si-do, gratte moi la puce que j'ai dans l'dos !").
Ainsi il pouvait jouer dessus des mélodies traditionnelles simples. Et pendant ce temps là, le gamin ne faisait pas de bêtises !... Enfin, comme les 2 bourdons faisaient plus de bruit que la chanterelle, ils en rajoutaient toujours une deuxième juste à côté pour qu'on l'entende !!!
Et ils faisaient... un Dulcimer !
Par la suite, mon père pour faire plus “joli” donnait des formes de caisse de violon un peu allongé à ses jouets avant d'y monter ses "frettes"...
Ainsi, jadis, en centre-Bretagne, certaines personnes s'amusaient d'instinct (instinct celte ?... le même que celui qui leur fait aimer la cornemuse...) à fabriquer des dulcimers... Sans savoir que ça avait un nom quelconque et que ça existait ailleurs.
Pourtant, en Bretagne, ces instruments n'intéressaient pas grand-monde et étaient peu connus. Cela s'explique par le fait que, dans ces sociétés rurales et travailleuses, à part l'orgue à la messe, les occasions d'écouter de la musique étaient rares. C'était essentiellement lors des mariages. Et pour faire danser 200 personnes, seuls le biniou et la bombarde (puis plus tard l'accordéon) régnaient en maîtres exclusifs. On n'allait pas sortir un bricolage de gosse au niveau sonore modeste pour animer la noce !
C'est pourquoi le Dulcimer reste toujours méconnu du grand public en Bretagne comme ailleurs et, comme pour beaucoup d'instruments "paysans", je ne suis pas sûr qu'il en existe beaucoup d'iconographies anciennes. D'ailleurs, il n'existe pas non plus d'iconographie des harpes celtiques bretonnes et, avant qu'Alan Stivell et son père n'y fassent renaître les harpes celtiques et bardiques, personne ne pouvait dire en avoir vu une et aucun livre n'en parlait ! Pourtant le mot "harpe" existe bien en breton (telenn) et bien fou serait celui qui irait contester Stivell à ce propos !...
Notons quand même que, dans l'ouvrage "Les noms de familles bretons" d'Albert Deshaye (éd. Skol Vreizh), l'existence de joueurs d'instruments de type Cithare en Bretagne est attestée par la survivance actuelle des patronymes : Citharel, Cithorel ou Citoler, défini comme "joueur de Citole", possible ancien nom breton du Dulcimer.
Et que, par ailleurs, le Docteur en Musicologie Xavier Fresquet, dans sa thèse sur “Les cithares sur table médiévales, leurs modes de jeux et leurs dénominations”, soutenue à Paris IV-Sorbonne, aborde “un instrument employé en dehors du Comté de Bourgogne, la Doulcemelle.”
Il y écrit : “Cette terminologie, bien qu’elle aussi connaisse un certain nombre de variantes orthographiques apparaît le plus souvent en Bretagne, à Paris et jusqu’en Lorraine. Dans son Histoire de Bretagne, Arthur de la Borderie cite l’instrument en deux occasions. Tout d’abord dans une liste de personnes et d’instrumentistes : « Une longue série d’officiers, depuis le grand chambellan jusqu’aux menestrells, trompettes, physiciens, échansons, joueurs de doulcemer, chantres de nuit, queulx, chevaucheurs d’écurie, etc. » (in Borderie 1906 :418) ; ensuite il nomme un instrumentiste, « le joueur de doulcemer, Henri Guiot » (ibid. :384).
De même, d’autres noms d’instrumentistes (Robinet le Françoys, Jehan Carrier) apparaissent dans les livres de comptes de la cour à Paris (in Heyde 1970 : 160-161). Par ailleurs, en 1506, René II de Lorraine, lors d’un séjour à Verdun a également payé un « joueur de doulce-mer » (in Jacquot 1886 :28). Ces exemples montrent ici l’existence et la pratique de la doulcemelle dans le royaume de France au XVe et au XVIe siècles. L’instrument y apparaît dans diverses circonstances musicales, en groupe ou seul lors d’occasions profanes.”
Finalement, notre instrument ne dut sa survie qu'aux migrants européens de souche essentiellement rurale (majoritairement anglophones mais aussi germanophones et francophones) qui l'emportèrent aux Amériques avec eux. Il s'y développa donc principalement dans les montagnes Appalaches aux zones "frontières" entre les colonies allemandes, gardant le souvenir de leurs scheitholts traditionnels, et les colonies irlandaises qui recréèrent et popularisèrent l'instrument.
Selon leurs goûts et sans doute leur habileté manuelle, ils réalisèrent alors des Dulcimers de formes rectangulaires ou triangulaires (évoquant l'épinette des Vosges) ou en forme de poire allongée (dite "teardrop") ou de caisse de violon étirée (dite "hourglass).
Jusqu'au jour où un luthier itinérant du Kentucky, J. Edwards Thomas, décida de construire en nombre, d'améliorer sans doute et de vendre dans les campagnes la forme en "violon étiré", qui devint un standard dans les montagnes Appalaches où l'on en joue encore.
Les Américains de ces Appalaches US (et dans une moindre mesure Québecquoises) sauvèrent donc le Dulcimer de l'oubli et lui offrirent un enracinement culturel et social toujours vivace qu'il faut reconnaître et saluer ici.
D'où les noms de "Appalachian Dulcimer" ou "Mountain Dulcimer" que l'on retrouve parfois et la croyance chez certains que le Dulcimer est un instrument "Américain".
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