Voler serein c'est ne pas mettre son bord d'attaque là où il ne faut pas. Ce faire peur c'est souvent régresser pour un certain temps, voir ne plus voler.
J'essaye dans cette page de compiler tous les pièges aérologiques que l'on est susceptible d'éviter. Elle n'est pas figée et se complète au gré de mes expériences, des témoignages recueillis et de mes lectures. En abordant les problèmes depuis la base, je m'adresse ici particulièrement aux débutants et à tous ceux qui commencent à s'intéresser à notre passion. Pas de "détente adiabatique" et autre "point de rosée", l'objectif ici est la création de repères mémorisables et utilisables. Quand vous vous retrouverez seul dans un prés, la question sera: voler ou ne pas voler...être ou risquer de ne plus être? J'espère ici vous aider à faire le bon choix.

L'ennemi: les turbulences (rotors, cisaillements, thermiques,... et tous mouvements d'air violents et désorganisés)

Le pourquoi:
- parce que nous volons lentement (un mouvement d'air de 20 km/h aura plus d'impact sur nos ailes ne dépassant pas 50 Km/h que sur les ailes d'un mirage 2000)
- parce que nos très chers parapentes ont besoin d'un minimum de flux d'air laminaire entrant pour se maintenir en pression. Ainsi, une rafale arrière ou descendante, en annulant provisoirement notre vitesse air, risque de donner à notre aile un air de housse de couette (après une folle nuit...)

Les facteurs aggravant:
- globalement, le vent amplifie tous les risques proportionnellement à sa force. Vous pouvez très bien voler par fort vent laminaire mais préférez alors une zone largement dégagée, sans relief.
- les ailes perfo: les parapentistes ont besoin de finesse et de turbulences pour monter ou se maintenir en vol. Ils le payent d'ailleurs par des statistiques d'accidents sans comparaison avec les nôtres. Ce genre d'ailes, quand elles sortent de leur domaine de vol, demande une action volontaire du pilote. Nous avons un moteur pour monter alors pourquoi ne pas voler sous une aile standard capable, le plus souvent, de s'autodébrouiller en cas de pépin?
- le vol à quelques dizaines de mètres du sol ne laisse que peut de temps au pilote pour réagir et encore moins à l'aile pour réouvrir (reprendre sa forme après fermeture). Si vous ne voulez pas prendre de la hauteur, préférez voler très très bas (1 à 2 m !), quitte à risquer votre hélice, plutôt que de voler entre 30 et 50m, insuffisant pour faire face à une fermeture et suffisant pour se faire très mal. N'oubliez pas que c'est illégale, alors loin des habitations SVP! D'une manière générale, plus vous êtes haut, plus vous êtes en sécurité.
- les manœuvres "limites domaine de vol" (incidence, virages très serrés, vol très lent,...)
- les vols à plusieurs où chacun attend que l'autre se "dégonfle" et décide du retour.


Compilation en image des coups tordus que peuvent nous réserver nos terrains de jeu

zone la plus turbulente, à bouder obstinément
zone + ou - turbulente, rester prudent ou éviter

Le passage du vent sur un relief accentué crée des rotors sous le vent ...et, c'est moins connu, parfois aussi juste devant.
Attention, selon la force du vent, les mouvements d'air peuvent êtres entraînés et s'amortir progressivement loin de leur lieu d'origine.
Le passage sous le vent d'une rangée d'arbre reste un grand classique du changement de châssis et d'hélice!...
Les jours où ça souffle, les vallées sont rarement de tout repos. Le versant sous le vent est bien sûr le plus à craindre.
Mais là encore, l'air brassé peut dériver et perturber jusqu'au plateau du versant opposé. Le vent adore faire des siennes dans les vallées: effet venturi dans les zones étroites, changements de directions en fonction du relief,... amusez vous à regarder les fumées et vous comprendrez.
Vous êtes sur le plateau, aucun relief à l'horizon et pourtant au gonflage votre aile a la bougeotte. le vent est suffisamment fort pour vous offrir des mouvements d'air glanés sur les reliefs de la pente. Les décos et les atterros seront délicates, plus haut c'est du velours. Pas un jour pour le touch and go, au risque de faire un gros "touch" et plus de "go" du tout.
Au bord d'une falaise, les filets d'air décrochent et passent en mode turbulent. S'éloigner un peu, ce qui vous permettra aussi de mieux gérer une panne au décollage.

Cette limite sépare deux couches d'air différentes. La couche supérieure, l'inversion, stable et plus chaude, bloque les thermiques et autres mouvements de la couche inférieure. La force et la direction des vents peuvent y être différentes.

Lors des journées ensoleillées, le réchauffement des couches inférieures donne naissance à des mouvements de convection, les fameux "thermiques". Le plus souvent, avec le refroidissement de l'air en altitude, l'humidité condense et chapeaute l'ascendance d'un petit cumulus très seyant. D'où l'apparition de ses nuages en milieu de journée et leur dégradation en soirée quand la convection faiblit.
Donc:
- soleil, petits cumulus vaporeux: ça commence, tu vas te faire gentiment secouer, à toi de voir, mais la prochaine fois mets ton réveil à sonner plus tôt. En gros, pour fixer les idées, un déco de printemps vers 8h30 vous permet de voler peinard jusqu'à 10h. Puis le vent météo risque de se renforcer et les premiers thermiques vont se manifester. Attention particulière au printemps où les contrastes thermiques plus accentués rendent la masse d'air plus hargneuse.

Je n'ai personnellement jamais rencontré de thermiques dangereux, mais ils sont parfois très désagréables, surtout pour un photographe. Dans ce cas, oublier la boîte à image et jouer à enrouler est le meilleur moyen d'apprécier ces conditions turbulentes.

- soleil de l'après midi, jolis cumulus bien joufflus: le vol est possible mais il faudra accepter de se faire secouer et prendre un peu de hauteur.
- soleil, pas de cumulus: si l'air est sec, il n'y a pas formation de cumulus, mais les thermiques sont bien là.
Au sol, c'est l'anarchie. Le contraste des températures au sol crée des échanges d'air se matérialisant par des flux horizontaux capricieux, les brises, et parfois des rafales. En soirée, tout ira mieux et l'exploitation de thermiques lymphatiques sera un vrai régal.

Certains paravroumeux expérimentés n'hésitent pas à voler toute la journée, prenant plaisir à piloter leur aile et à enrouler. Tant mieux, cela démontre bien aux plus frileux qu'ils ont une bonne marge de sécurité avec les ailes actuelles.

Le vent météo peut pactiser avec l'activité thermique rien que pour nous em...bêter, nous pauvres paramotoristes.
Là va falloir s'accrocher aux suspentes et il est difficile de modéliser les zones délicates tant le chaos régnera en maître.

A noter quand même:
- ascendances et dégueulantes ne sont plus forcément sous les cumulus

- La limite entre deux couches d'air peut être le siège de sévères turbulences de cisaillement si direction et/ou vitesse des flux d'air sont différents. Mais on est forcément haut, ce qui laisse, à une voile standard, largement le temps de retrouver sa forme...olympique.

Dans les pièges classiques, les vortex provoqués par les bouts d'ailes, les hélices et les réacteurs:
- si vous croisez un gros bourdon, sachez que ce type de turbulences très violentes mettent parfois plusieurs minutes à ce dissiper. Elles ont déjà mis des avions au tas, alors nos chiffons...

Il m'est arrivé de croiser un gros porteur en approche à peine plus haut que moi. C'est possible près d'un aérodrome militaire sans entrer dans une CTR ou TMA. A l'époque je ne savais pas que ses turbulences:
-ont tendance à descendre pour se stabiliser environ 300m plus bas
-restent très actives jusqu'à 8 km derrière l'engin
De plus, elles devaient être d'autant plus violentes qu'il était toutes traînées sorties, en configuration d'atterrissage. Je cumulais les risques en maintenant un cap parallèle à sa route, le vent rabattant les vortex dans ma direction.
Finalement, fort de mon insouciance, j'ai continué mon vol sans rien remarquer.

- beaucoup plus fréquentes sur nos terrains ou en ballades à plusieurs, les turbulences d'hélice des copains peuvent vous occasionner des fermetures. La palme revient au paraplane qui laisse loin derrière lui de fortes turbulences.
Si votre matos est vieillissant, pensez à cumuler poursuite du copain avec radada et virage serré...changement garanti sous peu!...
En tant que photographe, il m'arrive souvent de tournoyer au-dessus d'un point et donc de croiser mon propre sillage: rien remarqué de bien dangereux pour l'instant, mais j'avoue que commandes lâchées, l'oeil dans le viseur, c'est tout de même désagréable.
Quand aux hélicos, fusées Arianes et autres missiles de croisière, c'est à éviter à tout prix ;-))

Expérience bord de mer 1 Quelques repères de bon sens