les interviews

 


discographie
"Pieces"
(autoproduction)
CD - 12 titres

 

"Au fond du temps "
(autoproduction)
CD - 12 titres

Lonah est une nébuleuse, Lonah est un songe, un univers aux sonorités visuelles, aux ambiances élégantes et subtiles où l'oreille scintille...À ouïr en toute beauté, quelque soit le lieu, le moment et l'ivresse. (interview réalisée en septembre 2006)

Présentez vous, tels que vous êtes, tels que vous auriez pu être, tels que vous ne serez jamais....
Lonah, c’est déjà une alchimie quelque peu stupide de sept individus quelque peu dépassés par leurs propres événements. Vous y trouvez un pianiste mélancolique qui plante quelques harmonies, un guitariste kidnappé par des playmobiles à mi temps qui joue avec ses orteils, un batteur hystérique et graphiste capable de faire des roulades tout en buvant un bloody-marie, un ingénieur du son élevé par des chat dans son enfance qui en a retiré une conception singulière des relations sociales, un ingénieur lumière-vidéo délinquant et DJ de noise, un compositeur bassiste que je ne donnerais pas à ma fille pour tout l’or du monde et une chanteuse trapéziste qui se droguerait que cela ne m’étonnerait pas.

Cela aurait pu être une troupe de cirque ou une équipe de super héros mais nous n’avions pas de collants à la bonne taille. Nous avons aussi songé monter des barricades pour libérer le XVII arrondissement mais les esprits n’étaient pas près.

Ça ne sera jamais un groupe consensuel et /ou chiant qui essaie de gagner de l’argent avec des harmonies. Il y a peu de risques que nous nous lancions dans la confection de bijoux en abats de viande. Il est hautement improbable que nous montions un spectacle de petits vieux savants.

Quand est né(e) Lonah ? D'où vient ce nom ? Faire de la musique, pourquoi ? Pour qui ?
A la base, Lonah était constitué de deux entités distinctes mais à intersection non nulle. D’un côté, Eric Debeir et Raphaëlle Fortier s’étaient lancés dans la création de douze harmonies avec les moyens du bord, le premier se chargeant des sons et des notes, les deux des mots et la dernière des "haaaaa", des "Hiiiii", et des "Ho ho ho".

De l’autre, il y avait un groupuscule comprenant ces deux désaxés et les trois fous furieux restant mentionnés plus haut. On a mélangé les deux.

Le nom de Lonah ne vient de nulle part.

Faire de la musique reste le meilleur moyen d’exprimer certaines visions absurdes en toute sincérité et avec pertinence. Dans l’idée d’une musique sincère, on fait de la musique d’abord pour soi, pour monter ces visions stupéfiées jusqu’au moindre détail. Après, si cela plait, c’est un plaisir.

Selon vous, la musique c'est :
- un langage comme l'est la poésie
- un refuge comme le peut être une peinture
- un espace intemporel dans l'espace temps réel comme l'est le cinéma
- bien d'autres choses encore....
Disons que c’est un moyen de construire des chemins menant à des endroits curieux, des fenêtres que l’on dessine sur des murs pour les ouvrir ensuite. J’aime beaucoup l’idée d’un ami (BinaryMind) définissant un morceau de musique comme un chemin menant à un point. Dix morceaux différents pourront mener au même « endroit », mais ne pourront pas être pris par tout un chacun. C’est une idée marrante, de se dire que Mr Dupont, en écoutant un vieux blues rauque et grésillant, ira exactement au même endroit que le petit Maurice avec son hip hop.

Qu'est-ce qui vous donne l'envie de créer ? Et l'envie d'exister ? Et l'envie d'être ? De ne pas être ? D'être à nouveau ?
Quite à faire mon gros chiant, je me permettrai d’assimiler être et exister, et, dans mon petit cas égocentrique, exister et créer. Je ne parlerais pas trop d’envie, mais plutôt de définition essentielle. Au delà même d’un besoin, il s’agit vraiment d’une définition fondamentale. Imaginez que vous avez à portée de main le moyen de créer les visions de votre choix, le seul paramètre étant que selon vos exigences, cela pourra prendre plusieurs années. Il devient incohérent de ne pas le faire.

Aimez vous les uns les autres ?
Les uns, ça va encore, tant qu’ils ne se regroupent pas. Les autres, on les met en tas, et on verra bien ce qu’il en sortira.

Est-ce que les saisons influent sur l'écriture et la composition ? Qu'est ce qui vous inspire (influences musicales, littéraires, cinématographiques, botaniques, hystérico-historiques...) ? Français, Anglais, quelle importance, quelles différences ?
Les saisons influent très peu, ou alors d’une manière inconsciente, même si la pluie est une bonne amie. Sinon, j’avoue avoir de plus en plus de mal à différencier fondamentalement deux travaux artistiques de par leurs formes. Un écrit ou une peinture par exemple me semblent (enfin, au niveau d’un branleur de 25 ans, hein, restons honnêtes) deux media différents d’expression ayant tous deux le même type de finalité. De fait, il est toujours très intéressant d’essayer de découper la matière d’une œuvre pour essayer de les recoller sous une autre forme. C’est dans cette idée que nous avons mis en musique un poème d’Apollinaire ou le texte « le roi se meurt » de Ionesco dans le premier album. Dans ce même ordre d’idée, le second album contient un morceau inspiré d’un texte d’Eluard, «Mascha riait aux anges ».

La seule différence personnelle entre l’anglais et le français et que je maîtrise infiniment mieux la seconde langue. De fait, mieux vaux préférer affiner un texte français dans ses moindres détails que d’essayer grossièrement de peindre en Anglais. Encore que notre chanteuse punk elle a tracé des écrits en albionnais pour le deuxième album.

A quelle époque troublée vous sentez vous appartenir ?
Nous sommes sur le point de démontrer que l’idée même d’époque est une machination causée par une armée de nains qui, subrepticement, changent un peu chaque journée les couleurs et les détails pour donner l’illusion qu’un temps passeraient. Je pense qu’ils sont aussi responsable du vieillissement, à chaque nuit passer au rouleau la peau de ceux qui s’endorment

Combien de productions audio, combien de titres ? Que des projets en libre téléchargement ? Pourquoi ce choix ?
Pour l’instant, donc est sorti le premier album de douze titres, et le second sera prêt en novembre 2006 avec onze pâtés harmoniques. Si le premier est en effet sorti en téléchargement libre, le second sera dans un premier temps sous souscription, sous la forme d’un livre-album de trente pages présentant pour chaque harmonie l’univers graphique que nous avons collé en faisant splotch dessus.

Le choix du libre téléchargement venait de deux volontés : ne pas chercher à gagner d’argent là-dessus et essayer de toucher le plus de monde. Dans un second temps, nous avons découvert que ce moyen, soutenu par nombre d’acteur de qualité (passez moi ma pancarte de pub, hop, bnFlower, RsR ou jamendo) contenait déjà une sincérité et un engagement assez pertinent, et de plus, permettait un contact totalement différent avec les auditeurs.

Est-ce cette liberté qui rend la musique de Lonah aussi pure et aérienne ?
Ça ou la drogue, allez savoir, mon capitaine.

Votre avis sur les nouvelles technologies de la communication et ce qu'elles peuvent apporter aux artistes (blogs, licences libres, reseaux sociaux style myspace...). Les effets pervers ?
Il serait prétentieux de vouloir affirmer l’orientation que prendront ces choses, mais cela s’avère déjà très intéressant. Les barrières entre un artiste et un auditeur ont littéralement fondues, et la numérisation des pâtés permet leur diffusion très librement, ce qui a ouvert un couloir gigantesque pour l’ensemble de la population artistique. Néanmoins, ce n’est pas pour autant que l’ensemble des babyloniens parasites intermédiaires va disparaître, la grande question étant de savoir à quel compromis nous allons arriver. MyShtroumpf reste possédé par Murdoch et pose de graves problèmes sur les droits des œuvres déposés dessus.

L'avenir de la musique en ligne, vous le voyez comment ? Et l'avenir de la musique tout court ?
Une projection crédible est que dans mille ans, on aura remplacé toute forme de création artistique par des yoghourts, il y a aura des concerts ou des milliers de gens se précipiterons dans un yoghourt géant en hurlant, des expositions ou chacun mangera une petite bouchée. Hem... Serait prétentieux de répondre à cette question, en fait.

Lonah ce n'est pas que pour les oreilles....?
[pom pom pom (fait une révérence)] Lonah, ce sont aussi pas mal de travaux graphiques permettant de mettre de gros bouts de scotch mélancolique sur l’univers harmonique que nous bâtissons… Et des écrits aussi, tout cela étant posté sans vergogne sur le blog assez régulièrement. Aussi pour cette raison que nous voulions un livre d’une trentaine de pages pour aller avec le second opus, histoire vraiment d’essayer de créer un tout.

Des concerts ? Comment se passe le contact avec le public ? Est-ce que la scène est importante pour vous ? Est ce que ca vous pousse à aller plus loin, à aller de l'avant ?
Pour l’instant, nous avons pu ronronner en voyant que tous les concerts en public furent à guichet fermé. Les premiers concerts ont ainsi permit d’affûter les cordes et de tailler les harmonies pour qu’elles puissent faire flopflop de leurs petites ailes en public. La scène reste très importante, vu que c’est une dimension radicalement différente d’expression... Les concerts reprennent en octobre, avec projection de vidéo. Le contact avec le public se passe bien, nous filtrons les playmobils en entrée pour éviter les troubles.

Des projets, des collaborations (audio, video.....) ? L'envie de projets multi-médias ? Toujours en libre ?
Il y a un projet en cours de collaboration avec une artiste assez reconnue de la scène electro-pop française. Pour les projets, pour l’instant, c’est tout faire pour que les concerts Lonhesques soient des moments de qualité ou nous éclations quelques étoiles. Nous verrons le reste après.

Si vous deviez faire la chronique d'un CD de Lonah, vous diriez quoi ?
C’est un très beau CD. Il est composé de trois cercles concentriques, dont la bande large qui brille, ce qui peut faire joli sur un mur ou peut effrayer les oiseaux. Il reste assez plat, soyons honnêtes, peu d’épaisseur, c’est fin mais ça ne vole pas très loin.

Votre pire rêve ? Votre plus merveilleux cauchemar ?
-> La domination du monde entre mon chat et moi. Mon chat garde l’océan pacifique qu’il fait remplir de croquette, et je garde Paris où je file les arrondissements à mes amis.

-> La domination du monde entre mon chat et moi. Mon chat garde Paris qu’il fait remplir d’arrondissements, et je garde l’océan pacifique où je file les croquettes à mes amis.

Quelques dernières lueurs avant la nuit ?
La nuit est encore jeune, et j’ai toujours des leurres planqués sous mon canapé, on est jamais trop prudent.

> Découvrez l'univers de Lonah sur leur site : http://www.lonah.net
> La page MySpace : www.myspace.com/lonhah
> La chronique du CD "Au fond du temps" : ici


(photos, logos, illustrations avec l'autorisation de l'artiste)

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