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VERMEER , dit VERMEER DE DELFT est un peintre hollandais du
XVIIe siècle (Delft, 1632 - Delft, 1675). Il acquiert de son vivant une
notoriété certaine, sans pour autant faire figure de maître, et tomba
assez rapidement dans l'oubli. C'est le Français Etienne Thoré qui le
redécouvrit en 1866; sous le nom de William Bürger, il publia en effet une
étude passionnée qui allait susciter l'intérêt des historiens d'art et
valoir à Vermeer une étonnante gloire posthume. Admirée par plusieurs
peintres impressionnistes, son oeuvre - particulièrement la Vue de
Delft - allait ensuite inspirer Proust et Claudel.
Le retentissant scandale provoqué par le faussaire Van
Meegeren dont le procès eut lieu en 1947 contribua à rendre populaires
le nom et l'oeuvre de Vermeer. Les spécialistes semblent s'accorder à lui
attribuer trente-six oeuvres, mais sa vie est cependant mal connue : fils
d'un tisserand, il fut baptisé à Deft en 1632; apprenti chez Leonaert
Bramer, il aurait ensuite travaillé chez C. Fabritius dont il subit
notablement l'influence. En 1653, il se maria et, probablement, se
convertit au catholicisme; la même année, il fut reçu maître à la guilde
d'Anvers, puis en devint vice-président à deux reprises (1662 et 1669). Il
fut probablement aussi marchand de tableaux et de gravures, et après 1672
il éprouva de graves difficultés financières. Il travaillait sans doute
avec lenteur, ce qui explique en partie le nombre restreint de ses
oeuvres.
Les premiers tableaux qu'on lui attribue semblent indiquer qu'il
se consacra d'abord à la peinture d'<<histoire>>. Il peignit
en effet Diane
et ses compagnes (v.1654 - 1656); Le
Christ dans la maison de Marthe et Marie (v.1654-1656) et Sainte
Praxède (v.1655), oeuvres dénotant l'intérêt porté à la peinture
italienne, notamment vénitienne, ainsi qu'une certaine parenté avec les
sujets d'histoire de Metsu; dans ces compositions amples, la fluidité de
la matière et le traitement des volumes par larges pans produisent un
effet de mobilité.
Les sujets qu'il aborda ensuite s'inscrivent dans la
tradition de la peinture de genre hollandaise; en effet, son répertoire
thématique diffère peu de ceux de peintres tels que Pieter de Hooch, F.
Van Mieris, G. Metsu et parfois Maes, et cependant le registre expressif
adopté, et la perfection des moyens mis en oeuvre font apparaître sa
profonde originalité. Dans les seules vues d'extérieur que l'on connaisse
de lui, la Vue de
Delft (v.1661), qui avait déjà provoqué l'admiration de ses
contemporains, et La
ruelle (v.1661), le rendu de l'espace, de la lumière et de la
couleur atteint un rare degré de précision d'ordre naturaliste (on suppose
qu'il se servait d'une chambre noire, pour mettre en place ses compositions
) en même temps qu'il les investit d'une dimension
poétique.
Il eu cependant tendance à se limiter à des scènes se déroulant
dans un univers clos : intérieurs où la source de lumière est souvent une
fenêtre située à gauche. L'une de ses première scène de genre, L'entremetteuse
(1656), relève par le thème et la composition (demi-figures), des
caravagistes d'Utrecht: l'espace est peu approfondi, et de riches
harmonies chromatiques mettent en valeur les jeux variés de la lumière sur
les étoffes, objets et matières diverses. Avec Une
jeune femme assoupie (v.1657) se précise son orientation; il
allait en effet presque exclusivement mettre en scène des jeunes femmes
dans un intérieur bourgeois, deux thèmes revenant avec insistance : celui
de la femme occupée à lire ou à écrire une lettre (La
liseuse à la fenêtre, v.1659; La
femme en bleu lisant une lettre, v.1662-1665; Une
femme écrivant une lettre, v.1666; Une
dame écrivant une lettre et sa servante, v.1671; La
maîtresse et la servante, v.1666-1667), et celui de la femme
parfois en compagnie galante (L'officier
et la jeune fille riant, v.1658; Le
verre de vin, v.1660-1661; La
jeune fille au verre de vin, v.1662), occupée à faire de la
musique (La
femme au luth, v.1662; Le
concert, v.1664; La
leçon de musique, v.1664; Une
femme jouant de la guitare, v.1671-1672; Une
dame assise au virginal, v.1674-1675; Une
dame debout au virginal, v.1670; La
leçon de musique interrompue, v.1660-1661), les thèmes de la
musique et de la lettre étant parfois réunis comme dans La
lettre d'amour (v.1667).
Il présenta rarement une femme occupée à
une tâche quotidienne précise, excepté dans La
laitière (v.1660-1661) et dans La
dentellière (v.1670-1671), oeuvres où il parvient à exprimer une
extrême concentration; mais le plus souvent les scènes sont assez
imprécises et évoquent un climat d'oisiveté rêveuse (La
jeune femme à l'aiguière, v.1662; La
dame au collier de perles, v.1662-1665; La
femme portant une balance, v.1662-1665). L'extrême économie du
geste, la retenue de l'expression concourent à créer une atmosphère
souvent nostalgique et mystérieuse, chargée de sous-entendus, les
allusions à l'amour étant les plus fréquentes comme en témoigne la
présence d'objets et de tableaux qui, en multipliant les significations
connexes, amplifient le thème, le chargeant d'une dimension symbolique
parfois morale : instruments de musique symboles de l'amour profane,
représentation d'un Jugement dernier, d'un Cupidon, etc.
Vermeer peignit d'ailleurs quelques sujets allégoriques, notamment deux tableaux où figure
exceptionnellement un unique personnage masculin et qui procèdent en
partie de la scène de genre (L'astronome,
v.1668 et Le
géographe, v.1669, qui symboliseraient l'un la terre et l'autre le
ciel), L'art
de la peinture(v.1662-1665) et L'allégorie
de la Foi (v.1672-1674).
Ses compositions se fondent sur un sens
très médité de l'organisation spatiale, les rapports entre les
personnages, les objets et l'espace environnant étant analysés avec
acuité. Il évita l'accumulation pittoresque d'objets et accorda à chaque
motif une fonction structurelle dans l'ensemble de la composition, sans
pour autant s'abstenir d'effets décoratifs (tapis de table ou rideaux aux
riches brocarts) ni de la description minutieuse. Ses compositions sont
établies suivant des rapports géométriques stricts où dominent les angles
droits, les contrastes d'horizontales et de verticales étant diversifiés
par quelques diagonales (lignes des carrelages, des fenêtres, des portes,
des tableaux sur les murs, angles des tables et des chaises), et le
traitement de l'éclairage contribuant à l'harmonie d'ensemble aussi bien
qu'à une très grande variété d'effets de lumière. Contrairement à
Rembrandt, Vermeer modula l'éclairage en pleine clarté, d'où la
luminosité, la limpidité de ses tableaux. Il analysa le caractère
changeant de la lumière selon les matières sur lesquelles elle se reflète;
il rendit ainsi sensibles les qualités tactiles des matériaux, leur
texture (étoffes brillantes, lourds tissus, bois, cuivre, étain, cristal,
porcelaine, nacre de la perle, etc.), maniant la couleur suivant diverses
techniques: usant tour à tour et parfois simultanément d'une touche ferme,
de petites coulées de matière qui créent un effet grumeleux (La
laitière), d'une touche en pointillé qui rend finement la lumière
(La
dentellière), d'une touche fondue en multipliant les glacis et les
transitions, ou d'aplats plus larges, cette modification de sa technique
s'accordant à la stylisation croissante de ses oeuvres aux formes de plus
en plus depouillées, presque shématisées (Une
femme jouant de la guitare). D'où un aspect moelleux, une
consistance presque onctueuse ou lisse et nacrée de la matière. Il créa
des accords précieux de tonalités froides, particulièrement de bleu et de
jaune.
Ce raffinement technique qui lui permis de nuancer l'atmosphère
s'accorde à la subtilité avec laquelle il exprima les sentiments humains
les plus ténus, comme en témoignent ses portraits féminins (La
jeune fille au turban, dite aussi Jeune
fille à la perle, v.1665-1666; Portrait
d'une jeune fille, v.1672-1674; La
jeune femme à la flûte; La
fille au chapeau rouge, v.1668). Si la plupart de ses oeuvres
dénotent peu d'invention quant aux sujets (il se contenta le plus souvent
d'exécuter une variation sur un même thème), il procéda par épuration
formelle, approfondissement psychologique, parvenant à donner un poids au
geste le plus calme, à l'objet le plus banal, et une intensité expressive
à un visage aux yeux clos. C'est pour cette conjonction de rigueur
formelle et de résonnance poétique qu'il est maintenant considéré comme
l'un des plus grands peintres du XVIIe siècle.