LITTERATURE ET ESCLAVAGE : QUELQUES LIVRES
- CARPENTIER (Alejo),
El siglo de las Luces, Mexico, 1962,
Le Siècle des Lumières, Folio, Paris, 1963
L'auteur cubain de cette fresque a résidé quelques temps en Guadeloupe avant d'écrire ce livre. Il a probablement
lu et relu " le Lacour " (Histoire de la Guadeloupe). Cela pourrait expliquer
pourquoi son Victor Hugues est sans surprise pour qui a un peu côtoyé l'histoire
guadeloupéenne. Le roman n'est pas centré sur l'esclavage mais celui-ci est au
cœur des
contradictions des héros. L'action commence à Cuba, avec Esteban, jeune garçon orphelin qui,
dans le sillage de Victor Hugues, est entraîné à Saint-Domingue en 1791, puis dans les assemblées
révolutionnaires parisiennes. Débarqué en Guadeloupe en 1794, Esteban y est témoin de l'abolition de l'esclavage.
Son doute se transforme en écœurement lorsqu'il assiste au rétablissement de l'esclavage par Victor
Hugues au début du Consulat. Héros de la Révolution Française, Esteban meurt
comme dans un tableau de Goya :
sous les balles de la Grande Armée
(erreurs de dates sur la couverture).
- CHASE-RIBOUD (Barbara), Echo of Lions, New-York, 1989 ;
Le Nègre de l'Amistad, Albin Michel,
Paris, 1989, 1998
pour la traduction française
Un best-seller qui vient d'être
réédité en France pour une raison bien compréhensible.
Aux EU, il avait été édité l'année
du " 150e anniversaire de la rébellion de Joseph Cinque ".
L'auteur y proposait une biographie romancée de Sengbe Pieh
(Joseph Cinque), guerrier mendé qui allait devenir le porte-parole des captifs
de l'Amistad. L'ouvrage était recommandé par Alex Haley qui y voyait
:
" la saga la plus fascinante qu'un siècle (sic) d'esclavage
ait jamais produite ".
Je promets de le lire. L'une de mes élèves de 5e E (12 ans)
m'apprend qu'il existe une version junior. Je vais me renseigner.
- HALEY (Alex), Roots, Doubleday, 1977 ;
Racines, Hachette, Paris, 1977
L'histoire débute en pays mandingue. Fils d'Omoro et de Binta,
Kounta Kinté mène une existence tranquille dans le respect de la tradition ancestrale. Peu après son initiation, il est capturé par les toubabs
(blancs en langue ouolof, le mot est passé dans l'argot français). Commence alors pour lui le cauchemar qu'ont vécu des millions d'hommes :
le voyage infernal vers l'inconnu, l'humiliation de la vente, la dépossession du nom et les
supplices réservés aux esclaves rebelles. Peu à peu, l'Africain passe d'une résistance physique
à une résistance de dissimulation. Quelques années plus tard, sa fille, est vendue à un autre
maître. Violée par ce nouveau maître, elle transmettra le souvenir de Kounta Kinté à son fils mulâtre.
La saga se poursuit bien après 1865.
Le roman d'Alex Haley est un admirable roman que j'ai toujours
beaucoup aimé. Je l'ai lu et relu alors que j'étais collégien.
Il n'empêche que c'est un faux. Alex Haley a reconnu, quelques
années avant sa mort, avoir inventé une généalogie vraisemblable.
Cela n'enlève rien à l'infamie de l'esclavage. De même que la
polémique actuelle sur l'importance de Gorée dans
la traite négrière n'altère en rien
l'historicité de ce commerce d'humains.
Etait-il besoin de mentir pour servir une juste cause ?
- SCHWARTZ-BART (André), La mulâtresse Solitude, Le Seuil, Paris, 1972
On a longtemps cru que Solitude avait existé et se serait trouvée parmi les nègres marrons
pendant la révolution pour se joindre, en 1802, à la résistance aux troupes
consulaires. L'auteur a construit son personnage en ouvrant l'histoire sur
Bayangumay, jeune fille diola capturée peu après son mariage, lors de la prise de
son village par les marchands d'hommes. Violée sur le bateau négrier qui la transporte
en Guadeloupe, Bayangumay donne le jour à Deux-Ames : la mulâtresse Solitude.
Après avoir été vendue et revendue par des maîtres qui s'effraient de sa
" folie ", Solitude marronne dans les montagnes. Enceinte de Maïmouni, ermite
marron, elle est témoin du sacrifice de Delgrès.
Elle finit sur l'échafaud après sa délivrance.
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