L'ESCLAVAGE AU CINEMA : QUELQUES FILMS

AMISTAD : site du film de S. Spielberg relatant l'odyssée d'un navire négrier aux lendemains de l'interdiction de la traite (1839). L'histoire est comparable à celle du navire Amélie, dont les captifs ibos furent débarqués en Martinique cf. Françoise Thésée, Les Ibos de l'Amélie, Destinée d'une cargaison de traite clandestine (1822-1838), Ed. Caribéennes, Paris, 1986. Une fiche sera publiée sur Yekrik! Yekrak! En attendant, vous pouvez consulter une page très illustrée sur les Ibos sur le site d'Olivier Malinur, un autre Guadeloupéo-Rémois dont l'épouse est née ibo. Hi ! Jenny how you doin' ? Obidi eni emwin.

Il est possible que Stephen Spielberg ait été inspiré par le succès du roman de Barbara Chase-Riboud.

SANKOFA : Présentation sur le site de l'OMC de Pointe-à-Pitre, du film projeté en Guadeloupe en juin 1998.


Les informations qui suivent proviennent de la Slavery-list, liste modérée qui reprend elle-même certains messages provenant d'une liste consacrée au cinéma (H-Film). Les contributeurs sont informés de cette traduction. Leurs noms ont été mentionnés par honnêteté et par volonté de faciliter les échanges. L'ensemble des messages date de la mi-avril 1998.




Note du webmestre : je crois avoir vu ce film à la télévision française en l'an II ou III avant Arte mais sur quelle chaîne ?

D'après Ron McGee

August King ne montre pas une résistance d'esclave comme Quilombo ou The Last Supper. Dans ce film, un fermier blanc qui a récemment perdu sa femme malade, aide une femme noire à fuir un maître brutal (sic). Cette forme de résistance au système esclavagiste lui vaut la perte de sa maison et le châtiment pour avoir aidé une esclave en fuite.

Ron McGee
Graduate African Studies Association
Rutgers University
D'après : Paul Otto

Une production BBC (docudrama) du milieu des années soixante-dix appelée The Old African Blasphemer raconte une révolte d'esclaves pendant la traversée. Ce film faisait partie d'une série sur l'abolition.

Paul Otto
Assistant Professor of History
Dordt College, Sioux Center, Iowa  51250

De Marc Stern

Le film qui relie résistance d'esclave et logique de marché est, bien sûr, Burn, avec Marlon Brando.  Bien fait et édifiant quant à la place de l'esclavage dans l'évolution économique du début du XIXe siècle (...)
 
Marc Stern
Bentley College
Waltham,  MA

D'après : Liora Moriel

A propos des films cubains, signalons Cecilia, où l'on trouve un fil conducteur sur l'esclavage et la résistance

Liora Moriel
Comparative Literature Program
University of Maryland
2107 Susquehanna Hall
College Park, MD 20742-8825
lioram@wam.umd.edu


D'après : Jim Teliha

Je ne peux pas imaginer un film pire que Mandingo. Comme représentation de la culture et de la résistance, et de quoi que ce soit d'historique, ce film a quelque chose d'offensant pour tout le monde.  A vrai dire, historique ou pas, c'est un assez mauvais film : pauvrement joué, pauvrement écrit et qui donne dans le sensationnel. Ce film produit la fascination de tous les désastres : on déteste voir mais on ne peut pas en détourner son regard.

Jim Teliha
Oregon Institute of Technology
De :   Mario Ranalletti

Queimada, de Gillo Pontecorvo, 1968 est également un bon film sur la décolonisation.

Mario Ranalletti
Universidad de Buenos Aires
Facultad de Ciencias Sociales
Instituto Gino Germani
postmast@mranal.fsoc.uba.ar




D'après : Matthews, Tracye

Deux grands films documentaires sur l'esclavage et la résistance ont été mis en scènes par Orlando Bagwell :
Roots of Resistance : The Story of the Underground Railroad, inclus dans une série du PBS American Experience,
Frederick Douglas : When the Lion Wrote History, pour WETA, Wash. 
Ces deux films sont sûrement disponibles en vidéos, PBS.
Il existe une série documentaire en quatre volets : Africans In America : America's Journey Through Slavery, mise en scène et produite par Bagwell. Cette série doit être programmée sur PBS et sera disponible en vidéo d'ici à la troisième semaine d'octobre 1998. Cette série couvre l'histoire étasunienne de la période coloniale à la veille de la guerre de Sécession. Elle est centrée à la fois sur le vécu des Africains réduits en esclavage et sur l'impact de l'esclavage sur la culture et sur la société des EU.

Le nombre des historiens consultés est assez impressionnant et chaque épisode s'efforce d'intégrer les apports universitaires les plus récents sur la période. 
Les vues sont ahurissantes, particulièrement le traitement des premières photographies. L'histoire fait un sort à l'idée que les auteurs de film ne peuvent inclure des noirs américains à cause du manque d'objets et d'images !

NDW : l'expression " Africains-Américains " a été traduite par " noirs américains ". le concept d'afro-américain est assez étranger à la pensée antillaniste, créole, créoliste, française, etc.


De :   Jerry Handler

L'un des films les plus intéressants, et les moins connus, sur la résistance des esclaves est Tamango. Il a été réalisé en France à la fin des années cinquante par John Berry, l'un des auteurs-réalisateurs de la liste noire d'Hollywood *. Curt Jurgens, y joue un capitaine de vaisseau négriers, et Dorothy Dandridge, est son esclave et sa maîtresse. L'action tout entière se déroule à mi-chemin de la traversée et montre la révolte des captifs conduits par l'Africain Tamango. Bien qu'il montre les faiblesses techniques des productions des années cinquante, ce film est idéologiquement très en avance sur son temps et a une allure générale très moderne.  L'œuvre de John Berry s'inspire d'une nouvelle du même nom écrite par Prosper Mérimée, auteur français du XIXe siècle. Le film est disponible  en vidéo. A ceux qui ne sont pas trop loin de " Frisco Bay " (ndw : traduction libre influencée par Otis Redding) Tamango sera projeté lors du prochain Festival du film de San Francisco.

Site du festival : http://sfiff.org/sfiff/programs/tamang.html

NDW : On trouve également dans ce film-culte un certain Roger Hanin. Commercialisée en janvier 1993, la vidéo VHS est disponible aux EU pour la somme de $25.49, sur le serveur de Reel
Effet de mode et faute de goût, ce film-culte de meilleure réputation qu'Amistad, est en version colorisée. Cela a pour effet de rendre impossible sa projection devant un public de critiques français, traditionnellement psychorigides. Snobisme oblige.

* Jerry Handler fait allusion à la chasse aux sorcières





LITTERATURE ET ESCLAVAGE : QUELQUES LIVRES

  • CARPENTIER (Alejo), El siglo de las Luces, Mexico, 1962, Le Siècle des Lumières, Folio, Paris, 1963

    L'auteur cubain de cette fresque a résidé quelques temps en Guadeloupe avant d'écrire ce livre. Il a probablement lu et relu " le Lacour " (Histoire de la Guadeloupe). Cela pourrait expliquer pourquoi son Victor Hugues est sans surprise pour qui a un peu côtoyé l'histoire guadeloupéenne. Le roman n'est pas centré sur l'esclavage mais celui-ci est au cœur des contradictions des héros. L'action commence à Cuba, avec Esteban, jeune garçon orphelin qui, dans le sillage de Victor Hugues, est entraîné à Saint-Domingue en 1791, puis dans les assemblées révolutionnaires parisiennes. Débarqué en Guadeloupe en 1794, Esteban y est témoin de l'abolition de l'esclavage. Son doute se transforme en écœurement lorsqu'il assiste au rétablissement de l'esclavage par Victor Hugues au début du Consulat. Héros de la Révolution Française, Esteban meurt comme dans un tableau de Goya : sous les balles de la Grande Armée (erreurs de dates sur la couverture).
  • CHASE-RIBOUD (Barbara), Echo of Lions, New-York, 1989 ; Le Nègre de l'Amistad, Albin Michel, Paris, 1989, 1998 pour la traduction française

    Un best-seller qui vient d'être réédité en France pour une raison bien compréhensible. Aux EU, il avait été édité l'année du " 150e anniversaire de la rébellion de Joseph Cinque ". L'auteur y proposait une biographie romancée de Sengbe Pieh (Joseph Cinque), guerrier mendé qui allait devenir le porte-parole des captifs de l'Amistad. L'ouvrage était recommandé par Alex Haley qui y voyait  :  " la saga la plus fascinante qu'un siècle (sic) d'esclavage ait jamais produite ". Je promets de le lire. L'une de mes élèves de 5e E (12 ans) m'apprend qu'il existe une version junior. Je vais me renseigner.
  • HALEY (Alex), Roots, Doubleday, 1977 ; Racines, Hachette, Paris, 1977

    L'histoire débute en pays mandingue. Fils d'Omoro et de Binta, Kounta Kinté mène une existence tranquille dans le respect de la tradition ancestrale. Peu après son initiation, il est capturé par les toubabs (blancs en langue ouolof, le mot est passé dans l'argot français). Commence alors pour lui le cauchemar qu'ont vécu des millions d'hommes : le voyage infernal vers l'inconnu, l'humiliation de la vente, la dépossession du nom et les supplices réservés aux esclaves rebelles. Peu à peu, l'Africain passe d'une résistance physique à une résistance de dissimulation. Quelques années plus tard, sa fille, est vendue à un autre maître. Violée par ce nouveau maître, elle transmettra le souvenir de Kounta Kinté à son fils mulâtre. La saga se poursuit bien après 1865.
    Le roman d'Alex Haley est un admirable roman que j'ai toujours beaucoup aimé. Je l'ai lu et relu alors que j'étais collégien. Il n'empêche que c'est un faux. Alex Haley a reconnu, quelques années avant sa mort, avoir inventé une généalogie vraisemblable.  Cela n'enlève rien à l'infamie de l'esclavage. De même que la polémique actuelle sur l'importance de Gorée dans la traite négrière n'altère en rien l'historicité de ce commerce d'humains.
    Etait-il besoin de mentir pour servir une juste cause ?
  • SCHWARTZ-BART (André), La mulâtresse Solitude, Le Seuil, Paris, 1972

    On a longtemps cru que Solitude avait existé et se serait trouvée parmi les nègres marrons pendant la révolution pour se joindre, en 1802, à la résistance aux troupes consulaires. L'auteur a construit son personnage en ouvrant l'histoire sur Bayangumay, jeune fille diola capturée peu après son mariage, lors de la prise de son village par les marchands d'hommes. Violée sur le bateau négrier qui la transporte en Guadeloupe, Bayangumay donne le jour à Deux-Ames : la mulâtresse Solitude. Après avoir été vendue et revendue par des maîtres qui s'effraient de sa " folie ", Solitude marronne dans les montagnes. Enceinte de Maïmouni, ermite marron, elle est témoin du sacrifice de Delgrès. Elle finit sur l'échafaud après sa délivrance.




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