Décembre 2003, 3 ans d'expérience, Fly 130 Vittorazi

A qu'il était beau ce jeudi! Pendant que Stéphane (un pilote sévissant sur le forum paramoteur) se plaignait de sa "cravate-boulot", moi je m'offrais un de mes plus mémorables vols. Mais la cravate, c'est pas mal aussi, lisez donc.

Ce vol commence par un gros soleil planté sur la moitié nord de la France d’une carte météo.
Deux minutes après, Yves m’appelle me proposant une petite virée improvisée sur les falaises de Veulette sur Mer. Comme un fait exprès, mon Fly 130 fait un peu des siennes avec un démarrage laborieux. Pas de soucis, le chef amène du matos.
Ce jeudi matin, nous voilà donc dans une grasse prairie en lisière de falaise, sous un soleil radieux, mais décoiffés par un vent de 20-30 km/h. Rejoins par deux autres pilotes du club, nous décidons de passer par le « moules-frites » en attendant une hypothétique accalmie.


Retour vers 13h30, avec le sourire et plein d’espoir, la danse des herbes folles laissant entrevoir une baisse effective. C’est OK, 15-20 km/h plein est, on sort les chiffons. J’aurai préféré le même venant d’ouest, mais bon, pas le choix, faudra juste rester vigilant pour ne pas se faire embarquer en mer.
Yves prend le Ziklon et son Action, je récupère son Easi 100 que j’accroche à ma Powerplay. La poignée de gaz est à droite, la galère pour les photos, mais au moins il tourne comme une horloge.
Je gonfle en modérant quelque peu la belle, me retourne, un poil de gaz, deux pas et "emballé c’est décollé". Ca bouge un peu, rien d’alarmant, angelet et diablotin interviennent :
-Le diablotin : « allez, sort le Canon et on attaque les photos »
-l’ange : « t’a pas beaucoup de recul sur l’aérologie, tu vas devoir tout lâcher et prendre les gaz à gauche, pas raisonnable ! En tout cas tu restes tout trimé»
Comme trop souvent, avantage au diablotin : la main gauche avec les gaz de droite, la main droite entre le Canon et les corrections de cap permanentes, les deux yeux à scanner les alentours. Bon, on n’est pas là pour immortaliser les labours. Comme me le fait remarquer mon petit diablotin si bien veillant, j’arrive à remonter vers l’est, les terres, je peux donc bien m’octroyer une petite virée vers la mer.
L’ange pose ses conditions : on reste en bordure pour parer à la panne moteur et surtout, toujours plus haut que la falaise, gare aux rotors. Demi tour, vent de cul, je déboule vers ce paysage des plus grandiose. A hauteur du mur calcaire, re-demi tour pour me positionner prudemment à porté d’herbage, face au vent. Marée basse, je peux admirer les grandes plages de galets, la mer d’un vert grisâtre derrière et cette fantastique falaise coupée au couteau.

Oui, mais là, y a un hic, la falaise, elle s’éloigne devant moi :o(((

Je réalise soudain dans quelle situation je viens de me fourrer. Moi, si facilement dans le rôle du donneur de leçons, je viens de faire une grosse connerie.
Devant mes pieds, se n’est plus le blanc du calcaire, mais le gris de la plage. Et je l’imagine fort peu accueillante : dans une soufflerie, on ne se met pas derrière un cube sans se faire copieusement secouer.
Analyse rapide de la situation : je suis parfaitement face au vent, 40 à 60 m plus haut que l’herbage à rejoindre (ne pas se fier à l’image, prise au 18mm), il me faut augmenter ma vitesse sol.
-Le cap, c’est bon, rien à gagner
-Ne suis-je pas en train de monter ? Je connais mal ce moteur, je peux me faire piéger par son silence. Je réduis, ben non, ça descend.
-Tes mains, bourrique, monte moi ça. Zut, déjà haut.
-Dangereux de jouer sur le gradient en descendant encore, je n’aime pas ce rebord à la serpe.

Remarque subsidiaire, ce ne sont plus les galets devant mes pieds, mais des vagues !

Yves tournicote au loin sur les terres et a sûrement bien compris la situation. Pourvu que les autres n’ai pas la même idée.
-L’aérologie n’est plus trop clean, mais il va bien falloir détrimer, toujours plus tentant que l’atterro sous le vent du chtit caillou ou …le bain.
Mi trim, ma vitesse se stabilise. Petit ouf ! Allez, encore un effort, on détrime tout. Galet après galet, mais ça avance ! Gros ouf ! Pourvu que le vent ne forcisse pas car je risque d’être à court de bonnes idées.
Là, le diablotin repointe le bout de son nez avec la note d’optimisme : « t’es pas arrivé mon gars, alors tu as bien le temps de nous faire une chtite photo ? »
Du coup l’angelet contre attaque : « t’es fada ! Tu ne va pas nous la rejouer sans les mains, tout détrimé dans cette aérologie douteuse ? »
Avantage diablotin, voir photo (désolé, c’est brumeux, par super travaillé au niveau des plans et du cadrage, mais l’angelet surveillait ça de près!)

Devant les pieds ce sont de nouveau les galets. A bord l’optimisme est à la hausse, ambiance de fête, champagne ! Encore un effort, et c’est l’herbe. Quand je corrige le cap, je perds 10m en arrière, une bonne école pour la finesse de pilotage.

De nouveau au-dessus des herbages, je comprends que ce n’est pas un quelconque effet venturi dû au relief qui m’a joué ce sale tour, mais bien un soudain renforcement du vent. Je finis par poser, vertical malgré une aile assez rapide et détrimée, avec une sensation de malaise qui mettra un certain temps à se dissiper.
Pour la conclusion, je vous laisse faire !

Francis

-Gil n’a pas décollé, le plus sage des 4.
-Patrice, a parfaitement assuré avec sa Powerplay et est resté bien sagement sur les terres.
-Yves volait avec son Action, aile très rapide et solide, avantage décisif en bord de mer. Il a aussi été plus sage que moi.


Si on essayait de tirer quelques leçons de cette bêtise?

-Plus vous volerez, plus vous prendrez confiance et moins les conseils de base ne sembleront vous concerner. Danger! Essayez de toujours rester moins con que je l'ai été ce jeudi.
-Photographe, attention! L'hypothétique "bonne image" te pousse non seulement à enfreindre les règles de l'air, mais aussi les règles de sécurité les plus évidentes.

J'étais dans la situation du petit paramotoriste ci-dessous, avec un vent de terre légèrement supérieur à la vitesse de l'aile trimée. Qu'elles étaient les options?
-La meilleur, la 1, détrimer pour accélérer l'aile, en priant Saint Paravroum pour que cela suffise et que le vent ne se renforce pas plus. Rester un poil plus haut que la falaise pour à la fois profiter du gradient éventuel (=baisse du vent près du sol) et éviter les dégueulantes dues au relief. Tout dernier recourt, essayer les oreilles pour gagner quelques km/h avec une aile plus solide (?)

Au fait, d'après la carte, les GB sont à 110 km Nord Ouest. No problem ;-)))

-Ca craint vraiment, le vent se renforce! Solution 2 sans autre choix. Là j'avoue que je reste plus tenté par une approche basse et progressive de la plage, 3, sans trop savoir à quoi s'attendre au niveau turbulence. L'air ne s'enfonce certes pas sous l'eau, mais une fermeture ou une panne moteur et c'est la noyade.
-L' amerrissage tout près d'un bateau, 4, quand on est sûr qu'il nous a vu, est la dernière extrémité. Le posé face au vent, moteur coupé et complètement déssanglé me paraît le plus adapté. Dans ce cas, le vent empêche l'aile de nous retomber dessus.

Si on a des vagues réflexes de voileux, on imagine vite que l'on peut remonter le vent en tirant un bord. C'est ce que du moins une cervelle stressée pourrait imaginer. Et bien non! Les sommes vectorielles sont sans appel.
En bleu, la vitesse du vent, en rouge, la vitesse de l'aile et en vert, la résultante en vitesse, sens et direction. On le voit, parfaitement face au vent, on gratte un peu si l'aile est plus rapide (logique!), mais dès que l'on change de cap, c'est un billet pour l'Angleterre.